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mercredi 24 décembre 2014

Albert Rémy

Né le 9 avril 1915 à Sèvres (Seine et Oise), Albert Rémy est un acteur pour le moins original. Original parce qu'il doit sa carrière à ses nombreux talents. Homme de cirque, il est formé à cette difficile et exigeante école où il fait ses classes de manière assidue. Il adopte progressivement un style qui lui est propre, mélange d'homme goguenard, tour à tour amusé, simplet, colérique ou brutal. Mais le plus souvent attachant... Sa carrure lui permet de jouer des rôles aussi divers que peuvent lui offrir ses expressions visuelles. Il a la faculté - et surtout la chance - de ne pas être limité à une production particulière comme beaucoup d'acteurs de cette époque (Dominique Zardi joue les loubards, Bernard Lavalette les ministres, Jacques Castelot les hommes du monde hautains, Pierre Doris les gentils abrutis…) et le public le perçoit ainsi au travers de compositions originales et sans cesse renouvelées. Retour sur une carrière intéressante, trop tôt interrompue.
A Ses débuts dans le monde du cinéma sont relativement précoces, puisqu'à tout juste vingt ans il n'a déjà de cesse d'écumer les plateaux à la recherche de petits rôles. Ses véritables débuts restent "Le voyageur de la Toussaint" de Louis Daquin, puisqu'il ne fût qu'une silhouette dans "Hôtel du Nord" en 1938 sous les ordres de Marcel Carné. En 1942, il est toutefois mentionné dans le film (encore) de Daquin "Madame et le mort" mais certaines biographies sont divergentes sur sa participation à ce film. Pour Daquin, il est un ivrogne de premier ordre, uniquement rassuré lorsque sa bouteille est à proximité. Composition juste et qui révèle le travail effectué en amont lors de sa formation théâtrale. Dans cet univers qu'il côtoiera durant toute sa carrière, il se révèlera être un excellent metteur en scène, tout comme un professionnel reconnu du décor.


              


Becker sent immédiatement tout le potentiel qu'il peut tirer de ce jeune acteur et l'embauche dans son premier grand rôle, celui de Jeandu dans le film "Goupi mains rouges". Raymond Chirrat dira de lui : "Valet de ferme trop fragile et un peu "demeuré", il y est couvé par sa mère, la Marie des Goupi, et rossé par le redoutable Goupi Tisane. Le rôle oblitère l'acteur consciencieux qui va fournir dès lors maints exemples d'une douceur si touchante qu'elle devient écœurante, d'une bonté si chaleureuse qu'elle devient visqueuse. Il a la chance de paraitre tout de suite dans des films importants."
La carrière d'Albert Rémy ne tarde donc pas à débuter. Troisième rôle et premier grand succès qui le font connaitre des professionnels. Ainsi, pour la seule année 1943, il n'apparait pas moins de 6 fois sur les écrans : "Le voyageur de la Toussaint", "Goupi mains rouges", "Madame et le mort", "Adieu Léonard", "Douce" et "Le ciel est à vous". Il devient un acteur apprécié de certains grands réalisateurs, notamment Claude Autant Lara qui l'emploie de nouveau pour "Le diable au corps" en 1946 suite à sa prestation jugée satisfaisante dans "Douce". Marcel Carné aussi n'a pas oublié l'apport de Rémy pour ses films et il l'engage à nouveau lors de l'année 44 pour ses deux volets des "Enfants du Paradis". Parmi les fidèles on retrouvera aussi André Cayatte (" Avant le déluge ", " Le passage du Rhin "), Henri Verneuil (" Paris, Palace Hôtel ", 1956, "La vache et le prisonnier ", 1959, " Week-end à Zuydcoote ", 1964 et " La vingt cinquième heure " en 1967.), mais surtout Daquin avec qui il collaborera encore pour " Maître après Dieu " en 1950, et " La foire aux cancres " en 1963. 


               


Petit parigot de 14 ans entrant tout juste dans les affres de l’adolescence, Antoine Doinel sèche les cours et tente d’échapper à une vie familiale morne et à des parents absents. Avec son ami René, il fera l’école buissonnière, vivant de débrouille et partageant ses journées entre errances dans le Paris des années 50, chapardages, lectures de Balzac à la bougie et séances de cinéma. Antoine et René, deux gamins lâchés dans Paris découvrent la vie en faisant… les 400 coups.
Film phare de l’Histoire du cinéma, Les 400 Coups (dont le premier titre était Les 4 Jeudis) fit l’effet d’un chien dans un jeu de quilles tant à sa sortie qu’à sa présentation au Festival de Cannes 1959 (où il gagnera le Grand Prix de la Mise en Scène). La révélation de Truffaut cinéaste est en effet foudroyante et le film marque les esprits pas sa liberté de ton et par la qualité de sa mise en scène, alors louée par les nombreux supporters de la Nouvelle Vague dont Truffaut fut l’un des fondateurs alors qu’il n’était encore qu’un journaliste pour Arts et Les Cahiers du Cinéma - le film est d’ailleurs dédié à André Bazin, figure mythique des Cahiers qui mourra le premier jour du tournage.





Le film arrive certes après Le Beau Serge de Chabrol ou Hiroshima mon Amour, mais aujourd’hui, ce n’est pas tant par son aspect "nouvelle vague" que le film nous touche encore, que pour sa beauté intrinsèque. Certes, on y retrouve tous les ingrédients qui font la Nouvelle Vague à l’époque : décors naturels, prises de vue en extérieurs, situations et personnages tirés du quotidien, langage de tous les jours, mise en scène décomplexée et audacieuse… Mais se contenter de ces simples détails serait occulter la beauté de la photographie de Henri Decae, qui nous offre un Paris magnifié. Ce serait négliger la majesté de ses cadrages dans un splendide 2.35, l’audace du montage… Ce serait oublier enfin la partition de Jean Constantin, qui atteint des summums d’émotion notamment dans les derniers plans du film - partition dont Truffaut d’ailleurs semble avoir regretter l’utilisation plus tard, mais qui aujourd’hui contribue à la beauté du film.




Reste que si le film nous bouleverse aujourd’hui encore, alors que les innovations d’alors sont devenues monnaie courante, c’est que ce qui fera le cinéma de Truffaut tout au long sa carrière est déjà en germe dans ce premier opus : enfance, lyrisme, émotion, liberté…
Sur un scénario simple et linéaire - comme pour les deux Doinel suivants - Truffaut s’affranchit des carcans de l’époque, descend dans la rue caméra au poing et suit les aventures du petit Doinel avec une fraîcheur et une liberté de ton effectivement novatrices mais surtout réellement bouleversantes. Son regard sur l’enfance est empreint d’une humanité et d’une tendresse que l’on retrouvera plus tard dans L’Argent de poche ou L’Enfant Sauvage par exemple. Le tout dans un style déjà très personnel. Il faut voir sa caméra s’aventurer à l’air libre, prendre les chemins de traverse du cinéma français et se sentir tellement affranchie qu’elle en finit par tourner, tourner, tourner sur elle-même dans une scène de manège d’une beauté et d’une fraîcheur franchement épatantes.



                                         



Le film retraçant la vie d’un petit parisien qui pourrait tout à fait être Truffaut, on aura souvent glosé sur le côté autobiographique du film (le père de Truffaut s’opposera d’ailleurs violemment aux 400 Coups, lui reprochant une description à charge de la vie familiale du petit Doinel - lire à ce propos les passages bouleversants du "François Truffaut" de Antoine de Baecque et Serge Toubiana). Mais cela reste finalement un détail : le film vaut plus que cela. Il est le portrait de toute une génération de petits parigots, et plus généralement une évocation universelle de l’enfance où tous les spectateurs pourront puiser. 


                                 

On est loin ici des enfants stars ou de ces portraits d’enfance bourrés de clichés. En témoigne la séquence de Guignol, quelques minutes d’éternité et une évocation de l’enfance qui n’est pas sans rappeler le grand Doisneau. D’une certains manière, Truffaut livre ici un film proche du cinéma-vérité, un quasi-documentaire sur la vie d’un adolescent dans les années 50 qui pourrait tout aussi bien être Truffaut que.. Léaud.


                                 


Jean-Pierre Léaud, dont c’est alors le premier film... D’une énergie et d’une aisance tout bonnement démentielles, Léaud EST Doinel, un adolescent gouailleur au naturel confondant. Le film lui doit énormément et sa performance épate encore aujourd’hui. Découvert par casting (dont vous pouvez voir de larges extraits, jubilatoires, dans les bonus), c’est lui et lui seul qui porte le film sur ses épaules. Jetez vous sur le chapitre 18 (confrontation avec le psychologue), sûrement un des moments les plus bouleversants du film : une scène telle que celle-ci démontre la palette d’émotions dont était déjà capable Léaud, alors débutant de 14 ans.
Un jeune acteur qui s’engage sur les nouvelles voies du cinéma français tracées par Truffaut et son film, mais aussi par Chabrol, Godard, Rivette, Demy, Varda et les autres – et dont la route croisera à nouveau celle de son pygmalion pour d’autres aventures de Doinel qui, toutes réussies qu’elles seront, n’auront toutefois jamais la fraîcheur et l’éclat de ce premier joyau.


Bébert et l'Omnibus est un film français réalisé par Yves Robert, sorti sur les écrans en 1963.
C'est la veille des vacances et, comme chaque année, toute la famille Martin part en expédition à Paris pour acheter, dans les grands magasins, les shorts, chapeaux de plage et produits à bronzer nécessaires. La journée est longue pour Bébert, charmant garnement de huit ans qui a envie de courir et de toucher à tout, ce qui est défendu ! Elle est longue aussi pour son frère Tiéno, grand dadais qui ne rêve que de filles à draguer. Lorsque l'heure est venue de prendre le train pour regagner leur lointaine banlieue, les parents Martin, Ginette et Armand, ne retrouvent pas Bébert. " Qu'à cela ne tienne ", les rassure Tiéno, "je le ramènerai par le train suivant".
 En fait, le grand frère a demandé au petit de se cacher; ainsi pourra-t-il rencontrer une jolie rousse au rendez-vous qu'il lui a fixé. Mais la rousse ne vient pas et Tiéno monte dans le dernier wagon du train avec Bébert qu'il laisse endormi dans le compartiment pour rejoindre deux copains en tête de convoi. Lorsque celui-ci arrive à Tournan, but du voyage, la queue du train a disparu et Bébert avec ! Affolé, Tiéno monte sur un vélo et pédale en direction de Verneuil-l'Étang où son frère a été dévié...

 A Verneuil, Bébert a été recueilli, étrange objet trouvé, par Belissard, un balayeur, qui l'a conduit à Parmelin, le chef de gare. Celui-ci ne sait que faire du gamin qui a assez dormi et qui court sur les voies, affole les aiguillages et bloque tous les trains. Après une nuit passée à semer le désordre dans la petite gare, Bébert est remis dans le train, avec son père et Tiéno qui l'ont rejoint, par un brave homme d'inspecteur de la S.N.C.F., Berthoin, qui lui a offert un pétard en cadeau d'adieu. Bébert le jette allumé par la fenêtre : un train d'explosif saute. Nul n'a jamais su pourquoi...


   

Comme toutes les (bonnes) oeuvres d'art, Bébert et l'omnibus témoigne de son époque. Sorti en 1963, il emprunte à R.Queneau (Zazie dans le métro, 1959), à J.Tati (Mon oncle, 1958) et à Audiard (Les tontons flingueurs sortent la même année). On y observe la pantomine d'une famille ordinaire entre Paris et banlieue. à mi-chemin entre les Marx Brothers aux grands magasins et Liberté Oléron, les thèmes chers à Yves Robert sont abordés : la jouissance, le désir, la mutinerie face aux injonctions de l'ordre social, etC. Le film se regarde aisément grâce à une première partie très dynamique. Le film souffre peut-être d'un quart d'heure de trop à la fin. Les dialogues, les plans et les acteurs sont fabuleux, notamment M.Serrault. à voir en famille, sans espérer que le film apprenne les bonnes manières à ses plus jeunes téléspectateurs ! 

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