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dimanche 6 juillet 2014

Sterling Hayden


Artiste ayant partagé ses deux passions, la mer et la comédie, Sterling Hayden a eu une carrière mouvementée mais parsemée de chef d'oeuvres tels que L'ultime razzia, Docteur Folamour ou La Parrain.
Né dans le New Jersey, en pleine Première Guerre Mondiale, Sterling Relyea Walter alias Sterling Hayden décide dès son adolescence qu'il deviendra marin. Les bateaux et les Tours du monde sont des passions qui coûtent chères. Or le métier d'acteur paye plutôt bien : il réussit un bout d'essai et se retrouve acteur presque par hasard au début des années 40. Sterling Hayden tourne quelques films qui ne passent pas à la postérité.
Hellgate est le deuxième film réalisé par Charles Marquis Warren qui fut également un écrivain consacrant de nombreux de ses romans à l’histoire de l’Ouest, privilégiant les faits peu connus, les thèmes originaux et les personnages atypiques. Quand au début des années 50 on lui proposa de passer derrière la caméra, il demanda des conseils à Budd Boetticher (recommandations qu’il ne semble pas avoir bien suivies au vu de ses mises en scène manquant singulièrement d’efficacité et de rigueur). Il se spécialisera néanmoins à nouveau et très logiquement dans le western, passant du scénario à la réalisation, du cinéma à la télévision (Gunsmoke, Rawhide…). Il est resté tristement célèbre pour son troisième film, Le Sorcier du Rio Grande (Arrowhead), peut-être le western le plus haineux et raciste de l’histoire du genre. Autrement, il signera quelques scénarios très efficaces tel celui du réjouissant La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) d’André de Toth. On a souvent dit que Hellgate était un remake de The Prisoner of Shark Island (Je n’ai pas tué Lincoln) de John Ford ; c’est peut-être un peu exagéré même si la situation de départ est assez similaire, celle d’un homme injustement accusé puis, victime d’une justice expéditive, envoyé dans un établissement pénitentiaire où les conditions de détention sont très dures. 


   

Grâce à ses notions de médecine, une épidémie qui s'était déclarée au sein de la prison sera enrayée. Remake ou non, il s’agit d’un des rares exemples de western ayant flirté avec le film de prison. Amateurs de ce dernier sous-genre du cinéma (sans que cette appellation ne soit aucunement péjorative), vous pourriez donc être fortement intéressés.
Le film débute par un prologue nous faisant penser que l’intrigue qui va nous être contée serait tirée d’un fait réel et qu’il vaudrait mieux pour tout le monde qu’une telle histoire ne puisse plus se reproduire. Après maintes recherches, il s’avère que non, que ce ne serait que pure fiction. A la limite, cela nous est égal ! Une petite roublardise de la part du scénariste/réalisateur qui veut ainsi faire d’emblée monter la pression, semblant vouloir nous dire : « Vous allez voir ce que vous allez voir ! »


                


C’est de bonne guerre en terme de marketing mais, finalement, cet "avertissement moralisateur" dessert un peu le film car nous aurons beau espérer des éléments de l’intrigue d’une force considérable, rien ne viendra jamais vraiment ou alors rien de bien nouveau ; rien en tout cas qui ne fut déjà fait avant et avec une toute autre puissance ! Alors bien évidemment que de telles conditions de détention sont déplorables et inacceptables, tout autant que le fait qu’un innocent ait été victime d’une justice aussi expéditive. Mais, pour ne citer qu’un seul exemple similaire, repensez à Je suis un évadé (I Am a Fugitive From a Chain Gang) de Mervyn LeRoy qui s’avérait autrement plus efficace pour faire passer ce message humaniste. Mais il est finalement tout aussi malhonnête de ma part de vouloir comparer ces deux films, Charles Marquis Warren ayant tourné son western avec un minuscule budget pour une firme distribuée par l'un des studios de la Poverty Row, à savoir la Lippert Pictures, la toute petite compagnie qui avait produit les premiers films de Samuel Fuller (J’ai tué Jesse James et Le Baron de l’Arizona). Dans de telles conditions, on peut dire que Hellgate réussit néanmoins son pari, en recréant avec talent cette prison peu banale...


                             

Surgit alors la Seconde Guerre Mondiale et Sterling Hayden s'engage dans la Marine puis dans les services secrets. A son retour il entre au Parti Communiste qu'il finit par quitter au bout de quelques mois. 1950 est l'année où tout commence : John Huston l'engage pour Quand la ville dort, film noir qui lance une jeune inconnue nommée Marilyn Monroe. Mais il accumule de nombreuses dettes à acheter les bateaux qu'il affectionne. Il tourne néanmoins de beaux films tels que Johnny Guitare (1954) de Nicholas Ray ou Prince Vaillant la même année.Après Roger Corman et son premier film (Five Guns West), c’est au tour de Lesley Selander de nous offrir l’une des plus réjouissantes petites surprises de ce premier semestre 1955. Autant dire qu’en ce qui concerne cette mi-cuvée assez moyenne, à l’exception de quelques classiques immédiats signés Anthony Mann (Je suis un aventurier - The Far Country) ou King Vidor (L’Homme qui n’a pas d’étoile - Man Without a Star), tous deux tournés pour la Universal (qui continue à me donner raison en dominant encore et toujours les autres majors dans ce domaine malgré une baisse qualitative d’ensemble de sa production), il fallait paradoxalement aller chercher les pépites westerniennes plutôt au sein des compagnies de la Poverty Row que du côté des grands studios. Ici la Allied Artists pour un film produit par John C. Champion, déjà aux manettes budgétaires d’un précédent western-policier tout à fait plaisant de Selander, Le Justicier de la Sierra (Panhandle), dont le scénario était signé Blake Edwards. Avec une centaine de westerns à son actif dont beaucoup de "bandes" tournées à toute vitesse avec les héros de serials qu’étaient Hopalong Cassidy, Lone Ranger ou Kit Carson, le prolifique cinéaste en a certes réalisé un grand nombre de très mauvais ; c’était le cas pas plus tard que l’année précédente avec Arrow in the Dust (Le Défi des flèches) avec Sterling Hayden déjà en tête d'affiche. Shotgun est donc d’une toute autre trempe, de la même veine qui faisait de Fort Osage une très belle réussite, notamment scénaristique !
Le sujet principal de Shotgun n’est rien d’autre qu’une basique histoire de vengeance mais le scénario est assez malin pour rendre le tout assez curieux et novateur, assez bien écrit pour ne jamais faire retomber la tension et faire conserver son efficacité au film tout du long.


   

Il est d’ailleurs amusant de constater qu’il a été coécrit par un homme qui n’avait pas du tout l’habitude de ce genre de travail, l’acteur Rory Calhoun ; bien lui en a pris de tenter autre chose que le métier de comédien puisque c’est une réussite qu’il partage en commun avec le futur scénariste de Shalako. Le shotgun du titre est une arme, un fusil à canon scié qui sera rendu célèbre par le Joss Randall de Steve McQueen dans la série Au nom de la loi. Ici, c’est l’arme qui tuera le Marshall en tout début de film et celle que posséderont aussi d’ailleurs les deux principaux ennemis, Ben Thompson et Clay Hardin ; le film se clôturera d’ailleurs par un duel à cheval au shotgun, surveillé par les Apaches. Une idée encore jamais vu au sein du western et que nous n’aurons pas l’occasion de revoir à mon avis. C’est d’ailleurs l’un des principaux points communs des bonnes cuvées de Lesley Selander que la multitude de petits détails cocasses, inhabituels et/ou jamais vus, qu’ils soient scénaristiques ou purement iconographiques. Ici le shotgun a une certaine signification puisqu’il s’agit d’une arme lourde et peu précise qui n’est efficace que de très près, produisant de gros dégâts quasiment irréversibles ; l’on dit dès le départ que le shérif a non seulement été tué mais qu'il a aussi été quasiment déchiqueté et coupé en deux par l’arme.Le film sera donc un peu plus brutal et violent qu’à l’accoutumée à l’image de la violence que nous renvoie le titre original. Quant au titre français, on peut tabler soit sur l’amour fou du distributeur pour Yvonne De Carlo à laquelle il aurait ainsi rendu hommage, soit sur une cuite monumentale la veille de se décider à en choisir un ! 


              


Il n'y a aucune autre explication possible, si ce n’est peut-être en repensant à ces quelques avant-plans curieux sur des branches ou des fleurs qui procèdent de ce ton assez original du film.Parmi les autres situations assez nouvelles en plus du duel final, citons aussi cette séquence assez sadique au cours de laquelle Sterling Hayden tarde à délivrer Robert J. Wilke de la mauvaise posture dans laquelle il se trouve, à savoir attaché par des liens en cuir à un pieu près d’un serpent à sonnette qui est sur le point de fondre sur lui. La résolution de cette scène est un coup de shotgun dans la tête du serpent qui explose littéralement. Outre des situations assez neuves, on note une minutieuse attention portée à toute une foule de petits détails qui renforcent le vérisme du film, une violence accrue (les combats à poings nus et les gunfights sont, comme dans Fort Osage, parmi les plus nerveux et violents vus jusqu’ici, au cours desquels les acteurs et les cascadeurs semblent ne pas y aller de main morte). Selander et ses scénaristes brossent le portrait d’un Ouest assez sombre au sein duquel se meuvent des hommes et femmes peu fréquentables, fortement caractérisés mais néanmoins attachants par le fait justement de n’être pas parfaits, loin de là ! A commencer par le personnage interprété par un Sterling Hayden qui trouve enfin un western à la hauteur de sa forte stature et de son puissant charisme après une dizaine de navets (et sans évidemment compter le sublime Johnny Guitar). Il en impose ici dans le rôle du vengeur opiniâtre et impitoyable qui n'a qu'une idée en tête : poursuivre un bandit pour l’achever avec la même arme que celle qui a abattu son collègue, même si ça lui coûte son mariage. Un brin macho, pas forcément sympathique, il n’hésite pas à brutaliser la femme qui l’accompagne, à lui parler mal, à la rudoyer, à lui arracher de force un baiser...


                                 


Victime du maccartysme,   Sterling Hayden est contraint de dénoncer une partie de ses camarades. Endetté, une fois de plus, c'est auprès de Stanley Kubrick qu'il trouve une alternative financière et artistique : L'Ultime Razzia et Dr Folamour revigorent sa carrière. Les années 70 vont lui donner quelques beaux rôles puisque Hayden tourne tour à tour sous la directionde Coppola (le Parrain), Bertolucci (1900) ou Altman (Le Privé). La mer dans l'âme, il passe de moins en moins de temps sur les plateaux et écrit deux ouvrages révélateurs de sa personnalité de loup solitaire voyageur : Wanderer et Voyage, a novel of 1896.
Source : http://www.lescinqcontinents.com/infos/index.php?2010/12/30/420-wanderer-et-voyage-de-sterling-haydenrivages-2010

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