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mercredi 7 janvier 2015

Curd Jürgens

En 1935, Curd Jürgens débute au cinéma dans «Königwalzer", de Herbert Maish (dont la version française est parallèlement réalisée par Jean Grémillon), une comédie musicale comme le cinéma allemand en a tant fait et comme le jeune premier en tournera beaucoup durant les quinze premières années de sa carrière. Signalons tout de même son apparition dans le film de Dietlef Sierck (le futur Douglas Sirk), «Zu Neuen Ufern/Paramatta, bagne de femmes»Le 15-6-1937, Curd épouse enfin Lulu. En 1940, sa popularité est très grande. Bénéficiant de l'exemption accordée aux comédiens par le régime hitlérien afin d'entretenir le moral des troupes, le jeune acteur est dispensé de servir aux armées. Un peu plus tard, pour avoir trop souvent refusé de tourner des films de propagande (ou, selon d'autres sources, pour lui avoir répondu de manière impertinente), le sinistre Dr Goebbels fait interner l'acteur dans un camp de concentration en Hongrie ! En 1944, durant le tournage de «Jeunes filles de Vienne», il rencontre l'actrice Judith Holzmeister. Divorçant de Lulu en 1947, il épouse la jeune femme le 16-10-1947. Les tourtereaux vivent ensemble une période de grand bonheur, pratiquant leur métier dans des troupes ambulantes. Le couple divorcera toutefois en 1955. Son attitude réservée sous le régime nazi fait de Curd Jürgens un interprète inévitable dans les nombreuses comédies allemandes de l'immédiate après-guerre. 


                               

Il tint successivement dans ses bras toutes les jeunes actrices allemandes encore présentables: Irene von Meyendorff («Eine kleine Sommermelodie», 1944…), Kathe Dörsch («Das Kuckucksei», 1959), Judith Holzmeister («Haus des Leben», 1952…), Eva Bartok («Der letzte Walze», 1953…), Sonja Ziemann («Liebe ohne Illusion», 1955…) , Maria Schell («Der Schinderhannes», 1958…), … Sa carrière nationale culmine en 1955, lorsqu'il interprête le fameux «Général du Diable» d'Helmut Kaütner et «Les rats» de Robert Siodmak. De cette partie de sa filmographie, peu connue chez nous, j'ai bien aimé le plus tardif (1960) «Le joueur d'échecs» de Gerd Oswald, avec Claire BloomEn 1950, Curd Jürgens réalise son premier film de long métrage, «Prime sur la mort», qui lui vaut une petite renommée internationale et notamment américaine. Il reviendra à la réalisation en 1951 pour «Gangsterpremiere»Comme un producteur le convainc de tenter une carrière à l'étranger, il (ré-) apprend rapidement plusieurs langues européeennes. C'est ainsi qu'en 1954, il apparaît dans le film de Carlo Ludovico Bragaglia, «Orient-Express», tourné en un charmant technicolor, avec Eva Bartok (déjà sa partenaire l'année précédente).


                          

Le Général du Diable (Des Teufels General) est un film allemand de Helmut Käutner, sorti en 1955.
En décembre 1941, alors que l'offensive en Russie marque le pas devant Moscou, le General der Flieger Harry Harras, héros de la guerre 1914-1918, est intendant dans l'armée de l'air allemande. Homme charmeur et bon vivant, au service de l'Allemagne, il ne cache pas son mépris pour les SS et les membres du parti nazi. Lors d'une fête en l'honneur de l'Oberst Eilers qui reçoit une décoration, Harras fait la connaissance de la jeune Dorothea. Ils se sentent immédiatement attirés l'un pour l'autre. Il converse en privé avec l'industriel Mohrungen, tous deux s'inquiètent des accidents inexplicables du dernier modèle de bombardier. Plus tard dans la soirée, le SS-Gruppenführer Schmidt-Lausitz tente en vain d'obtenir le ralliement de Harras.
Dans la nuit, l'Oberst Karl Oderbruch, l'ingénieur en chef de Harras, avertit ce dernier qu'il va être arrêté et lui conseille de fuir. Celui-ci rejette ses avertissements et rentre à son appartement, où il est effectivement arrêté par la Gestapo. Il est emprisonné sans raison officielle, et est soumis à une torture psychologique. Les SS font de son cas un exemple, pour dissuader toute opposition dans les rangs de l'armée. Au terme de quatorze jours de détention, Harras ressort changé, prenant conscience qu'il a conclu un pacte fatal avec le diable en acceptant des postes importants au nom d'un patriotisme qui a perdu tout son sens. Ce pacte est pour lui rompu, d'autant que Hitler a entre temps déclaré la guerre aux États-Unis, et que par conséquent il n'y a plus d'espoir pour l'Allemagne.


         


Apprenant la mort d'Eilers aux commandes d'un des bombardiers du nouveau modèle, Harras est décidé à tout tenter pour trouver la cause des accidents. Il se rend à l'aérodrome pour effectuer personnellement un essai de l'appareil, et découvre qu'Oderbruch a volontairement caché un défaut de conception. Car l'ingénieur, heurté par la folie hitlérienne, est résolu à nuire au développement d'armes qui ne peuvent que prolonger la guerre au bénéfice du régime. Pressé par Schmidt-Lausitz de démissionner, ce qui reviendrait à admettre sa culpabilité, ou de livrer le saboteur, Harras cache la vérité et, se sachant perdu, agit ultimement contre les nazis en s'emparant d'un des bombardiers, qu'il précipite contre le poste de commandement de l'aérodrome. Averti des événements, Himmler adopte la version de l'accident et ordonne la tenue de funérailles nationales.


                                        

Ce bon film de guerre sur fond de drame, mis en scène efficacement par Helmut Käutner (l'un des principaux rèalisateurs allemands de l'après-guerre avec Wolfgang Staudte, notamment), imposa en fait l'excellent Curd Jürgens en 1955! Ce fut "Des Des Teufels General" (plus connu sous le titre français "Le gènèral du diable") qui s'inspirait de l'histoire rèelle d'Ernst Ludet, as de l'aviation allemande de la Première Guerre Mondiale, refusant durant la Seconde Guerre, d'organiser l'aviation nazie et qui se suicida par la suite! Faux antimilitarisme ? Le message de Käutner est ambigu et prudent, de même que la lourde satire sociale du "Capitaine de Köpenick" l'annèe suivante ou l'anticommunisme primaire de "Ciel sans ètoile" la même annèe! Les puristes apprècieront [...] Une oeuvre allemande à dècouvrir où Jürgens se montre particulièrement convaincant en Gènèral Harras... 


               

En 1955, il fait sa première apparition dans le cinéma français, aux côtés d'Yves Montand et Maria Félix, dans le film d'Yves Ciampi, «Les héros sont fatigués». En 1956, quadragénaire séduisant, il rivalise de charme avec Jean-Louis Trintignant pour conquérir la nouvelle coqueluche française, Brigitte Bardot dans le film de Roger Vadim, «Et Dieu créa la femme». On le sait, le jeune loup l'emportera … Plus intéressant est le face à face qui l'oppose à Folco Lulli dans le film réussi d'André Cayatte, «Œil pour œil». Nous le reverrons, en 1959, souverain aux tempes grisonnantes, séduire la toute jeune Romy Schneider dans le «Katia» de Robert SiodmakLe 13-8-1955, coeur insatiable, Curd épouse Eva Bartok. Amours bavaroises et bucoliques, dont l'actrice hongroise se lasse rapidement et qui se termine également par un divorce (10-11-1956). 


               


Saint-Tropez. Juliette, orpheline de 18 ans, d'une beauté sensuelle et involontairement provocante, a été recueillie par les Morin, vieux ménage sans enfants. Éric Carradine, la quarantaine séduisante, propriétaire d'une boite de nuit tourne autour d'elle. Mais elle est amoureuse d'Antoine Tardieu qui dirige, avec sa mère et ses deux frères Michel et Christian. un petit chantier naval. Comprenant qu'Antoine ne voit en elle qu'un passe-temps, elle se refuse à lui. Menacée d'être renvoyée à l'orphelinat, elle accepte d'épouser Michel, son amoureux transi.
Antoine travaille maintenant avec son frère pour le compte d'Éric. Son retour provoque des tensions entre les deux frères. Antoine sauve Juliette de la noyade alors que son bateau a pris feu. Ils deviennent amants. Michel l'apprend. Folle de honte, Juliette s'enfuit mais Antoine s'oppose à son frère lorsqu'il veut la retrouver, ils se battent violemment, Michel a le dessus.
Michel retrouve Juliette dans une boite de nuit où elle danse un cha-cha-cha effréné. Éric est là... Michel sort un revolver de sa poche. Éric tente de lui faire comprendre que sa femme l'aime encore malgré les apparences mais il tire, blessant légèrement Eric. Michel gifle Juliette violemment, elle ne dit rien et se laisse emmener par celui qui désormais sera le seul homme de sa vie.


          


"Et Dieu créa la femme est un film sensible et intelligent ; c’est un film typique de notre génération, car il est amoral (refusant la morale courante) et puritain (conscient de cette immoralité et s’en inquiétant)".
A l’instar de cette critique de François Truffaut dans Les Cahiers du cinéma, la réception du film en France fut plutôt tiède. Les journalistes reprochaient la facilité du sujet et le choix des acteurs, hormis Jurgens. Ils jugeaient Bardot sans indulgence, trouvant qu’elle avait le verbe traînant et l’articulation douteuse. Du coup, l’exclusivité des salles des Champs-Élysées ne dura que la moitié du temps prévu par le contrat. Par contre, les États-Unis réservèrent un accueil triomphal au film.


                                      

Ceux-ci étaient probablement en avance économiquement et sociologiquement ayant connu le développement impressionnant de la consommation de masse de l'après guerre. L’électroménager en pleine expansion libérèrent la femme d’un certain nombre de contraintes. Dans un tel contexte, les mentalités évoluèrent rapidement. Ainsi, les tenues provocantes de Brigitte Bardot surprirent moins les spectateurs que sa volonté de jouir sans entraves. Faisant fi des travaux ménagers, elle imposait une nouvelle féminité à la recherche de son plaisir, et en particulier de sa liberté sexuelle. Les codes moraux vacillants et les censures s’assouplissant progressivement, B.B. devient donc l’incarnation d’un rêve collectif, la réponse à une attente non formulée d’une nouvelle génération de consommateurs.



Juliette, le jeune personnage campé par Brigitte Bardot, trouve sa raison d’exister dans la jouissance de la vie. Aimer, sortir et danser, sans plus de malice, sont ses plaisirs. Ainsi dans la première scène une voiture décapotable s’arrête devant la porte d’entrée d’un pavillon. L’homme qui la conduit, Carradine en descend et se dirige vers la terrasse où sèche du linge. Derrière un drap Juliette, est étendue, nue. Mme Morin se rend compte que son mari a, lui aussi, profité du spectacle offert par Juliette. Juliette secoue ainsi la morale du village et provoque l’hostilité de son entourage.


                                               


Bien qu’antérieur à l’apparition de la pilule (légalisée en France en 1967), Et Dieu créa la femme préfigure également la révolution sexuelle des années 1960-1970. Plus spécifiquement, Juliette affronte la place traditionnelle accordée à la femme, illustrée dans le récit par le choix qui lui est posé entre le pensionnat et le mariage, tous deux assimilés à un moyen de restreindre sa liberté. Ce personnage libéré – qui fit tout autant scandale que la sensualité de son actrice – illustre le phénomène naissant de la remise en cause de la morale qui mènera à la contestation des valeurs traditionnelles dans les années 60 (Lors du mariage, Juliette abandonne les réjouissances pour faire l’amour avec son époux).


                                        




L'année suivante, Curd Jürgens et Eva Bartok jouent les amoureux sur la Croisette. La même année, l'acteur obtient la Coupe Volpi au festival de Venise pour ses interprétations dans «Der Teufels General/Le général du Diable» et «Les héros sont fatigués», déjà évoqués. La carrière américaine de Curd Jürgens débute brillament, en 1957, dans le film réalisé par l'acteur Dick Powell, «The Enemy Below /Torpilles sous l'Atlantique». Un an plus tard, la superproduction de Mark Robson, «L'auberge du sixième bonheur», lui permet de donner la réplique à Ingrid Bergman, tandis qu'Edward Dmytryk lui offre le rôle du professeur Rath dans le remake du film mythique qui révéla Marlene Dietrich, «L'ange bleu»En 1958, Curd Jürgens est l'un des acteurs les mieux payés au monde. Le 14 septembre, il épouse la jeune Simone Bicheron, mannequin français. Le couple s'installe dans la dernière demeure de Curd, au Cap Ferrat. Il se séparera en 1977.
Source : http://www.encinematheque.net/acteurs/H22/index.asp


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