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vendredi 2 janvier 2015

Jules Berry

Nous voilà en 1908. Jules Berry se produit au théatre Antoine («La mort du duc d’Enghien» de Léon Hennique), à l’Ambigu, à l’Athénée («Roger-la-honte», «L’Arlésienne»). Il se rend à Bruxelles pour tenir le rôle principal du vaudeville bruxellois, «Le mariage de mademoiselle Beulemans». Il pense y rester 15 jours, il ne rentrera que 14 années plus tard. En 1914, engagé volontaire, il se retrouve chauffeur d’un certain André Maginot (celui de la fameuse ligne). Courageux et/ou inconscient, risque-tout pour le sûr, il sauve la vie d’un officier en le ramenant à l’abri, malgré la mitraille. Il recevra la Croix de Guerre pour cet acte héroïque. Mais il est temps pour lui de retrouver Paris. Charlotte Lysès, la première Mme Guitry, le recommande auprès d’Alfred Savoir, un auteur à succès qui va lui offrir des rôles à sa mesure : «Banco», «Le garçon d’étage», «Lui», «Quick», «Bluff» et «Baccara», jusque dans une opérette «La chauve-souris» ! Très vite, il devient la coqueluche de Paris. Elégant, portant cape et chapeau, il a tout d'un vrai dandy. Les critiques le comparent à un feu d’artifice. On parle de son aisance, de sa gestuelle virevoltante, c’est un acrobate des mots, un séducteur. On souligne le naturel de son jeu, comme s’il improvisait les répliques. Ce qui n'était que la vérité : Jules n’apprenait jamais ses rôles, mais ceux de ses partenaires; lui improvisait, ce qui fera dire à Renée Saint‑Cyr : "Il ne jouait pas la comédie, il était la comédie". On imagine par contre, combien il était difficile d’être son ou sa partenaire. Ses rôles étaient choisis de façon à ce qu’ils collent parfaitement à l’acteur. Joueur, dites-vous ?


                           

Par ailleurs, Jules plaît aux dames, et il sait y faire ! A cette époque, il rencontre une jeune première de 25 ans, Jane Marken. Pour la séduire, il rompt avec Yvonne Harnold avant d'offrir à l'objet de sa convoitise une magnifique Hispano-Suiza ! La belle se laisse tenter. Leur liaison durera 13 ans. Mais bientôt, la limousine, dilapidée dans quelque casino, est remplacée par une torpédo plus modeste, tout aussi rapidement perdue sur un tapis vert ! Jane, fascinée, se montre indulgente ; Sous son influence, Jules reprend le piano, se rapproche de sa famille, prend son neveu Nano (le fils de Jo) comme chauffeur et secrétaire, tout en le “sobriquant” affectueusement d’un catégorique “ Ptit con ”. Mais à force d’attendre une stabilité qui ne viendra jamais, Jane estimera un jour " … avoir assez ri !", comme elle l’écrira sur son mot d'adieu. Jules ne reste pas seul très longtemps. Suzy Prim, sa partenaire dans de nombreux films et pièces, prend la relève. Ils vivront ensemble trois années de passion violente, faites de disputes souvent prolongées sur la scène., la valse des Rolls, offertes et aussitôt perdues, rythmant leur existence commune. L’argent n’a jamais été un problème pour notre joueur invétéré. Il sait toujours où trouver une main généreuse pour le sortir du pétrin, ou bien il s’en tire par une pirouette, allant jusqu’à menacer ses créanciers d’être exclus du “tirage”, une loterie par laquelle Il choisisait les prochaines créances qu’il déciderait d’honorer !


               

Pour de nombreux cinéphiles, Jules Berry reste le diable inoubliable, séduisant et machiavélique du film de Marcel Carné et Jacques Prévert, «Les visiteurs du soir» (1942). Du premier, il avait déjà foulé le plateau de «Le Jour se lève» (1939), entre Jean Gabin et Arletty



                             

Les Visiteurs du soir est un film fantastique français réalisé par Marcel Carné.
C' est un des fleurons du cinéma français. Il est sorti le 5 décembre 1942, sous l'occupation, à une époque où il suffisait d'un rien pour qu'un film soit censuré. C'est pourquoi les cinéastes cherchaient une échappatoire dans le passé ou dans des pays merveilleux. Ce film offre un compromis des deux : l'action est censée se dérouler au quinzième siècle, sans que le spectateur sache où, mais il s'agit d'un pays étrange dans lequel magie et diableries sont monnaie courante.
Lorsqu'on regarde ce film aujourd'hui, et c'est pour moi son charme principal, on est étonné par la sobriété des effets spéciaux. Dans cette histoire, Marcel Carné et les acteurs suggèrent le fantastique au lieu de le montrer explicitement. Comment Dominique s'y prend-elle pour arrêter le temps ? Pas d'images de synthèse ni de brèche dans l'espace-temps : elle prend simplement son luth, gratte un accord et le monde s'arrête autour d'elle. Comment reprend-elle son apparence féminine ? La caméra fait un gros plan sur ses jambes croisées, et on voit une longue robe qui tombe doucement jusqu'à les recouvrir. Comment Gilles ressuscite-t-il l'ours du saltimbanque ? Il tient la chaîne de l'animal mort dans ses mains, et soudain la chaîne se tend. On comprend alors que l'ours vient de réintégrer son collier. Système "D" (l'arme suprême des Français en ces temps difficiles) et talent des acteurs palliaient la faiblesse de la technique de l'époque, sans que le film en pâtisse. Comme quoi les millions de dollars alloués aux budgets "effets spéciaux" ne font pas toujours tout...


             
   
                       
Un autre des points forts des visiteurs du soir est sa distribution. Les acteurs de l'époque connaissaient leur métier et pouvaient quasiment tout jouer. Arletty joue à la perfection son rôle de femme fatale dont le seul but est de perdre les hommes qu'elle arrive à séduire. Marie Déa est la pureté et la gentillesse personnifiées, une sorte de dame à la licorne. Quant à Jules Berry, monstre sacré s'il en fut, il incarne un Diable plus effrayant et plus méchant que nature.



                              

Le troisième atout du film est son esthétique : la beauté des décors et des costumes, ainsi que la douceur et la poésie qui émane de chaque scène. Tout semble avoir été joué au ralenti, comme dans un rêve. Même la scène de tournoi dans laquelle Hugues tue Renaud est exempte de toute violence. Pour suggérer la mort de Renaud, point de flots d'hémoglobine mais une simple goutte de sang qui vient troubler l'eau de la fontaine dans laquelle Anne et le Diable observent la joute. On peut se demander si ce décalage par rapport à la réalité n'était pas un moyen de dépayser encore un peu plus un public qui avait tant besoin d'évasion. Imaginez : un pays dans lequel on peut manger et s'habiller à sa guise sans tickets de rationnement, un pays dans lequel on ne croise pas des soldats à chaque coin de rue, un pays dans lequel on ne fusille personne. Pour les spectateurs de 1942, il s'agissait vraiment d'un film fantastique dont l'action se déroulait dans un autre univers.

                             

Jules Berry vivait pourtant déjà la seconde moitié de sa carrière cinématographique, même si, par nécessité “alimentaire”, il se trouva souvent obligé d’ accepter des rôles bien légers et niais à souhait !
Sa première apparition remonte à 1908, dans un film muet de Louis Gasnier, «Tirez s’il vous plaît», dont il ne nous reste plus grand chose d'autre que le titre. Vingt ans plus tard, sous la houlette de Marcel L’herbier, il apparaît dans «L'argent», une adaptation du roman d'Emile Zola : tout un programme !
Suivent plusieurs compositions que nous qualifierons généreusement d'amusantes, comme «Quick» de Richard Siodmak (1932), «Arlette et ses papas» ou «Une femme chipée» (1934) d’après une pièce de Louis Verneuil. En 1935, «Le crime de Monsieur Lange», sous la direction du tandem Jean Renoir/Jacques Prévert, l'oppose de manière plus consistante à René Lefèvre. La même année, sur le tournage de «Jeunes filles à marier», il fait la connaissance de Josselyne Gaël, qui lui donnera "… le plus grand des bonheurs", celui de devenir le papa d’une petite Michèle (1939). Avec Josselyne, il partagera la même affiche dans 8 longs métrages dont «Monsieur Personne» (1935), «Un déjeuner de soleil» (1937), «Son oncle de Normandie» (1938), «L’an 40» (tourné cette année là !), «Chambre 13» (1943).


                            

La sympathique «Famille Duraton» (1939) a le mérite de mettre face à face deux monstres sacrés, aussi différents soient-ils : Jules Berry et Noël-Noël. «Le voyageur de la Toussaint» (1942) lui offre comme partenaire le tout jeune couple Jean-Desailly/Simone Valère, dans une intrigue où plane l’ombre des puissants notables de La Rochelle. Avec "La symphonie fantastique", biographie romancée d'Hector Berlioz, Christian-Jaque lui offre un rôle de critique antipathique qui lui sied à merveille !
En 1942, «Marie-Martine», une jeune fille perdue (Renée Saint-Cyr), voit sa vie livrée en pâture à un lectorat de vieilles filles par un romancier sans scrupules, le Jules Berry tel qu'on aime le haïr ! En 1949, Pierre Brasseur et Erich von Stroheim, qui le rejoignaient dans l’extravagance, composent avec lui l'authentique «Portrait d’un assassin» rehaussé par la présence de la troublante Maria Montez et de la non moins piquante Arletty. Evoquons son partenariat avec Fernandel, dans des tourlourades qui auront réussi à faire sourire les spectateurs sans qu’ils soient dupes de la légèreté de ces oeuvrettes : «Les rois du sport» et «Hercule» en 1937, «L’héritier des Mondésir» en 1939. Et n'oublions pas qu'il fut, malgré son âge avancé, un «Arsène lupin détective» (1937) de bonne facture.


               



Le crime de monsieur Lange qui marque le début de la collaboration de Jean Renoir avec le Parti communiste porte pourtant en lui les raisons de l’échec final de ce compagnonnage. C’est que Renoir est resté anarchiste et que le personnage de Batala montre la supériorité de l’individu sur le collectif.
Quand il réalise en 1935, Le crime de monsieur Lange, Jean Renoir est déjà un réalisateur célèbre et célébré. Certes, ses plus grands chefs d’œuvre – La grande illusion (1937), La règle du jeu (1939) – viendront peu après mais le film est intéressant en ce qu’il marque le début de son compagnonnage avec le Parti communiste. Celui-ci sera relativement long s’étendant sur quatre années jusqu’à La bête humaine (1938) et connaîtra ses temps forts avec La vie est à nous (1936) et La marseillaise (1938). Mais, in fine, celui-ci s’avèrera un échec. Ce que je voudrais montrer ici c’est que le premier film de cette série porte en lui les raisons mêmes de ce demi-ratage. En effet, Renoir qui a auparavant développé des tendances anarchistes prononcées – notamment avec l’exceptionnel Boudu sauvé des eaux (1932) – montre, sans le vouloir, que cette forme d’esprit ne s’accorde guère avec une pensée communiste affirmée.


   
           
Il faut tout d’abord remarquer que Le crime de monsieur Lange – sans atteindre dans ce domaine au sommet de Boudu sauvé des eaux – est un film fortement iconoclaste. Certes, il fait éclater toutes les valeurs d’une société bourgeoise et on pourrait penser que cela le rapproche de vision communiste du monde. Mais, le film va trop loin et remet tout en cause concernant les fondements d’une morale collective. Ainsi, le crime qui donne son nom au film restera impuni et l’idée d’une justice populaire qui sauve Lange (René Lefèvre), si elle est n’est pas totalement étrangère à une pensée communiste, pourrait tout aussi bien être partagée par un système de pensée fasciste. Quant au jeu amoureux, il exprime une aimable badinerie – qu’on retrouvera, de manière beaucoup plus subtile et développée, dans La règle du jeu – qui est loin d’un système de valeurs bien construit tel que le modèle communiste le développe.

 Surtout, Jean Renoir – et ses personnages – va jusqu’à se réjouir de la mort d’un enfant en couches. Bref, on est bien dans un système de pensée qui ne respecte rien surtout pas la religion comme le montre l’assassinat d’un Batala (Jules Berry) habillé en prêtre. Tout cela n’est certes pas en opposition totale avec le communisme mais on reste beaucoup plus proche de l’anarchisme habituel de Jean Renoir. De plus, celui-ci n’hésite pas à développer un propos qui – par la bande – s’inscrit en opposition avec celui auquel il dit adhérer. Ainsi, Lange est bien loin de rêver de l’Union soviétique. Au contraire, son imaginaire le porte aux Etats-Unis et il connaît la célébrité en écrivant les aventures d’un cow-boy, Arizona Jim. Quant aux forces du capital, si elles sont vues sous un jour particulièrement noir avec le personnage de Batala, elles peuvent être très sympathiques comme c’est le cas avec celui de Meunier fils (Henri Guisol) – jeune oisif ayant hérité – qui aide les héros. Ainsi, les valeurs de solidarité ne sont donc pas liées, pour Renoir, à la classe sociale.



                                         

Ces quelques éléments suffiraient à dire que Le crime de monsieur Lange n’est pas véritablement un film communiste mais il y a plus. En effet, c’est au moment où il se voudrait le plus explicitement communiste que le film finit par l’être le moins et ce comme si Renoir n’arrivait pas à cacher la distance entre ce qu’il voudrait dire et ce qu’il finit par montrer. En fait, c’est le hiatus entre l’homme tel qu’il se pense – c’est-à-dire communiste – et l’artiste qui ne peut être tu. Ainsi, Jean Renoir veut montrer la supériorité d’une organisation autogérée, collective et solidaire, la coopérative créée par Lange et ses amis sur une entreprise classique telle qu’elle existe avant lorsqu’elle est dominée par Batala.

Le problème est que, dans le film, Batala est le seul personnage véritablement intéressant. Plus encore, il écrase le film de sa personnalité. Certes, l’extraordinaire composition de Jules Berry est pour beaucoup dans la réussite de ce personnage. Mais, il n’en reste pas moins que c’est celui-ci qui fait la réussite du film de Jean Renoir, chacune de ses apparitions étant attendue par le spectateur. Bien sûr, les personnages qui forment la coopérative sont bien sympathiques et certains ont même une dimension pittoresque qui les rend attachants tel ce militaire en retraite (Marcel Lévesque) à moitié alcoolique qui radote et tient souvent des discours assez réactionnaires. Il n’empêche. Devant le spectacle de la coopérative, on s’ennuie assez et le spectateur, à l’annonce de la première mort de Batala, s’inquiète du spectacle qui lui est alors proposé.



                     


Quant il revient, habillé en prêtre, traversant une rue avant de s’arrêter devant un kiosque à journaux – où il ne manquera pas, fidèle à lui-même, d’escroquer la vendeuse –, c’est un soupir de soulagement qui ne manque d’être poussé. Enfin, après une phase de pure guimauve, le film retrouve son souffle car son vrai héros est de retour. Le problème, c’est que s’il n’est pas rare qu’un personnage totalement négatif phagocyte une œuvre, on n’est pas là dans le cas du Tartuffe de Molière ou du personnage de Don Salluste dans le Ruy Blas de Victor Hugo. Batala est certes un salaud mais il ne figure pas véritablement le mal absolu et on ne peut même pas vraiment totalement le détester. Celui-ci est si séduisant qu’on éprouve pour lui, malgré tout, une certaine sympathie. Aussi, si à la question de Lange « si je vous tuais, qui vous regretterait ? », Batala répond – à juste titre, sans doute – « Mais les femmes, les femmes », on pourrait, en tant que spectateur, ajouter « Mais le public, le public ». Aussi Jean Renoir finit-il par montrer, sans probablement qu’il ne s’agisse d’une volonté de sa part, la supériorité de l’individu sur le collectif, le premier donnant un personnage de cinéma infiniment plus intéressant que le second, qui n’offre qu’une masse de personnages indifférenciés.


Parmi ces derniers, Lange en est, bien sûr, l’archétype. Et celui-ci, certes bien sympathique, avec ses rêves d’enfants, son honnêteté foncière et ses difficultés avec les femmes, est avant tout profondément fade. Pour accéder à une vraie personnalité, il lui faudra ainsi tuer Batala. Et, dans cet acte, on est une nouvelle fois bien loin d’un discours communiste. Au contraire, on est beaucoup plus proche de problématiques dostoïevskienne ou nietzschéenne où l’on s’interroge pour savoir si un être d’exception peut avoir le droit de vie ou de mort sur ses semblables. On est là – même si le film se contentera d’effleurer cette idée – au cœur des questions fondamentales de morale posées par la mort de Dieu alors que le communisme propose, in fine, une commode idéologie de substitution qui est bien loin de résoudre ces graves problèmes. Toujours est-il que la fin du film offre, en creux, une réflexion encore une fois plus proche de l’anarchisme, voire du nihilisme, que du communisme.



Ainsi dans cette première rencontre avec le communisme, Jean Renoir finit-il par dire – ou plutôt montrer – le contraire de ce qu’il voulait affirmer. Certes, sa collaboration avec le Parti se poursuivra – on l’a vu – quelques temps encore mais elle semble déjà vouée à l’échec. J’y vois une raison fondamentale : il n’y a pas, pour moi, de solution de continuité entre son anarchisme et le communisme. Aussi Renoir finira-t-il par se désintéresser de la politique. Il évoluera même plus ou moins vers la droite étant à deux doigts de tourner un film, à la fin des années trente, pour le régime fasciste italien avant de s’exiler aux Etats-Unis. Mais le phénomène important sera bien qu’il ne s’intéressera plus guère à la politique. Le film qui porte trace de cette rupture est assurément son chef d’œuvre, La règle du jeu. Ce qui fait, entre autres, la qualité de ce film est que son auteur est alors dans un état de confusion par rapport à sa représentation du monde quand celui-ci est lui-même en plein bouleversement. Par la suite, si Jean Renoir signera quelques grands films (Le fleuve en 1949, French Cancan en 1954), il n’y développera plus jamais de pensée politique, restant sans doute marqué par l’échec de son compagnonnage avec le Parti communiste. Et pour en revenir et en finir avec Le crime de monsieur Lange, on pourra affirmer que si celui-ci n’est sans doute pas une œuvre maîtresse de son auteur, il n’en est pas moins un excellent film et ce, sans aucun doute, grâce à ses contradictions qui lui évitent d’être un mauvais objet de propagande. 


                                   

Avant de tirer sa révérence, le 23 avril 1951, à l’Hopital Broussais, d’une crise cardiaque, Jules Berry avait enregistré, pour la radio, des poèmes de Jacques Prévert. Il repose depuis au cimetière Père Lachaise mais l’histoire ne dit pas si l’on a pu exaucer son voeu : être déposé dans un cercueil en forme de sabot !

1 commentaire:

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