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jeudi 22 janvier 2015

John Boorman

C'est en 1965 qu'on  propose à John Boorman de diriger son premier long métrage de cinéma, Sauve qui peut, un sujet mince et banal qu'il sauve de la médiocrité par une réalisation très inventive. Il revient au documentaire de télévision l'année suivante en réalisant The Great Director, un long métrage consacré au grand cinéaste D.W. Griffith pour lequel il professe une grande admiration. C'est en se livrant à des recherches aux États-Unis sur les copies des films de Griffith encore existantes qu'il rencontre le producteur Judd Bernard. Celui-ci lui donne à lire le mauvais script d'un film policier qu'il compte produire avec Lee Marvin dans le rôle principal. De retour à Londres, John Boorman fait la connaissance du comédien américain venu tourner Les douze salopards (Robert Aldricht) en Angleterre. Les deux hommes s'entendent fort bien et tombent d'accord immédiatement sur la conception du personnage central du film projeté par Judd Bernard. Grâce à l'assentiment sans condition donné par Lee Marvin et le soutien de Margaret Booth, directrice du département de montage à la M.G., John Boorman réalise donc son premier film américain. Le point de non retour sera salué par la critique unanime comme un brillant renouvellement plastique du "thriller" noir traditionnel.


                             

C'est toujours grâce à l'appui fidèle de Lee Marvin que Boorman enchaîne presque aussitôt avec Duel dans le pacifique curieux film dédramatisé sur la rencontre dans une île déserte du Pacifique durant la guerre de deux soldats, l'un Américain, l'autre Japonais.
Puis, Boorman rentre à Londres pour signer Leo the last, une fable satirique profondément humaniste jouée par Marcello Mastroianni. La Warner Bros lui confie alors l'adaptation d'un roman de James Dickey qui deviendra le fameux Délivrance, "un voyage dans le passé de l'Amérique ", selon ses propres dires, entièrement tourné sur les rives sauvages de la rivière Chattooga dans lequel il exprime par des images fortes et sans concession, toute son horreur de la violence qui dégrade l'homme.
Grand lecteur et fervent amateur de Science-Fiction, John Boorman rêve depuis longtemps d'adapter Le Seigneur des Anneaux de R.R. Tolkien, mais les producteurs ont toujours reculé devant le coût énorme de l'entreprise. Pour combler sa frustration, le cinéaste réalise en Irlande le très controversé Zardoz, une fable d'anticipation pessimiste dont il a écrit le scénario original à la suite d'un songe.

A l'origine, Délivrance est le premier roman écrit par James Dickey (1923-1997), entre 1962 et 1970. Dickey a collaboré à l'adaptation de son roman avec Boorman, et l'a même jalousé de s'être approprié son oeuvre en faisant preuve de trop d'inventivité. L'écrivain joue aussi l'un de ses personnages, en incarnant le shérif Bullard grimaçant et suspicieux. Le film ne reprend pas la première partie du livre, dans laquelle le narrateur, Ed, nous parle de sa vie de citadin et du profil de ses trois amis si dissemblable: Lewis le surhomme, Bobby le bon vivant et Drew l'intellectuel. La dernière partie du roman, le retour à la ville et l'annonce par Ed à la femme de son ami Drew que celui-ci est décédé, a aussi été supprimée. Il ne reste que le périple en canoë, la confrontation avec la nature.
Le mythe de la nature idyllique, accueillante, où l'on peut se ressourcer, est bien mis à mal. Les quatre hommes vont vivre un enfer, comparable à la sauvagerie que l'on pourrait endurer dans le monde dit civilisé. A ce sujet, il est impossible de parler de Délivrance sans mentionner la scène dont tous ceux qui ont vu le film se souviennent. Mise à part celle du duo hallucinant entre une guitare et un banjo, il s'agit du viol homosexuel commis par un homme des bois contre Bobby. Jusqu'à ce film, le cinéma ne montrait que des agressions sexuelles dirigées contre des femmes. Pour la première fois, on voit un homme se faire violer, et les images sont encore plus terribles que la description contenue dans le livre. Si la scène du viol de Ving Rhames est aussi puissante dans Pulp Fiction (1994), Quentin Tarantino le doit principalement à l'oeuvre terrifiante de Boorman. Burt Reynolds, dans le rôle de Lewis Medlock, a décroché ici l'un de ses meilleurs rôles. Son charisme est exceptionnel, et l'on pense dès le début que c'est lui qui mènera la danse.


   

Il se présente comme une sorte de Superman, un meneur hyper viril, qui croit en son corps et à sa parfaite harmonie avec la nature. Or, au beau milieu du récit, il se casse pitoyablement la jambe dans les rapides et, à partir de là, n'est plus qu'un poids mort pour ses amis. La nature le rejette! Il ne reste plus à Ed, le bon père de famille, qu'à reprendre le flambeau et se dépasser pour que le groupe survive aux agressions des rednecks, de la nature hostile. Dans le livre, les rapports entre Ed et Bobby s'enveniment, le premier doutant de plus en plus de la loyauté du second, cette tension est moins rendue dans le film, les deux hommes semblent rester davantage soudés dans le marasme.Des photos circulent, celles d'une scène où l'on voit les trois survivants de retour à la civilisation, Ed, Bobby, et Lewis. Ce dernier a deux béquilles sous les bras et porte une affreuse veste à carreaux. Au premier plan, le shérif, interprété par Dickey, soulève un drap pour montrer un corps aux trois amis. Peut-être s'agit-il du corps de Drew? En tout cas, la version européenne du film ne contient pas ce passage...par Yannick Vély



                             

La grande force de la musique de Délivrance est d’être anachronique dans un univers hollywoodien encore habitué aux débauches orchestrales surpuissantes, aux inflations de cuivres et de cordes devancées par des arrangements sophistiqués. Pour Délivrance, un banjo et une guitare seront les seuls instruments à se partager la bande son. Un véritable camouflet à l’esthétique hollywoodienne !
En visionant le film, on remarque plusieurs détails qui ne trompent pas : un générique sans musique, ce qui est extrêmement rare, et quelques interventions à la guitare et au banjo. Ces interventions musicales sont si discrètes – hormis la scène du duo avec l'enfant banjoïste - qu’elles sont le plus souvent couvertes par les sons de la nature (dans de nombreuses scènes, les chants d’oiseaux et les bruits des torrents jouent un rôle bien plus important que la musique en soulignant l’aspect sauvage des lieux). L'évocation musicale du duo guitare/banjo intervient dans les premières minutes du film *, quand les quatre cadres supérieurs d’Atlanta interprétés par Jon Voight, Ned Betty, Ronnie Cox et Burt Reynolds arrivent, après un long chemin en terre, jusqu’à une ferme isolée qui fait office de station-service.
Là habite des autochtones. Des montagnards quelque peu consanguins. Les quatre paisibles citadins, qui sont venus chercher quelques sensations fortes en descendant la rivière en canoë, sont en quête de conducteurs susceptibles de descendre leurs véhicules en aval de la rivière.
Alors qu’il accorde sa guitare, Drew Ballinger (Ronnie Cox) entend des notes de musique furtives. Il remarque alors un jeune garçon aux traits inexpressifs et à l’attitude distante muni d’un banjo (Billy Redden **). Drew tente alors de se rapprocher de l’enfant en jouant quelques notes sur sa guitare… Source et suite : http://www.cadenceinfo.com/delivrance-dueling-banjos.htm


                

Zardoz : un titre énigmatique pour un film philosophico-sociologico-SF calibré se déroulant entièrement dans un futur post-apocalyptique dont on ne verra que trois ou quatre scènes (le gros de l’action se déroulant dans un Eden paradisiaque).
Tout commence avec une tête de statue mal incrustée volant sur fond de nuage le tout soutenu par une interprétation énigmatique de la septième symphonie de Beethoven. Un texte précise que l’action se déroule en 2293 mais ne parle ni de guerre nucléaire ni d’épidémie, dommage.
D’abord tout est au premier degré, depuis l’intrigue qui se veux allégorique jusqu’aux décors en passant par les dialogues où on parle pêle-mêle d’inconscient, de philosophie, du paradoxe de l’immortalité, de l’homme qui a eu tort de vouloir s’élever au-dessus des lois de la nature, de potentiel reproductif et de nécessité de conserver la culture sous forme de statuettes en plâtre dans des sacs de plastique. Dit comme ça ce n’est pas drôle, mais la philosophie pratiquée par des jeunes filles peu vêtues, au regard halluciné, s'exprimant en voix off et agitant frénétiquement les doigts les bras tendus prend tout de suite un autre visage. Mais ce ne serait rien si tout le film n’était pas monté comme un clip psychédélique.
Ainsi, lors d'une scène, des femmes peu pudiques transmettent toutes les connaissances humaines à Z en l’allongeant sur une table et en le caressant (enfin, c’est dur de voir ce qui se passe exactement). Défile alors une sorte de clip kaléidoscopique à base de stock-shots de plancton et de miroirs multi-facettes. On entend différentes voix réciter des vers dans pas moins de trois langues différentes, on observe des femmes aux décolletés provoquant (une constante) sourire et tournoyer avec de l’écho et, pour montrer qu’il n’y a pas que de l’art mais aussi des sciences, on voit même défiler en surimpression une intégrale simpliste (ben oui, intégrer un polynôme c’est pas difficile). En fait je crois que l’idée du film était de faire quelque chose de si obscur et abscons, mélangeant tellement d’éléments philosophiques atrophiés, de références culturelles rachitiques et de sacs en plastique transparents, qu’un ignare total puisse penser : « ce film est vachement profond, je ne l’apprécie pas parce que je ne suis pas érudit ».


             
     
Certaines scènes sont des morceaux d’anthologie : voir Sean Connery en string se balader à l’intérieur d’une tête volante remplie de femmes stockées dans des sacs en plastique (une obsession thématique) est quand même quelque chose de fort. De même, j’ai aussi adoré le passage « déchirage de sac poubelle transparent » avec l’assistance médusée par l’exploit. On les sens bien se dire « zut ! ce type est capable de déchirer un blister d’emballage, en pique-nique il doit savoir ouvrir un sachet de chips sans les dents » ou encore « décidément le metteur en scène abuse de léchage de grenouilles hallucinogènes ».


Mention spéciale aux élues immortelles, aussi nombreuses que peu vêtues, qui ne savent même pas ce qu’elles veulent et demandent à la fois à Z, la brute bestiale venue du monde extérieur, de les tuer et de les féconder (on se demande dans quel ordre).
Une dernière recommandation avant de visualiser le chef-d’œuvre (car vous allez forcément le voir, n’est-ce pas ?) : n’oubliez pas de bien observer les décors dignes d’une boutique de chiromancienne retapée par une midinette amatrice de reproductions en balsa de statues grecques. C’est tellement cheap et hétéroclite qu’on peut supposer que TOUT le stock de l’accessoiriste y est passé.


                


La première fois que j'ai vu Zardoz lors d'une diffusion sur le câble, je me suis dit "voilà un gros nanar". La deuxième fois, j'ai commencé à me poser des questions : certes il y a Sean Connery en string dans une tête sculptée géante qui vole, mais n'y a-t-il pas tout de même quelque chose de plus consistant derrière ? Après le troisième visionnage, je me suis dit "P'tain... c'est pas si mal en fait".
Sans non plus exagérer en y voyant un chef-d'oeuvre, Zardoz ne mérite pas le qualificatif de nanar selon moi. Pour commencer, il est techniquement impeccable et même plus que ça. 

Nous avons affaire à un réalisateur, à des acteurs et à une équipe technique parfaitement qualifiés avec en particulier une maîtrise de l'éclairage et de la prise de vue supérieure à la moyenne ; sur ce plan le film est inattaquable (sauf pour l'effet spécial de la tête volante, mais nous sommes en 1973). Mais alors pourquoi Sean Connery en string-cuissardes ?
Cela tient au thème même du film qui traite de l'absurdité d'une vie qui n'aurait pas de fin. Le film joue sur les deux sens du mot "fin" qui désigne un arrêt, mais aussi un but. L'immortalité est donc une vie sans but et sans signification, ce qui est la définition même de l'absurde. Au cinéma, la forme et le fond sont indissociables et mon opinion est donc que l'esthétique complètement barrée de Zardoz sert en fait à porter le propos du film en créant une atmosphère d'absurdité omniprésente qui soutient et renforce les thèmes du scénario.


                                 


Un pur ovni comme en ont beaucoup produit les années 70, et qu'il s'agit donc aussi de replacer dans son contexte : celui d'une époque où les sociétés occidentales basculent dans l'ère post-moderne en s'interrogeant plus que jamais sur leur devenir (craintes écologiques, remise en cause du consumérisme etc.). Le problème de Zardoz, c'est que Boorman tente d'y coller pêle-mêle plusieurs niveaux d'interprétation confus et parfois contradictoires, ce qui donne un scénario qui a tendance à partir dans tous les sens sans qu'on comprenne trop ce qui se passe.


Par ailleurs, toute la réflexion métaphysique présente dans Zardoz se double d'un hommage appuyé à la virilité de Sean Connery. Bien sûr ce n'est qu'une théorie personnelle, mais j'ai la conviction qu'aucun autre acteur n'aurait eu droit au même traitement : Sean Connery en string-cuissardes-moustache-torse velu brandissant un gros revolver, Sean Connery possédant sauvagement une jeune femme prisonnière d'un filet, Sean Connery tirant une charrette tel un mulet, Sean Connery fécondant sans relâche toutes les femmes du Vortex à la suite et surtout Sean Connery dont le simple contact fait renaître le désir chez les "apathiques" (façon détournée de suggérer qu'il ferait bander un mort).
En résumé, Zardoz n'est certes pas un très bon film. A force de trop en vouloir et de tenter d'aborder trop de thèmes en même temps, le film se perd et devient confus, illisible. Toutefois, il serait injuste de le qualifier de nanar car je suis convaincu que le kitsch incroyable des décors, des costumes et de certaines séquences est, sinon volontaire, du moins assumé. Zardoz est drôle mais comme peuvent l'être, toutes proportions gardées, les pièces du théâtre de l'absurde. Source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-zardoz-zardoz.html

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