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dimanche 28 décembre 2014

L'excommunié

Un nommé La Rocca est un film franco-italien réalisé par Jean Becker et sorti en 1961.
Une amitié virile entre deux malfrats est consolidée par l’attachement qu’ils portent à une même femme. Si le récit, tragique et fataliste, frappe par l’authenticité de la peinture du gangstérisme, c’est que pour son premier film, Jean Becker a choisi d’adapter un roman de l’ancien taulard José Giovanni, L’excommunié. 
 Presque entièrement tourné à Marseille, servi par un Belmondo sobre et élégant et un Pierre Vaneck très convaincant, Un nommé La Rocca est un des exemples les plus réussis du polar à la française. Un genre qui a connu son apogée dans les années 60, et qui a fait de Marseille, pour le meilleur et pour le pire, une de ses capitales !
«Un nommé la Rocca» est le premier film de Jean Becker et pour sa première réalisation, il s'adjuge les services de Jean-Paul Belmondo devenu une star internationale grâce à Jean-Luc Godard. Le destin de La Rocca est quand même tragique car celui-ci partait d'une bonne intention: prouver que son ami était injustement accusé de meurtre. Malgré une histoire intéressante, ce film ne parvient jamais à captiver totalement le spectateur, c'est bien dommage car il y a de bonnes séquences. Entre les mains d'un réalisateur plus confirmé, on aurait certainement eu un droit à un grand film. Malgré tout, «Un nommé la Rocca» reste à découvrir car il s'agit d'un des meilleurs rôles de Bébel dans les années 60 mais paradoxalement l'un des ses moins connus. 
Au début des années 1960, Jean-Paul Belmondo vint par deux fois à Martigues lors des tournages des premiers longs métrages de fiction des fils de deux talentueux réalisateurs. En 1961, il est en compagnie de Pierre Vaneck dans les garrigues martégales pour les scènes du déminage dans le dramatique Un nommé La Rocca réalisé par Jean Becker tandis qu'en 1963 il se retrouve avec Jeanne Moreau sur un quai du centre-ville pour quelques plans de la comédie Peau de banane réalisée par Marcel Ophüls. Deux productions franco-italiennes filmées en noir et blanc par des fils qui, en dignes héritiers de leurs pères, deviendront également de talentueux cinéastes.



           
           
Le passage où l'on voit les condamnés obligés de nettoyer un champ de mines allemand, en échange d'une remise de peine ou d'une grâce plus ou moins illusoire, est un morceau d'anthologie aussi bien dans le livre que dans le film, d'ailleurs, qu'en tira Jean Becker en 1961. Les histoires de Giovanni sont si simples, on pourrait même dire si simplistes, que les rendre avec succès à l'image exige autant de pudeur et de retenue que l'écrivain a mis lui-même à les écrire. Bourrées de valeurs morales un peu désuètes et parfois grandiloquentes, elles ne tiennent souvent que par l'émotion et le véritable sens de la tragédie qu'elles véhiculent. Servi par un Belmondo sobre et élégant, encore transfiguré par son passage chez Jean-Luc Godard et un Pierre Vaneck qui n'a jamais été aussi convaincant, Un nommé La Rocca se tire parfaitement de cette gageure et tient tout à fait son rang dans la longue liste des bons films noirs français des années 60


                                 

Voici un film qui représente une certaine curiosité. En effet, son remake a été réalisé en 1972 sous le titre "La scoumoune" toujours avec Jean-Paul BELMONDO dans le rôle principal et réalisé par José GIOVANNI scénariste du film. Comme beaucoup je pense, j'ai d'abord découvert la "Scoumoune" à la télévision qui le diffusait largement et bien plus tard, ce " Un nommé La Rocca". Force est de constater que ce film est bien moins spectaculaire que "La scoumoune" et cependant la base est le même roman "L'excommunié" écrit par José GIOVANNI. L'auteur connait une seconde vie exceptionnelle après avoir passé 10 ans en prison. A sa sortie il écrit des romans policiers rapidement édités dans la collection "Fleuve noir" et le milieu du cinéma l'appelle rapidement. On citera ses propres adaptations pour "Le trou" où "Classes tous risques" et aussi ses travaux sur "Du rififi à Tokyo" et "Du rififi chez les femmes". A la mort de Jacques BECKER réalisateur du "Trou", GIOVANNI très peiné va tourner avec Jean BECKER  l'adaptation de son dernier roman alors que l'auteur aurait préféré utiliser du matériel neuf, comme une histoire qu'il a en tête sur une scierie....bref ce sera pour plus tard. Jean Paul BELMONDO apprécie le roman et tombe d'accord avec Jean BECKER pour le tourner. L'acteur retrouve donc GIOVANNI avec qui il a tourné "Classes tous risques". Pour produire le film, BECKER sollicite Madame De CARBUCCIA qui a produit entre autres le célèbre "Ali Baba" de Jacques BECKER avec FERNANDEL. Dans ses premiers romans, GIOVANNI s'inspire de figures du banditisme connues du milieu mais aussi de ses souvenirs des enceintes des prisons, un univers carcéral difficile et glauque. "L'excommunié" décrit des passages en prison réalistes et crus, un témoignage de l'auteur envers un univers carcéral parfois inhumain.


                 


GIOVANNI et BECKER comptent bien réaliser un film réaliste, mais ils doivent tenir compte d'un élément important. BELMONDO est un peu jeune pour interpréter  un tueur buriné et redouté du milieu. Il convient de rajeunir l'intrigue et le passé des personnages. Xavier, le meilleur ami de Roberto est joué par le jeune Pierre VANECK, les deux campant un duo plutôt romantique. Mais GIOVANNI n'est pas au bout de ses peines, en effet la productrice désire que le film obtienne la côte Catholique ( les anciens lecteurs de télé 7 jours comprendront). Bref, le film doit être "tout public" et respecter la moralité. L'auteur ronge son frein car la productrice insiste pour édulcorer le film au maximum, le héros ne devrait-il pas rentrer dans le bon chemin à la fin, et pourquoi pas apprendre un métier ? De plus le titre "L'excommunié" doit être transformé en "Un nommé la Rocca" pour ne pas choquer l'Eglise.   Bref, GIOVANNI n'est pas aux anges et de plus, l'équipe devra affronter le spectre du service militaire obligatoire pour BELMONDO qui a bien failli partir à l'armée en plein milieu du tournage.



                                  


Comme d'habitude GIOVANNI est très présent sur le tournage, ne se contentant pas d'être le scénariste. L'ambiance avec BELMONDO est très joyeuse, comme d'habitude. Malgré un thème fort, le film se déroule sur un rythme assez lent. On ira pas jusqu'à dire que c'est un film "nouvelle vague", mais il n y a pas véritablement de tension. Il est évident que l'œil bienveillant de la productrice explique que le "frein à main" est de rigueur. Les deux tiers du film sont semblable à "La scoumoune". Roberto se rend chez l'associé de son ami Xavier qui a bien des ennuis par sa faute. BELMONDO qui interprète Roberto a plutôt une apparence romantique qu'autre chose et semble bien inoffensif, d'ailleurs ces rapports avec sa petite amie nous conforte dans cette optique, difficile de croire que c'est un gros dur. La rencontre avec les truands dans la pièce qui sert de salle de jeux clandestine n'est pas très impressionnante. Sans préjuger de leur talent, Henri VIRLOJEUX et Mario DAVID ne sont pas des foudres de guerre. Peu de scènes spectaculaires mis à part Roberto qui colle une balle dans la tête d'un truand, mais c'est très chaste. Reprenant le business à Marseille, il devra affronter une bande américaine bien décidée de racketter tous les claques de la ville. C'est une surprise de découvrir Michel CONSTANTIN en chef de bande américain au fort accent. Mais BECKER tient à donner un rôle à l'acteur du "trou". Il a presque l'air d'un minet dans les rues de la cité phocéenne en trimbalant de gros blacks derrière lui. 



           

Question crédibilité le film en prend un coup, tout comme CONSTANTIN qui en prend un coup (de feu) dans le ventre de la part de Roberto. Une courte rencontre entre les deux acteurs mais ils auront l'occasion de se retrouver plus tard. Pour cet exploit, Roberto est mis en prison où il va pourvoir aider Xavier, torturé par un maton des plus abrutis. C'est un bon passage du film qui retranscrit d'une manière dépouillée la tristesse de cet univers carcéral. Il y aussi le passage classique du déminage de la plage qui coûte le bras à Xavier, dont on voit le moignon très abîmé, image rare à l'époque.

La troisième partie du film est bien différente de celle du remake. La sœur de Xavier va mourir par la faute de son frère, tandis que dans "La scoumoune", c'est Xavier qui protège Geneviève. Xavier, pour obtenir l'argent nécessaire à l'achat d'une demeure pour lui, sa sœur et Roberto part "voler" Nevada, un truand classieux joué par un Jean-Pierre DARRAS qu'on attendait pas là. Ce dernier va se venger et entraîner la mort de Geneviève  dans les bras de Roberto. Roberto ne pardonnera jamais à son ami, et lui demande à l'enterrement de Geneviève, de ne plus jamais le revoir. Nous sommes plus dans une fin romantique qu'autre chose. Le film se déroule sur un rythme assez lent finalement avec peu de scènes spectaculaires. Jean BECKER manque encore un peu de métier, en tout cas dans le genre policier.


                            



En tout cas le climat de l'univers carcéral est bien retranscrit. Jean-Paul BELMONDO ne possède pas le background nécessaire pour incarner le personnage, c'est une erreur de casting ce qui n'enlève rien à son talent. On ne peut pas lui reprocher d'être trop jeune pour le rôle. Pierre VANECK s'en sort mieux car il possède une personnalité plus subtile et torturée. D'ailleurs GIOVANNI le dit lui même "On ne peut pas reprocher grand chose au film", sauf qu'il apportera sa propre vision du film, dix ans après. Le film sort à Paris et prend la première place du box office des exclusivités les deux semaines de son exploitation. On peut s'étonner de la brièveté de son exclusivité. Bien sûr le film poursuivra son exploitation en continuation ou dans les salles de quartiers, et il cumulera près de 500 000 entrées ce qui est satisfaisant. Par contre son exploitation en Province fut plus confidentielle et au final le film passe la barre du millions d'entrées sans plus, ce qui ne lui permet pas de se hisser au delà de la 50ème place de l'année, ce qui est décevant.

BELMONDO est toujours autant demandé au cinéma, mais il lui manque toujours un beau succès populaire massif qui confirmerait son succès de "A bout de souffle". 
Source : http://www.boxofficestory.com/un-nomme-la-rocca-jean-paul-belmondo-box-office-1961-a112784630

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