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mercredi 24 décembre 2014

Sidney Lumet

Mort en 2011 à l’âge de 86 ans, Sidney Lumet fut un cinéaste important, mais un cinéaste discret, si discret que pour le grand public, son nom ne faisait pas système. Peu nombreux étaient ceux qui allaient voir « un film de Lumet ». Pourtant, Serpico, Un après-midi de chien, Network, Douze hommes en colère, The Verdict, ou encore À bout de course, c’était lui. Jusqu’à la fin de sa carrière, Lumet n’a jamais reçu les honneurs de la profession, 40 films, 40 nominations aux Oscars et pas une seule statuette, hormis, celle d’honneur que Pacino lui remis enfin au soir de sa longue carrière. Pourquoi ? À cause de son style, au cordeau, simple, direct, mais jamais tonitruant ? Parce qu’il s’est toujours tenu à l’écart de Los Angeles, et donc d’Hollywood, lui préférant les rues de New York dont il restera l’un des grands cinéastes ? Parce que si la fragilité et les effets pervers de la démocratie constituaient son grand sujet, il n’a jamais versé dans le film à thèse ou militant ? 



                                 Bonus : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=879552#



La démocratie, la manipulation, la réticence à l’égard du majoritaire, sont autant d’obsessions que Lumet aura déplié sous toutes leurs coutures : du côté des flics (Serpico, Le Prince de New York), du côté des truands, (Le Gang Anderson, Jugé coupable), du côté des médias (Network, Les Coulisses du pouvoir) ou du côté du simple citoyen pris dans l’engrenage diabolique de la machine démocratique qui parfois, à son corps défendant, peut devenir totalitaire : être seul contre tous, et même contre la Loi lorsque celle-ci tolère les arrangements et les petits écarts, ferme un peu les yeux, l’air de rien. Chez Lumet, ce sont les petites défaites qui conduisent au pire, et inversement, les petites résistances, qui restaurent les grands principes : il suffit à l’inspecteur Frank Serpico de refuser une fois un pot de vin presque anodin, quelques dizaines de dollars, pour que le système policier se retourne tout entier contre lui. Chez Lumet, on ne badine pas avec les principes. Dans son premier film, Douze Hommes en colère (1957), Fonda, homme ordinaire et simple juré, s’oppose au rouleau compresseur démocratique et à ses risques de dérives, autrement dit à cette majorité que chez Lumet, on tente toujours de convertir à la responsabilité. La présomption d’innocence, l’égalité des droits, n’existent pratiquement qu’au prix d’un travail titanesque, nous ont appris les films de Lumet. À un critique qui lui demanda un jour pourquoi il faisait des films, il répondit : « parce que j’aime ça. C’est une formidable façon de vivre sa vie ».


              

Un après-midi de chien est basé sur un article intitulé « The Boys in the Bank« , écrit par P. F. Kluge et Thomas Moore, et relatant un fait divers survenu le 22 aout 1972 – à savoir le braquage d’une banque localisée à Brooklyn par les dénommés John Wojtowicz et Salvatore Naturile.
L’article décrivant Wojtowicz comme « un homme mince à la peau mate avec une belle gueule cassée à la Dustin Hoffman ou Al Pacino », ce dernier se voit proposer le rôle principal, retrouvant ainsi Sidney Lumet qui l’avait dirigé deux ans plus tôt dans Serpico (1973), film également inspiré de faits authentiques. Le scénario est signé Frank Pierson, qui avait notamment écrit celui de Luke la main froide (1967), un joli film avec Paul Newman.
L’histoire étonnante rapportée par P. F. Kluge et Thomas Moor constituait une opportunité de réaliser un film policier s’éloignant radicalement des conventions du genre, opportunité que le brillant cinéaste Sidney Lumet a su saisir ; de par sa portée sociale évidente, sa dimension humaine et son épaisseur psychologique, Un après midi de chien témoigne en effet d’une originalité et d’une richesse qui lui confèrent, plus de 35 ans après sa sortie, une aura intacte.
A travers une singulière histoire de prise d’otages, Un après-midi de chien aborde plusieurs aspects de la société américaine de l’époque : les problèmes sociaux ; les différentes communautés ; les travers de la justice américaine et les tensions raciales (le personnage joué par Al Pacino fait référence, dans une scène clé du film, à la mutinerie de la prison d’Attica) ; la guerre du Vietnam (à laquelle les deux braqueurs ont participé) ; le cynisme et l’impact des médias (sujet que Sidney Lumet explorera davantage encore l’année suivante avec le visionnaire Network).



              
Lorsque Sonny, la première fois qu’il sort de la banque pour négocier avec l’inspecteur Moretti (Charles Durning), hurle Attica et Put your fucking guns down (à l’attention des policiers), il incarne soudain la révolte de toute une génération d’américains à l’égard de l’establishment, comme le souligne très bien la réaction admirative de la foule à chacune de ses apparitions. Il devient également, parfois sans le vouloir, le « représentant » de plusieurs communautés alors plus ou moins discriminées. Un après-midi de chien reflète donc à bien des égards certaines réalités sociales et politiques propres à l’Amérique des années 70, et c’est là un aspect fondamental du film.


D’ailleurs, la force des célèbres images montrant Al Pacino haranguer les policiers vient notamment du fait que la colère qu’il exprime n’est pas uniquement celle d’un individu : elle devient – du fait de la réaction du public – iconique.
La personnalité complexe et nuancée du personnage principal contribue très nettement à l’intérêt du film. Il y a quelque chose d’assez fascinant chez ce citoyen lambda dont  la vie privée est brusquement exposée au grand public et qui en l’espace de quelques minutes devient une célébrité – phénomène caractéristique de notre époque.  Ce qui est intéressant, c’est que si il incarne d’une certaine façon, comme précisé ci-dessus, le mécontentement d’une certaine jeunesse américaine, c’est avant tout un individu, un homme avec ses propres problèmes et qui agit pour des raisons très personnelles. Par ailleurs, si le film nous en apprend de plus en plus sur la personnalité et les motivations étonnantes de Sonny, on ne parvient jamais à une compréhension totale du personnage : il gardera toujours une part de flou et de mystère ; ce qui contribue à le rendre humain et intéressant.


                               


Al Pacino exprime à merveille la complexité et les nuances du personnage, brassant une vaste palette de sentiments et d’émotions et parvenant à nous faire ressentir son histoire et son épaisseur avec une justesse saisissante. Sidney Lumet et le scénariste Frank Pierson prennent d’ailleurs soin de développer, notamment au cours de la seconde partie, la dimension humaine de l’histoire, préférant  enchaîner de longues séquences de dialogues nous éclairant davantage sur les personnages et leurs relations (voir par exemple la conversation entre Sonny et son compagnon) plutôt que de chercher à emballer le rythme en versant dans l’action et le spectaculaire. Le film, qui est d’ailleurs pratiquement dépourvu de musique excepté lors du générique de début (rythmé par une chanson d’Elton John ; en revanche le générique de fin est muet en dehors des bruitages), témoigne ainsi d’une démarche privilégiant le réalisme ainsi que la dimension sociale et humaine de l’histoire – démarche que la sobriété et la rigueur propres au cinéma de Sidney Lumet ne pouvaient que servir.


Le réalisateur parvient en effet aussi bien à rendre compte des moments de panique (voir le montage saccadé de plans qui succède au premier coup de feu) que de la tension larvée qui s’installe (les négociations ont duré des heures), tout en réussissant quelques belles séquences d’émotion (la lecture du testament ; le plan sur le regard perdu de Sal/Cazale dans le bus). Comme à son habitude, Lumet excelle également dans la direction d’acteurs, et Un après-midi de chien comporte ainsi de nombreux face à face au cours desquels le jeu et les échanges entre les comédiens atteignent un degré d’intensité rare.




                     


Récit intelligent et subtil (le film ne tombe jamais, d’un côté comme de l’autre, dans le manichéisme) d’un fait divers intéressant ; portrait d’un homme complexe ; miroir, par bien des aspects, de l’Amérique des années 70 : Un après-midi de chien n’a pas usurpé sa réputation de grand classique du cinéma. L’année suivante, avec Network (1976), Sidney Lumet ajoutera à son impressionnante filmographie une autre pièce de choix, poursuivant à travers cette satire grinçante et étonnamment actuelle de la télévision son observation aiguë des réalités, travers et paradoxes d’une époque.  Source : http://www.citizenpoulpe.com/un-apres-midi-de-chien-sidney-lumet/


                 


Dans cette réalisation de Sidney Lumet adaptée d’un scénario habile de David Mamet, et pour laquelle Robert Redford fut un temps envisagé, un Paul Newman vieillissant livre l’une de ses plus belles performances, restituant aussi bien les infinies fêlures que l’indéfectible moralité, jusqu’à l’absurde, de ce personnage grandiose et pathétique, seul face aux institutions (judiciaires, hospitalières, policières, religieuses…). Charlotte Rampling, la belle mystérieuse et vénale, ou James Mason, l’influent rival, s’illustrent également dans un film qui fait la part belle aux comédiens et où, une fois encore, la mise en scène de Sidney Lumet se fait élégamment discrète, presque invisible, utilisant les ressources les plus inventives de l’art cinématographique (lumière, optique, cadrage…) pour suggérer l’état intérieur de Frank plutôt que de l’asséner. Plusieurs scènes, en particulier, montrent la force feutrée de l’art lumetien, comme cette séquence de confrontation en chambre entre Laura (Rampling) et Frank, à la fin de laquelle celui-ci s’écroule... Dans sa dernière partie, une fois Frank déterminé à accomplir en solitaire ce dernier baroud d’honneur, The Verdict devient un classique film de cour, genre dans lequel Sidney Lumet, de 12 hommes en colère à Jugez-moi coupable, a prouvé son savoir-faire. Pour information, le scénario original de David Mamet prévoyait d’achever le film sans soumettre au spectateur la décision des jurés, ce que Lumet trouva excessif. Une manière supplémentaire de prouver, toutefois, que le « verdict » du titre évoquait bien moins l’acte final du procès que le sursaut intérieur de son protagoniste principal.


          


J'enchaîne les Lumet et ça va en fait, je suis soulagé. C'est un bon, j'avais tort, c'est pour moi. La trouille que j'avais en pensant à lui, au 7 de circonstance que j'ai claqué sur « 12 hommes en colère » (pour pas que des gens de SensCritique n'embauchent des tueurs à gage pour rendre froid mon corps d'athlète), « Family Business », « The Wiz » qui sont à chier... J'avais peur d'étaler encore mon mauvais goût au grand jour. Et en fait non, c'est un costaud le bonhomme. C'est marrant aussi. Tout le monde se paluche sur le fait que Paulo joue au flipper dans ce film, sans personne pour relever que c'est sur une machine « Saturday Night Fever » avec Travolta en son milieu qu'il claque son meilleur score. Heureusement que je suis là.
Pas un pour dire qu'il fait son Rocky déglingue en cassant un œuf dans sa chopine et en le buvant cul sec ! Et puis la cerise sur le chapeau, dernières scènes au tribunal : Bruce Willis, avec une chemise jaune moutarde et des cheveux, posé dans le public, semble boire les paroles de papy Newman. On ne doit pas avoir les mêmes z'yeux. Frank Galvin est au bout du rouleau. Il a connu des jours meilleurs. Avocat déchu, alcoolique, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Il ricoche comme un cadavre, d'enterrement en enterrement, n'hésitant pas à chercher d'hypothétiques clients dans les salons funéraires du tout Boston.


                               


Soudain, dans toute cette merde, une corde. Une main qu'on lui tend et le voilà caressant un doux rêve de rédemption : une affaire qui le réconciliera avec la Justice, avec lui-même, le ressuscitant peut-être d'entre les morts. Lumet focalise à nouveau sur un homme qui s'élève contre le système, Abus, corruption, qu'ils soient flics, journalistes ou avocats, ils doivent faire face, seuls contre tous. Un homme qui se débat aussi avec ses ambiguïtés, sa fierté quand il refuse, pour continuer à pouvoir flatter son orgueil retrouvé, une conciliation favorable à son client. Quand on découvre Frank (Newman), il est déjà au plus bas, dans le précipice, en deuil permanent. Cette affaire, qui le verra affronter l'église, la justice et ses propres démons, est sa dernière chance, son ultime Salut. Tel un chevalier blanc, aidé de son fidèle écuyer (Warden), il va faire face au Prince des Ténèbres (Mason) et sa clique. Un combat où tous les coups bas sont permis, mais où la lumière triomphera. Un Paul Newman toujours crédible qui porte le film, un script astucieux de David Mamet et une réalisation sobre, classique et pertinente de Lumet. Du bonheur. Et puis le mec boit une bière à l’œuf.
Franchement, c'est dingue. Source : http://www.senscritique.com/film/Le_Verdict/critique/19979641

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