.

.

samedi 27 décembre 2014

Pierre Vaneck

Fils du général de brigade Alphonse Van Hecke et de Emma Janssens, Pierre Vaneck a passé sa jeunesse à Anvers avant de poursuivre à 17 ans, des études de médecine à Paris puis il a suivi des études d'art dramatique au cours René Simon et au Conservatoire dans la classe d'Henri Rollan. Il a gagné sa vie en travaillant chez un sellier et le soir, il récitait des poèmes de François Villon dans des cabarets de la rive gauche. Il débuta sur les planches en 1952 dans Les Trois Mousquetaires avec le rôle de Louis XIII. Au cinéma, il trouva son premier grand rôle dans le film de Julien Duvivier, Marianne de ma jeunesse en 1955.
Pierre Vaneck fut avant tout un homme de théâtre et de télévision. Le grand public l'a connu surtout pour son rôle de père de Fabien Cosma dans la série télévisée éponyme ainsi que dans de nombreux feuilletons (Les Grandes Marées, Garonne...).
Il meurt le 31 janvier 2010 à l'hôpital à la suite d'une opération cardiaque qu'il n'a pas supportée. Après des obsèques célébrées en l'église Saint-Roch de Paris, il est inhumé dans le Luberon.
Il était marié à Sophie Becker, fille du réalisateur Jacques Becker, sœur du réalisateur Jean Becker et du directeur de la photographie Étienne Becker.


                                     

Julien Duvivier réalise avec Marianne de ma jeunesse un des derniers avatars de cette vague du fantastique poétique qui vit jour et triompha dans le cinéma français des années 40 avec des chef d'œuvres comme Les Visiteurs du Soir de Marcel Carné (1942), L'éternel retour de Jean Delannoy ou encore La Belle et la Bête de Jean Cocteau (1946). Le genre se caractérise par une inspiration issue des contes et légendes inscrites le plus souvent dans le folklore français et surtout célébrant un romantisme pur, innocent et absolu où se développe un sens du merveilleux lui conférant une vraie identité le démarquant de l'épouvante gothique anglo-saxonne ou de l'expressionnisme allemand.Marianne de ma jeunesse offre donc un sursaut tardif du genre (le prochain grand coup d'éclat du fantastique français Les Yeux sans visage de Georges Franju (1959) ira chercher son inspiration sur des territoires plus novateurs) et déroge d'ailleurs pas mal au règles précitées.
Exit les légendes française pour une adaptation du roman de l'auteur allemand Peter de Mendelssohn Douloureuse Arcadie/ Schmerzliches Arkadien et paru en 1932, ainsi qu'une intrusion du fantastique plus ténu, reposant plus sur l'atmosphère instauré par Duvivier que par le surnaturel avéré des évènements. Ces prémisses dote d'ailleurs cette production franco-allemande d'un exercice devenu plus rare depuis le muet et les débuts du parlant à savoir le tournage d'une version allemande avec la même équipe technique parallèlement à la française (et simplement nommée Marianne) et où Horst Buchholz remplace Pierre Vaneck pour le rôle du héros Vincent (entre autres) tandis que la belle Marianne Hold est présente dans les deux films.
J'entends ta voix, Vincent ! Depuis vingt années, elle me relie à notre adolescence ; j'entends ta voix ! Elle est le sortilège qui ressuscite le vieux château cerné de forêts et d'animaux farouches. Ce château d'Haeiligenstatd où nous connûmes. Ce château des brouillards que ta présence peupla de mystères et de rêves. À l'appel de cette voix dont l'écho hante encore les sous-bois, les sentiers d'ombre s'entrouvrent ; à son ordre magique, la nuit escamote les clairières des forêts, et le château se dresse dans ma mémoire comme il surgissait jadis des aurores. J'entends ta voix, Vincent Loringer, voyageur du bout du monde... d'un autre monde peut-être... Tu es venu Vincent, et tout s'éveilla...


 
           

C'est sur cette voix-off habitée et étrange que s'ouvre le film tandis que se déploie des visions élégiaques de sous-bois embrumés, de cerfs majestueux à l'arrêt et de ce saisissant décor naturel où apparaît cet imposant château ( les extérieurs se partagèrent entre le Château de Hohenschwangau en Allemagne et celui deFuschl am See en Autriche). Surtout la voix-off dévoile déjà par ce mariage du lyrisme de l'intonation et des images le thème principal du film qui est celui de la nostalgie et du souvenir.Pour le narrateur Manfred (Gil Vidal), cette nostalgie est surtout celle du moment particulier passé dans ce pensionnat de garçon au cadre si particulier, des moments paisibles qui s'y sont déroulé et des camarades hauts en couleurs rencontrés, tout cela dévoilé dans introduction limpide. Ce qui marque pourtant cette époque à jamais, c'est le passage de Vincent dit "L'Argentin" (Pierre Vaneck dans son premier grand rôle).



                             


Rêveur, paisible et nimbé d'une aura étrange, Vincent fascine ses camarades par les récits de sa vie sauvage en Argentine, ses dons pour la musique et sa communion avec la nature dont toutes les créatures s'apaisent à son contact. Cette sensibilité à fleur de peau sera mise à rude épreuve lorsqu'il résoudra l'énigme de la maison hantée faisant face au pensionnat de l'autre côté du lac. Parti suivre des camarades en périple d'initiation, il va y faire la rencontre de celle qui ne quittera plus ses pensées désormais, Marianne (Marianne Hold).L'aspect chaleureux du souvenir exprimé au départ devient alors un fardeau bien difficile à porter. La rencontre entre Vincent et Marianne agit comme un rêve éveillé par la magnifique force évocatrice du décor (incroyables créations de Jean d'Eaubonne et Willy Schatz), l'amour immédiat et absolu naissant entre eux et surtout la brièveté de leur échange. Dès lors le souvenir de cette vision devient un précieux trésor à conserver, faisant passer Vincent de la pure exaltation quand il est encore vivace (la scène de joie alors qu'une tempête apocalyptique se déchaîne) et le désespoir le plus total quand il commence à s'estomper, faisant même douter de sa réalité.

           

                                


La question du rêve est plusieurs fois posée puisque Marianne vient combler le manque affectif ressenti par Vincent par l'absence de sa mère à laquelle il est très attachée (attachement presque incestueux comme il est suggéré au début avec un baisemain d'adieu laissant à penser qu'il s'agit de sa fiancée, on ne verra jamais le visage de cette mère à la beauté tant vantée et qui a peut-être les traits de Marianne) et les entrevues avec sa dulcinée sont uniquement dépeintes à travers des récits rapportés de Vincent qui sera finalement le seul à l'avoir vue, la première apparition étant d'ailleurs sous forme de peinture. Dès lors le récit se partage entre l'obsession apportant une certaine dimension psychanalytique et l'expression d'un romantisme pur et total à travers la prestation rêveuse et déterminée d'un Pierre Vaneck lunaire.
Si les scènes d'amour n’évitent pas toujours la mièvrerie appuyée (Marianne Hold très belle mais pas forcément très convaincante), Duvivier par sa mise en scène affirme lui sa croyance absolue en cette romance par l'onirisme qui baigne l'ensemble du film et les images fabuleuses imprégnant durablement la rétine...
Source :  http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/10/marianne-de-ma-jeunesse-julien-duvivier.html


                               

L'hypothèse du retour de Jésus ou du Messie sur terre constitue un exercice d'école classique, stimulant mais délicat, prompt à affirmer les dévoiements de la société moderne par rapport au modèle chrétien théorique. Dans Celui qui doit mourir, Jules Dassin emprunte indirectement cette voie pour livrer une parabole sur le mode de la tragédie mystique, tableau critique d'une humanité dominée par l'égoïsme et la cupidité, et où l'espoir des plus faibles ne peut venir que de la révolte. Le ton est théâtral - on y distingue le style littéraire d'André Obey, dramaturge célèbre du siècle dernier en France - le style un peu daté, voire grandiloquent mais l'émotion est là, et le message porte.
Un petit village grec des années 20, occupé par les turcs. Les villageois, en bonne entente avec leurs occupants, veulent organiser, comme tous les sept ans, une représentation de la passion du christ.
Pour ce, les chefs du village, le pope Grigoris (Fernand Ledoux) en tête, ont choisi leur Marie-Madeleine, Katerina (Melina Mercouri), la prostituée du village, leur Pierre, Yannakos le colporteur-facteur (René Lefèvre), leur Jacques, Kostandis le tenancier de café (Lucien Raimbourg), leur Jean, Michelis (Maurice Ronet) - fils de l'homme riche de la région, Patriarcheas (Gert Fröbe) -, leur Judas aussi, Panagiotaris (Roger Hanin) et bien sûr leur Jésus, Manolios (Pierre Vaneck), berger bègue et analphabète.
Les personnages vont peu à peu habiter les acteurs, et leur faire entrer en conflit avec les autorités même qui les ont nommés à l'occasion de l'arrivée d'un groupe de grecs errants et affamés menés par le pope Fotis (Jean Servais)


   

Le destin se met en branle et les chemins des uns et des autres rejoignent de manière troublante ceux de leurs modèles, pour le meilleur ou pour le pire...
Jules Dassin opte dans Celui qui doit mourir pour un style proche du théâtre des années 50-60 en France. Des décors soignés, des mouvements de foules soigneusement mis en scène, de grands sentiments illustrés de belles phrases: les techniques de réalisme et de rendu des émotions des habitués de l'Actor Studio sont ignorées au profit de l'élaboré et, avouons-le, parfois de la pose.
Si le résultat manque de spontanéité, le film colle grâce à ces procédés à la tragédie et entraîne le spectateur avec les personnages vers la recréation de la Passion vue - et mise en perspective politique - par Dassin. L'agha turc (Grégoire Aslan, superbe) devient Pilate, le conseil du village se mue en Sanhédrin, la jalousie amoureuse de Panagiotaris pour Manolios celle de Judas pour Jésus.


                 

Les passerelles jetées ne manquent pas de pertinence et affirment l'universalité du message chrétien en le liant à une optique de lutte de classe, ou plutôt des riches contre les pauvres, de l'ordre établi de la possession contre la spontanéité du don. Une vision d'un retour aux sources de la chrétienté, aux valeurs de partage souvent évoquée, mais rarement mise en application et qui trouve ici un portrait empreint de charité mystique.
L'attitude en décalage de l'église traditionnelle, alliée aux nantis, trouve elle son reflet dans le personnage du pope Grigoris, antipathique à souhait, et dans le conseil du village.
Les traits peuvent être lourds, paraître trop classiques, les ficelles sont épaisses, mais la tragédie mise en place reste prenante. Pour l'anecdote, les fans et les curieux pourront repérer Jo (ici Joseph)  Dassin, futur chanteur aux Champs-Elysées et fils de Jules, dans un petit rôle (repérer la scène où le pope Fotis dit avoir eu une apparition de Saint-George, vers la minute 37)  . Source : http://coeur-et-tete.over-blog.com/article-celui-qui-doit-mourir-1957-jesus-le-retour-83992259.html

1 commentaire: