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dimanche 30 novembre 2014

Jean-Pierre Aumont

Né dans une famille d'artistes (il était le neveu de l'acteur Georges Berr, et son frère fit une carrière de cinéaste sous le nom de François Villiers), Jean-Pierre Aumont fit "naturellement" le Conservatoire, où Louis Jouvet le remarqua et le fit débuter sur scène au théâtre des Champs-Élysées dans le rôle d'un jeune prof d'anglais. Jean Cocteau, fin connaisseur de beaux blonds aux yeux bleus, lui confie le rôle d'Œdipe dans sa Machine infernale en 1934. Mais c'est surtout le cinéma qui le repère: après une brève prestation dans Jean de la Lune de Jean Choux et quelques apparitions dans des films de troisième zone, dont les titres laissent pour le moins rêveur (Ève cherche un père, la Merveilleuse Tragédie de Lourdes et, tout de même, le Voleur de Tourneur), grâce à Marc Allégret (le plus célèbre faux neveu d'André Gide), il devient un maître nageur tout en muscles et en maillot face à Simone Simon dans Lac aux dames en 1934. La même année, il sera un jeune ouvrier dans (Dans les rues) de Victor Trivas et un amoureux dans le Maria Chapdelaine de Julien Duvivier. C'est le triomphe instantané dont témoignent les innombrables couvertures de magazines ciné qui lui sont alors consacrées. Dès lors, résumé à son sourire franc, Jean-Pierre Aumont semble définitivement destiné aux rôles de jeune premier dynamique et optimiste.


                           


Pendant la guerre, Jean-Pierre Aumont déserte en effet mais pas exactement dans le sens général de la population française. Rattrapé par ses origines juives, il émigre aux États-Unis en 1940, tourne quelques films de propagande antinazis (la Croix de Lorraine de Tay Garnett, 1943), rejoint les Forces françaises libres, participe aux campagnes d'Afrique du Nord et au débarquement des Alliés en Provence. Blessé deux fois, il reçoit la croix de guerre et la Légion d'honneur. Avec Charles Boyer, il sera l'un des rares acteurs français à s'imposer à Hollywood, sans doute en raison de son "lovely French accent", dont Maurice Chevalier avait une fois pour toutes lancé la vogue, mais aussi parce qu'il incarnait une certaine désinvolture "vieille Europe", plus connue sous le nom de classe folle. En 1947, il joue aux côtés d'Yvonne De Carlo dans Schéhérazade, une comédie musicale de Walter Reisch délicieusement loufoque, puisque son action se situe au Maroc en 1865, où un vaisseau de l'escadre russe fait escale. A son bord, le jeune Rimski-Korsakov (Aumont), qui, à la recherche d'un piano pour créer, tombe sur la bombissime Cara de Talavera (Yvonne De Carlo). En 1948, un remake de l'Atlantide tourné par Gregg Tallas est de cette même farine un peu épaisse, même si Aumont dans le rôle de l'officier perdu y est épatant et Maria Montez (à l'époque sa compagne), tout à fait excitante en reine Antinea. Touche à tout désinvolte, Jean-Pierre Aumont sera aussi sur scène à Broadway, notamment avec Vivien Leigh pendant deux ans pour jouer Tovaritch. 


                           


Drôle de drame est un film de Marcel Carné de 1937
Londres, l'évêque Soper (Louis Jouvet) organise une séance de morale dans laquelle il accuse publiquement l'auteur du livre Le crime modèle, Félix Chapel : il considère que l'humanité, qui autrefois avait au moins la vertu de ne pas lire, ou du moins de ne lire que la Bible, s'est pervertie au contact d'une littérature pernicieuse, dont le livre à succès en accusation est l'exemple parfait.Cette séance, prévue pour accueillir une grande foule, n'a cependant attiré que les ligues féminines de morale, ainsi que deux individus singuliers : le premier, un jeune homme, à un moment s'écrie que le livre l'a traumatisé et qu'il ne rêve que de tuer Félix Chapel, car il est lui-même William Kramps, le tueur de tueurs et de bouchers. Armé de sa bicyclette, il provoque un esclandre et s'enfuit.


   
         
En 23 jours, de mai à juin 1937, le film est tourné aux studios Pathé à Joinville-le-pont. Rapidité d’exécution due à la qualité de l'équipe et à la précision de Carné qui tourne en peu de prises comme le rappelle Jean-Ollé-Laprune dans le bonus Drôle de propos. Carné rappelle dans ses mémoires que le tournage se passa dans la bonne humeur et les fous rires à tel point qu'avait été installée une "boîte à rires" dans laquelle celui qui riait pendant une prise devait mettre une pièce, comme durant la scène d'ivresse entre Barrault-Kramps et Simon-Chapel dans laquelle Barrault n'en pouvait plus des facéties de Simon. Mais il y avait aussi cette fameuse tension entre Louis Jouvet et Michel Simon qui, eux, se détestaient copieusement. Il faut dire que quelques années auparavant Michel Simon avait triomphé dans la compagnie de Louis Jouvet dans la pièce de Marcel Achard, Jean de la lune. On raconte qu'un jour Louis Jouvet dit à Michel Simon : "votre rôle est admirable", ce à quoi Simon a répondu : "je sais j'ai refusé le vôtre". Ambiance !




Et puis il est impossible de ne pas revenir sur les circonstances dans lesquelles a été tournée la fameuse scène du "bizarre... bizarre". Chacun avait fait le pari de soûler l'autre. Pari évidemment réussi, les deux acteurs passant la journée assis à tourner les prises avec du vrai champagne. A la fin de la journée, chacun titubait et Jouvet alla tout de même jouer au théâtre une pièce dans laquelle Carné raconte qu'il fut excellent. Toute l'équipe était persuadée d'avoir fait un bon film, ils y avaient cru. Jean-Louis Barrault dira plus tard qu'ils avaient sans doute fait un vrai film d'avant-garde en ce sens où ils étaient en avance sur le public. Il fallut en effet attendre 1951, date de ressortie du film, pour que Drôle de Drame soit accepté et plébiscité par le public et devienne le classique que l'on connaît.


       

Mélange d'humour à l'anglaise, de vaudeville à la française et de burlesque à l'américaine, Drôle de Drame est ce que l'on appelle un OVNI dans le paysage cinématographique français. Un film qui se joue des conventions de toutes sortes pour produire un chef d'oeuvre d'humour décalé loin des pochades auquel le cinéma français nous habitue depuis longtemps et qui, des Bronzés 3 à Brice de Nice, fait les délices de ceux qui ne pensent qu'à niveler par le bas le public "populaire". Carné et Prévert n'ont jamais sous-estimé leur public et ont toujours cherché à l'élever, à lui parler de choses du quotidien auxquelles il est facile de s'identifier, puis à le transcender. Ils n'ont jamais cédé à la facilité et ont toujours cherché durant le temps de leur collaboration à se remettre en question à chacun de leur film. Drôle de Drame et Hôtel du Nord ne font pas partie du "réalisme poétique" que les critiques paresseux ont accolé à Carné, à la différence de Quai des Brumes et le Jour se Lève, bien qu’il existe déjà de grandes différences entre ces deux films.


                  

La Deuxième Guerre mondiale, considérée comme un conflit "noble" avait suscité très peu de films contemporains à controverse sur le fond, tandis que la Guerre de Corée au contraire, permit progressivement des métrages plus grinçants, tels La Gloire et la Peur de Lewis Milestone renvoyant dos à dos les dirigeants indifférents au sort de leurs troupes, véritable chair à canons. Dans les sixties, avec l’engagement américain au Vietnam, c’est une tout autre forme de spectacle qui s’offre au public. Excepté le nauséabond Les Bérets verts de John Wayne, il faudra attendre la fin de la décennie suivante pour avoir des titres marquants sur ce thème (Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, Le Merdier…), mais ces bouleversements politiques s’inscrivent déjà de manière détournée dans le cinéma de l’époque. MASH de Robert Altman bien que se déroulant durant la Guerre de Corée traite bien évidemment du Vietnam et les films de Blake Edwards et Hutton précités, par leur défiance envers le drapeau et leur ironie étaient également traversés des élans pacifistes en cours. Un Château en Enfer fait évidemment partie de cette vague, mais à un degré différent, l’aspect politique se mêlant à une réflexion plus métaphysique.
Hiver 1944, dans les Ardennes. Un groupe de sept soldats américains, dirigé par le Commandant Falconer, s'est installé dans le château du village de Sainte-Croix. Le Comte de Maldorais, propriétaire des lieux, est marié à une ravissante jeune femme, Thérèse. Mais le couple n'a pas d'enfant. Le Comte, qui s'est rendu compte de l'intérêt de Falconer pour son épouse, va favoriser leur liaison, dans l'espoir de voir naître un héritier...


           


Sous ce pitch en apparence archétypal, Un Château en Enfer se révèle progressivement être un pur ovni. L'atmosphère pesante chargée d'histoire des lieux, l'ennui provoqué par les longues semaines d'inactivité et l'idylle improbable entre le commandant joué par Lancaster et la jeune châtelaine sont des éléments qui font que le film détonne progressivement de la production guerrière classique. Les enjeux se déplacent complètement, la grande question étant ici l'opposition entre Lancaster souhaitant faire du château le dernier bastion de résistance face à l'arrivée imminente des troupes allemandes, tandis que son second (excellent Patrick O'Neal), féru d'art, souhaite préserver le patrimoine du château, soutenu par le maître lieux (Jean-Pierre Aumont qui apporte tout son charisme et sa prestance au Comte). Pollack applique une esthétique et une narration tout aussi surprenantes, très moderne et presque "psyché" dans certains effets. Les ellipses se font parfois déroutantes avec des dialogues en voix off en décalage avec l'image, tandis que l’illustration se fait majestueuse pour tout ce qui a trait aux splendeurs contenues dans le château de Malderais.


                 


Par moments, l'ambiance évoque très fortement celle de La Neuvième Configuration de William Peter Blatty. Ce film (postérieur à Un Château en Enfer par lequel il a pu être influencé) nous plongeait dans un asile de vétérans où la folie contaminait progressivement la mise en scène par des passages de plus en plus extravagants. On ressent la même sensation ici à travers des scènes totalement hallucinées, telle cette expédition du commando au bordel du village, et ses prostituées prenant la pose dans un intérieur rougeoyant et théâtral. On peut également évoquer l’étonnant groupe de soldat déserteurs fous de Dieu, mené par un Bruce Dern possédé. Ces soldats à l’équilibre psychologique vacillant sont incarnés par un casting à l’avenant. Peter Falk réinvestit son métier premier lorsqu'il se lie avec la boulangère du village, Scott Wilson (le terrifiant Slim Grissom de Pas d'orchidée pour Miss Blandish) tombe amoureux d'une Volkswagen tandis qu’un jeune noir, apprenti écrivain, fait office de narrateur par intermittence à travers son livre imaginaire. Psychotiques et torturés, les membres de l’unité trouvent finalement refuge dans tout ce qui peut les ramener à leur quotidien. Une régression qui atténue peu à peu leur agressivité au combat, soit une manière subtile d’évoquer l’absence de repères des soldats du Vietnam dont il est bien évidemment question ici... Source et suite : http://www.iletaitunefoislecinema.com/chronique/3789/un-chateau-en-enfer-castle-keep-1969

Vents contraires

Le professeur Fulton, vieux chimiste anglais, travaille seul au premier étage de sa demeure campagnarde des Cornouailles, lorsque le canon d’un révolver se braque sur sa tempe. Il n’a pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrive, qu’il est assassiné par un homme en costume noir pourvu de petites lunettes rondes. Une fausse lettre de suicide est déposée sur son bureau et le révolver placé dans sa main. Au même moment, Yvon, documentariste animalier itinérant, se sépare de son amie Florence à Dieppe, chez qui il a passé quelques tendres semaines. Sous une neige d’avril, il se rend chez son ami Jean (et ex-mari de Florence), en Bretagne. Architecte nautique, ce dernier est en train de lui concevoir les plans d’un voilier, à sa demande. Le temps d’une soirée arrosée, ils devisent des motivations masculines pour les conquêtes féminines. Pendant ce temps, le tueur aux lunettes rondes poursuit froidement ses exactions, en défenestrant le fils du chimiste en Inde, puis en faisant carrément exploser un institut agronomique en Californie. C’est alors qu’en France, une aventure à haute tension débute pour Yvan : alors qu’il filme discrètement un renard dans une forêt, en nocturne, il tombe nez à nez avec une jeune femme blonde paniquée, en nuisette, qui lui demande de l’aide. Elle s’engouffre dans sa fourgonnette et l’incite à fuir avant qu’« ils » ne la rattrapent…


                 

Au scénario de ce diptyque et pour sa première incursion dans le domaine du thriller, Régis Hautière a mijoté aux p’tits oignons une première partie particulièrement prenante. Dans un premier chapitre, le scénariste alterne deux types de séquences. D’un côté, on découvre un tueur de sang froid qui multiplie les pires exactions, sans le moindre scrupule (du simple meurtre, à l’explosion d’un immeuble). De l’autre, il prend le temps de nous présenter la personnalité du héros, documentariste animalier, mais surtout ancien militaire solitaire et baroudeur, à travers ses amitiés et ses amours. Les choses deviennent soudain très sérieuses dès l’entame d’un second chapitre, qui ne nous lâche plus jusqu’au climax, puissant, qui découle sur de sacrées surprises… en guise de cliffhanger ! Pour un coup d’essai dans le registre du thriller, c’est un coup de maître ! Et pourtant, pour le moment, on ne sait pas grand-chose du fond de l’affaire. Tout juste devine-t-on qu’il s’agit du milieu de la recherche biologique et/ou agro-alimentaire… On imagine qu’il s’agit de museler une découverte et ses applications industrielles… mais on n’a pas le temps d’imaginer beaucoup, tant le scénario est équilibré et rythmé. 

Les dialogues sont soignés, les personnages solidement campés sonnent justes, les caractéristiques professionnels du héros s’avèrent astucieuses (pratiques ces jumelles de visée nocturnes et thermiques)… Le dessin semi-réaliste et parfaitement abouti d’Ullcer (déjà auteur des aventures des flics Harley et Davidson, chez EP) se révèle parfaitement adapté pour dynamiser l’ensemble.  Et connaissant les qualités d’Hautière on peut s’attendre à un second volet tout aussi réussi. Une excellente surprise ! 
Allongé dans son lit d'hôpital, Yvon Lebihan vient de répondre aux questions des policiers. De toute évidence soupçonné dans la tuerie qui vient d'avoir lieu, il est surveillé de près. A sa sortie de l'hôpital, il rencontre Alison, la sœur de la jeune fille qu'il a tenté de sauver d'une horde de motards en armes. Ils rejoignent tous deux Jean Guérin, l'ami d'Yvon, et partagent leurs impressions. On apprend alors que la jeune femme qu'il a tenté de sauver s'appelait Cassie Fulton. Elle était la fille d'un éminent biologiste anglais, mystérieusement « suicidé » quelques jours plus tôt. Les évènements vont rapidement s'enchainer et la pression monter sur Yvon, Alison et Jean. Les dernières découvertes du chercheur anglais sont apparemment au cœur d'enjeux complexes. Les meurtriers du professeurs Fulton n'ont visiblement pas terminé leur travail. Yvon va devoir utiliser tous les ressorts de son passé de militaire pour renouer le contact avec d'anciens soldats et organiser sa défense...  Parfaitement orchestrée de bout en bout, la conclusion de ce dyptique tient les promesses d'un premier tome haletant. Les surprises cueillent le lecteur dès la première page, tout en donnant beaucoup de pistes sur les raisons de la série de meurtres perpétrés.  Le professionnalisme du scénariste Régis Hautière est évident dans la mise en scène des phases de l'album.

Il utilise remarquablement les voix off, qui permettent de transitionner d'une scène à l'autre, les dialogues de la première scène se superposant aux images de la nouvelle. Imparabale d'efficacité, le lecteur est scotché, comme dans un polar bien foutu dans un fauteuil de cinéma. Le dessinateur Ullcer s'acquitte très efficacement de sa tâche, même si une certaine jeunesse apparait dans ses pages, au détour de visages fluctuants. Mais rien de grave, une bonne gestion des couleurs par Jérôme Brizard nous offrant par ailleurs quelques cases visuellement belles, comme le coucher de soleil sur l'usine désaffectée de la page 22. La galerie de personnages qui peuple ce polar est également très réussie, du tueur aux petites lunettes noires, au copain trafiquant d'armes. Des seconds rôles visuellement typés et marquants qui, combinés avec des dialogues efficaces, rendent cet album percutant au possible. Lecture hautement recommandable pour les amateurs de polars bien menés, Vents Contraires confirme à nouveau la place de Régis Hautière dans la galaxie des scénaristes qui comptent.




Gérard blain

Gérard Blain (Gérard Ernest Zéphirin Blain), né et mort à Paris (23 octobre 1930-17 décembre 2000), est un acteur, réalisateur, scénariste et dialoguiste français.
Gérard Blain est issu d'une famille parisienne depuis plusieurs générations. Il est très jeune quand son père, architecte en chef de la ville de Paris, délaisse le foyer familial. Les relations de Gérard Blain avec sa mère et sa sœur deviennent alors conflictuelles. Il quitte l'école à 13 ans sans même avoir le certificat d'études primaires et commence une vie mouvementée d'enfant de la rue, livré à toutes sortes de difficultés dans le Paris de l'Occupation. À 14 ans, il fait un bref séjour dans les FFI. Il dira lui-même « Depuis mon enfance, je me considère avec la société en état de légitime défense ». Cette enfance malheureuse sera un des sujets récurrents de ses films, notamment Un enfant dans la foule, film aux accents autobiographiquesAvec un physique entre Alain Delon et James Dean, il commence par hasard à faire de la figuration dans des films, remarqué pour sa « belle petite gueule ». C'est Julien Duvivier qui, en lui donnant enfin un rôle consistant dans Voici le temps des assassins alors qu'il a 26 ans, le lance définitivement dans le monde du cinéma. 


                              

Il rencontre les réalisateurs de la Nouvelle Vague, notamment Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, nés la même année que lui, et devient vedette avec Le Beau Serge. Il joue dans le film hollywoodien Hatari aux côtés de John Wayne, mais ne pouvant s'adapter au vedettariat à l'américaine, il refuse de signer un contrat et revient en France. Ses idées sur le cinéma se heurtent à un certain conformisme, qu'il rejette. C'est un acteur rebelle, moralement intransigeant, nostalgique des valeurs disparues, en révolte permanente contre son temps. Il s'exprime enfin en passant à la réalisation en 1971 avec Les Amis. Gérard Blain est un puriste du cinéma, préférant les acteurs amateurs aux professionnels, partisan de l'épure des plans et d'un son maîtrisé, hostile à tout effet artificiel. Son cinéma est extrêmement influencé par Robert Bresson, qu'il admirait. Sa carrière en tant que réalisateur produit une dizaine de films, dont deux sont sélectionnés pour le Festival de Cannes, mais n'arrive jamais à obtenir un véritable succès populaire. Certains considèrent Gérard Blain comme un « anarchiste de droite », de par son anticonformisme éthique.


                               


La lecture rapide du scénario, placé sur la fiche-film montre, évidemment, que le carrefour des enfants perdus ne fait pas trop dans la nuance, au plan du mélodrame, mais ne dit pas assez qu’il y a bien des bonnes idées dans ce film…
Comment dire du mal – à tout le moins ne pas dire du bien – d’un film et d’un sujet qui font appel à de belles valeurs et à des sentiments nobles et intelligents : solidarité dans l’épreuve, courage, sens de l’effort, générosité entre générations, ouverture et confiance dans ce que l’autre peut avoir de bon, de meilleur, de perfectible, malgré les apparences ? Qui marque, d’une façon assez nette et pas trop mièvre que la main qu’on tend à l’autre peut lui permettre de s’en sortir…?
Et pourtant, c’est bien lourd et bien pesant, finalement, et ça paraît durer longtemps parce que, si ça ne manque pas de conviction, ça manque de franchise.
Le carrefour des enfants perdus est sorti sur les écrans parisiens le 26 avril 1944 et cette date ne me semble pas tout à fait neutre ; il n’est pas impossible qu’elle gâte un peu mon jugement : j’y vois, sous les mots nobles, le côté piteux de la Révolution nationale, surtout à cette extrême fin, après que les grands idéaux de redressement français du début (dont les meilleurs aspects ont été l’École d’Uriage, par exemple, véritable pépinière de vrais résistants) ont été engloutis par la politique de collaboration, après l’envahissement de la Zone Sud, le 11 novembre 1942.
Dès lors ne demeure qu’un jeu d’ombre, une fiction, un décor de théâtre de plus en plus mité et de plus en plus sale. Dès lors Le carrefour des enfants perdus n’apparaît-il plus que comme un film de propagande, mais une propagande à quoi plus personne ne croit ni n’attache d’importance…


   

On jugera peut-être que j’accorde, moi, trop d’importance à des événements d’apparence bien extérieurs au film ; on n’aura pas tout à fait tort parce que, vu hors de cette perspective historique, le film est un machin assez banal, nettement moins prenant que Chiens perdus sans collier, qui est postérieur de dix ans mais qui, sans valoir tripette, est tout de même assis sur un scénario plus solide…
Alors que sauver du Carrefour ? Quelques acteurs, essentiellement : si René Dary est là un soupçon moins mauvais que dans 120 rue de la Gare où il atteignait le tréfonds, il ne casse pas grand chose pourtant ; je ne piffe pas Serge Reggiani (eh oui ! malgré Casque d’or, Le doulos et Vincent, François, Paul… et les autres) ; en revanche Raymond Bussières est étincelant, en marlou profiteur et pourtant bon zigue (il y a une scène assez amusante où il présente à René Dary les charmes et décorations de sa maison de tolérance avec autant de fierté naïve que le fait Bernard Blier à Jean Gabin dans Le cave se rebiffe ; la parenté des deux scènes, en tout cas, m’a frappé) ; et puis j’aime beaucoup le frais minois de Janine Darcey, co-vedette féminine, avec Odette Joyeux, d’Entrée des artistes ; mais on ne la voit pas assez…Autres bribes : Gérard Blain, Michel Barbey, très jeunes…
Ah… Et puis la mise à sac du centre de rééducation par les gamins semble bien inspirée de celle de Zéro de conduite de Jean Vigo et n’est pas trop mal filmée...


               


Voici le temps des assassins est un film français réalisé par Julien Duvivier, sorti en 1956À Paris, André Chatelin, restaurateur aux Halles à l'enseigne Au Rendez-vous des Innocents, est un modèle d'homme droit, patron paternaliste et le cœur sur la main. Mais un beau matin, une jeune fille tout juste arrivée de Marseille se présente à son restaurant. Elle dit être Catherine, la fille de Gabrielle, première femme de Chatelin, dont il est divorcé et n'a plus de nouvelles depuis vingt ans. Selon Catherine, Gabrielle vient de mourir, et elle n'a nulle part où aller. Chatelin lui offre alors son hospitalité.
Mais insidieusement, Catherine mène un jeu trouble auquel Chatelin ne voit que du feu. Elle parvient à le brouiller avec celui qu'il considère comme son fils, Gérard, un jeune étudiant en médecine sans ressources : il s'agit pour elle d'éliminer cette concurrence, Chatelin risquant d'en faire son héritier. Puis, elle persuade Chatelin qu'ils sont réciproquement amoureux, mais que lui hésite à l'épouser par peur du qu'en-dira-t-on étant donné leur différence d'âge. Il finit par céder et l'épouse à la réprobation de Mme Chatelin mère et de la vieille servante Mme Jules qui voient en Catherine le reflet de Gabrielle, l'ex-épouse de Chatelin, une femme qu'elles détestaient.


    

 


Poursuivant son plan d'être la seule héritière de Chatelin, Catherine devient la maîtresse de Gérard et, prétextant la brutalité de Chatelin dans leur intimité, elle lui demande de le tuer. Comme il refuse, comprenant soudainement à quel jeu elle joue depuis le début, Catherine l'assassine.
Il faudra que Chatelin découvre que Gabrielle vit toujours, déchue et droguée, et qu'il se mette à suspecter Catherine d'être responsable de la disparition de Gérard pour que lui soit révélée l'ampleur de la sournoiserie et du machiavélisme de Catherine. César, le chien de Gérard, vengera son maître.




                           


Cinéaste qu'aucun genre n'a rebuté, Duvivier part d'un tableau « réaliste » (ou considéré comme tel en 1956) : le quotidien d'un restaurant gastronomique des Halles, dirigé par un Jean Gabin paternaliste comme plus personne ne l'est aujourd'hui.
Ce préambule exerce un tel charme que l'intrigue, noire et rocambolesque, semble presque commencer trop tôt et trop vite, de même que la jeune orpheline (Danièle Delorme) par qui le mal arrive paraît bien ­monolithique.
Loin de toute vraisemblance, le film s'emballe alors en un ténébreux tourbillon de mensonges, de menaces, de complots et d'ignominies. La caméra de Duvivier, plus virtuose que sa plume, délaisse l'ordre et la lumière de la salle du restaurant pour scruter la pénombre des hôtels miteux et la noirceur des âmes. Expéditive, son étude de la méchanceté humaine n'en donne pas moins lieu à d'hallucinantes images, aux franges de la fantasmagorie... Témoin et victime de cette conspiration du vice, Jean Gabin abdique ici, pour la première fois, ses pouvoirs de séducteur  d'avant-guerre, pour devenir un homme comme les autres, le verbe haut mais le coeur facile à berner. Louis Guichard

Dolores Gray

Dolores Gray est une actrice et chanteuse américaine née le 7 juin 1924 à Chicago en Illinois, décédée le 26 juin 2002 à New York (États-Unis).
Kismet est un film musical américain de Vincente Minnelli et Stanley Donen (non crédité) sorti en 1955.Un mendiant roublard, que l'on va prendre pour un magicien, et qui va finir par croire à ses propres pouvoirs à force d'avoir vu se réaliser ses malédictions et bénédictions lancées à tort et à travers pour se sortir de mauvaises postures... "Kismet" est l'adaptation d'un musical scénique de Broadway dont la musique est, pour une bonne partie, une transposition de thèmes de Borodine, donc assez savante et pas facile d'accès au premier abord. Il a été réalisé par Vincente Minnelli à contrecœur et dans la précipitation, mais c'était une condition pour qu'il puisse ensuite se lancer dans son biopic sur Van Gogh. Au final, ce fut un cuisant échec critique et public et encore aujourd'hui il est considéré comme un de ses plus gros ratages. On peut facilement comprendre ceux qui s'y sont ennuyé car, pour l'apprécier, il faut d'une part être amateur de film presque intégralement musical, celui-ci l'étant quasiment à 80%, de l'autre ne pas avoir peur du kitsch ni d'un certain statisme de la mise en scène. 


                   


Mais comme la partition est superbe (même s'il faudrait, pour l'apprécier pleinement, sans doute l'écouter deux ou trois fois de suite tellement certaines mélodies peuvent sembler complexes), et le kitsch magnifié par les équipes artistiques de la MGM qui ont réalisé un travail somptueux sur les décors et les costumes (le film est un délice pour les yeux, Joseph Ruttenberg accomplissant un travail remarquable avec l'utilisation des tons dorés), nous échappons à l'ennui. Question statisme, si vous avez pu survivre aux adaptations plates et ternes de certains splendides spectacles de Rodgers et Hammerstein (du style "Carrousel" et "Oklahoma"), vous ne pourrez qu'être agréablement surpris car la caméra opère ici encore quelques élégants tournoiements. Il faut dire aussi qu'Howard Keel, en plus d'être un chanteur hors pair, est peut-être l'un des cabotins américains les plus attachants ; il s'en donne ici à cœur joie et sans jamais sombrer dans la lourdeur. L'histoire est bien amusante, basée sur les mensonges et les roublardises perpétuelles du personnage joué justement avec délectation par ce savoureux et sympathique acteur-chanteur. Ses trois partenaires, Dolores Gray en tête, font un sans faute musicalement parlant, Ann Blyth est charmante et la célèbre "Stranger in Paradise" fait toujours autant frissonner de plaisir. Bref, si l'on peut volontiers reconnaitre un manque d'ampleur et de rythme à ce film, privé de toute emphase lyrique typiquement minnellienne que l'on trouve habituellement disséminée ici et là dans nombre de ses films précédents, ce spectacle chatoyant, coloré et assez drôle fait passer un bien agréable moment.


   
    
La Femme modèle (Designing Woman) est un film américain de Vincente Minnelli sorti en 1957. Tout comme Minnelli fait se rencontrer et s’aimer ici une styliste de mode et un journaliste sportif, il confronte deux genres : la comédie sophistiquée et le film noir. Deux personnages, deux genres, deux sexes, deux univers (le monde viril et opaque de la boxe, avec ses matchs truqués, contre le monde féminin et exubérant de la mode, avec ses engouements arbitraires)… Et à l’arrivée, un seul film de Minnelli. L’un de ses meilleurs. Un film d’une grâce aérienne pour traiter l’un des sujets les plus fondamentaux qui soient : l’altérité. Au-delà des images, des faux-semblants, y a-t-il une vraie rencontre possible ? Car en images, Minnelli s’y connaît. Le point commun de la boxe et de la mode, c’est la théâtralité de ces deux univers. Il y a la représentation, et les coulisses. A tel point qu’il affuble les personnages principaux d’un monologue intérieur en voix off, pour mieux souligner le décalage entre le mensonge extérieur et la vérité intérieure. Procédé d’abord comique, mais rapidement bouleversant, qui hisse le film à la hauteur du chef-d’œuvre. Tous les comédiens font des merveilles, mais reconnaissons une petite faiblesse pour la voix éraillée et le port de tête si raide de Lauren Bacall. Il faut la voir s’empiffrer devant un Gregory Peck groggy en lui lâchant, mine de rien, “Quand je suis amoureuse, je mange trop…” Quant à la bagarre chorégraphiée du finale, c’est un sommet de la comédie américaine. L'humour s'incarne dans de multiples procédés. Ce sont, au départ, les sons et couleurs exacerbés par la gueule de bois de Mike. Ce sont les commentaires off de chacun des personnages qui ont interpellé le spectateur au début du film et ne le lâcheront plus jusqu'à la fin. Souvent, dès que les personnages prétendent avoir dit ou fait quelque chose, l'image, dans un fondu-enchainé, les contredit. 



    

On notera aussi la belle déclaration d'amour involontaire. Ayant déclaré qu'elle ne mangeait beaucoup que lorsqu'elle était amoureuse, Marilla rougit de la tête aux pieds lorsqu'elle se rend compte, devant Mike amusé, qu'elle a commandé toute la carte au restaurant. Comique à répétion avec Maxie qui dort les yeux ouverts.
Il faut toute cette énergie pour que l'amour subsiste entre les deux jeunes mariés. Car de retour à New York, leurs différences sociales se révèlent peu à peu : Mike, bohème, fréquente des sportifs, quelquefois assez vulgaires, tandis que Marilla est entourée d'artistes. Ruby l'artiste chorégraphe concourt à la réunion des deux univers avec sa danse boxeuse.


                              


Racontée à un interlocuteur invisible par divers témoins (Woody Allen s'en souviendra dans nombre de ses films), cette étincelante comédie repose sur le mensonge permanent. Ce que les personnages prétendent avoir dit ou fait — ne pas avoir dit ni fait — est immédiatement contredit par l'image. D'où la jubilation du spectateur, toujours mis dans la confidence, constamment au courant des ruses et des tromperies de chacun des deux héros, embringués, eux, dans un vaudeville sentimental. Mais la jalousie de Bacall pour une ex de Peck n'est, bien sûr, que le prétexte d'une question bien plus épineuse : comment accepter l'autre ? A la fin, lors d'un ballet brillant et drôle, un chorégraphe agité (que Gregory Peck avait pris pour un gay) réunira les mondes opposés de la boxe et de la haute couture. Et ce sera, enfin, l'harmonie (provisoire)... 
Source : http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/la-femme-modele/

Les trois lanciers de Gunga Din


Dans les Indes britanniques, à la fin du XIXe siècle ou au début du XXeme, un régiment de lanciers est déplacé depuis le Bengale jusqu'au Nord-Est de la zone colonisée, pour faire face à l'agitation des populations Afridi, rebelles frontaliers. Ce régiment est dirigé par le Colonel Stone, militaire inflexible, dont les consignes coûtent la vie à un de ses officiers lors d'un incident de frontière. Le Lieutenant Mac Gregor, officier indiscipliné, a assisté à l'incident. C'est alors que deux officiers novices dans la région arrivent au régiment. L'un des deux est Forsythe, excellent cavalier et déjà doté de quelque expérience, qui ne s'en laisse pas compter par Mac Gregor. Le second est fraichement émoulu de l'école militaire, et il est aussi le fils du Colonel Stone, qui n'a pas demandé cette affectation. Le lieutenant confirmé et les deux nouveaux arrivants, partageant les mêmes quartiers, vont former un trio d'amis. A la frontière Nord, un leader nommé Mohammed Khan est en train de fédérer les tribus rebelles. Le Colonel Stone, homme rusé, entreprend de se rapprocher de la zone sous le prétexte de rendre visite à un dignitaire, qui sympathise avec la puissance coloniale. Dans le palais de leur hôte, les officiers britanniques ont la surprise de rencontrer Mohammed Khan, invité comme eux. Malgré leur méfiance, les trois Lieutenants tombent dans un piège et se retrouvent prisonniers de Mohammed Khan, dans une forteresse lointaine. Il entreprend de les torturer afin de connaitre le chemin d'un convoi de munitions qui doit arriver prochainement. En faisant main basse sur les munitions, il donne un avantage aux tribus rebelles fédérées. Et au moment où le régiment des lanciers se porte à l'assaut de la forteresse, ce même avantage permettrait aux assiégés d'annihiler les attaquants. 

         
   

Comprenant cette situation dramatique, les trois officiers prisonniers vont tenter et réussir une sortie de leur cachot. Ils ont eu le temps d'observer la forteresse depuis leur cellule, et de mettre leur plan au point. Leur coup est audacieux mais il réussit, assurant ainsi tout à la fois la victoire du régiment de lanciers, et l'extinction de la rébellion de Mohammed Khan. Ils seront décorés tous les trois.
Rares sont les films atteignant l’âge canonique de 75 ans, qui demeurent aussi excitants qu’au moment de leur sortie. Et ce malgré le noir & blanc abimé, le son crachotant, la censure d’époque. « LES TROIS LANCIERS DU BENGALE » fait partie de cette espèce en voie d’extinction.


En à peine 100 minutes, Henry Hathaway parvient à brasser l’Histoire avec un grand ‘H’, l’aventure humaine, à traiter à fond de plusieurs personnages sans jamais les caricaturer et à maintenir un rythme époustouflant. On voit là les racines d’œuvres ultérieures comme « L'HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI » et même les aventures d’Indiana Jones.
Le trio de héros est une grande réussite : le (jeune) vétéran impulsif à la langue trop bien pendue, incarné par un Gary Cooper en pleine forme, parfaitement dirigé. L’officier snob et moqueur joué par Franchot Tone et le fils-à-papa (Richard Cromwell) dont le parcours est assez étonnant : sa lâcheté sera finalement récompensée par une médaille ! Complémentaires et amusants, le charisme des trois lanciers ne laisse pas oublier que les véritables protagonistes du film sont le vieux colonel au bord de la retraite et son fidèle aide de camp au franc-parler.


                                     


« LES TROIS LANCIERS DU BENGALE » ménage de superbes scènes de combat, des moments « exotiques » sortis tout droit d’une BD, des morceaux de bravoure inoubliables comme la séance de torture subie par nos amis : les bambous fichés sous les ongles et auxquels ont met le feu ! Traumatisant !
Il y en a à peu près pour tous les publics dans ce petit chef-d’œuvre de concision et de pur cinéma populaire. Et c'est une pierre fondatrice de la mythologie héroïque de ‘Coop’, qui n’avait pas besoin du Far-West pour être le roi des cowboys.


Ce film qui se situe en Inde au temps des colons anglais nous emmène en plein désert aux frontières de l'Afghanistan. Les Anglais s'opposent aux musulmans afghans. Les paysages sont impressionnants et les figurants nombreux. Gary Cooper qui incarne un lieutenant protégeant le fils du colonel, est trépidant et veut contourner les réglements sévères qui régissent la vie militaire au mépris de tout sentiment humain. Cette vision quelque peu idyllique finit par l'emporter.
Voici un film d'aventures et de guerre, qui met en avant les grandes valeurs humaines. Le spectacle est grandiose pour l'époque et Gary Cooper est vibrant de puissance et de sincérité. Cependant, j'ai trouvé que le film avait plutôt vieilli, sans doute à cause de la simplicité du scénario. Ce film se trouve être incidemment être d'actualité, du fait des évènements de ces dernières années en Afghanistan.
Source : http://films.blog.lemonde.fr/2007/04/03/lancier-bengale/


                
                               

Gunga Din  témoigne du succès de la thématique des Indes dans le cinéma américain après Les 3 lanciers du Bengale de Hattaway, sorti en 1935. La charge de la brigade légère de Curtiz sort l'année suivante, et la RKO, à son tour, offre un budget colossal à la disposition de Howard Hawks pour réaliser cette adaptation d'un poème de Kipling. Hawks étant trop lent, la RKO confie la réalisation à George Stevens. Le film est tourné dans le désert californien.
Tourné donc quatre ans après « LES TROIS LANCIERS DU BENGALE », dont il est une sorte de clone-remake avec Cary à la place de Gary, « GUNGA DIN », inspiré d’un poème de Rudyard Kipling est tout aussi enthousiasmant et jouissif que son aïeul.
Pas question ici de rechigner devant le ton paternaliste des scènes entre Anglais et Indiens ou de relever le portrait épouvantablement misogyne de la seule femme jouée par Joan Fontaine. Non, il s’agit simplement de s’installer confortablement et de profiter du spectacle. Tout fonctionne dans « GUNGA DIN » : la relation « à la vie, à la mort » entre les trois sergents, l’alchimie entre les comédiens, les séquences d’action et de batailles superbement réglées, le suspense final. Ça n’a pas pris une ride.
Si Victor McLaglen et Douglas Fairbanks, Jr. sont excellents chacun dans leur emploi de grosse brute sentimentale et de bellâtre fougueux, c'est Cary Grant qui pique la vedette à tout le monde en campant le ‘comic relief’ du trio. Entre deux actes héroïques, il s’en donne à cœur-joie, n’hésite pas à en faire des kilos, à pousser des petits cris aigus, à prendre des mines ébahies ou indignées. Sa maîtrise du cabotinage est impressionnante et sa relation avec Sam Jaffe – étonnamment crédible en porteur d’eau hindou – est drôle et touchante.
C'est le mélange de grand spectacle exotique et de comédie débridée qui donne son cachet à ce petit chef-d’œuvre de cinéma populaire. Bien sûr, on en veut un peu à Blake Edwards et à Peter Sellers de nous avoir gâché la fin, en la pastichant génialement dans « THE PARTY » !


           

Suite à l’éclatant succès en 1935 du film de Henry Hathaway Les 3 lanciers du Bengale, toutes les grandes compagnies hollywoodiennes s’engouffrent dans ce sous genre spécifique du film d’aventure appellé à glorifier les exploits de l’Empire britannique aux Indes. La Warner produit La Charge de la brigade légère de Michael Curtiz en 1936, la Fox, La Mascotte du régiment de John Ford en 1937, et en 1939, c’est au tour de la RKO de succomber. Elle met à la disposition de Howard Hawks des moyens considérables afin qu’il réalise Gunga Din, une lointaine adaptation d’un poème de Kipling. Travaillant trop lentement au goût des producteurs, Hawks est "remercié" et c’est au jeune George Stevens qu’échoue la mise en scène de ce qui restera l’une des plus importantes mannes financières du studio. Et pourtant l’on sait aujourd’hui que George Stevens fut réputé tout au long de sa carrière pour sa méticulosité maladive et sa lenteur notoire !!! La RKO ne le regrettera cependant pas une seule seconde devant les bénéfices engrangés par le film.


                                

Que nous aurions aimé ne pas avoir à le critiquer négativement, ce film qui a bercé notre jeunesse, l’un de ces films d’aventures qui nous avaient éblouis lors de leurs lointaines diffusions à la télévision du temps où seules deux chaînes officiaient. Mais il faut très vite déchanter, et ce, dès les premières scènes, la déception se poursuivant sans aucun temps mort jusqu’au dernier plan du fantôme de Gunga Din assez ridicule ! Force est de constater à cette nouvelle vision la médiocrité de ce classique abusif plombé par un scénario indigent à l’humour pachydermique, ce dernier venant même s’infiltrer dans les situations les plus dramatiques leur otant toute force ou ampleur. George Stevens fait ce qu’il peut pour sauver le film du naufrage artistique en essayant d’y inclure des cadrages assez recherchés (celui sur Joan Fontaine lors de sa première apparition). Mais ces plans tombant comme un cheveu sur la soupe au milieu d’un ensemble plutôt sclérosé, ces tentatives de formalisme se mettent à ressembler à des affèteries de mise en scène somme toutes assez inutiles ; et pourtant certaines autres séquences du début, comme celle de l’arrivée dans la ville fantôme, laissaient présager un tout autre résultat : Stevens montrait ici un certain talent dans son appréhension de l’espace. Nous ne pouvons donc sincèrement pas nier un certain savoir-faire technique au réalisateur car il maîtrise aussi assez bien la foule et l’imposante figuration qu’il a à sa disposition : les séquences en plan d’ensemble de l’armée britannique s’avancant au milieu de ces défilés impressionnants possèdent un certain souffle malheureusement aussitôt balayé dès que commencent les batailles ou bagarres, celles ci étant massacrées par un montage à l’emporte pièce et une partition guillerette de Alfred Newman qui vient couper tout effet.


                                

Mais si ce film d’aventure est aussi fortement teintée des ingrédients de la comédie traditionnelle, il faut se rendre vite à l’évidence : toutes les scènes comiques sont d’une pénible lourdeur et l’interprétation ne fait rien pour aider à avaler la pillule. Cary Grant réussit même l’exploit de cabotiner encore plus que Victor McLaglen mais il le fait très mal : ses mimiques, cris et autres outrances sont vite ridicules et lassantes. Hawks avait réussi à canaliser ce cabotinage et en faire l’un des éléments les plus précieux de son délicieux L’Impossible M. bébé ; George Stevens, apparemment plus concerné par les scènes à figuration que par la direction d’acteurs, laisse faire à ces trois héros des pitreries éhontées à peines dignes d’Abbot et Costello : les gags de l’éléphant soigné par Victor McLaglen ou de l’intoxication d’une plante par un sirop sont proprement navrants. Si seulement cet humour avait été omniprésent pour dynamiter de l’intérieur les clichés inhérents à ce genre de films, cela aurait pu donner lieu à une œuvre iconoclaste mais entre temps, il nous aura aussi fallu subir des répliques comme celles-ci : "Je t’aime mais je suis avant tout soldat", "J’en ai soupé de l’armée mais pas de l’amitié", etc, qui finissent rapidement par nous le faire déconsidérer. Se voulant peut-être gentiment irrévérencieux, le film échoue là aussi et demeure une mauvaise bande de plus à la gloire de l’empire colonial britannique.
Source : http://www.dvdclassik.com/critique/gunga-din-stevens