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samedi 7 février 2015

Rififis

1955. Accusé de sympathies communistes par McCarthy et ses sbires, Jules Dassin trouve refuge en Europe, où les instigateurs de la Liste Noire s’acharnent à le poursuivre, menaçant tout producteur s’aventurant à produire un de ses films d’être interdit de distribution sur le territoire américain. Du Rififi chez les hommes marque pourtant son retour aux affaires, grâce au courage de producteurs français qui lui donnèrent une seconde chance en lui offrant ce projet sur un plateau.
Dassin rechigna d’abord à se jeter dans l’aventure, échaudé par un script qu’il détestait. Sur le fond, on ne saurait lui donner tort, tant cette histoire de cambriolage semble aux premiers abords d’une banalité consternante. Un vieux gangster à la retraite qui se lance dans son dernier coup, un gang rival de dangereux mafieux gominés, un cambrioleur italien aux doigts de fée (joué d’ailleurs par Dassin lui-même, sous le pseudo de Perlo Vita) : à la lecture du scénario, les clichés s’enfilent comme des perles. Sans parler d’un des problèmes évidents du film aujourd’hui : une misogynie assumée (le numéro de music-hall, bien qu'entré dans les annales, est vraiment d’une rare bêtise) avec sa litanie de personnages féminins d’une pâleur et d’une vulgarité sans nom. Il faut voir la femme de Jo le Suédois lors de sa première apparition, un aspirateur à la main, son fils dans les bras, décrochant le téléphone pendant que Jo lit le journal allongé dans son sofa. Crispant.
Et pourtant…


              

50 ans plus tard, le film emporte tout sur son passage, même ses plus évidents défauts ; et une fois le générique de fin déroulé, hante les esprits avec une rare prégnance. Sûrement parce que l’on retrouvera plus tard de l’ADN certifié Rififi chez Melville (Le Doulos, Bob le Flambeur), Tarantino (Reservoir Dogs), John Woo, Ringo Lam, Michael Mann, David Mamet, tous ces cinéastes qui se seront frottés au film de cambriolage dans leur carrière. Avec comme phare, Du Rififi chez les hommes. Car ne nous y trompons pas : si le film est encore aujourd’hui aussi marquant, c’est surtout pour son incroyable séquence de cambriolage, référence en la matière et mètre-étalon du genre.
Véritable tour de force cinématographique, cette demi-heure tout bonnement géniale révèle un cinéaste maître de ses effets à l’extrême, jouant sur les nerfs du spectateur à la manière du meilleur Hitchcock et s’autorisant quelques effets d’une audace folle. Pendant 35 minutes éblouissantes, Dassin va ainsi supprimer tout dialogue, effacer toute trace de musique et retourner avec délectation aux sources du cinéma, quand il était encore muet et que les seules armes d’un cinéaste étaient un cadre, ses acteurs et le montage. Pari gagné : la séquence est inoubliable, inégalable et inégalée. De ces scènes qui vous donnent envie de vous plonger dans la documentation de votre lecteur DVD pour enfin apprendre à programmer une suite de chapitres à regarder en boucle.



                                


Pour ces fabuleuses 35 minutes, il sera alors beaucoup pardonné au film : son dernier quart un peu faible au regard de cette incroyable séquence, son jeu d’acteurs inégal (malgré un immense Jean Servais, force est de reconnaître que le pauvre Carl Möhner n’est par exemple vraiment pas à la hauteur), sa post-synchronisation parfois hasardeuse ou encore les clichés du scénario. Film inégal donc, sûrement un peu étouffé par ce majestueux morceau de bravoure, et qui pourtant, cache quelques autres trésors pour qui veut bien y regarder d’un peu plus près. Car ne s’attarder que sur cette fameuse séquence, ce serait aussi oublier l’extraordinaire travail d’Alexandre Trauner sur les décors, la très belle partition musicale de George Auric, la gouaille toute parisienne des dialogues ou encore la première apparition, assez convaincante, d’un jeune Robert Hossein. Enfin, ce serait faire injure au talent de Jules Dassin, son sens du cadre, son efficacité toute "américaine" et surtout ses petites innovations discrètes, qui mine de rien annonçaient la Nouvelle Vague avec cinq ans d’avance. Dans une dernière séquence de toute beauté, la caméra et les ciseaux de Dassin, libres comme l’air, s’autorisent quelques embardées folles dans les rues de Paris qui n’auront rien à envier au Godard d’A Bout de Souffle… Et ce en 1955. C’est dire si malgré ses quelques défauts, Du Rififi pour les Hommes est de ces films que l’on chérit secrètement.


               
                                

Du rififi à Paname est un film de Denys de La Patellière, sorti en 1966Paulo les Diams, son ami Walter, Jack de Londres et un Munichois pratiquent allègrement le trafic d'or. Un jour une bande rivale, celle de Mario, les attaque. Les correspondants de Londres et de Munich disparaissent. Paulo est sauvé par un faux journaliste mais vrai policier américain, qui se trouve promu garde du corps du gangster.
Sans égaler les polars à succès de Gabin des 60's comme Le Clan des SiciliensLe Pacha ou Mélodie en sous-sol, ce plus oublié film de Denys De La Patellière s'avère fort bien mené. Comme souvent avec les réussites policière françaises de l'époque, l'histoire est adaptée d'un roman d'Auguste Le Breton (des petites choses comme Du rififi chez les hommesRazzia sur la chnouf, Le Clan des Siciliens) et la trame habilement construite constitue vraiment le point fort du film.
La longue introduction nous présente donc les forces en présences de ce qui sera un film de gangster pur et dur. D'un côté "Paulo les Diams" (Jean Gabin) et son associé Walter l'antiquaire (Gert Froebe) menant un lucratif trafic d'or entre la France, l'Angleterre et le Japon (ce qui nous vaut courte mais élégante séquence japonaise à Tokyo). De l'autre un mystérieux ennemi tentant de décimer leur business et qui s'avéra être la mafia et au milieu de tout cela navigue la police avec un flic américain infiltré qui va réussir à faire partie de la garde rapprochée de Gabin.
   

   



Les indices se révèlent donc progressivement lors d'assassinat inattendus par l'organisation rivale tandis que parallèlement sont développés les différents personnages de chaque camp. Gabin fait son numéro habituel de dur à cuir gouailleur et impose son charisme coutumier sans forcer(très bon Marc Bozzuffi également dans un rôle ingrat d'homme de main), le personnage plus tragique de Gert Froebe est le plus intéressant dans la mélancolie qu'il fait passer puisque son épouse (la belle Nadja Tiller) est une ancienne amante de Gabin dont il sait qu'elle ne l'a pas oublié. Il est d'ailleurs dommage que le film ne développe pas plus sa facette (le livre doit sans douté être plus détaillé là dessus) le film y aurait gagné en force dramatique. 


                                


Le falot Claudio Brook incarne lui le policier infiltré tandis que chez les méchants c'est un festival de trognes entre un tout jeune Claude Brasseur en homme de main et même George Raft en personne en ponte de la Mafia. Mireille Darc fait également une apparition remarquée en jeune entraîneuse écervelée. Si la mise en place est parfaite, le film peine un peu par la suite à imposer un rythme percutant l'intrigue tourne un peu en rond par instants avec la laborieuse enquête de Claudio Brooke (et les apartés presque comique avec le Commissaire l'encadrant joué par Daniel Ceccaldi) qui peine à intéresser quand on attend surtout le règlement de compte entre Gabin et ses adversaires. On se raccroche donc au charisme des principaux interprètes et aux dialogues percutant qui sans être aussi fleuri que du Audiard font leur petit effet et quelques écarts de violence étonnant. Bien qu'un peu abrupt, le final vengeur est cependant très réussi et achève de rendre cette production tout à fait recommandable.
Source : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2011/07/du-rififi-paname-denys-de-la-patelliere.html

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