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mercredi 16 juillet 2014

Charles et Marilyn

Adaptation de La fontaine de Jouvence d’Harry Segall, Chérie, je me sens rajeunir (Monkey business, dont la traduction signifie « combines ») est surtout l’occasion pour Howard Hawks de réactualiser l’un de ses plus grands succès, L’impossible monsieur bébé, comédie désopilante qui fonctionne sur une compilation de quiproquos irrésistibles. Une filiation que le cinéaste ne manque pas de souligner en conviant Cary Grant à incarner le rôle-titre tandis que certaines scènes évoquent lourdement les gags burlesques de l’œuvre originelle (la robe déchirée de Katharine Hepburn dans le restaurant reprise ici par celle craquelée de Ginger Rogers dans sa propre cuisine).
Barnaby Fulton est un chimiste extrêmement préoccupé par une formule de rajeunissement qu’il ne trouve pas. D’essais infructueux en tentatives avortées, le scientifique commence doucement à désespérer. Alors qu’il a le dos tourné, l’un des singes qui lui sert de cobaye pour ses expériences, manipule par mimétisme les fioles du savant et réalise un mélange qu’il renverse ensuite dans le distributeur d’eau du laboratoire. Fulton, après avoir ingéré sa nouvelle mixture, se déshydrate avec l’eau du distributeur et ressent directement les effets du rajeunissement : sa vue devient parfaite et ses rhumatismes s’estompent…
En guise d’introduction, le métrage offre une triple apparition de Cary Grant, rabroué par son metteur en scène en raison du mauvais timing de ce dernier. « Pas encore, Gary » lui répète une voix-off et, inévitablement, Grant retourne derrière la porte qu’il venait d’ouvrir pour répéter le même geste dix secondes plus tard. Une entrée en matière cocasse qui marque directement l’accès de cette pellicule dans l’absurde et stigmatise l’intérêt du cinéaste pour la mise en abyme de son propre processus filmique. 



   


Le film d’ailleurs ne bénéficie la plupart du temps que de plans fixes au gré d’une scénographie discrète, effacée qui provoque un décalage avec l’action uniquement régie par les acteurs. L’argument de la cure de Jouvence ne prête aucunement des intérêts fantastiques. Au contraire, Howard Hawks ne livre aucune transformation physique de ses personnages à la Docteur Jekyll et Mister Hyde et suscite uniquement la régénérescence des cellules en infantilisant ses acteurs, contraints d’adopter des comportements typiquement « gamins ». Reprenant habilement les codes de la screwball comedy (dont L’impossible monsieur bébé et Les hommes préfèrent les blondes du même Hawks sont les porte-étendards), Hawks joue sur la confrontation sociale des personnages et leur impose de surcroît une opposition comportementale interne, ravivée par le fameux produit B4 (comprendre « before » dans la langue de Shakespeare). 


                                

Le métrage, en plus de faire voler en éclats tous les codes, associe les contraires entre humanité et animalité (le singe capable de reproduire les gestes de l’homme mais celui-ci inapte à en retrouver la constitution), entre civilisation et sauvagerie (Fulton, retombé en enfance, se grime en Indien et scalpe son ennemi), entre responsabilité de l’âge adulte et l’innocence de l’enfance (Fulton ne pense qu’à jouer et à s’amuser) afin de faire émerger de chaque séquence une situation cocasse proche de l’univers ubuesque cher à Alfred Jarry et d’enchaîner les quiproquos soutenus par une galerie de personnages hétéroclites, représentant tous les âges et tous les statuts au sein de laquelle trône la toute fraîche Marilyn Monroe qui, malgré son cv déjà bien rempli, doit se contenter de la quatrième place sur l’affiche.
Usant du thème de la fontaine de jouvence pour réclamer de ses acteurs de fabuleuses performances de mioches pour lesquels ils théâtralisent à outrance, Howard Hawks signe avec Monkey business une excellente comédie burlesque à la frontière entre les délices burlesques du théâtre et les plaisirs populaires de la toile.
Source : http://www.cinemafantastique.net/Cherie-je-me-sens-rajeunir.html


                               

Diamonds Are a Girl’s Best Friend, We’re Just Two Little Girls from Little Rock, Bye Bye Baby... quel cinéphile n’a pas en tête ces trois fameux standards de la comédie musicale, devenus des classiques de la culture musicale populaire du XXème siècle ? Si Les Hommes préfèrent les blondes ne compte pas parmi les comédies musicales comportant de nombreux tableaux dansants, l’œuvre reste toutefois rattachée à ce genre typiquement américain par ses chansons légendaires (la musique occupe tout de même plus d’un tiers du film), ainsi que par sa fraîcheur et sa légèreté de ton.
C’est la première fois que l’immense réalisateur Howard Hawks aborde la comédie musicale. Ce fut aussi la dernière car, bien que mélomane, le cinéaste avoua ne pas être à son aise dans le genre. Il laissera ainsi la Fox confier la mise en scène des numéros chantants et dansants au célèbre chorégraphe Jack Cole, qui imagina d’ailleurs une chorégraphie de la séquence des diamants jugée trop osée par le Studio (le spectateur ne perd toutefois rien au change car la scène, dans sa forme définitive, reste d’un allant, d’une grâce et d’une beauté affriolantes). Hawks ne mit jamais les pieds sur le plateau où se réglaient les chorégraphies. La réussite de ces scènes viendra alors de l’apport conjugué de Jack Cole, du chef opérateur et du monteur du film. La légende qui veut que Howard Hawks ait touché à tous les genres reste ainsi intacte, même si Les Hommes préfèrent les blondes demeurera le film le moins personnel du réalisateur. Ce qui n’empêchera évidemment pas Hawks d’ajouter son grain de sel à l’histoire, aux scènes principales et évidemment à la direction d’acteurs.




   

Comme la majorité des comédies musicales, Les Hommes préfèrent les blondes est l’adaptation d’un succès de Broadway. Le spectacle qui devait donner lieu au film était l’un des plus grands triomphes de la scène à New York depuis quatre ans. Daryl Zanuck et Howard Hawks choisirent Marilyn Monroe pour tenir le rôle de la blonde arriviste. Comme celle-ci n’était pas encore une vedette confirmée, Zanuck insista pour obtenir la déjà grande star Jane Russel, par ailleurs sous contrat avec le milliardaire démiurge Howard Hughes. Celui-ci exigera de la Fox d’engager également l’entourage de Russel ainsi que le chef opérateur Harry Wild qui composera une photographie sublime en honorant le film d’un Technicolor éclatant, donnant un cachet presque irréel et onirique à une œuvre qui s’y prêtait parfaitement. Les deux comédiennes s’entendront à ravir sur le tournage et cette collaboration joyeuse illumine chaque plan du film. En outre, Jane Russel servira d'intermédiaire à Howard Hawks vis-à-vis de Marilyn Monroe qui, parallèlement à une grande carrière d’actrice, entame également une carrière de diva capricieuse, caractérielle et malheureusement névrosée et peu sûre d’elle-même.


                  

Sous l’impulsion de Howard Hawks et de la Fox, le scénariste Charles Lederer réécrit complètement l’histoire en ne gardant que les thèmes principaux ainsi que les deux personnages féminins d’origine, et en donnant à chacune d’entre elles un rôle équivalent. Hawks, surtout, va transformer une comédie légère et brillante en une satire des mœurs moderne, exercice dans lequel il excelle. La réalisation d’ailleurs n’hésite pas à user de quelques procédés burlesques, comme l’utilisation de bruitages fantaisistes ou la surimpression d’un gros diamant étincelant sur la tête de Charles Coburn pour appuyer jusqu’à la caricature l’avidité du personnage de Lorelei jouée par Marilyn Monroe.
Derrière la fantaisie et l’allégresse, il y a dans Les Homme préfèrent les blondes un véritable discours subversif sur le sexe et le pouvoir, ainsi qu’une misogynie latente appliquée gaiement, et non sans un certain sens de la formule. 



                                     

On retiendra par exemple le personnage du garçonnet héritier qui, par deux fois, lance des répliques piquantes et assassines quant à la condition féminine et au "magnétisme animal" de Marilyn, et cela avec l’aplomb d’un gentleman expérimenté sur la question. On ne peut s’empêcher alors d’entendre ici la voix d’un Hawks caustique comme à son habitude. On fait souvent référence au puritanisme qui imprègne profondément la société américaine et en particulier son cinéma. Il est bon de rappeler qu’il s’est trouvé des artistes au sein même de Hollywood pour contourner cette contrainte et se faire les commentateurs ironiques et avisés des mœurs contemporaines dans des comédies faussement ingénues. Si Ernst Lubitsch et surtout Billy Wilder sont les principaux représentants de cette école joyeusement satirique, Hawks figure aussi en bonne place.


                                     

L’histoire des Hommes préfèrent les blondes met en présence une blonde éthérée, arriviste et sournoise, et une brune sentimentale au caractère bien trempé. L’une arborant une garde-robe rouge vif incandescent et donc le sexe en étendard, et l’autre cachant son mystère derrière un noir des plus exquis et langoureux. En quelque sorte deux facettes d’un éternel féminin se retrouvent incarnées en Monroe et Russel. Surtout que les deux personnages s’entendent parfaitement, agissent en complémentarité et resteront solidaires dans leurs aventures. La satire atteint son apogée lors de la scène du procès, au passage complètement grand-guignolesque et totalement irréaliste, lorsque Jane Russel doit imiter Marilyn Monroe (l’histoire l’amène à prendre l’identité de son amie pour cette séquence). Forte d’une performance éclatante, Russel parvient avec jubilation à retranscrire les mimiques appuyées de Marilyn et l’attitude tentatrice, superficielle et fausse du personnage.



                                

Cette vision semble certes un peu extrême, mais l’angle satirique adopté allié au rythme classique de ce type de réalisation contribuent idéalement à faire passer le message. Par ailleurs, les personnages masculins ne sont pas mieux lotis. Du benêt richissime au vieux pervers, en passant par le beau garçon manipulateur, leur traitement n’est pas moins burlesque et ironique. Le thème des fausses apparences est donc traité sur le même tempo et s’accorde parfaitement à la vision caricaturale qu’avait Howard Hawks de ce type de musical. Derrière donc une comédie pimpante et millimétrée, faite pour distraire, un second film se fait alors jour. Une œuvre au vrai potentiel satirique, propice à l’énonciation de vérités bien senties sur les relations hommes/femmes, mais qui ne vient jamais se situer en porte-à-faux avec l’ambition légère de départ. Une œuvre intelligente et enjouée - dans laquelle le cinéaste offre une nouvelle fois des rôles de femmes fortes et indépendantes à ses actrices - qui, si elle ne permet pas de révéler toutes les richesses d’un cinéaste américain majeur, se révèle néanmoins être un pur joyau, digne des plus grandes réussites de l’usine à rêves hollywoodienne.
Source : http://www.dvdclassik.com/critique/les-hommes-preferent-les-blondes-hawks

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