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dimanche 8 février 2015

Edmond O'Brien

Edmond O'Brien obtient une licence de littérature anglaise avant d'entrer dans la troupe de Neighborhood Playhouse, où il reste deux ans. Il part pour Broadway et rejoint l'équipe des Mercury Players formée par Orson Welles. Il est repéré par le producteur Pandro Berman, qui lui offre son premier rôle au cinéma.
Edmond O'Brien excelle dans les seconds rôles. Robuste, il incarne le plus souvent des policiers, des politiciens ou encore des gangsters, comme dans La Blonde et moi (Frank Tashlin, 1956). Drôle en parodique "méchant", il y force Jayne Mansfield à devenir chanteuse de rock. La prestation la plus marquante du comédien est sans nul doute celle de l'ignoble agent de presse en sueur de La Comtesse aux pieds nus (Joseph Léo Mankiewicz, 1954). En personnage sensible et paumé dans The Bigamist (Ida Lupino, 1953), il est également remarquable. 



                              

Un de ses rares westerns (L'Homme qui tua Liberty Valance, John Ford, 1962) le relance après une brève éclipse. En 1963, il est nommé pour l'oscar du meilleur second rôle pour sa composition du général Scott dans Sept Jours en mai (John Frankenheimer) . Quelques années plus tard, il réapparaît en trafiquant de drogue dans Lucky Luciano (Francesco Rosi, 1973). Edmond O'Brien a réalisé plusieurs thrillers pour le grand écran, notamment Le Bouclier du crime (Shield for Murder, 1954) et Man-Trap (1960).
Meilleure interprétation masculine dans un 2d rôle, 1965 au The Hollywood Foreign Press Association "Golden Globe Awards" pour le film : Seven days in may
Meilleure interprétation masculine dans un 2d rôle, 1955 au The Hollywood Foreign Press Association "Golden Globe Awards" pour le film : The Barefoot contessa
Meilleure interprétation masculine dans un 2d rôle, 1955 au AMPAS - Academy of Motion Picture Arts and Sciences pour le film : The Barefoot contessa.



              


Le film s'ouvre sur les investigations menées par Brandy Kirby au sujet d'un homme qu'elle souhaite retrouver. On pense d'abord qu'il s'agit d'un frère perdu de vue…mais il n'en est rien. Elle est en réalité à la recherche de l'homme qui pourrait usurper l'identité d'un jeune garçon disparu des dizaines d'années plus tôt. En effet, un couple très riche, parvenu à la fin de sa vie, n'a jamais cessé de rechercher son fils de trois ans disparu lors d'un séjour à Chicago. Depuis quelques années, ils ont confié cette mission à leur homme de confiance et avocat Vincent Mailer…qui décide d'aider la providence en "fabriquant" un fils de substitution pour s'approprier l'héritage qui sinon est promis à revenir à des oeuvres de charité. Il envoie donc sa petite amie Brandy rechercher dans les orphelinats de Chicago un enfant qui pourrait convenir. Elle le trouve et poursuivant ses investigations sur le parcours de cet homme, elle découvre qu'il a eu à maintes reprises des ennuis avec la justice, qu'il est fauché, joueur et un brin escroc…et qu'il serait donc à priori le bon candidat pour se substituer à l'héritier d'une grande fortune.  
Le couple commence donc par préparer Farrel avant les retrouvailles avec ses "parents". 1ère chose pour Farrell : Sacrifier le  bout du petit doigt de sa main gauche…puisque le petit garçon en avait été accidentellement amputé…  Un film noir, certes…mais qui ne va pas au bout de ses possibilités en raison de l'orientation prise par le scénariste. Plutôt que de s'intéresser au potentiel de tension et de suspense inhérents à l'escroquerie en elle-même, il se penche surtout sur les relations personnelles et "amoureuses" empreinte de méfiance et de jalousie qui naissent très rapidement entre les 3 escrocs et…un 4ème personnage, Kathy, la nièce du vieux couple, une charmante et espiègle jeune fille que Farrell a pour mission de séduire afin de s'introduire dans la famille et être identifié comme le fils disparu.  


         
   

Tout ceci pouvant  constituer des nids de jalousie et de trahisons potentielles entre les méchants ce qui est assez dangereux quand le jeu de dupes est compliqué à tenir et demande de rester soudé…Or Vincent Mailer, le cerveau de l'affaire  est un peu trop tendre pour tenir son monde même s'il finira par vouloir accélèrer "le processus de succession". Michael Farrell quant à lui est un peu trop séduisant et brave type et les deux filles…(laconique…). 
Tout ceci est d'ailleurs très bien fait et intéressant mais éloigne nettement le film du projet initial ou plutôt du film qu'on attendait. 
Reste l'interprétation assez inégale : Alexander Knox n'est pas assez convaincant en crapule en col blanc. C'est le plus en retrait du film avec…et c'est surprenant, la belle Lizabeth Scott, que j'adore habituellement, mais qui là est assez effacé par rapport...à Terry Moore, qui incarne une post adolescente naïve, espiègle, d'une grande vitalité et d'une tout aussi grande sensualité, sans sembler s'en rendre compte. 


                            

Une sorte de Debbie Reynolds délurée en somme. Et enfin Edmond O'Brien que je n'avais jamais vu véritablement dans un rôle de séducteur est absolument formidable et surprenant. Quant à la mise en scène, elle fait parfois preuve d'une économie narrative impressionnante. Après que Brandy ai décidé de rentrer en contact avec ce candidat potentiel pour usurper l'identité du fils disparu, elle parvient à attirer l'attention de Michael, a tester son courage face à un voyou embauché et complice, a le faire arrêter et libérer, et à le convaincre de mettre la main dans la portière d'une voiture pour sacrifier son petit doigt…à l'issu d'une brève discussion pour lui expliquer le projet ! Tout ceci en 10 min. chrono…
 Pour l'anecdote...mais çà commence à être rare, les deux filles du film, Lizabeth Scott et Terry Moore, sont toujours parmi nous.  Source : http://filmsnoirs.canalblog.com/archives/2013/02/18/26451142.html


                           


Le Gang du blues ou La Peau d'un autre (Pete Kelly's Blues) est un film américain réalisé par Jack Webb, sorti en 1955.
Il faut une loupe pour découvrir la distribution de ce film de jazz méconnu. Ella Fitzgerald y interprète deux chansons dans un bouge au fin fond de la campagne du Kansas, Peggy Lee très peu vue à l'écran (la chanson de Johnny Guitar, c'est elle) est une chanteuse alcoolique qui finira à l'asile, Janet Leigh est plus séduisante que jamais, Jayne Mansfield a un petit rôle de vendeuse de cigarettes, Lee Marvin est le clarinettiste... Et l'homme de radio Jack Webb qui l'a réalisé s'est attribué le rôle titre, celui d'un cornettiste devant faire vivre son septet en 1927 au temps de la prohibition, coincé entre le syndicat des musiciens et les pressions brutales de la mafia locale.
Je n'aurais pas remarqué Pete Kelly's Blues sans l'article de Jonathan Rosenbaum, grand critique de cinéma et amateur de jazz. Il raconte que John Cassavetes s'en est inspiré pour son Too Late Blues que je vais revoir bientôt. Le personnage de Pete Kelly joué par Jack Webb à la Bogart est tendu comme un élastique qui ne claque jamais, on imagine un passé sévère qui ne sera jamais révélé : seule la musique arrondit ses angles cassants. Il ne fait pas partie des losers typiques des poncifs du jazz, quitte à ce que ses décisions demeurent ambiguës. Le passage à l'acte est l'ultime recours. La musique l'a habitué à chercher des compromis, mais pas dans sa vie. On n'est jamais seul dans l'improvisation, le moindre solo a besoin de l'orchestre. Pour l'instant le film, sorti en 1955 sous les titres Le gang du blues ou La peau d'un autre, n'existe en DVD qu'aux USA, mais il mériterait qu'un éditeur français s'en soucie...(http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-jacques-birge/291014/pete-kellys-blues)
V.O. :
         

   


Jack Webb a signé cinq films de cinéma, pas plus, mais il vaut tous les auteurs du monde. C'est dans la série télé qu'il s'est fait un nom, à partir de 1951 et du succès international de Dragnet, le premier vrai feuilleton policier américain, qu'il écrit, produit, réalise. Il y joue aussi au passage le rôle principal, mais une sorte de raideur l'empêchera d'être le nouveau Bogart, un rôle dévolu au seul Cassavetes. Par une cruelle ironie, c'est justement en copiant la superbe série télé de Jack Webb, Pete Kelly's Blues (elle-même inspirée du film homonyme que Jack Webb avait produit et réalisé en 1955), que John Cassavetes deviendra célèbre. La décalcomanie de Cassavetes s'appelle Johnny Stacato, et elle ressemble tellement à Pete Kelly's Blues qu'il doit changer d'instrument (il joue du piano, pas de la trompette comme Pete Kelly) pour qu'on ne voie pas qu'il a copié effrontément sur Jack Webb.


                  


L'idée de Webb (le premier mari de Julie London), reprise à l'identique par Cassavetes, c'est la voix off. C'est elle qui mène le spectateur par le bout du nez, comme dans les films noirs des années 40. Les deux cinéastes invitent aussi des musiciens de jazz, pour faire prendre la sauce. Dans Pete Kelly's Blues, c'est Peggy Lee qui s'y colle dans un rôle d'alcoolique. Alcoolique ou pas, elle chante comme personne. Avec des musiciens comme Herb Ellis, Joe Venuti, Nick Fatool, et surtout Ella Fitzgerald, on imagine un peu l'ambiance. A propos d'Ella Fitzgerald, qui montrera à la télé le très rare Let No Man Write My Epitaph (Philip Leacock, 1960), suite étrange du Knock on Any Door de Nicholas Ray (1949) dans lequel elle a un petit rôle? Se procurer d'urgence la bande-son (The Intimate Ella) de ce film oublié. La voix d'Ella, Paul Smith au piano, et basta. C'est peu de dire que c'est son plus beau disque.
SKORECKI Louis

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