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lundi 7 juillet 2014

Titanic

Le naufrage du Titanic a été une importante source d'inspiration pour le cinéma. L'histoire de ce paquebot transatlantique ayant heurté un iceberg lors de sa traversée inaugurale et ayant fait naufrage dans l'Atlantique Nord a en effet entraîné la réalisation de plus de dix films, non seulement aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais également en Allemagne et en Italie.
Les premiers films sur le sujet sont sortis peu après les événements. 1912 voit ainsi sortir deux films consacrés au naufrage à trois mois d'intervalle. Le premier, Saved from the « Titanic », met en scène l'actrice Dorothy Gibson, qui fut passagère en 1re classe sur le navire et survécut au naufrage. Un autre film italien, dont rien ne subsiste aujourd'hui, suit en 1915. La Première Guerre mondiale éclipse cependant le sujet qui revient à l'honneur en 1929 avec le film Atlantic, qui présente pour particularité d'être tourné dans deux versions, l'une avec des acteurs anglais, l'autre avec des allemands. Il s'agit en effet de la première version cinématographique parlante du naufrage.



   


Les années 1940 et 1950 voient également la réalisation de trois des films les plus marquants sur le sujet. En 1943 sort le trouble Titanic, véritable œuvre de propagande nazie voulue par Joseph Goebbels. Suit dix ans plus tard le Titanic de Jean Negulesco, superproduction hollywoodienne mettant notamment en scène Barbara Stanwyck. Enfin, en 1958 sort le film Atlantique, latitude 41°, adapté de l'ouvrage La Nuit du « Titanic » de l'historien Walter Lord, qui reste une référence sur le plan historique. Il faut ensuite attendre 1979 pour voir à nouveau le Titanic sur les écrans, avec S.O.S. « Titanic », un téléfilm américain à l'impact minime. 1980 voit la sortie de La Guerre des abîmes (aussi appelé Renflouez le « Titanic »), adaptation d'un roman de science fiction de Clive Cussler. Il s'agit d'un cuisant échec commercial et critique.

Titanic est un film américain réalisé par Jean Negulesco et sorti en 1953. Il relate les histoires de différents personnages fictifs au cours du naufrage du paquebot Titanic survenu le 15 avril 1912. Cette superproduction hollywoodienne bénéficie d'effets spéciaux audacieux pour l'époque, et remporte l'Oscar du meilleur scénario original. Il est cependant peu fidèle à la réalité, surtout en comparaison à Atlantique, latitude 41°, autre film consacré au sujet, qui sort cinq ans plus tard.
Pour soustraire ses enfants Annette et Norman à l'influence de son mari dont elle est séparée, Julia Sturges décide de les emmener à bord du paquebot Titanic. Son mari Richard parvient à embarquer au dernier moment pour récupérer ses enfants. Ils rencontrent d'autres passagers comme Maud Young, une jeune femme fortement inspirée de Margaret Brown, Gifford Rogers, un jeune joueur de tennis qui tombe rapidement amoureux de la jeune Annette et George S. Headley, un prêtre suspendu pour alcoolisme.
Julia accepte finalement de laisser sa fille choisir avec qui elle restera, vu son âge, mais refuse que son fils la quitte. Elle apprend à Richard que Norman n'est pas son fils. Le paquebot heurte finalement un iceberg, et la famille se réconcilie près des embarcations de sauvetage. Julia et les enfants embarquent, mais Norman quitte le canot pour laisser sa place à une femme.



   

Norman et Richard périssent donc dans le naufrage lorsque les chaudières explosent et que le navire sombre. Gifford Rogers manque également de se noyer mais est sauvé par Julia et Annette, tandis que George Headley se sacrifie pour aller donner les derniers sacrements aux membres d'équipage qui ont œuvré dans les profondeurs du navire sans chercher à sauver leur vie.
1996 voit la multiplication des films sur le sujet : deux téléfilms sont produits. Un si grand amour, adapté d'un roman de Danielle Steel, relate les déboires d'une jeune femme ayant perdu ses parents et son fiancé dans le naufrage. Le « Titanic », de Robert Lieberman, met quant à lui en scène le naufrage du navire et est interprété par Peter Gallagher et Catherine Zeta-Jones. Tous deux sont cependant rapidement dans l'ombre du film Titanic qui réalise un très fort nombre d'entrées et remporte de nombreuses récompenses. Cependant, aucun film véritablement consacré au Titanic ne succède au film de James Cameron qui sort cependant en 2003 un documentaire consacré à l'épave : Les Fantômes du « Titanic ».
Outre les films qui lui sont consacrés, le Titanic apparaît également de façon plus ou moins évidente dans de nombreux films et séries télévisées.


                               


Lorsque le Titanic fait naufrage le 15 avril 1912, le cinéma est en pleine époque du muet et du noir et blanc. La nouvelle du drame, ainsi que les rares images filmées du navire (et souvent de son jumeau, l'Olympic) font rapidement le tour des cinémas. Mais l'idée d'une fiction sur cet événement apparaît également très rapidement. Au nombre des rescapés figure en effet la star du cinéma muet Dorothy Gibson. Son fiancé de l'époque lui suggère de tourner un film racontant son histoire, ce qu'elle finit par accepter. C'est ainsi que sort à la mi-mai 1912 le film Saved from the « Titanic », dans lequel elle joue son propre rôle, tout en portant la même robe que la nuit du naufrage. Le film disparaît cependant trois ans plus tard dans l'incendie des studios où il était conservé.
On a longtemps pensé que le film suivant avait subi le même sort. Il s'agit du film allemand de Mime Misu In Nacht und Eis. Ce film de 40 minutes, ce qui est très long pour l'époque, raconte de façon romancée le naufrage. Le Titanic coule ici dans un fracas d'explosions de chaudières, mais la seule victime est le capitaine. Il sort durant l'été 1912, puis est considéré comme perdu jusqu'à ce qu'un collectionneur berlinois le découvre en 1998. Il peut désormais être visionné sur le site Encyclopedia Titanica.


                                

En France, Louis Feuillade reprend aussi cette actualité avec son film La Hantise sorti en octobre 1912. Une scène montre le naufrage du Titanic, qui est visiblement une maquette.
Un autre film sort en 1915. Sobrement intitulé Titanic, il est réalisé par l'italien Pier Angelo Mazzolotti. Aucune trace n'en demeure de nos jours.
Le premier film parlant sur le drame, Atlantic, sort en 1929. Réalisé par Ewald André Dupont et Jean Kemm, il présente une particularité étonnante. Deux versions ont en effet été tournées avec des distributions différentes, pour que le film soit disponible en anglais et en allemand. Alfred Hitchcock y apparait comme figurant. Bien que le navire représenté ne soit pas le Titanic mais un fictif Atlantic, l'allusion est suffisamment claire pour que la White Star Line, propriétaire du paquebot, ne tente d'empêcher sa sortie. Le film pourrait en effet, selon elle, porter atteintes aux compagnies maritimes britanniques, d'autant que les cinémas allemands utilisent le film comme argument insistant à l'utilisation de paquebots allemands. N'ayant obtenu gain de cause, la compagnie réussit cependant à faire diffuser un avertissement déclarant que les conditions de sécurité ont été améliorées sur les navires de l'époque, et qu'un tel naufrage n'est plus possible.


Avant la récente et célébrissime version de James Cameron, Atlantique, latitude 41° fut longtemps considéré comme la vision la plus juste du naufrage du paquebot. Cela s’explique par la profonde passion pour le sujet des initiateurs du film qui contribuèrent à défricher des informations encore méconnues sur les causes du drame. William MacQuitty, producteur à l’initiative du projet, resta profondément marqué par le départ du Titanic du port de Belfast en 1911 auquel il assista enfant. De même, l’historien spécialiste de l’histoire navale Walter Lord consigna la somme d’informations et de témoignages récoltés au fil de longues années de recherche dans son récit documentaire La Nuit du Titanic (A Night to Remember en VO et également titre original du film) paru en 1955 et dont le succès relança l’intérêt pour le naufrage et rendra possible son illustration via l’adaptation.
C’est cette rigueur et ce souci de réalisme qui guident une production dont les rares incohérences sont surtout dues à des faits encore inconnus à l’époque (l’épave du Titanic ne sera retrouvée qu’en 1987), la plus manifeste étant lorsque le paquebot coule tout droit à la verticale sans que la coque ne se casse en deux. James Cameron corrigera ce dernier point et quelques autres dans sa version, mais il est indéniable qu’il emprunte énormément au film de Roy Ward Baker. Certaines scènes sont absolument identiques : le directeur de la White Star Line Ismay se dissimulant dans une barque à la vue d’un second qui n’ose l’en chasser, l’instant cocasse où en plein chaos un agent réprimande des passagers pour la destruction du matériel de la compagnie... Dans sa volonté romanesque Cameron faisait découvrir essentiellement le paquebot à travers le regard de son couple dont les milieux opposés permettaient d’explorer les différences sociales régnant sur le Titanic. A Night to Remember exprimait déjà cette idée, mais mise en œuvre sous la forme de film choral. Cela annonce en quelque sorte les schémas qui feront les beaux jours des films catastrophes des années 70, mais l’approche est plus subtile ici.





   

Sans se focaliser longuement sur aucun personnage (même si la star Kenneth More est plus légèrement mise en avant en 2e officier Charles Lightoller) cela s’exprime de manière plus diffuse à travers quelques vignettes sur les espérances des émigrants pauvres partis chercher fortune dans le nouveau monde, en opposition aux nantis plus préoccupés d’être les premiers à profiter du luxe du Titanic. Les scènes de joyeuses et poignantes séparations des classes populaires parties chercher fortune, la liesse de la 3e classe, répondent ainsi au ton guindé et à l’ennui de la 1ère classe. Baker effectuera le même genre de parallèle au moment du naufrage avec les passagers de 3e classe piégés dans les sous-sols, tandis que les nantis ont accès aux barques et que certains se permettent des remarques malvenues sur le confort. Baker, comme Cameron plus tard, cherche par ces procédés à dépeindre cette réalité des rapports de classe et à quel point le naufrage du Titanic représente par ses manquements et son désastre la fin de ce mode de pensée, la chute d’un monde. Le Titanic, symbole de cette toute-puissance, entraîne donc dans les abysses les dernières cendres du XIXe siècle, la Première Guerre mondiale à venir deux ans plus tard déclenchant l’ère moderne.


                                 


Hormis quelques apartés, la première partie du film se consacre méticuleusement à dépeindre les éléments menant au désastre final, autant dûs au hasard malheureux qu’à une arrogante inconscience : l’avalanche de télégrammes de passagers futiles empêchant l’envoi de celui (crucial) signalant la présence d’iceberg, la démonstration de force du paquebot dont la vitesse trop grande empêchera d’éviter l’obstacle fatal (ce dernier point étant plus explicite chez Cameron). La reconstitution dans son ensemble et le naufrage constituent un tour de force technique qui conserve toute sa puissance aujourd’hui. La production négocia de pouvoir filmer la façade et certains intérieurs du RMS Asturias, paquebot laissé à l’abandon par l’International Mercantile Marine Company (ancien propriétaire de la White Stare Line). Une façade fut repeinte afin de le rendre semblable au Titanic tandis que l’autre, désormais détruite, fut récréée en matte painting par des étudiants au Beaux-Arts, un effet de miroir rendant l’illusion invisible lorsque l’on passe d’un côté à l’autre. Ces images seront notamment utilisées lors du grand départ au port de Southampton, et d’autres recyclées du Titanic de 1943 produit par l’Allemagne Nazie - dont les scènes en mer calme où celle montrant la salle des machines.


                 


Tout ce qui concerne le naufrage sera filmé aux studios Pinewood, que ce soit l’envahissement du décor par les eaux, la fuite désespérée en canots de sauvetage, et bien sur l’image mythique du Titanic coulant à pic à la vue des survivants médusés se débattant pour leur survie. L’aspect choral n’aura pas suscité une empathie marquée sur la longueur du film (ce n’était pas le but), mais ces silhouettes et personnalités entraperçues en diagonale auparavant acquièrent soudain une émotion palpable dans leurs derniers instants. Le parallèle entre ces jeune mariés et ce vieux couple ne souhaitant pas se quitter, ce cuisinier ivre mort qui trouve l’astuce de s’en sortir, ou encore les passagers s’agrippant désespérément à la partie émergeante du navire sombrant constituent  des images marquantes illustrant l’aspect irréel et apocalyptique de la situation.

En 1938, David O. Selznick projette de faire une adaptation de la tragédie du Titanic. Il demande à Alfred Hitchcock de venir en Californie pour la réaliser. Hitchcock accepte l'offre de Selznick, mais préfère commencer par le tournage de Rebecca. L'idée du Titanic ne l'enthousiasmait pas, et le projet ne verra pas le jour.

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