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mardi 6 janvier 2015

Bruno Letort

Compositeur, guitariste, homme de radio sur France Musique, producteur et désormais directeur d’ARS MUSICA, Bruno Letort repousse les limites avec une ardeur vivifiante, toujours avide d’être surpris… Si certains affirment connaître la chanson, ce découvreur recherche dans la musique les expressions les plus imprévisibles de ce que tout artiste porte en lui et ignore encore. Cet inassouvi agit avec une obsession joyeuse et persévérante. Mi Héraclite (« Le temps est un enfant qui joue au trictrac. Ce royaume est celui d’un enfant. »), mi Gargantua, entre sagesse et gourmandise…
Sa démarche évoque les univers de bande dessinée de François Schuiten : on y retrouve la démultiplication d’un même élément sous différentes formes et différents plans.


                                


Notre rencontre est pourtant le fruit d’un hasard. La tour et La fièvre d’Urbicande m’avaient bien sûr fasciné dans mon adolescence. Mais je n’y songeais plus consciemment… jusqu’à ce que j’imagine Mégapoles, pour quatuor à cordes. J’avais collecté des sons à des heures précises de la journée dans six grandes villes du monde : New York, Londres, Paris, Moscou, Bombay et Tokyo, et demandé à six compositeurs de chacune d’entre elles d’écrire une pièce pour quatuor à cordes, comme autant de cartes postales sonores. bonus :
http://fictions.franceculture.fr/emission-fictions-samedi-noir-la-frontiere-invisible-2015-01-03#



                                 



Il me manquait une ville imaginaire. Et j’ai repensé à Urbicande. François m’a accueilli chez lui à Schaerbeek et m’a invité ensuite à composer une illustration sonore pour une de ses expositions. C’était en 1998 et nous n’avons plus cessé de travailler ensemble depuis : l’exposition universelle d’Aichi au Japon, L’affaire Desombres à Grenoble, le Transsibérien au Parc du Cinquantenaire pour Europalia, des conférences musicales avec improvisations textuelles et sonores…





                                  


On confond trop souvent modernité, contemporanéité et complexité. Tout ce qui est complexe serait moderne, tout ce qui est simple ne le serait pas. Je crois que ce discours dogmatique est dépassé. La simplicité du discours peut reposer sur une démarche différente remarquable, en adéquation avec son temps : en cela, elle est moderne, contemporaine. Est-il impossible d’aimer Dialogue de l’ombre double de Boulez et Tabula rasa d’Arvo Pärt ? Je ne crois pas, je ne le crois plus. La contemporanéité est faite de multiples facettes. Et la complexité ne suffit pas à définir la modernité.




                                



J’espère que le Festival remettra en cause les a priori d’écoute.
J’ai d’abord voulu trouver des salles qui n’avaient pas l’habitude d’accueillir de la musique contemporaine. Leur nombre est étonnant au prorata de la population bruxelloise. Recyclart ou L’Ancienne Belgique sont des lieux incroyables ! 
La Tentation, par exemple, est extraordinaire. Ses coursives sur plusieurs niveaux m’ont inspiré un projet marathon pour 2016 : quatre à cinq heures de musique mise en scène par des magiciens, des illusionnistes et des comédiens au service de la musique. Je crois en l’imprévisible.





               

ARS MUSICA 2016 s’appellera Le Pays du Sonore Levant : nous accueillerons des solistes japonais d’instruments traditionnels pour lesquels des compositeurs belges seront invités à composer des concertos. Nous espérons faire venir Ryūichi Sakamoto, monter un projet de ciné-concert autour du Ran de Kurosawa. Nous imaginons imaginer un concert de Musiques Nouvelles avec des dessinateurs en direct, un mangaka et un dessinateur de BD belge…
La musique contemporaine a eu tort de mépriser tout un temps le spectaculaire. Or, dès que l’on monte sur scène, on donne à voir un spectacle ! Propos recueillis par Isabelle Françaix – Septembre 2014



1 commentaire:

  1. http://brusel-deluxe.com/boutique/exclusivites/bruno-letort-le-monde-sonore-de-francois-schuiten/

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