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vendredi 4 juillet 2014

Joan Greenwood

Joan Greenwood naît à Chelsea, quartier chic de Londres, dans une famille d’artistes le 4 Mars 1921. Après une stricte éducation religieuse, elle rejoint l’Académie Royale d’Art Dramatique et fait ses premiers pas sur scène à dix-sept ans. D’une taille délicieusement menue, elle reste la plus petite des actrices à avoir joué Peter Pan. Rôle où on n’a pourtant jamais vu de girafes!

La vie de Joan Greenwood peut lui sembler à juste titre enchanteresse, elle connaît d’emblée le succès dans un métier qu’elle adore et aurait probablement passé sa vie sur un nuage si la fureur des hommes n’avait pas mis le monde à feu et à sang avant qu’elle n'ait fêté ses vingt ans. Elle reste dans Londres sous les bombes, en profite pour faire crânement ses débuts au cinéma, toujours sous les bombes, et dès ses vint-et-un ans accomplis, elle passe d’abord son brevet de pilote avant de répéter sa pièce suivante. Au cas où sa gracieuse Majesté ait besoin de ses services pour bombarder quelques malotrus voulant s’en prendre à la couronne!
Léon Dutilleul, petit fonctionnaire de bureau encadré par une hiérarchie moraliste et dirigiste, se découvre soudain un jour la capacité de passer à travers les murs. Immédiatement il en avertit son ami le piètre artiste-peintre Gen-Paul. Celui-ci lui donne des idées pour en profiter, par exemple jouer quelques mauvais tours à ses supérieurs hiérarchiques, faire quelques petites farces à des inconnus... ou profiter de l'occasion pour un peu de voyeurisme dans le magasin de mode d'à côté. Mais le hasard de la vie lui fait découvrir une "lady", Susan, anglaise, en réalité souris d'hôtel qui fait équipe avec Maurice, portier du même palace, pour des fric-fracs nocturnes dans les chambres de l'hôtel. Malgré les appels à la prudence de son fidèle ami Léon veut la remettre dans le droit chemin en lui faisant la morale, mais il est si amoureux qu'il est tenté aussi de la séduire, attirer l'intérêt de la belle pour lui... et pour cela il va lui-même se faire passer pour un grand aventurier, grand voleur sous le nom de Garou-Garou. Les occasions de jouer de son don vont alors se multiplier...


   
         
   

Une version anglaise a été tournée avec Bourvil, Joan Greenwood, Marcelle Arnold, Payne Williams, Charles Jarrell... sous le titre Mister Peek-a-Boo
Première rencontre cinématographique entre Bourvil et Gérard Oury : « .. le Passe-muraille, c'était Bourvil, et il devait m'asséner des claques au travers des cloisons [...] j'avais la tête comme une calebasse. Naturellement, après un certain nombre de prises, je ne pouvais plus me défendre d'un réflexe d'appréhension. Cela dura deux jours et fut à l'origine de vingt ans d'amitiés. ».
En 1977, Pierre Tchernia a réalisé pour la télévision une version du Passe-muraille avec Michel Serrault dans le rôle titre.



                               


Joan Greenwood est au cinéma belle et brillante, marquant tous ses rôles de sa très réelle personnalité d’actrice, un critique la définissant en ces termes: «Cette petite poupée de délicate porcelaine s’exprime avec élégance et avec la voix que quelqu’un qui se gargarise la gorge au champagne», un autre ajoutant: «Cette rose anglaise avec cette voix scandaleusement érotique». La paix revenue, Joan Greenwood tente comme la plupart de ses compatriotes l’aventure Hollywoodienne et en revient fort énervée. J’ai tourné quatre mois pour apparaître l’écran cinq minutes, je n’ai pas de temps à perdre avec de telles choses, surtout avec un assistant collé à mes basques qui est payé pour veiller à ce que je n’expose pas mes cheveux au soleil!». 



                               


Miss Greenwood ne reste cependant pas sur une défaite, elle profite de son séjour Américain pour traverser le pays et aller mettre Broadway à ses pieds. Elle apparait régulièrement s’y faire applaudir durant toutes les années cinquante. N’étant pas d’un naturel rancunier, Joan Greenwood revient comme de bien entendu tourner à Hollywood et y donne entre autres, la réplique à Henry Fonda, Herbert Marshall, Albert Finney ou Christopher Plummer. La France elle-même n’est insensible ni à sa beauté ni à son talent, ni même à sa solide cote commerciale et elle donne la réplique aux icônes bleu-blanc-rouge que sont Bourvil et Gérard Philipe.


                                                      

19 ans après Fury, Fritz Lang travaille de nouveau pour la prestigieuse MGM avec un budget conséquent. Mais le studio, estimant que le film ne se différencie pas des produits de seconde zone, décide de ne pas le diffuser hors des Etats-Unis. Aujourd'hui encore, dans le catalogue de la firme, on peut lire le film critiqué en deux lignes "maladroitement adapté et réalisé par un Fritz Lang distrait." Il faudra attendre sa découverte par l’un des créateurs du cinéma Mac-Mahon sur les Champs Elysées pour que cette merveille sorte en France cinq ans après sa distribution américaine. Il deviendra instantanément un film culte auprès de toute une génération de cinéphiles et, encore aujourd’hui, les comptes-rendus sont unanimement élogieux à son sujet.
Ce classique du film d’aventure se situe aux croisées du film de terreur gothique et du film de cape et d’épée classique. Son caractère unique vient de ce mélange entre une histoire rocambolesque traditionnelle, une noirceur typiquement langienne dans la description des personnages tous plus ou moins pervertis et un climat inquiétant, étrange et funèbre. De ce point de vue, le prologue est inoubliable avec cette étonnante succession de plans plus effrayants les uns que les autres. Le premier démarre sur une vision du jeune garçon se détachant en contre jour alors qu’il marche sur les landes nocturnes et menaçantes. Il s’assoit pour se reposer et entend un bruit étrange ; levant la tête, il voit une statue de pierre aux yeux brillants qui l’effraie, baisse les yeux pour tomber sur l’apparition d’une main décharnée et crochue. S’évanouissant de frayeur, le plan suivant en caméra subjective, montre une contre plongée, vue par le regard du garçon s’éveille, sur les trognes patibulaires d’un groupe de personnes penchées au-dessus de lui. Toutes ces images supportées par les fulgurantes stridences de la partition de Miklos Rosza nous offrent l’un des préambules les plus mémorables de l’histoire du cinéma.



   

C’est à un superbe travail d’adaptation que se sont livrés Jan Lustig et Margaret Fitts. Ils ne reprennent que le point de départ du roman de John Meade Falkner, auteur dans la lignée de Stevenson et Dickens, et, à partir d’un cadre tout ce qu’il y a de plus banal, ils réussissent à y inclure les thèmes récurrents au cinéma de Lang, en particulier la confrontation du bien et du mal. Ils créent un monde inquiétant dans lequel on n’hésite pas à vouloir tuer les enfants. Pour se plier à l’univers du cinéaste, ils inventent même le personnage qui deviendra le héros du film, celui joué par Stewart Granger. L’acteur s’était fait une spécialité dans les années 50, d’interpréter les héros de films d’aventure aussi célèbres que Le prisonnier de Zenda ou Scaramouche, héros bondissant, vigoureux, dans la continuité des personnages joués par Errol Flynn dans les décennies précédentes. 


                                 


 photo moonfleet-07.jpgIl trouve avec Jeremy Fox son meilleur rôle, un homme d’une grande classe mais très ambigu, personnage à la fois cynique, violent, séducteur mais aussi charismatique et humain ; personnage débauché mais absolument pas manichéen. Au moment de quitter son protégé, préférant l’abandonner au profit de ses futurs compagnons de brigandages, il lui écrit que "sa mère n’aurait pas du faire confiance en Jeremy Fox". Par un réflexe de justice et de générosité, il se décide à faire marche arrière pour pouvoir s’occuper de l’enfant ; il est mortellement blessé à l’instant même où il prend cette décision. On retrouve ici le pessimisme habituel de Lang qui n’accorde aucune rédemption possible pour son héros si ce n’est dans la mort...


                                 

Terriblement sollicitée par le théâtre et consacrant son peu de loisirs au cinéma, elle ne trouve le temps pour un mariage qu’en 1960, s’enfuyant avec l’élu de son cœur en Jamaïque pour y convoler. Joan Greenwood devient la femme de l’acteur André Morell avec qui elle jouait Hedda Gabber sur scène et reste son épouse jusqu’à ce que la mort la sépare d’André en 1978. Joan reste seule avec son fils Jason et ne se remaria jamais. Elle poursuit sa carrière avec la même voracité et le même succès et finit par ajouter la télévision à ses activités, devenant une des grandes favorites du public anglais. Elle est une des seules grandes beauté du cinéma à avoir déclaré en toute sincérité: «Me voilà enfin vieille, les rôles que j’ai à jouer sont bien plus intéressants qu’avant». Elle n’est hélas pas vieille très longtemps, une crise cardiaque la foudroie le 27 Février 1987 alors qu’elle s'apprête à fêter son soixante-sixième anniversaire quelques jours plus tard. Elle laissa son fils Jason dans le deuil et son public dans le désarroi. Céline COLASSIN 

2 commentaires:

  1. http://31gzql.1fichier.com/
    http://uptobox.com/sgh5usmlxpj3

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  2. bonus : http://www.franceculture.fr/emissions/la-nuit-revee-de/mardis-du-cinema-fritz-lang-les-contrebandiers-du-moonfleet
    zik : http://uploaded.net/file/19hgf62t

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