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dimanche 20 juillet 2014

Le sang de Dieu

Bien que le personnage de François Cardinaud ait été socialement et psychologiquement modifié pour s'accorder à la personnalité de Jean Gabin, Le Sang à la tête est une remarquable adaptation de Simenon. On y retrouve le réalisme et les thèmes du roman Le Fils Cardinaud : l'hostilité, la rancune de toute une ville contre un homme isolé, humilié, trompé. Gilles Grangier ajoute une auscultation de la bourgeoisie, dont les règles n'ont pas été observées. Têtu, les dents serrées, Gabin part à la découverte de la vérité de François Car­dinaud. Et on retrouve, dans les bru­mes, les pavés mouillés et le port de La Rochelle, quelque chose du monde de Carné-Prévert. — Jacques Siclier .Ce n'est pas le Gabin le plus diffusé à la télévision, Et pourtant, « le Sang à la tête » est une excellente adaptation d'un roman de Simenon, est l'une des grandes
réussites du réalisateur Gilles Grangier qui s'est adjoint, bien évidemment, Michel Audiard
pour des dialogues calibrés au cordeau. François Cardinaud, qu'incarne à la perfection un émouvant Jean Gabin, est entrepreneur maritime à La Rochelle. C'est un monsieur qui a réussi et qui ne ménage pas son temps dans son travail. Epoux de Marthe (Monique Mélinand), issue d'un milieu modeste, il est aussi un homme et un père sans histoire. Jusqu'au jour où madame ne rentre pas et, ne rentrera plus. Elle est partie avec Mimile (José Quaglio) vivre le grand amour. On assiste alors au parcours de Cardinaud vers la vérité. Parcours douloureux pour celui qui vit son drame d'homme humilié, mâchoires serrées. Paul Frankeur et Henri Crémieux complètent une distribution de choix au sein de laquelle l'ambiguë Mademoiselle, Renée Faure, n'a pas le moindre rôle. Ce film charnière entre le Gabin gueule d'amour d'avant-guerre et le mythe du « Clan des Siciliens » et du « Président » se situe à la marge de « Touchez pas au grisbi ».



   

« Le sang à la tête » est une habile chronique de la vie de province tirée d’un roman de Simenon intitulé « Le fils Cardinaud ». Ne boudons pas notre plaisir devant ce film pittoresque qui raconte une histoire d’adultère dans une petite ville de province avec un Gabin en pleine forme, une pléiade d’excellents seconds rôles et en prime, les bons mots d’Audiard. Grangier réussit à raconter avec justesse la province là où Duvivier se laisse emporter par sa noirceur. C’est une ode aux petites gens, au travail, à la famille et au bonheur tranquille et un réquisitoire contre l’esprit bourgeois des rentiers et des envieux. Avec ce film typique des années cinquante Grangier fait preuve de maîtrise et d’un vrai talent de metteur en scène, particulièrement dans les scènes tournées en extérieur à la criée du port de La Rochelle. Dans le livre qui retrace sa vie professionnelle, Grangier déclare : « J’ai fait mon métier pour faire du spectacle en traitant chaque sujet comme il le fallait le faire, à ma portée, sans avoir une ligne directrice intouchable. Je pense que je n’avais pas d’autre chose à exprimer que de bien faire le film, de bien le mettre en scène.


                               


 J’ai vite abandonné la formule : « un film de … » Quand j’étais en vogue, c’était dans mes contrats, mais c’était imbécile. Je voulais faire une carrière à la Duvivier, qui lui aussi à beaucoup navigué, Je voulais être un très bon artisan ». On l’a compris, Grangier refuse la notion de film d’auteur. C’est contre cette manière de faire, mais aussi contre cette manière de voir le monde et le conservatisme qui en découle, que les futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague se sont déchaînés. Grangier et Audiard se font les défenseurs des valeurs ultra-traditionnelles dans une société verrouillée où les femmes, les patrons, les travailleurs, la prostituée, l’église, les bonnes et les enfants doivent rester à leur place pour que la vie continue.
« Le sang à la tête » illustre jusqu’à la caricature une des caractéristiques rarement évoquée à propos du cinéma français des années cinquante, la haine des jeunes qu’Alain Rioux commente dans une interview à propos du cinéma de Claude Autant Lara, un des contemporains de Grangier. Source : http://cinepsy.com/film/le-sang-a-la-tete/


                 


Le Tonnerre de Dieu est un roman assez court (125 pages en poche !) de Bernard Clavel, lors de sa période lyonnaise, en 1958. Une fresque de vie, des paysans sur leur terre, opposés à la grande ville, un couple à qui il manque des enfants, et une jeune femme, devenue pute par la force des choses, après que son unique parent a décédé. Finalement, loin du progrès, de la civilisation dégénérée, le bonheur revit...
Vous aurez noté sur la photo de couverture, le visage de Jean Gabin. Car oui, ce roman de Clavel a été adapté pour le cinéma, avec monsieur Moncorgé dans le rôle de Brassac. Ni une ni deux, après avoir terminé le roman, je suis parti en quête du film.
Le film de 1965, réalisé par Denys de la Patelière, reprend la trame générale du livre, mais se permet plusieurs adaptations. Le cadre change. Ici, on est à Nantes, et non plus Lyon. Brassac, s'il arpente les bistros en quête de mines qui lui font oublier (un peu) sa misanthropie, reste un vétérinaire reconnu, et en plus de ça, châtelain rentier, le père ayant racheté des vignes au bon moment. On est loin du paysan de Clavel qui survit plus qu'il ne vit. La jeune prostituée, Simone, est jouée par Michèle Mercier (Mireille Darc n'était pas libre ???), et son mac, Robert Hossein (le couple de la série des Angélique, tout s'explique !). Si le cadre change, la trame reste donc la même, mais le scénariste déborde dans la psychologie de Brassac, en lui donnant un ton plus politique. Enfin, plus anarchiste, disons. Brassac est un bourgeois rentier misanthrope, et ami d'enfance d'un ministre, avec qui il ne se gêne pas pour exprimer ses opinions sur la France : "y a eu la grande Peste de l'an mille, mais tu vas voir la grande Merde de l'an 2000 !". 



   

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Brassac joute également de réthorique avec le curé du village, et avec les gendarmes. Un rôle pour Gabin, qui nous rappelle ses interprétations du Gentleman d'Epsom, du Baron de l'Ecluse, et dans ses diatribes les plus avinées, le père Péjat des Vieux de la Vieille, grimaces à l'appui
Sa femme dans le film devient une Allemande, résignée elle aussi, mais aux traits moins burinés par l'effort que dans le livre. La romance avec Roger est elle aussi plus développée. Le jeune ouvrier devient propriétaire terrien, ancien militaire d'Indo, mais blindé de pognon. Le scénario lui invente même une soeur, qui servira la bonne morale contre la petite prostituée, croqueuse de diamants, cliché pour faire durer la sauce avant le mariage des amoureux... Mais ne vous inquiétez pas, la trame reste la même, jusqu'à sa fin.
Peut-être un film assez mineur de Gabin, mais où il incarne le rôle parfaitement, rappelant ici et là d'autres films, mais après tout, Gabin jouait Gabin.
Source : http://lacrypteduchatroux.hautetfort.com/archive/2012/09/17/le-tonnerre-de-dieu-bernard-clavel.html

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