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dimanche 21 décembre 2014

John Brahm

John Brahm est un réalisateur allemand  né le 17 août 1893 à Hambourg dans les milieux du théâtre, il dirige lui-même de nombreuses mises en scène avant d'émigrer aux USA en 1937 via Paris et Londres ou il réalise un premier film, un remake du Lys brisé de Griffith.
Après de nombreux films sans grand intérêt, il signe trois grands films noirs, Jack l'éventreur, Hangover square et Le médaillon.
Ses films sont ensuite beaucoup moins réussis. Il se reconvertit dans les téléfilms et les séries à partir de 1955 où il signe notamment deux épisodes de Johnny Staccato (1959-60), dix épisodes de Alfred Hitchcock présente (1959-61), douze épisodes de La quatrième dimension (1959-64) et deux épisodes de Voyage au fond des mers (1964). Il meurt le 12 octobre 1982 à Malibu. The Undying Monster est l'œuvre qui entame la formidable trilogie de thriller gothique de John Brahm dont les plus renommés seront les deux films suivant avec The Lodger et Hangover Square. Le projet naît de la volonté de Darryl Zanuck de ranimer au sein de la Fox la veine fantastique et gothique initiée par Universal au début des années 30 avec entre autres les classiques de James Whale Frankenstein/ La Fiancée de Frankenstein, L'homme invisible ou le plus tardif Le loup-garou (1941) qui entretient pas mal de similitude avec The Undying Monster.


                            



Pour ce faire Zanuck va faire appel à John Brahm, émigrant allemand qui a déjà démontré son savoir-faire avec son remake du Broken Blossoms de D.W. Griffiths (1936), s'étant déjà essayé au thriller avec Let Us Live (1939). C'est vraiment durant cette période à la Fox qu'il donnera son meilleur et dans ce registre de suspense qu'il montrera son grand talent avec d'autre grande réussite encore comme Le Médaillon (1946) au sein de la RKO.
The Undying Monster n'est pas le plus réussi des trois films car tirant moins ouvertement vers l'angoisse. Ici c'est le mélange des genres qui prime avec un ton oscillant entre l'épouvante gothique la plus prononcée, le thriller psychologique et l'enquête à mystère. Si le film est des plus agréable à suivre du début à la fin, on peut néanmoins regretter que le potentiel horrifique ne soit pas plus exploité tant la mise en scène de Brahm s'avère prodigieuse pour créer la tension.
L'ouverture donne le ton avec une vue aussi majestueuse qu'angoissante sur ce manoir situé sur les hauteurs d'une falaise tandis qu'une voix off au ton lourd de menace narre le mystère de la malédiction qui hante ses habitants, les Hammond.
Après avoir saisi l'agitation de la nature environnante, nous pénétrons à l'intérieur, Brahm arpentant la demeure dans un somptueux plan séquence où par ses cadrages il rend macabre ce qui s'avérera des éléments tout à fait anodins et instaure une ambiance criminelle dans une scène qui en est totalement dénuée. Tout le film est dans cet esprit, alternant frayeur et légèreté. On a ainsi une attaque nocturne d'une jeune infirmière par une créature sauvage inconnue dont Brahm adopte une vue subjective lors de l'assaut et dont sera victime aussi l'ainé des Hammond.
Le réalisateur déploie une mise en scène tout aussi maîtrisée lorsque la sœur Hammond arpentera la lande pour sauver son frère suite aux hurlements avec un usage brillant de son budget limité qui accentue l'artificialité de cet extérieur pour le rendre d'autant plus étrange et angoissant et s'attarde toujours un peu plus sur certains détails macabres comme ce chien déchiqueté par la bête.

Toute cette tension retombe pourtant un peu lorsqu'arrive le héros à la Sherlock Holmes interprété par James Ellison, son assistante pleine d'humour jouée par Heather Thatcher faisant office de Watson charmant et amenant son lot d'échange piquant. 


   
           

Le scénario pêche un peu à vouloir entretenir le doute sur la nature surnaturelle de la menace, l'affiche présentant ouvertement un loup-garou et les indices lourdement amenés ne laissant aucun doute sur l'identité et le caractère de ce qui est pourchassé.
L'enquête n'est jamais ennuyeuse grâce au charisme de John Howard et au sens de l'atmosphère de Brahm (ainsi qu'une intrigue très voir trop resserrée d'une heure à peine) mais distille un faux mystère alors que l'on a assez vite déjà tout deviné. A nouveau c'est la virtuosité de Brahm qui rehaussera l'ensemble avec une mémorable conclusion où le loup-garou se révèle enfin dans toute sa fureur pour une longue traque finale où si la surprise voulue lors de la révélation tombe à plat, le suspense fonctionne lui formidablement.
Un épilogue léger et sur explicatif viendra pourtant à nouveau atténuer ce sommet, symbole d'un script convenu et timoré transcendé par la réussite plastique (superbe photo ténébreuse de Lucien Ballard que retrouvera Brahm sur The Lodger). Très bon film néanmoins plein de promesses confirmées avec The Lodger à suivre et où Brahm plus libre offrira un spectacle autrement plus dérangeant.



                               


Hangover Square offre une conclusion en apothéose à la trilogie horrifique de John Brahm pour ce qui est sans doute le plus abouti des trois films. Propulsé star du jour au lendemain suite à sa stupéfiante interprétation de Jack l'éventreur dans The Lodger, Laird Cregar mettra beaucoup de lui-même dans ce qui sera malheureusement ultime rôle. C'est en effet l'acteur qui repère le livre de Patrick Hamilton et qui incite la Fox à en acheter les droits au terme de négociations de longue haleine de Darryl Zanuck qui roublard les obtiendra pour un prix dérisoire en cachant à Hamilton et son éditeur que la production était déjà lancée, ces derniers n'ayant pas de moyens de pression pour faire monter les enchères (d'autant que le roman n'eut qu'un faible succès et doit son adaptation à l'obsession de Cregar pour l'histoire).Pour faire le lien auprès du grand public avec The Lodger, l'intrigue du livre est déplacée de 1937 au début du siècle, permettant ainsi de retrouver plus aisément cette ambiance gothique d'époque associée au film de 1944 (les deux scripts étant dû au scénariste britannique Barré Lyndon). Cregar déçu manque d'abandonner le projet suite à cette modification mais reste finalement.
Afin d'effacer le souvenir de Jack l'éventreur (et craignant d'être définitivement associé aux rôles de psychopathe) décide de faire fondre son imposante silhouette pour incarner le fragile George Bone et va ainsi subir une opération de réduction de l'estomac ainsi que suivre un régime strict. Ses efforts seront récompensé par une interprétation encore plus ahurissante que The Lodger mais il y laissera sa santé et sa vie, mourant avant même la sortie de Hangover Square. L'acteur rejoint ainsi tristement la facette obsessionnelle de son personnage soumis jusqu'au bout à son art, ce qui causera sa perte.
The Undying Monster et The Lodger étaient deux films très semblables dans leur structure, motif et mise en scène mais Hangover Square même s'il en conserve quelques éléments (cadre londonien menaçant, George Sanders à nouveau en agent de Scotland Yard) est bien différent. John Brahm développe plus avant ici la dimension psychanalytique de The Lodger (une veine dans laquelle il atteindra une quasi perfection avec le tortueux Le Médaillon plus tard) pour un thriller entièrement soumis à l'esprit perturbé de son héros.
 



                                 


George Bone (Laird Cregar) est un compositeur doué en passe d'atteindre une renommée grandissante grâce au concerto sur lequel il travaille. L'anxiété qui en découle réveille un mal dont il souffre depuis toujours : il est victime de "trou noir" après lesquels il ne se souvient plus de ce qu'il a fait ni où il s'est rendu. Le trouble s'accentue pour le pousser vers le crime malgré lui, le film s'ouvrant sur un de ses accès avec le meurtre brutal d'un antiquaire.
On est loin de l'élégance et de la sophistication des crimes de The Lodger, Brahm comme pour illustrer la facette primaire des bas-instincts émergeant de Bone use d'une mise en scène plus agressive et directe (ce qui sera le cas pour la plupart des autres meurtres notamment celui de Linda Darnell) tout en dévoilant sa double nature avec le meurtre en vue subjective pour nous le montrer le visage égaré dans le plan qui suit, presque témoin extérieur de son acte.
De même la vision ténébreuse d'un Londres embrumé et indistinct s'efface ici avec une ville qui se transforme au gré de la personnalité de son héros. Les ombres des bâtiments se font plus imposant lorsque Bone bascule, les ruelles gagne en bizarrerie selon son point de vue (d'une scène à une autre le même décor peu passer de commun à terrifiant) et l'allure inoffensive du personnage se fait soudainement massive avec une mise en scène de Brahm multipliant les angles étranges et les contre-plongées déroutantes.


                             


Pour soigner son mal, Bone doit se détacher des situations de stress et abandonner pour un temps son concerto qui l'obsède. Ce sera malheureusement pour tomber entre les griffes d'une chanteuse ambitieuse et séductrice (Linda Darnell vénéneuse femme fatale manipulatrice) qui va user de lui pour atteindre les sommets. Ainsi trahi, Bone va basculer définitivement dans la folie, victime et bourreau. C'est dans ses scènes où Bone laisse la folie l'envahir que Brahm déploie toute sa virtuosité avec image vaporeuse déformant le décor, travelling avant/arrière agressif montrant par le changement d'expression de Laird Cregar qu'il est devenu un autre, celui-ci exprimant cette schizophrénie avec une intensité saisissante.
Malin, Brahm n'abuse pas de ce procédé et au contraire en joue pour accentuer le suspense. Ainsi parfois le doute est entretenu sur le fait que Bone ait changé, par l'ellipse (la fin où on s'interroge du sort de George Sanders, l'agression inattendue de Faye Marlowe) ou par l'expression opaque de Laird Cregar tel cet ultime concert où l'on ne sait si c'est "l'autre qui joue" (où ce passage ou l'on comprend qu'il a repris conscience uniquement parce qu'il va chercher son chat).
Plus l'on avance, plus le film s'enfonce dans le cauchemar surréaliste. Si dans The Lodger le motif de l'eau courait tout le film, cette fois ce sera celui du feu qui fera office de libérateur à la folie de Bone. Le premier meurtre de l'antiquaire se conclu par un incendie, c'est durant la Bonfire Night célébrant Guy Fawkes que Bone commet son crime le plus violent avec ce moment halluciné où la foule contemple un gigantesque bûcher.




                              



Enfin c'est bien évidemment le concert final qui fera office de catharsis avec Bone jouant seul, indifférant à l'apocalypse qui se déchaîne autour de lui. Ce moment est l'aboutissement d'une longue conclusion où Brahm aura exploité la grandiloquence en plus tout motifs illustrant l'esprit malade de Laird Cregar. La caméra virevolte dans la salle de concert, revenant constamment au visage déformé de Bone déchaîné sur son piano, le décor devient de plus en plus irréel et les souvenirs affluents il se souvient enfin de tous ses terribles actes. Le score magistral de Bernard Herrmann est au diapason avec un Hangover Square Concerto qui gagne en ampleur au fil du film, jouant sur les dissonances sources des changements de Bone et faisant tonner son entêtant thème de piano lors de cette conclusion où l'enfer s'ouvre sous nos pieds. Une réussite totale pour John Brahm, égalée ensuite avec Le Médaillon mais on peut se demander comment il n'a pas accédé à des films plus ambitieux après pareille tour de force et fini à la télévision (La Quatrième DimensionAlfred Hitchcock Presents).
Sources : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/

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