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mercredi 9 juillet 2014

Onze heures...

Stanislas-Octave Seminario (P. Meurisse), dit SOS, retrouve la famille Pescara, à son retour d'Afrique. Il découvre, par l'intermédiaire de la jolie Muriel (M. Francey), que la famille reçoit depuis plus d'un an des lettres anonymes de menaces. Il mène tranquillement son enquête jusqu'au jour où le fils de la famille, Charles, meurt dans d'étranges circonstances, non sans lui avoir révélé un certain nombre d'éléments.
Les droits de La dame d'onze heures semblent bloqués et il est impossible de le voir en DVD, ni même à la télévision. Seules quelques copies VHS trainent sur le net, vendues à prix d'or. Ce constat est bien triste, tant ce film mérite d'être redécouvert par le plus grand nombre, tant il s'inscrit dans une excellente tradition de film policier français, agrémenté d'une mise en scène particulièrement efficace.D'emblée, il y a de quoi faire envie : Paul Meurisse en tête d'affiche, c'est l'assurance d'un premier rôle de choix, et quelle joie de voir au générique les excellents Pierre Renoir, Jean Tissier et Jean Brochard, merveilleux seconds rôles ; Gilbert Gil en fils à papa qui mène son enquête, et bien sûr la magnifique Micheline Francey dont je me fais  l'ardent défenseur.
Ce petit monde se retrouve au centre d'une étrange affaire policière, menée de main de maître par Paul Meurisse, où les membres de la famille Pescara semblent les proies de graves menaces. L'ouverture du film est absolument notable : elle montre en plans très rapides les grandes étapes du film, brouillant les pistes sans ne donner aucun indice, mais elle met en appétit en présentant les personnages, tirés par les ficelles d'une main (celle du diable ?). Une sorte de bande-annonce du film.


   


L'originalité vient de son montage - normal puis inversé - que l'on voit assez rarement en introduction d'un film policier (les metteurs en scène préfèrent la plupart du temps un meurtre avec des plans sur une main, des pieds ...). Jean Devaivre, qui fut un excellent assistant-réalisateur pendant l'Occupation, notamment auprès de Maurice Tourneur ou Richard Pottier, s'impose ici comme un très bon metteur en scène. A plusieurs reprises, il utilise ses acteurs et sa caméra de telle manière que l'on pense qu'ils s'adressent à nous - à tort : ainsi de la lettre anonyme où Pierre Renoir parle à la caméra - en réalité subjective -, du dossier ouvert par Paul Meurisse où les témoins de l'affaire parlent face caméra.L'enquête est banale et pas franchement intéressante, le dénouement attendu ...


                               


et pourtant, impossible de décrocher. Jean-Paul Le Chanois signe un scénario et des dialogues qui permettent à Jean Devaivre d'en faire ce qu'il veut - est-ce ainsi que l'on reconnait un auteur ? -, avec une mise en scène enlevée, un rythme rapide et des acteurs à leurs aises (Jean Tissier pourrait agacer, car il en fait des tonnes comme toujours, mais il contribue ainsi à créer le mystère autour de son personnage).
Le rythme faiblit légèrement dans la dernière partie du film, qui devient tout à coup conventionnelle - comme si Devaivre voulait à tout prix offrir une fin classique à son film -, quoiqu'il n'y a aucune fioriture lors de la dernière séquence, tout ce qui doit se passer après est parsemé dans diverses séquences pendant le film (histoire d'amour ...).


                 


Les premières minutes donnent le tournis et annoncent un film incontournable ! L'introduction en voix-off n'est pas sans en rappeler une autre, celle de La dame d'onze heures, par son originalité de ton ; on y voit en effet un couple sortir du cinéma, septique sur l'existence des sosies, et se retrouver face à leurs doubles. Elle cite en outre de véritables films et acteurs : Edward G. Robinson dans Toute la ville en parle (1935) et ... Louis Jouvet dans Copie conforme ! Il fallait oser.
Lequel Jouvet apparaît quelques minutes plus tard, éclairé par un métro qu'on imagine être le cadre de la scène. Erreur puisqu'il s'agit d'une fenêtre ouverte dans un appartement, formidable idée de mise en scène du réalisateur Henri Decoin, très en forme sur ce film. Je ne me lasserai jamais d'entendre les premiers mots de Jouvet au début d'un film et quelques répliques, signées Henri Jeanson, qui lui vont comme un gant : "Vous m'avez l'air d'être un sacré cheval, vous !" lâche-t-il à la gentille secrétaire d'un avocat assassiné.
Après dix minutes aussi réussies, le reste paraît - il fallait s'y attendre - un peu plus banal, bien que la tenue de ce film soit absolument irréprochable. Mieux qu'un simple polar, le spectateur découvre les éléments de l'enquête en même temps que Louis Jouvet, glissé dans la peau d'un gangster grâce à son étonnante ressemblance avec lui, ce qui assure toute l'intérêt de ce film prenant, au dénouement un peu mou.




     

Admirablement photographié et réalisé, Entre onze heures et minuit offre également, ce qui est rare, un excellent travail sur le son. Il faut écouter avec quel soin la plupart des scènes sont mixées, notamment quand il y a une fenêtre ouverte, et rendre hommage à l'ingénieur du son William-Robert Sivel.
Outre Jouvet, vieillissant mais impérial, on retrouve Madeleine Robinson, efficace sans être irremplaçable, la jolie Gisèle Casadesus au début de sa carrière cinématographique, Robert Vattier dans un rôle de patron truand et Léo Lapara que son ami et maître Jouvet passe son temps à appeler "imbécile" - une vengeance scénaristique de Henri Jeanson paraît-il ...


                              
                             
Aussi habile qu'intéressante variation du « ressort classique du sosie » (Paul Vecchiali. L'Encinéclopédie). Le flic s'empare de la peau de la victime qui se révèle être un personnage trouble et double, et, finit par tomber amoureux de la maîtresse de son sosie/victime/truand, qui, elle-même, et elle seule, découvre, par amour, le subterfuge. L'amour une fois partagé, le flic arrête sa meurtrière bien aimée, mais démissionne de la police pour devenir son plus ardent défenseur: il lui promet un acquittement ou une peine légère. Fin presque heureuse et morale. 
Une entrée en matière en forme de cavalcade où l'adresse de Decoin ricoche sur la verve de Jeanson. Sans doute l'un des sommets de ce cinéma cynique si florissant par la suite sur les écrans français. Quand la virtuosité devient un Art. Jouvet et Madeleine Robinson (photo) sont émouvants.
Cela étant, certaines scènes, à l'ambiance «féerique», accentuée par la musique, et aux dialogues rares, rappelle le cinéma de l'Occupation.

Sources : http://lagedorducinemafrancais.blogspot.fr/

2 commentaires:

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