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mercredi 7 janvier 2015

Anne Francis

Lorsque la petite Anne lloyd Francis vint au monde le 16 Septembre 1930 à Ossining dans la proche banlieue de New-York, non loin de Sing-Sing, ses parents Philippe et Edith furent éblouis d’avoir mis un aussi ravissant chérubin au monde, même si, le moment était mal choisi. Autour d’eux le monde s’écroulait, le crash de 1929 n’en finissait plus de jeter des cohortes de chômeurs dans les rues et les cadavres des finaciers qui s’étaient jetés des fenêtres de leurs immeubles en faillite n’étaient pas encore tout à fait refroidis! Était-ce bien une époque pour un enfant? les parents de la petite Anne étaient frappés eux aussi par la crise qui engloutissait tout un monde. Trouver de quoi se nourrir devenait un problème, quand la douce petite créature aurait-elle droit aux jolies poupées, aux robes à froufrous que sa beauté méritait? Etait-ce à elle de payer les erreurs de ceux qui l’avaient précédée sur cette terre? Plus tard elle se souviendra avoir eu envie depuis toujours d’un petit chien ou d’un petit chat et qu’avoir un animal était tout simplement impensable pour la famille qui arrivait déjà à peine à subvenir à ses besoins sans s’encombrer d’un animal. Plus tard encore, les vaches maigres oubliées, on ne verrait plus jamais Anne sans son quatre pattes préféré à côté d’elle! Si la vie n’avait pas été si compliquée et si difficile, il ne serait jamais venu à l’idée d’Edith de proposer sa fille à ces agences de mannequins enfants dont la mode faisait rage depuis le début du siècle et qui allait bientôt connaître une fulgurante apogée nommée Shirley Temple! Mais enfin, sa petite Anne était si sage, si éveillée et si délicieusement belle, il ne se passait pas un jour sans que les voisins, les commerçants ou les passagers du métro s’ébaubissent sur l’enfantine beauté. Edith prit sur elle, tenta l’aventure et poussa la porte d’une de ces agences. 


               


Elle fit bien! Sa petite Anne conquit tout le monde et à cinq ans son frais minois s’affichait sur de nombreuses publicités et si la famille n’était toujours pas riche, grâce au petit trésor, on mangeait, on dormait on habitait, bref on vivait décemment! Elle n’avait que dix ans lorsqu’elle fut sollicitée par un théâtre de Broadway! On avait besoin d’une ravissante petite fille et elle était assez connue pour que le directeur du théâtre demande à la rencontrer! Elle aura dix-sept ans lorsqu’Hollywood fera appel à ses services! La guerre était terminée et les films de « jeunes » étaient à la mode. La MGM principalement était à l’affût de tout nouveau frais minois pour compléter un team qui comptait déjà Debbie Reynolds, Elizabeth, Taylor, June Allyson, Judy Garland et quelques autres jouvencelles qui marquèrent moins l’histoire comme Gloria de Haven ! Anne débuta dans l’ombre humide et glorieuse d’Esther Williams en personne! Anne Francis était plus que belle, et bientôt son grain de beauté serait presque aussi célèbre que ceux de Marilyn Monroe et d’Elizabeth Taylor. Mais pour avoir affronté si tôt les difficultés de la vie et avoir été mise « sur les rails » de la vie professionnelle à cinq ans, il y avait quelque chose de dur, de décidé, de téméraire dans ce visage qui parfois laissait filtrer une étrange fermeté qui rendait ses traits de doux ange inquiétants. Et qui, reconnaissons-le, lui permettait d’échapper à la mièvrerie! On trouvera la même chose chez Janet Leigh. Ajoutons à celà que si Anne avait la taille la plus fine d’Hollywood, le plus ravissant minois de jeune fille en bonne santé, elle avait aussi une poitrine opulente que l’on s’attendait plus à trouver chez Mamie Van Doren, ceci achevant de troubler les esprits et brouiller les étiquettes! Hollywood ne sut donc en toute objectivité pas trop que faire de la délicieuse Anne Francis qui s’essouffla vainement à la recherche du vrai beau grand rôle qui ferait d’elle une star inoubliable à jamais pour tout cinéphile qui se respecte. Elle n’eut pas la chance de Janet Leigh déifiée par Hitchcok et Orson Welles. Son plus haut fait de gloire cinématographique sera, ne l’oublions pas, un « film de martiens », « Planète interdite », plus destiné à amuser les enfants un jeudi après-midi pluvieux que d’ouvrir à son actrice la voie royale vers les Oscars!


                             


Voix-off d’intro du film : "Au cours de la dernière décade du 21ème siècle, des hommes et des femmes à bord de vaisseaux-fusées se posèrent sur la lune. En 2200 après Jésus-Christ, les humains avaient atteint les autres planètes de notre système solaire. Presque à la même époque eut lieu la découverte de l’hyper-énergie grâce à laquelle la vitesse de la lumière fut d’abord égalée, et ensuite largement dépassée. C’est ainsi que l’humanité entreprit enfin la conquête et la colonisation de l’espace interplanètaire."
2257. Le croiseur des planètes unies C57D, après une année de vol, arrive en vue de Altaïr 4. La mission de l’équipage du commandant Adams est de trouver les survivants d’une expédition scientifique arrivée sur la planète vingt ans auparavant. De l’équipage du Béléphoron il ne reste plus que le Dr Morbius, qui tente vainement par radio de les dissuader d’atterrir. Le commandant suit néanmoins ses ordres et, à l’arrivée du vaisseau, l’équipage est accueilli par un étonnant robot envoyé par Morbius.Première incursion de la MGM dans ce genre cinématographique, Planète interdite fut le premier film de science-fiction tourné en couleurs et en Cinémascope, et le premier film tous genres confondus (excepté peut-être certains films « expérimentaux ») à proposer une musique entièrement synthétique. Production ambitieuse pour l’époque, Planète interdite contribuera largement à donner ses lettres de noblesse au genre et marquera à jamais son évolution (Star Trek par exemple qui débutera 10 ans plus tard n’aurait sans doute jamais existé sans Planète interdite).


                                       
   

On tient là une réussite artistique à tous points de vue. Les superbes matte paintings et les décors grandioses (le film fut intégralement tourné en studio) font aujourd’hui encore grandement le charme de Planète interdite. La musique synthétique à l’ambiance si particulière qui fut supervisée par John Cage (le pape de la musique expérimentale) reste toujours aussi inquiétante et singulière. Un grand soin fut apporté aux effets spéciaux (la création du monstre fut confiée aux animateurs du studio Disney) et si à la vue des derniers progrès de l’animation par ordinateur on peut esquisser un sourire, le charme opère toujours autant.



Si beaucoup de temps et d’argent ont été consacrés aux effets spéciaux et à tout ce qui fait l’habillage du film, il est heureux de constater que, contrairement aux erreurs récurentes du cinéma « actuel », ces investissements n’ont pas été faits au détriment du scénario. Le propos moral du film reste plutôt confus mais la diversité des thèmes qu’il soulève le rend intensément riche. Inspiré de La Tempête de Shakespeare, le scénario du film emprunte tout autant à la psychanalyse freudienne. Le docteur Morbius, en enrichissant ses connaissances à travers les vestiges d’une civilisation brillante, cherche à s’affranchir de la bête qui est tapie dans l’homme, à faire prendre définitivement le dessus à l’esprit sur le corps, à abolir le subconscient. Sur cette planète vierge de toute société, il a bâti un monde idéal pour sa fille Alta.


                  


Celle ci, dans une image de paradis originel, parle une langue que comprennent les animaux. Elle perdra cette faculté en même temps qu’une partie de son innocence, Morbius le démiurge paiera quand à lui le prix de son blasphème.
Walter Pidgeon incarne brillament le charismatique Docteur Morbius, et c’est avec un plaisir immense qu’on se laisse guider dans la mémorable visite des installations de la civilisation Krell. Ann Francis qui joue le rôle de Alta est délicieuse de fraîcheur, et reste aujourd’hui l'une des plus charmantes jeunes premières de l’histoire du cinéma. Et comment ne pas mentionner le sémillant Leslie Nielsen à l’aube d’une carrière qui ne le destinait peut-être pas uniquement aux Naked Gun… Modèle de sobriété (si si !), Nielsen incarne à merveille le héros positif de cette aventure.


                      

              
Mais la vraie star du film est incontestablement Robby le robot. Capable de synthétiser n’importe quelle matière, de l’émeraude au whisky, parlant 188 langues, dialectes et sous-langages, Robby marqua profondément les esprits. Il sera crédité en tant qu’acteur sur un autre film : The Invisible Boy (1957) et on ne compte plus aujourd’hui ses apparitions aussi bien à la télévision qu’au cinéma. On cultiva le secret concernant la présence ou non d’un acteur dans la carcasse métallique, et Robby fut même interviewé par France Roche lors de la sortie du film en France.

Si le film reste toujours aussi magique pour le spectateur qui le découvrent aujourd’hui, ce n’est pas uniquement dû à l’avance qu’il avait sur son temps ni à son statut, à posteriori, de film matrice. Planète interdite émerveille toujours autant car il est l’incarnation même d’une certaine idée de la science-fiction, la vision idéale qu’on se fait du cinéma de SF classique : naïf et poétique, grandiose et délicieusement désuet. Pour le cinéphile qui découvre le film aujourd'hui, Planète interdite est un fantasme réalisé.


                                         

Heureusement qu’elle trouva meilleur matériau à défendre et à  se mettre sous le talent à la télévision. Pour son autre malheur, hormis le fait que les génies d’Hollywood ne prononcent pas son nom dans leur sommeil, Anne Francis ne fut pas non plus de celles qui avides de publicité font un évènement avec un rien et en profitent pour envoyer les photos de leur dernier bikini avec elle dedans à toute la presse. Anne s’était mariée fort discrètement en 1952 avec un certain Bamlet Lawrence Price jr mais avait repris sa liberté au bout de trois sans sans faire plus de tapage en divorçant qu’en prenant mari. Elle tentera sa seconde expérience matrimoniale en 1960 avec Robert Abeloff, médecin de son état épousé à Las Vegas. « Je me suis laissée enlever déclara-elle aux journalistes incrédules et cette fois elle tint un an de plus dans les rets conjugaux avant de reprendre une liberté définitive en 1964. Le 21 Mars 1962, sa petite Jane Elizabeth était née et avait fait d’elle une maman comblée. En 1970 elle réussira la prouesse d’adopter, bien que célibataire une seconde petite fille: Margaret. En 1968, Anne était déjà une vétérane lorsqu’on lui proposa un rôle, second, certes, mais excellent dans « Funny Girl » où elle jouerait une grande star de chez Ziegfield pendant que Barbra Streisand jouerait Fanny Brice. 



                                               


Un lion dans les rues (A Lion Is in the Streets) est un film américain réalisé par Raoul Walsh, sorti en 1953.
Tu peux tromper un homme un certain temps, tu peux tromper un temps certains hommes mais... Ah, un bon vieux film à morale bien lourde, pourquoi pas ? C'est James Cagney qui mène le bal en petit colporteur fort en gueule capable de déclencher des chaînes de solidarité, capable de lever les foules, capable de faire des compromis, de gros compromis, capable d'être plus manipulateur et opportuniste qu'un Zemmour (Zemmour, zémusoif - c'est la poilade du jour) - en une phrase comme en cent capable d'aimer du fond du coeur une femme, mais deux aussi... Lui, gouverneur, il ne laissera jamais tomber les petites gens... mais avant même d'être gouverneur, il les trahira...
On connaît Cagney, on connaît ses petits numéros : plein de bagout pour plaire aux femmes, prêt à se mettre sur la pointe des pieds pour les embrasser, prêt à sortir son sourire ravageur pour séduire les foules, prêt à monter sur les tables pour qu'on distingue au moins le bout de ses doigts levés au ciel, prêt à gueuler à la terre entière mais je vous aime putain... Il est aussi producteur du bazar donc Dieu sait qu'il a l'occasion d'en faire des caisses... La vraie bonne nouvelle en fait au niveau du casting, c'est la présence de l'incarnation des blés bien mûrs, la sublime Anne Francis qui campe le rôle de la méchante enjôleuse - elle est blonde, mais ce sera elle qui révèlera la première la face sombre du James, incapable de s'accrocher à ses fameux principes aussi bien humanistes que sentimentaux. J'aime ma femme, vrai de vrai, ne me tente pas, je sais que tu es croustillante comme un bol de céréales au petit matin mais... oh et puis merde, après tout... 


       
                               

On sent que la machine à gagner Cagney (il a tous les pauvres gens dans sa poche, il parle tellement bien à leur place) peut rapidement s'enrayer (Walsh jouera la carte de "l'embourbement" dans ses options métaphoriques). La scène la plus fracassante quand même c'est celle où le James traîne un accusé mourant au tribunal : l'autre il meurt on the spot mais putain le pitbull Cagney continue d'aller jusqu'au bout pour le faire innocenter... Mieux vaut un innocent mort qu'un vivant coupable - mouais bof, je vais prendre la seconde option quand même. Il y a aussi une jolie petite saynète, celle où Cagney vend définitivement son âme (temps orageux, teint bleu du gars) à un type qui nourrit ses petits poissons : sympathique petit travelling sur la série d'aquarium pendant que Cagney se fait appâter comme un vulgus petit goujon (Et Anne Francis en tenue de camouflage "plante verte" - oui, cela résume malheureusement bien son rôle). Au delà de ça, avouons que la machine Walsh patine un peu : le discours est sain et édifiant mais la mise en image un peu trop démonstrative - tu vas la fermer ta gueule, James !!!! Ah, merci. Ptit Walsh. Source : http://shangols.canalblog.com/archives/p430-20.html


                                            


Mais Barbra fut un tantinet perturbée par la présence de cette actrice somptueuse, aguerrie depuis vingt ans à un métier qui était nouveau pour elle. Elle manoeuvra donc en coulisses et le rôle d’Anne se réduisit comme peau de chagrin. Excédée, elle demanda à William Wyler: »Mais enlevez donc mon nom de l’affiche de ce film, je n’y fais plus rien! » Le temps passant, les gloires qui avaient captivé les foules à son détriment tirèrent leur révérence. La mort en avait fauchées son quotat, d’autres avaient renoncé aux feux de la rampes et d’autres encore avaient tourné le dos à un « Hollywood qui n’était plus ce qu’il ‘était » La nostalgie de l’âge d’or rappelait pourtant quelques divinités et l’on voyait Ava Gardner, Debbie Reynolds Elizabeth Taylor, Joan Collins ou Anne Baxter et Jane Wyman reprendre du service. Anne n’avait jamais abandonné son métier. Elle avait vu d’un bon oeil la fin d’un système qui l’avait bridée et profitait de la nouvelle indépendace du cinéma pour beaucoup tourner, fière d’une beauté restée radieuse et d’une modernité rare. En 2007, Anne, toujours fabuleusement belle et toujours active est diagnostiquée avec un cancer du poumon qui va bientôt se doubler d’un cancer du pancréas. Elle avait 77 ans et livra une lutte sans merci, partageant son expérience avec ses fans en alimentant elle-même son webside! Mais le 2 Janvier 2011, Anne Francis était vaincue. Elle avait dû quitter sa maison pour une maison de santé à Santa Barbara, trop faible maintenant pour subvenir à ses besoins élémentaires. C’est là qu’elle déposait les armes à 80 ans, un mois à peine après Leslie Nielsen qui fut le partenaire de son plus grand triomphe « Planète interdite » Anne Francis vécut 80 ans, elle en travailla 75.   Celine Colassin

1 commentaire:

  1. https://q9imc0.1fichier.com/
    https://1fichier.com/?bpd2eklvn2
    Zik : http://turbobit.net/ibpc88d9mfc3.html

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