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jeudi 5 février 2015

René Génin

Né le 25 janvier 1890 à Aix-en-Provence, Prosper René Génin n’eut pas à hésiter longtemps sur le choix d’une profession : précipité sur scène à trois ans, il suivit sur les routes du Midi la troupe de ses parents, comédiens ambulants qui animaient les places des villes et villages à une époque où le théâtre était avant tout une distraction populaire. Bien sûr, les farces paysannes y étaient plus prisées que les œuvres classiques, et René se lancera lui-même dans l’écriture d’œuvrettes sans prétention destinées à étoffer le répertoire de la compagnie.
Après la pénible parenthèse de la guerre, il reprend son métier de plus belle et décide de “monter” à Paris. Avant de connaître la consécration, il aura tout le temps de peaufiner sur scène les compositions cocasses qui seront sa marque de fabrique dès ses débuts au cinéma à 41 ans. Episodiquement, on le reverra sur les planches puisqu’il participe à une revue de Rip en 1947 et tient un rôle important dans «Vogue la galère» de Marcel Aymé en 1951, année où Pierre Dux le dirige dans «Le sabre de mon père». Mis en scène par Jean Wall, il rencontre Madeleine Robinson, une «Adorable Julia», au Gymnase en 1957 et paraît encore dans «La collection Dressen» en 1959 mais il faut bien dire qu’à partir de 1931, René Génin est avant tout acteur de cinéma …


                              


Son premier film, «L’amour à l’américaine» (1931), est suivi de toute une série de courts métrages aux titres probablement plus comiques que les films eux-mêmes : «En zinc sec» ou «Quatre à Troyes» ; dans «Le centenaire» (1934), Noël-Noël joue le rôle principal mais très vite c’est Génin qui prend un coup de vieux. Il faut bien dire, comme le lui fait remarquer Gilbert Gil dans «Pierre et Jean» (1943), qu’il a nettement tendance à se déplumer. Bon copain de Fernandel dans «Ferdinand le noceur» (1935), il essaie bien de vendre des pilules de jouvence mais cela n’aura aucun impact sur sa carrière : affublé d’une perruque et d’une longue barbe blanches, on lui donne facilement 70 ans lorsqu’il philosophe au milieu des réprouvés qui hantent «Les bas-fonds» (1936). Du coup, quinze ans plus tard, il n’a guère changé dans «Juliette ou la clef des songes» (1950) lorsque, par antiphrase, il campe le Père La Jeunesse qui raconte aux amoureux fréquentant son auberge qu’il se souvient des moindres détails de leur premier rendez-vous. Mendiant dans «La charrette fantôme» (1939), il fréquente la soupe populaire de l’Armée du Salut où on l’appelle carrément le Père Eternel : toujours cette barbe blanche ! Dans «Sous le ciel de Paris» (1950), à jamais décalé dans le temps, il conduit un fiacre au milieu des voitures …


                              


Emprisonné pour avoir volé la caisse du magasin où il travaille afin d’offrir à sa belle le voyage de ses rêves, Michel s’endort. Il se réveille alors dans un village provençal dont nul ne connaît le nom et où personne ne se souvient de rien. C’est après avoir découvert la pièce de Georges Neveux au théâtre à la fin des années 30, avec Renée Falconetti, que Marcel Carné décida d’en réaliser une adaptation pour le cinéma. Ce projet devait suivre Le jour se lève, mais la guerre avait séparé Carné, resté à Paris, et Prévert, qui se trouvait en zone libre. Carné se tourne alors vers Jacques Viot, puis vers Jean Cocteau, dont les audaces poétiques terrifient les producteurs. Le projet est abandonné, et Carné rejoint Prévert au Cap d’Antibes où les deux hommes écrivent Les visiteurs du soir. Ce n’est que quelques dix ans plus tard, après La Marie du Port, film au réalisme plutôt noir, que Carné réalisera enfin son adaptation de Juliette ou la clef des songes, toutefois sans Cocteau, évincé du projet par Georges Neveux lui-même. Au-delà même de ce contexte de production assez similaire, Juliette ou la clef des songes entretient de nombreuses similitudes avec Les visiteurs du soir, tant par son caractère méridional que par la figure maléfique de Barbe-Bleue, personnage qui n’existait pas dans la pièce originale ; comme le Diable des Visiteurs du soir, il est cet obstacle insurmontable à l’amour qui donne au film tant le caractère merveilleux du conte que celui, tragique, du drame social. Entre autres modifications, Carné et Neveux ont ainsi rendu bien plus explicite un retour final à la réalité plein d’amertume, d’un romantisme presque désespéré. Mais le mal même qui affecte les habitants du pays imaginaire, ce sortilège de l’oubli, trouve chez Carné de dramatiques résonances dans l’impuissance sociale du personnage de Michel, et à travers elle, son absolue nécessité de rêver. Dès sa sortie, les critiques ont été particulièrement virulents avec ce film souvent jugé froid, d’un « merveilleux de pacotille ». 


 


S’il n’est pas en effet exempt de défauts – au premier lieu l’interprétation et la sur-écriture des dialogues – et si son appréciation est conditionnée à une certaine absence de cynisme de la part du spectateur, Juliette ou la clef des songes est un film assez souvent désarmant de sincérité et de beauté. Sur ce dernier point, le travail des collaborateurs de Carné est assez saisissant : les décors du mythique Alexandre Trauner, et en particulier sa forêt enchantée intégralement reconstituée en studio, participent grandement au charme poétique de ce conte cruel, dont les contrastes de lumière et d’obscurité sont admirablement restitués par la photographie d’Henri Alekan. Dans ce conte de fées désenchanté où l’amour ne s’accomplit pas et où l’espoir, aussi nécessaire soit-il, demeure vain, il y a, selon la belle formule de Michel Perez, «aussi bien dans ses images franchement solaires que dans ses sous-bois tamisés, comme le regret d’avoir choisi de ne saisir la vie qu’à travers ses reflets ». Antoine Royer


                             


La dimension comique du personnage apparaît très vite lorsque Raimu en fait son souffre-douleur, qu’il soit un laborantin empoté dans «Vous n’avez rien à déclarer? » (1936) ou l’adjoint au maire de «Un carnet de bal» (1937). «Les jumeaux de Brighton» (1936) lui donne l’occasion de briller en frotteur de parquet dont "l'encoustique ne chèche pas assez vite". Il faut réserver un sort tout particulier à son long compagnonnage avec Fernandel, quinze films en tout, où René Génin sera un comparse brillant, parfois plus drôle que la vedette. «Le cavalier Lafleur» (1934) et «Jim la houlette» (1935) seront les premiers jalons d’une amitié qui se poursuivra jusqu’au «Crésus» (1960) de Giono. Entre temps, «François 1er» (1937) présente deux Génin pour le prix d’un, avec deux accents différents à la clé : le forain italien Cascaroni et l’aubergiste d’Amboise natif de Marseille. Il n’a pas vraiment le physique d’un Roméo mais c’est bien le prénom du cousin de «Raphaël le Tatoué» (1938) ; quant au sourd-muet d’«Ernest le rebelle» (1938), il s’appelle Démosthène et finit donc logiquement par retrouver la parole ! Petit employé amoureux de la fille du patron dans «Fric-frac» (1939), il pense pouvoir rivaliser avec Fernandel mais Hélène Robert ne prend pas garde à ce vieux rond-de-cuir. Après guerre, l’association reprend de plus belle avec «Tu m’as sauvé la vie» (1950) de Guitry, «La loi, c’est la loi» (1958) de Christian-Jaque et quatre films signés Henri Verneuil, dont «La table aux crevés» (1951) et «Le fruit défendu» (1952).



                 

Le banquier Favraux a su profiter du scandale de Panama en conservant des documents qui lui permettent de garder la haute main sur des personnages influents. Cependant des lettres lui enjoignant de restituer l'argent volé lui parviennent, envoyées par le mystérieux Judex. Loin de les restituer, Favraux tente de supprimer un témoin de son infamie, mais, à la soirée des fiançailles de sa fille Jacqueline, une syncope le terrasse comme l'en avait menacé Judex.
Jacqueline renseignée par Vallières, le secrétaire de son père, refuse tout héritage et rompt ses fiançailles. Cependant le banquier n'est pas mort, et Judex le séquestre. Interviennent alors deux aventuriers : Moralès et Diana Monti qui cherchent à s'emparer des papiers compromettants. Jacqueline les surprend. Abusée par Diana Monti qui se dissimule sous la robe d'une religieuse, elle court les plus grands périls. Les bandits parviennent d'autre part à enlever Favraux qu'ils soupçonnaient d'être en vie; Judex est heureusement là pour sauver Jacqueline qui comprend que le justicier et Vallières ne font qu'un. Les péripéties s'accélèrent; Favraux retrouvé par Judex finit par se suicider. Diana Monti poignarde par erreur son complice et, en fuyant sur les toits, tombe dans le vide.
Judex sous les traits de Vallières aimait Jacqueline depuis toujours et celle-ci lui accorde sa main.


 
     


Judex doit baucoup de son chame à l'opposition des deux héroïnes Diana Monti et Jacqueline Favraux. La brune décidée et sensuelle et la blonde douce et abandonnée éclipsent facilement le fade justicier. La galerie de personnages secondaires impuissants à relancer l'intérêt dramatique enrichissent par contre considérablement les jeux d'oppositions du film : le complice de Diana se revèle être le fils de l'homme que Favraux a spolié et qui s'était placé sous la protection de Judex. Cocantin, personnage lunaire est plus occupé à dialoguer avec les enfants (Alice la fille de Jacqueline ou le garçon qui le met sur la piste de Diana) qu'à retrouver Favraux, méchant convainquant, lui totalment impliqué dans l'acvité malfaisante.


                                          


C'est parce qu'il est le petit-fils de Feuillade que Jacques Champreux a vent du projet d'une adaptation de l'oeuvre de son grand-père. Les comptoirs français du film avaient demandé à Lacassin de proposer un sujet de film. Celui-ci ayant proposé Judex, la production s'adresse à la famille du créateur du personange.
Jacques Champreux, admirateur de Franju, choisit celui-ci sans hésiter pour réaliser le film. Mais Franju aurait préféré tourner Fantômas, l'histoire d'un criminel plus que celle d'un justicier.


                            
                                          
Champreux prend dans Judex ce qui peut intéresser Franju : les colombes vues dans Hôtel des invalides, son goût pour les chiens et tire le film vers l'expressionnsime : Fantômas fait peur, Judex rend la justice.
Le choix de l'acteur principal se porte sur Channing Pollock, illusionniste extrêmement célèbre dans l'univers du cabaret : Judex devient magicien plus que justicier et tout devient possible. Intervention magique de Judex. Chez Feuillade, qui reste dans un fantastique social réaliste, Favraux a bu la coupe qui explique son empoisonnement. La scène du bal masqué est inspirée des dessins du caricaturiste Jean-Ignace-Isidore Gérard, dit J.J. Grandville (1803-1847).
Source : Jacques Champreux

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