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mercredi 7 janvier 2015

Mankiewicz

Licencié en lettres puis correspondant à Berlin du Chicago Tribune, Joseph L. Mankiewicz traduit des intertitres de films muets pour la UFA, compagnie de cinéma allemande. De retour aux Etats-Unis, il rejoint son frère à Hollywood et officie pour la Paramount en tant qu'écrivain dialoguiste. Il continue son apprentissage à la Metro-Goldwin-Mayer, et, à partir de 1936, il produit les films de John Ford et de Fritz Lang.
En 1946, Joseph L. Mankiewicz réalise son premier film, Le château du dragon, produit par Ernst Lubitsch. Cinéaste hors norme, il va à l'encontre des produits formatés de l'industrie du film à travers une vingtaine de réalisations aux personnages intelligents et profonds, et il cherche à explorer la vérité de l'homme. The ghost and Mrs. Muir (L'aventure de mme Muir, 1947) explore la solitude et la perte de l'être aimé à travers la rencontre fantastique de Gene Tierney, veuve éplorée, et de Rex Harrisson, fantôme d'un vieux loup de mer. Après le film policier (Somewhere in the night, 1946), Mankiewicz s'oriente vers le documentaire sociopsychologique : Houses of strangers (La maison des étrangers, 1949, avec Edward G. Robinson et Susan Hayward) démonte les rouages de la corruption par l'argent des rapports au sein d'une famille. En grand connaisseur d'Hollywood, il analyse dans un film brillant et bavard, All about Eve (1950, avec Bette Davis, Ann Baxter, Marylin Monroe et Georges Sanders), les rapports qu'entretient une grande actrice avec son entourage. 


                                       

La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa dans la version originale) est un film américain réalisé par Joseph L. Mankiewicz, sorti sur les écrans en 1954.
Lors de l'enterrement de Maria Vargas, Harry Dawes, metteur en scène à Hollywood voit défiler toute la vie de la défunte à partir du jour où il a fait sa connaissance. Par une série de flashbacks, nous assistons ainsi à la « découverte » de Maria alors danseuse dans un night-club de Madrid par le producteur Kirk Edwards et son équipe. D'abord réticente à l'idée de faire du cinéma, Maria se laisse finalement convaincre par Harry.
Nouveaux flashbacks : Maria est maintenant une star hollywoodienne qui a pris le nom de « d'Amata ». Encensée par le public, la jeune femme n'est pourtant pas heureuse et ne se sent guère à sa place. Elle retourne à Madrid pour défendre son père accusé d'avoir tué sa mère et victorieuse revient à Hollywood. Plus tard, courtisée par un milliardaire sud-américain Alberto Bravano, Maria quitte Kirk Edwards qui a exercé son autorité sur elle et part en croisière, l'ex-agent de presse de Kirk, Oscar Muldoon les accompagne. Oscar prend alors la parole dans le cimetière pour narrer leur voyage. Une querelle oppose Bravano à Maria dans un casino et la jeune femme le quitte en compagnie de son défenseur le comte Torlato-Favrini. Le comte prend en charge le récit et décrit l'idylle qui le noue bientôt à Maria, malgré la désapprobation de sa sœur aînée seule consciente qu'il n'est pas un homme comme les autres. Le mariage a lieu et le rêve de Maria semble se réaliser lorsqu'elle apprend la terrible vérité : blessé pendant la guerre, son mari est impuissant. C'est Harry qui raconte la fin de l'histoire : quelques mois après sa lune de miel, Maria revient se confier à son ami. Elle lui apprend qu'elle est enceinte d'un domestique et va l'avouer à son mari le soir même. Mais lorsque Harry inquiet arrive chez eux, le comte a tué Maria et son amant. À la fin de la cérémonie, Harry rentre chez lui : il aura « une bonne journée de travail » le lendemain.


                                  



En 1954, Mankiewicz s’affranchit de la tutelle des grands studios et fonde sa propre maison de production « Figaro Inc. », La Comtesse aux pieds nus sera la première production de Mankiewicz.
Le rôle de Maria Vargas fut proposé à Rita Hayworth, elle le refusa, ne désirant pas tourner sa propre biographie.

                                           


La Comtesse aux pieds nus ne pouvait être qu’un grand rôle féminin, et plusieurs actrices s’y intéressèrent aussitôt : d’abord Jennifer Jones, mais aussi Elizabeth Taylor et Yvonne De Carlo (qui prétendirent par la suite avoir refusé le rôle) ; on parla aussi de Joan Collins, Bella Darvi, Rossana Podestà et Paulette Goddard. Jennifer Jones passionnée pour le rôle, avait eu tout d’abord l’accord de son mari, le producteur David O. Selznick, mais celui-ci, après avoir lu le livre, s’opposa à ce qu’elle joue le rôle de Maria, sans doute à cause des ressemblances entre le personnage de Kirk Edwards et lui-même. Jennifer Jones tenta de se passer de l’avis de son époux et alla voir Mankiewicz, en pure perte. Linda Darnell qui fréquentait alors Mankiewicz, mit fin à leur relation quand il refusa de la faire auditionner pour le rôle de Maria. Mankiewicz voulait Ava Gardner : ce fut elle qui l’emporta.



Dès que cette œuvre fut en projet, des rumeurs coururent les milieux cinématographiques, vantant l’audace du sujet et prévoyant que le film ferait scandale. On disait que le nouveau scénario de Mankiewicz était basé sur des éléments autobiographiques de la vie de Rita Hayworth : les origines espagnoles, les débuts dans la danse et les changements de « look », ainsi que les similitudes de personnages entre Kirk Edwards et Harry Cohn, le directeur de la Columbia dont Rita Hayworth était la star, entre Alberto Bravano et Eddy Judson le premier mari de l’actrice, entre le comte Torlato-Favrini et le Prince Ali Khan le second mari de Rita, entre Oscar Muldoon et Johnny Meyer, le collaborateur privilégié d'Howard Hughes… Mankiewicz dut pourtant déclarer qu’aucun des personnages n’était réel.


                                          

« La vie se comporte parfois comme si elle avait vu trop de mauvais films. De ceux qui finissent trop à propos, trop nettement… quand tout s’arrange trop bien. Tel était le début, telle sera la fin : la fermeture en fondu identique à l’ouverture… Lorsque j’ai ouvert en fondu, la comtesse n’était pas comtesse. Ce n’était même pas une vedette nommée Maria d’Amata. Oui, quand j’ai ouvert en fondu, elle s’appelait Maria Vargas, et elle dansait dans un night-club de Madrid. » C’est par ces phrases énoncées par la voix rauque d’Humphrey Bogart que s’ouvre le film considéré comme un des chefs-d’œuvre de Joseph L. Mankiewicz, La Comtesse aux pieds nus, il y est à la fois le metteur en scène, le scénariste et le producteur.

« J’ai essayé déclara Mankiewicz, à propos du film, de faire un conte de fées qui corresponde à la vie d’aujourd’hui, une version amère de Cendrillon. Le prince charmant aurait dû, à la fin, se révéler homosexuel, mais je ne voulais pas aller aussi loin. » Joseph L. Mankiewicz .

« Certaines scènes de La Comtesse aux pieds nus ont été pour moi les expériences les plus merveilleuses de ma vie professionnelle, celle en particulier où je devais danser une espèce de flamenco, vêtue d’un pull moulant et d’une jupe en satin ordinaire, aguichant mon cavalier, l’attirant plus près de moi, me dérobant à son étreinte, me servant de mon corps pour le tourner en ridicule. Non seulement, j’étais de plus en plus fascinée par les rythmes romantiques du flamenco, mais c’était la première fois que je dansais dans un film, et je me suis entraînée tous les soirs, sur ces froids carrelages romains, pendant trois semaines entières. Nous avons tourné la séquence dans une oliveraie de Tivoli, loin de l’Espagne, avec une centaine de gitans frappant dans leurs mains tandis que le disque tournait sur un phonographe. Lorsque le phono a rendu l’âme, ils ont continué de taper dans leurs mains, et c’est cette prise que nous avons conservée. » Ava Gardner.


                               




La Comtesse aux pieds nus repose sur un paradoxe, celui d’une femme à la fois farouchement indépendante mais à la recherche d’un prince charmant. Joseph L. Mankiewicz le dira lui même par la suite, il a cherché à réaliser « une version amère de Cendrillon », à l’image de ces souliers que l‘héroïne ne porte pratiquement jamais, symbole de sa liberté. Au fond peu importe son destin tragique, Maria Vargas aura réussi à préserver son âme malgré les compromissions et les coups de sort pour devenir une des plus belles figures du cinéma.




                              

Il réalise une adaptation de Julius Caesar (1953) avec contre toute attente Marlon Brando dans le rôle titre. Il est son propre producteur à partir de 1954. Dans un Hollywood souvent taxé de misogynie, Joseph L. Mankiewicz revendique son amour des femmes : La comtesse aux pieds nus (1954) est un des plus beaux poèmes écrit avec une caméra à la gloire de la femme. En 1959, il adapte la pièce de Tennessee Williams, Suddenly last summer. D'un sujet scabreux complaisamment évoqué à la scène, il tire une analyse psychanalytique d'un conflit entre trois personnages, (interprétés par Elizabeth Taylor, Montgomery Clift et Katharine Hepburn). En 1960, il accepte de reprendre en main l'adaptation de Cléopâtre (avec Elizabeth Taylor, Rex Harrison et Richard Burton), abandonnée par Rouben Mamoulian à la suite de démêlés avec la 20th Century Fox. Pendant deux ans, il se bat contre l'énorme machine hollywoodienne, réécrit le scénario au fur et à mesure du tournage afin d'imposer sa griffe à ce film, en vain. Son nom figure au générique, mais il refuse que l'on mentionne ce titre dans sa filmographie. Après plusieurs années de silence, il revient en 1966 avec The honey pot (Guêpier pour trois abeilles) puis réalise en 1970 There was a crooked man (Le reptile), archétype du western ironique. Malgré les performances de Kirk Douglas et d'Henry Fonda, le film est incompris par le public. Mankiewicz fonde sa mise en scène sur le dynamisme de la parole. Dans Le limier (1972), un lieu clos et les échanges verbaux entre deux personnages (Laurence Olivier et Michael Caine) suffisent à composer un récital sur l'envers du décor social. Réalisateur intellectuel et sophistiqué, marginal, Joseph L. Mankiewicz occupe une place à part dans le cinéma hollywoodien.



                            

Le 7 janvier 1958, Suddenly, Last Summer, pièce en un acte de Tennessee Williams, démarre au York Theatre de Broadway. Les critiques saluent unanimement son traitement de sujets tabous comme l’homosexualité, la prostitution ou encore le cannibalisme. Tout naturellement, cette œuvre amorale attire l’attention d’Hollywood. Sam Spiegel, producteur de The Bridge on the River Kwai, en achète les droits d’adaptation et en confie la réalisation à Joseph L. Mankiewicz et l’écriture au duo Gore Vidal - Tennessee Williams. L’entreprise semble suivre le camino real, la voie royale, Katharine Hepburn, Montgomery Clift et Elizabeth Taylor composent une équipe d’acteurs de talent.
Si le projet brille de mille feux sur le papier, derrière la caméra et les décors du Shepperton Studios de Londres, la noirceur de cette histoire psychanalytique semble s’être emparée du plateau. La zizanie règne entre une Katharine Hepburn, récemment séparée de Spencer Tracy et déprimée par son rôle de mère froide et abusive, et un Mankiewicz qui s’acharne sur un Montgomery Clift à moitié paralysé suite à un accident de voiture survenu quelques mois plus tôt. Monty, sous l’emprise des médicaments et de l’alcool, éprouve des difficultés à retenir son texte et à se concentrer plus d’une demi-journée. De son côté, Liz Taylor subit le contrecoup de la disparition de son mari Mike Todd, décédé dans un crash aérien. L’équipe, au bord de la crise de nerf, menace de plier caméra et bagages à tout moment.
Le 22 décembre 1959, Spiegel gagne son pari, le film trouve son public et récolte trois nominations aux Oscar. Mankiewicz réalise un tour de force, il éclate littéralement la structure de la pièce de Williams. Il ne se contente pas de nous offrir une adaptation, il nous livre un film qu’il libère de son unité de temps et de lieu, une œuvre originale et terrifiante où se retrouvent les thématiques qui lui sont chères comme la recherche de la vérité et les relations interpersonnelles.


      
         
De vérité, il en est question tout au long du film, véritable enquête policière freudienne, whodunit story, où le médecin se substitue au détective afin de révéler un meurtre caché, un traumatisme ancré dans le subconscient qui va libérer le patient et lui permettre de retrouver sa santé mentale. Si le genre a donné lieu à plusieurs classiques du cinéma anglo-saxon tels que The Snake Pit, The Three Faces of Eve, Equus ou encore Sybil, c’est pourtant le cinéma muet allemand qui nous offrira le premier drame psychologique avec le Das Kabinett der Doctor Caligari de Robert Wiene en 1919, grâce, notamment, à la renommée grandissante de la psychanalyse. Avec Suddenly, Last Summer, Le Docteur Cukrowicz se lance dans une partie de Cluedo qui compte comme suspects une mère tyrannique, une aliénée et un poète énigmatique.


                                   


 Son enquête revêt une forme toute particulière; elle va nous révéler trois vérités, d’une part ce qui s’est passé ce fameux été de 1937, mais également qui se cache derrière le poète Sebastian et enfin certains éléments de la vie privée de Tennessee Williams. Car, nous le verrons, la pièce-film a tout d’une œuvre cathartique pour son auteur.
Le film s’ouvre sur une lobotomie pratiquée par le Docteur Cukrowicz. La modestie de sa clinique est flagrante comme en témoigne ce plan où un étudiant en médecine venu assister à l’opération fait tomber du plâtras en s’appuyant sur une rambarde. Le scalpel posé, le docteur se plaint de la vétusté des locaux auprès du Dr Hockstader , il menace de retourner pratiquer à Chicago. C'est à ce moment qu'il lui présente un courrier envoyé par une certaine Violet Venable, riche veuve qui souhaite faire appel aux talents du neurochirurgien. Mrs Venable souhaite qu’il opère sa nièce Catherine, jeune femme internée chez des bonnes sœurs depuis la mort, dans des circonstances obscures, de son fils Sebastian. Le chantage ébranle les deux médecins. Doivent-ils accepter l’argent afin de moderniser la clinique ou écouter Catherine et tenter de découvrir la vérité ?


                    



Cukrowicz se rend dans la demeure de la famille Venable, une bâtisse victorienne dans le plus pur style gothique. Il y rencontre Violet, ainsi que la mère et le frère de Catherine : les Holly. Tout ce beau monde souhaite ardemment que la jeune femme subisse l'intervention chirurgicale. Violet Venable, dame prude et élégante, arbore un diamant sur la poitrine ; la plus dure des pierres précieuses, symbole d’un cœur dur comme le roc. Pourtant, derrière cette façade de respectabilité, la maison abrite une véritable jungle, refuge de Sebastian Venable. Ce jardin tropical est à l’abandon, les plantes qui y poussent fanent et laissent deviner ce qu'il est advenu de leur jardinier attitré. Mrs Venable passe en revue chaque plante du jardin, les présentant par leur nom latin, une manière désespérée de rendre ordre et dignité à ce chaos végétal.

Une plante insectivore se tapit dans cette jungle : la Venus Flytrap, elle doit son nom à la déesse de l’amour. Les mouches qui la nourrissent proviennent de Floride, des insectes élevés à des fins d’expérience génétique. Ces mouches sexuelles comblent une passion dévorante. Le Dr Cukrowicz, chirurgien brillant, charismatique et glacial , dont le nom signifie sucre en polonais, représente la proie idéale. Violet se mue en véritable prêtresse quand elle lui brosse le portrait de son fils, jeune homme en quête de divin. Ses poèmes prennent rapidement des allures d’évangile. Une relation proche de l’inceste semble lier la mère et le fils. Seule Violet semble capable de satisfaire un Sebastian qui n’a jamais eu la force de se libérer de son cordon ombilical.
Tout le génie ludique de Williams se retrouve dans cette scène, car l'utilisation de chaque phrase est pesée. La mère d’Œdipe ne s’appelle-t-elle pas Jocaste ? Mot grec qui signifie violette... Williams fait référence au mythe solaire : le fils n’est autre que le soleil (son/sun), un dieu. Suddenly, Last Summer est bien un conte théologique.


               


La famille Holly est tout aussi terrifiante que la maîtresse des lieux. Mrs Grace Holly et son fils George sont, tout comme le docteur, liés par le terrifiant chantage. Ils ne pourront entrer en possession de leur part de l’héritage de Sebastian, qu’à la condition que Catherine subisse son intervention. Lorsque le Dr Cukrowicz rencontre Catherine pour la première fois, il découvre une jeune femme saine d’esprit, mais devenue amnésique et hystérique suite aux circonstances mystérieuses qui entourent le décès de Sebastian. Une perte de mémoire qui ne lui semble en aucun cas nécessiter des coups de bistouri...


Mankiewicz nous dévoile le mystère qui entoure les dernières heures de Sebastian dans une tragique scène finale. Le réalisateur use de la technique du flash-back pour nous expliquer, dans le présent, la signification du passé qui s’offre à nous au travers d’images discontinues, auxquelles viennent se greffer le visage de Catherine Holly. Ce film dans le film revêt un caractère onirique et symbolique. Catherine se revoit sur une plage de San Sebastian, elle sort de la mer telle Vénus, vêtue d’un maillot blanc offert par Sebastian. Un cadeau qui n’avait d’autre but que d’attirer les regards des jeunes gens du coin . Le blanc est également la couleur que choisit Sebastian lors de son dernier après-midi, son ultime cène. Le blanc représente la couleur sacrificielle. La vision et les paroles de Catherine en font un sacrifice rituel. Puis vient la chasse. 


                              



Catherine est attablée avec son cousin à une terrasse de la station balnéaire. Des jeunes garçons dépenaillés, moitié nus, jouent une sérénade grotesque et inaudible. Ces trompettes annonciatrices agacent le poète qui commet, selon Catherine, une erreur fatale : il somme le Garçon de café de les faire taire. Sebastian n’attend pas les coups portés aux jeunes mendiants et s’enfuit dans les rues de la ville. Pourtant, le cortège de flûtes et de guenilles retrouve Sebastian au détour d’une ruelle et le poursuit jusqu’au sommet du Cabeza de Lobo, la tête de loup (Golgotha), la célèbre montagne de la Bible. Commence le calvaire de Sebastian qui, pour avoir joué les dieux, se voit, comme dans les poèmes d’Aristote, puni par eux. L’allégorie christique est évidente, mais limitée.


 Sebastian n’est nullement un saint, car au contraire de ces bienheureux, il ne souffre aucunement pour autrui, nulle foi ne l’anime, seul l'intéresse son propre sort. Un lien unit néanmoins Sebastian aux saints : la souffrance comme élément exogène. Un schéma que l’on retrouve dans Night of the Iguana. Celui que l’on ne voit que de dos décèdera en martyr, tout comme Saint-Sébastien, il sera percé de flèches, faites de divers morceaux d’instruments de musique. La meute le frappe et pareille à un oiseau de proie, dévore des parties qui font bien évidemment référence à ses parties sexuelles. Le flash-back rétablit la mémoire et clôt le film.


                     



Catherine convainc le Dr Cukrowicz de son innocence. La jeune femme recouvre la raison tandis que Violet sombre dans la folie. Son éternelle jeunesse, sa grâce semblent l’avoir abandonné, comme nous le suggère Mankiewicz en nous offrant un gros plan de sa peau ridée. Violet se retire théâtralement, par l’ascenseur, porte de service de circonstance. Contrairement à la pièce, le réalisateur accentue cette idée de folie. Que ce soit au travers des aliénés que rencontre Catherine en s’aventurant à reculons dans les couloirs de l’asile ou lors de sa vision rédemptrice baignée de rayons d’un soleil aveuglant. Comme chez Platon, la lumière est porteuse de vérité. Un rayon mortel pour Sebastian et salvateur pour Catherine.


Tout comme Tennessee Williams, Sebastian est un poète, un créateur et un destructeur. Sebastian Venable et Tennessee Williams partagent également le même goût pour les garçons ; un penchant homosexuel que ne lui ont jamais pardonné les critiques, pas plus qu’ils ne lui pardonnèrent d’avoir écrit certaines pièces inférieures à d’autres. Williams est donc une victime sacrificielle. Enfin, la lobotomie n’est pas étrangère à la vie de Williams, en 1937 le poète rompt avec sa famille, lorsque sa sœur Rose, atteinte de schizophrénie , subit une lobotomie qui la laisse handicapée. C’est d’ailleurs à partir de ce jour qu’il transforme son nom Lanier en Williams en hommage à son grand-père. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/soudain-l-ete-dernier-mankiewicz

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