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dimanche 13 juillet 2014

Susan George

Susan George fut une des comédiennes anglaises les plus ouvertement « érotiques » du cinéma des années 70, affirmant dès ses 18 ans, une personnalité provocante et libérée, pas très éloignée de celle d’une Bardot avec un zeste de fantaisie évoquant l’américaine Goldie Hawn. D'ailleurs, Sam Peckinpah ne s’y est pas trompé en ouvrant son mythique « CHIENS DE PAILLE » par un gros-plan de la poitrine de la jeune actrice, évoluant librement sous un pull-over moulant.

Formidable ironie de l’histoire, qui voit Irréversible descendu en flammes alors que dans le même temps Criterion ouvre son prestigieux catalogue à Straw Dogs, œuvre aujourd’hui portée aux nues, hier vouée aux gémonies d’une presse qui a décidément la mémoire courte. Straw Dogs / Irréversible. 1972 / 2002… Trente ans mais toutes ses dents, et bien acérées s’il vous plait : les chiens de paille de Peckinpah gardent aujourd’hui tout leur mordant. Un film moderne et dérangeant, dont l’audace formelle (et thématique) ne cesse de poser des questions, à l’image des débats enflammés qui opposent encore aujourd’hui les cinéphiles pro et anti-Noé…
Tout comme dans le dernier opus de Gaspard Noé, la polémique prend sa source dans une scène de viol, longue, crue et extrêmement violente. Que ce soit chez Noé ou Peckinpah, cette scène primordiale, axe du film, procède d’une vraie réflexion de cinéaste qui a le mérite de poser des questions sur la représentation de cet acte (et plus généralement de la violence) sur un écran. Des questions de durée, de montage, de point de vue, d’emplacement de caméra… Des questions de cinéma, qui loin de toute controverse, obligent le spectateur à remettre en cause son statut de témoin (de voyeur ?). Et si le film de Noé, aux réponses parfois ambiguës, n’a pas encore eu le temps de trouver sa place dans l’Histoire du cinéma, gageons que le film de Peckinpah y est déjà, bien au chaud, aux côtés de petits frères tout aussi malpolis, sujet à polémiques et prestigieux que - excusez du peu - Orange Mécanique, l’Inspecteur Harry ou Délivrance. Des films qui avaient alors pour ambition de se frotter à la violence d’une époque (marquée notamment par l’enlisement de l’armée américaine au Vietnam) et qui chacun à leur manière, déclenchèrent des polémiques démesurées.


   


Le viol… Tout comme Kubrick et Boorman dans leurs deux oeuvres, Peckinpah fait de ce crime la clé de son film. La scène est ici la conséquence logique de divers éléments scénaristiques mis en place dans le premier tiers du film : la lâcheté de David Sumner, la frustration sexuelle d’Amy et la bestialité du clan Hedden. Dès le début du film, les pièces d’un puzzle fatal se mettent donc en place pour aboutir à l’inéluctable : que ce soit la première apparition d’Amy, cadrée uniquement sur sa poitrine aux seins dressés, le vol de la petite culotte par le gang Hedden ou encore la métaphore du piège à loups, tout nous mène vers le viol d’Amy par son ex-amant Charlie Venner puis par Norman Scutt. Impuissant face à l’inévitable (sentiment qui sera poussé à son paroxysme par Noé et sa narration inversée), le spectateur n’est pas au bout ses peines.


                


N’offrant aucun point de vue moral, poussant même le vice jusqu’à alterner des plans subjectifs du violeur et d’Amy, Peckinpah nous laisse nous démener avec un viol où la victime se montre, au fur et à mesure de la scène, de plus en plus consentante. Détail primordial qui fit scandale à l’époque, alimentant l’image misogyne du réalisateur de la Horde Sauvage mais qui tend surtout à étayer un des thèmes principaux du film : la déliquescence d’un couple aux frustrations sexuelles patentes...
Axe du film, le viol marque aussi son tournant vers un épilogue sanglant… Un véritable déchaînement cathartique où l’on retrouve toute la patte de Peckinpah, notamment dans son art consommé du montage. Longtemps considéré comme un des films les plus découpés de l’Histoire du cinéma, Straw Dogs plongea dans des abîmes de perplexité jusqu’à son monteur, Paul Davies, qui envoya des mémos affolés à la production au vu des premières scènes et des desiderata démentiels de Sam Peckinpah en matière de découpage. 


                  


 Cruel aveuglement qui aurait pu nous priver des films de John Woo quelques années plus tard, tant tout ce qui fait le sel du cinéma de Woo est déjà là dans la dernière heure de Straw Dogs - toute en ralentis, montage explosif, succession de plans ultra courts et violence graphique…
Cette fin, finalement assez ‘western’ dans son ton (le couple, reclus dans une maison, se défend contre une horde sauvage - qui a dit Rio Bravo ?) signe la mort du couple et achève d’enfoncer David, qui se révèle finalement aussi bestial et sauvage que les autres. Pacifiste dans l’âme, lui qui avait quitté les Etats-Unis pour échapper à la violence de ses émeutes, finit au bout du compte dans un bain de sang. Les beaux discours ne tiennent plus, seule la violence aura réussi à résoudre les conflits. Faible et lâche, abandonnant ses convictions (et sa femme par la même occasion – cf. dernière scène), David est à l’image des anti-héros du cinéma américain de l’époque : complexe et totalement paumé ("I don’t know my way home" : on a effectivement connu plus optimiste comme dialogue final).


                                  


Susan George débute dans « LA CRÉATURE INVISIBLE », une série B avec Boris Karloff, on la revoit en Russe dans « UN CERVEAU D’UN MILLIARD DE DOLLARS », mais on la découvre vraiment dans « L’ANGE ET LE DÉMON » où elle crève l’écran en collégienne délurée épousant un romancier de porno quadragénaire qui avait en plus, la trombine de Charles Bronson. Sa ‘Twinky’ a marqué tous ceux qui ont vu ce film pourtant très oubliable.
Elle est la grande sœur protectrice dans « LES INCONNUS DE MALTE », elle apparaît en ‘guest star’ dans un épisode de « AMICALEMENT VÔTRE » avant de trouver le rôle de sa vie, celui d’Amy dans « LES CHIENS DE PAILLE » où mariée avec un matheux peu viril, elle va par son attitude infantile et ambiguë déchaîner la violence. La scène du viol – commentée jusqu'à aujourd'hui encore – doit beaucoup à la comédienne qui a osé passer le mur du ‘politiquement correct’.
Western atypique s'il en est, Far West Story choisit de mettre en avant une femme, Sonny, qui s'accroche au basques d'un voleur, Jed, pour devenir son complice dans une succession ininterrompue de braquages. Le couple fonctionne sur une dynamique d'amour (un peu) / haine (beaucoup, par le biais d'un Tomas Milian vociférant rappelant ses prestations picaresques chez Sergio Sollima) un brin agaçantes. Susan George, dont on a un poignant souvenir dans Les chiens de paille de Sam Peckinpah, est ici noyée sous un tombereau d'injures auquel elle réplique parfois, mais demeure tout de même sous l'emprise de ce saltimbanque de Jed. Soif d'aventures ou coup de foudre, elle fait fi de la violence verbale du "héros" pour vivre avec lui, quand bien même on aurait l'impression qu'il pourrait la troquer contre tout ce qui passe. Leur première rencontre se place en outre, sous le signe de la plus détestable des violences physique, Jed tentant, en vain, de la violer. Ce dernier est ainsi, de bout en bout, des plus antipathiques. Et quand survient, alors qu'on ne s'y attend pas, une once de douceur, elle est teintée d'une animalité qui caractérise bien "la bête" Jed, d'ailleurs affublé d'une perruque crasseuse et informe très signifiante.



   

En fil rouge de ce Far West Story, se tient la poursuite du grand méchant, Franciscus, interprété par un Telly Savalas égal à lui-même (on le retrouve la même année dans l'énigmatique et fascinant Lisa et le Diable de Mario Bava). Sa dégaine, en adéquation avec les autres protagonistes du film en plus classe (tout en chapeau informe, cigare, voire même un bien seillant manteau de fourure),lui confère une stature bancale assez loin de la toute-puissance classique des grands méchants. Il a une des meilleures scènes du film, dans une grange alors qu'il est à la recherche du duo. cachés sous les tas de grain, Jed et Sonny essayent d'éviter les coups, et tout l'espace s'embrase d'un feu terrassant.


                                

La musique, signée Ennio Morricone, sonne comme un travail mineur du maître ; les trajectoires miséreuses et violentes des personnages sont épaulées par une mélodie sifflée répétée à l'envi (une constante), mais qui semble étriquée, ne réussissant pas à transcender ce qui se passe à l'écran, le mètre-étalon restant les films de Leone. Ici, tout reste à ras de terre, en mode mineur justement, dans un brouillard d'incertitudes et de frustrations (l'impossibilité pour Jed de coucher avec Sonny, vierge). Cette cavalcade très Bonnie & Clyde survient après un tournant dans l'histoire du western italien, le On l'appelle Trinita (Enzo Barboni, 1970) qui instaurait un ton comique qui a tout de suite plu au public. Je n'irais cependant pas jusqu'à affirmer que Corbucci le reprend à son compte ici, l'humour venant comme un effet collatéral des actions, jamais ouvertement drôles. On en retire surtout une grande impression de violences jetées à la face de la femme, un peu comme Panique à Needle Park (1971), où Pacino descendait Kitty Winn, lui-même paumé. Le résultat est ici un film en demi-teintes, dont on ressort, à l'image des personnages, frustré et mal à l'aise.



                                


On revoit Susan George en baby-sitter (également violée !) dans « FRIGHT », en hors-la-loi de l'Ouest dans le ‘spaghetti western’ « FAR-WEST STORY » où elle forme un couple avec Tomás Milian, elle joue une prostituée dans une version musicale de « DOCTEUR JEKYLL & MISTER HYDE » au côté de Kirk Douglas.
Susan tente sa chance aux U.S.A. : elle est une coureuse automobile qui vire desperada dans « LARRY LE DINGUE, MARY LA GARCE », une héritière de plantation perverse dans « MANDINGO » (elle y est génialement haïssable), la copine d’un ex-taulard dans « LA VENGEANCE AUX TRIPES », la fiancée d’un business man qui pousse celui-ci à la folie dans « TOMORROW NEVER COMES ».
Elle revient en Angleterre pour jouer les nounous dans « VENIN », apparaît dans de mauvais films comme « LA MAISON DES SPECTRES » et « LA TAUPE » et se consacre à la télévision en tournant des miniséries depuis les années 90.
Oubliée aujourd'hui, Susan George fut le fruit (délicieux !) de son époque et a connu un parcours bien plus riche qu'il ne paraît au premier abord.

2 commentaires:

  1. Justement, je viens "faire" ça avec elle :
    http://lateledavant.blogspot.fr/2014/07/bizarre-bizarre-1979-1988-vf.html

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  2. https://75s2gm.1fichier.com/
    https://7l96zs.1fichier.com/

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