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dimanche 1 février 2015

belleville story

L'histoire se joue en une seule nuit, dans les profondeurs du quartier le plus cosmopolite et populaire de la capitale française : Belleville. Freddy est l'homme de main d'un maquereau et petit truand. Ce soir-là, ils croient livrer des téléviseurs tombés du camion. Mais, en lieu et place du chargement, ils découvrent un groupe de clandestins chinois. Pendant ce temps, à l'aéroport de Roissy, un Chinois d'âge mûr débarque et demande à un taxi de le conduire à Belleville. On lui a demandé de retrouver une jeune compatriote arrivée dans le quartier et dont la famille est aujourd'hui sans nouvelles. De fil en aiguille, Freddy se trouve chargé de liquider cet homme. La nuit sera longue, très longue...
Unité de temps : une nuit. Unité de lieu : le quartier de Belleville, à Paris. Unité d'action : ça se complique... Dans ce polar urbain, l'apparent classicisme n'est qu'un leurre, et même si l'action tient en une alternative basique, tuer ou être tué, elle malmènera toutes les certitudes, à commencer par celles du héros. Pour sauver sa peau et échapper au sort cruel que lui promet le parrain chinois local, Freddy, homme de main d'une bande de truands polonais, doit abattre un autre Chinois de passage à Paris, M. Zhu. 


                 


Un premier volet laissait en suspens le destin des deux hommes. Le second les propulse dans une vadrouille à très haut risque qui va révéler, d'un côté les failles très humaines du tueur en puissance, de l'autre l'ambiguïté fantasque et la cruauté facétieuse de sa cible. Etonnant duo désaccordé, mais peu à peu complice pour faire sortir le récit de ses gonds...
Arnaud Malherbe raconte le quartier, ou plutôt sa face cachée, avec assez de détails sur ses trafics, la prostitution, l'exploitation des immigrés clandestins, les rivalités mortelles entre communautés, pour que le tableau, spectaculaire, ne cesse d'être plausible. Le dessin de Vincent Perriot, électrique, vibrant comme le serait un croquis pris sur le vif, est aussi apte au mouvement pur des scènes d'action (bastons violentes et exécutions expéditives) qu'à la description d'un décor (« marché aux voleurs », troquet miteux ou arrière-boutique « exotique »). Le trait pulse. On y mesure l'énergie vitale qui anime de bout en bout ce diptyque captivant.


               

Le scénariste de Belleville Story, Arnaud Malherbe, offre là une histoire de truands dans la plus pure tradition du genre. Belleville, quartier populaire, est un cadre idéal. En tout cas plus authentique que la plupart des décors de films hollywoodiens. Inutile d’en rajouter dans le moralisateur, les dessins de Vincent Perriot montrent la vie de ces habitants, des travailleurs de la nuit. Ces figurants semblent en permanence sur la brèche, entre le légal et l’illégal, juste pour vivre, sans jamais faire de vagues.
Belleville Story, tome 1, est une histoire mature. L’auteur ne cherche pas à transgresser ou choquer. L’œuvre ne sombre pas dans les clichés du genre, trop souvent épicé de façon artificielle par un déluge de sexe et d’hémoglobine. Cet album est juste adulte, fait par et pour des grandes personnes.
En refermant la bande dessinée, le lecteur est partagé. Doit-il se réjouir d’apprendre que le deuxième tome marquera la fin de l’histoire et répondra à toutes les questions laissées en suspens, ou regretter que la suite soit la dernière occasion de voir ce Belleville, à la fois rude et attachant ?
Bonus :

   

Belleville Story est un remarquable exemple d'une génération de raconteurs d'histoires qui a digéré les codes du cinéma, du manga et de la BD, pour aboutir à une approche hybride, formidablement efficace dans sa narration. On pense à Bastien Vivès entre autres, à tous ceux en tout cas qui nous forcent à passer outre un dessin qui n'est pas virtuose en apparence, mais dont la force de séduction éclate. Les 170 pages de cette intégrale sont impossibles à refermer, le road-movie de ses deux personnages principaux est fascinant de bout en bout. Le scénario d'Arnaud Malherbe trouve une déclinaison parfaite dans cette version BD, que les curieux chercheront à rapprocher de sa version téléfilm diffusée sur Arte, les deux ayant été développés en parallèle, sans interférence. L'album de Malherbe et Perriot n'a en tout cas besoin d'aucune référence pour exister. Il surprend autant par sa narration que par les surprises que réservent son scénario. Rien n'est habituel dans ce polar moderne et étonnamment moral. Il faudra jusqu'à la dernière page pour que le lecteur le comprenne tout à fait.
Source : http://www.planetebd.com/bd/dargaud/belleville-story/-/21683.html

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