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mercredi 21 janvier 2015

La casbah de Pépé

Placé sous le signe du réalisme poétique, Pépé le Moko est aussi un film de gangsters à suspens. Il est l'un des premiers exemples du film noir français. Il s'inspire clairement du Scarface de Howard Hawks réalisé en 1932. Il utilise ainsi des ombres et des personnages en silhouette pour un créer un sentiment de menace. Le film comporte aussi quelques éclairs de violences. Le plus marquant étant l'exécution brutale d'un informateur, masquée par le bruit d'un piano mécanique.
La reconstitution en studio de la Casbah algérienne crée une atmosphère accablante, très évocatrice qui n'aurait probablement pas été mieux rendu si elle avait été filmée en décors naturels. Le film consacre Gabin comme héros tragique du réalisme poétique, un rôle qu'il monopoliserait dans presque tout le cinéma français des années 30 l'interprétation globale est d'ailleurs excellente. Le chanteur Fréhel apparaît dans une des scènes du film, entonnant les paroles d'une de ses propres chansons jouées sur un phonographe, "Java au son de l'accordéon".
Pendant la deuxième guerre mondiale, Pépé le Moko a été interdit par les autorités françaises comme trop démoralisateur. L'interdiction est immédiatement levée en 1945 et le film largement apprécié comme un chef-d'œuvre par la critique et le public. Le film ne figure plus aujourd'hui dans les palmarès que comme un exemple réussi du cinéma français des années 30. Julien Duvivier retrouve dans ce film Jean Gabin qu’il avait notamment dirigé dans La bandera, auquel Pépé le Moko emprunte son romantisme noir mais aussi son inscription dans un cinéma colonial alors en vogue. La Légion n’est guère présente ici, pas plus que dans Le grand jeu (Jacques Feyder, 1934), mais le rôle central exercé par les policiers français (René Bergeron, Paul Escoffier) illustre clairement le contexte politique et administratif, la casbah d’Alger leur apparaissant comme une zone de non-droit, labyrinthe codé et tribal qui leur échappe et sur lequel la domination occidentale s’exerce avec difficulté. 


          

Le début du film est d’ailleurs fascinant, semi-documentaire sur la casbah avec voix off insistant sur le dédale de ses ruelles et sa population bigarrée. Pourtant, les producteurs du film n’ont pas osé faire appel à des acteurs arabes, hormis quelques figurants. L’inspecteur Slimane, qui mène d’ailleurs un double jeu, est incarné par Lucas Gridoux, Français d’origine romaine, et si Inès (Line Noro), l’amie jalouse de Pépé, a une apparence orientale, son prénom a été francisé et il aurait été inconvenant, à l’époque, de montrer un couple mixte à l’écran. En fait, Julien Duvivier et ses scénaristes ont transféré le pittoresque de Montmartre et de Pigalle dans ce quartier musulman, mais c’est précisément ce décalage qui fait la saveur du film : les seconds couteaux (Gabriel Gabrio, Gaston Modot), le grand-père lettré (Saturnin Fabre), le mauvais garçon (Roger Legris) concurrencent de verve et d’excentricité, bien aidés par le dialoguiste, Henri Jeanson : « Tu peux jurer sur la tête de ton père, il a été guillotiné ! », lance Pépé au mouchard Arbi (Marcel Dalio).


               




Et quand l’indicateur Régis (Fernand Charpin, échappé de Pagnol) constate le fiasco de l’arrestation du truand, il remarque que « ce n’est pas une descente de police mais une dégringolade ». Cet humour de scénariste tempère la cruauté des situations. Car Pépé le Moko est aussi un très bon film policier (d’aucuns le comparent à Scarface) et un drame romanesque (l’idylle avec Gaby). C’est aussi, accessoirement, un film musical. Jean Gabin y pousse brièvement la chansonnette sur un air de Vincent Scotto ; et Fréhel, dans le rôle d’une chanteuse oubliée (ce qu’elle était dans les années 30), y interprète Où est-il donc ?, refrain nostalgique qui évoque le Paris de sa jeunesse. On ne saurait mieux résumer l’état d’esprit du film que par cette citation de Jacques Siclier qui y voyait « l’installation officielle, dans le cinéma français d’avant-guerre, du romantisme des êtres en marge, de la mythologie de l’échec », tendance qui se confirmera avec Le quai des brumes. On reste aujourd’hui frappé par la narration sans failles de Pépé le Moko, sa perfection plastique et le charisme exercé par son couple de stars : Jean Gabin y consolidait son mythe et Mireille Balin en demi-mondaine amoureuse a la classe d’une Marlene Dietrich. L’œuvre fut l’objet de deux remakes américains nommés Casbah, réalisés successivement par John Cromwell (1938) et John Berry (1948).


                             


Casbah (Algiers) est un film américain réalisé par John Cromwell, sorti en 1938.
Casbah est un remake américain de Pépé le Moko, film de Julien Duvivier sorti en 1937. De nombreux plans, décors et costumes sont identiques à ceux de l'original, mais le jeu est différent et une scène importante a été supprimée - la nostalgie de Tania, originellement interprétée par Fréhel et dont le rôle, repris par Nina Koshetz, est réduit ici à quelques répliques.
Les aventures de Pépé le Moko, voleur en cavale réfugié à Alger, petit maître de la casbah d'où il nargue gentiment la police française à sa recherche...
Ambiance moite, avec un Charles Boyer acceptable et une Hedy Lamarr intrigante qu'on suivrait presque avec lui jusqu'en enfer... J'aime beaucoup ces ambiances de colonies avec ce mélange improbable entre la population locale et tous les exilés du monde, avec ces cafés enfumés, ces ruelles innombrables, et par-delà la mer, l'inaccessible qui vous ronge comme un accès de malaria... Aaaah... C'était le bon temps !
John Cromwell fait le job, l'histoire est connue mais se déguste à nouveau sans trop de déplaisir, et puis, dix minutes plus tard, on l'oublie pour repenser au film de Duvivier, et à Gabin, impérial dans ses jeunes années... Alors, on se demande vraiment s'il était nécessaire de faire un remake de cet excellent film à peine un an après, surtout que pour une fois, à cette époque, les français avaient joliment du métier, et n'avaient aucunement à rougir face au savoir-faire hollywoodien.


   

Cette adaptation américaine de Pépé le Moko ne déçoit pas; tout au contraire, elle s'impose par la qualité du jeu de ses acteurs notamment le charismatique Charles Boyer et la fascinante Hedi Lamarr et aussi par une mise en scène parfaitement maîtrisé. Le film brille aussi par son romantisme sombre et envoûtant qui culmine tragiquement vers un amour impossible. 
Un bon remake du grand classique de Julien Duvivier Pépé le Moko. Même si il est vrai que dans l'absolu, ce film n'apporte pas énormément à l'original, il n'en reste pas moins de qualité. Il faut dire que le scénario est tellement bon à l'origine qu'il semble difficile de pouvoir faire un film ne serait-ce que moyen. 


                                  

John Cromwell n'est quant à lui peut être pas Duvivier derrière la caméra, mais sa mise en scène se révèle toutefois sérieuse et appliquée. Au niveau du casting, c'est en revanche plus ingéal. Autant on peut considérer que la sublime Hedy Lamarr, Gene Lockhart et Joseph Calleia font jeu égal avec leurs prédecesseurs Mireille Balin, Charpin et Lucas Gridoux, Alan Hale, fort bon acteur au demeurant, n'arrive pas à égaler la mythique performance de Saturnin Fabre, tout comme le jeune homme inteprétant l'Arbi, qui n'arrive pas à retrouver le coté minable et pathétique du gigantesque Marcel Dalio. Enfin, Charles Boyer offre une performance radicalement différente de celle de Jean Gabin, avec une présence incontestablement moins grande, mais un charisme et une élégance plus importants. ( Allociné)

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