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mardi 15 juillet 2014

Cameron Mitchell

Cameron Mitchell offre l’exemple parfait d’un comédien hyperactif, à la filmographie plus qu’abondante, et qui malgré de beaux rôles se compromit dans le cinéma bis et le nanar au point que la présence de son nom au générique finisse par devenir un indicateur de ringardise. Cette relative injustice est la rançon d’une carrière qui, faute d’atteindre les sommets du vedettariat, privilégia fatalement la quantité à la qualité.
Fils d’un pasteur de Pennsylvanie, Cameron Mitchell, de son vrai nom Cameron McDowell Mizel, est né le 4 novembre 1918 à Dallastown. Il fait ses débuts d’acteur sur scène au début des années trente, et apparaît notamment à Broadway en 1934 dans « La Mégère apprivoisée ». Il sert ensuite dans l’aviation durant la seconde guerre mondiale. Démobilisé, Cameron envisage de changer de voie et d’embrasser une carrière de joueur de base-ball professionnel mais l’appel des feux de la rampe est le plus fort : il signe en 1945 un contrat avec la MGM et débute au cinéma. Rongeant d'abord son frein dans des seconds rôles, Cameron Mitchell accède à la notoriété en 1949 en interprétant sur les planches l’un des rôles principaux de la pièce « Mort d’un commis voyageur ». Il reprendra son rôle deux ans plus tard dans la version cinématographique et passera à la 20th Century Fox.

Les années 50 sont pour Cameron Mitchell une période de forte activité. Son physique robuste et ses qualités d’acteur lui permettent d’alterner des rôles sympathiques et antipathiques : on le voit aux côtés de Marilyn Monroe dans « Comment épouser un millionnaire », et il est fort convaincant en brute sadique dans le western « Le Jardin du diable », d’Henry Hathaway, dans lequel il affronte Gary Cooper.
Charles Vidor nous offre avec Love Me or Leave Me un "biopic" sur Ruth Etting, chanteuse et actrice aujourd’hui totalement inconnue qui avait réussi à percer dans le show business grâce à un gangster notoire qui tomba amoureux d’elle et qui décida de gérer sa carrière. Elle finit par acquérir assez de notoriété pour être engagée dans les Ziegfeld Follies avant de devenir une vedette de la radio et de Broadway entre 1925 et 1935 et de jouer quelques rôles au cinéma. Voir Les Pièges de la passion, c'est l’occasion idéale pour ceux qui douteraient encore des talents d’actrice dramatique de Doris Day de réviser leurs jugements ; l’inoubliable interprète de L’Homme qui en savait trop d’Hitchcock, Pique-nique en pyjama de Stanley Donen et Confidences sur l’oreiller de Michael Gordon se révèle tout simplement prodigieuse et extrêmement convaincante dans le rôle de Ruth Etting, arrivant même sans problème à tenir tête à James Cagney pourtant égal à lui-même, touchant en amoureux transi et violent. Enormément de chansons dans ce drame musical mais toutes très belles et parfaitement mises en valeur par George Stoll, un scénario bien écrit et qui sera lauréat aux Oscars pour l’année 1955 et, si la mise en scène de Charles Vidor n’atteint pas des sommets, elle se tient tout à fait bien, bénéficiant des fameuses équipes artistiques de la MGM et maniant le Technicolor et le Cinémascope avec talent. Rien de révolutionnaire, mais néanmoins l’un des "biopics" musicaux les plus réussis de l’époque avec The Glenn Miller Story d’Anthony Mann. Erick Maurel



   



En 1957, il joue le rôle du boxeur drogué Barney Ross dans « Quand la bête hurle », considéré comme son meilleur rôle.
Mais au tournant des années soixante, Cameron Mitchell va faire le choix, entre autres pour des raisons fiscales, de tourner en Europe. L’Espagne et, surtout, l’Italie mènent alors une intense activité productive : péplums, films d’aventure, films fantastiques et bientôt westerns, produits localement pour des sommes modiques, déferlent sur les écrans mondiaux. Des acteurs aux visages plus ou moins connus Outre-Atlantique sont évidemment les bienvenus pour y tenir des premiers rôles. De nombreux comédiens américains de second rang ou au creux de la vague y voient alors l’occasion d’accéder au vedettariat (tels Richard Harrison ou Brett Halsey) ou de s’y maintenir (Edmund Purdom). Cameron Mitchell va faire avec bonheur son nid dans le cinéma bis européen. Il a ainsi la chance de travailler avec Mario Bava, cinéaste dont il apprendra à admirer le grand talent d’artisan.


                             


Notre ami interprète ainsi un personnage inquiétant dans « Six femmes pour l’assassin », classique du film à suspense (« giallo ») italien. Sa collaboration avec Bava compte également des premiers rôles dans l’excellent « La Ruée des vikings », film où il montre de grandes qualités de comédien bien qu’il soit un peu vieux pour son rôle (son personnage est censé avoir vingt ans), et le moins connu « Duel au couteau » (encore un film de vikings).
Parallèlement à ses activités en Europe, Cameron Mitchell joue également à la télévision américaine, notamment dans la série « Le Grand Chapparal », qui lui vaudra un regain de notoriété dans son pays natal. A partir des années 70, il concentre d'ailleurs à nouveau l’essentiel de ses activités aux Etats-Unis, tournant de nombreux téléfilms et séries.



                                


A l’image du cinéma transalpin tout entier, Sergio Martino est un véritable touche-à-tout. Voguant au gré des modes, le cinéaste voue une véritable passion aux westerns, aux gialli et, surtout, aux séries B d’horreur. Œuvres phares dans sa filmographie, sa trilogie orographique reste à n’en point douter aujourd’hui le sommet de sa carrière avec, notamment, un second volet, Le Continent des Hommes Poissons, entré à jamais dans la mémoire collective des fantasticophiles. Reprenant le thème largement usité de l’Atlantide et s’inspirant aussi de L’ile du Docteur Moreau, Martino met en scène l’histoire de six hommes, 5 bagnards de Cayenne et leur geôlier, qui échouent sur une île des Antilles. Alors qu’ils pensent être sauvés, les malchanceux naufragés vont bien vite se trouver confrontés aux nombreux dangers que recèle cette mystérieuse terre. Rites vaudous, pièges artisanaux, propriétaire mégalomane et bien entendu hommes-poissons seront dès lors au rendez-vous de la terrible aventure qui s’annonce…
Consacré un an plus tôt par l’agréable Montagne du Dieu cannibale, premier volet de sa trilogie orographique, Sergio Martino mise d’emblée sur les mêmes ingrédients que pour son œuvre précédente. L’exotisme est donc de mise, d’autant que la splendide photographie de Giancarlo Ferrando excelle à nouveau. Si le programme est dès lors convenu d’avance, le film oscillant plus que probablement entre aventure et épouvante, la prestation des acteurs n’en demeure pas moins surprenante, ceux-ci parvenant à tirer leur épingle du jeu et à ajouter à la tension naissante.



   

En effet, dans sa première partie, le récit se veut assez haletant et, très vite, la découverte de créatures en costumes latex, rappelant d’ailleurs la magnifique Etrange créature du Lac Noir au niveau du design, donne le ton. Là où La Montagne du Dieu Cannibale recelait bon nombre de stock shots animaliers censés meubler une intrigue assez creuse, Martino compte prendre le spectateur à contre-pied avec Le Continent des Hommes Poissons et offrir un spectacle plein et une action sans accros. Dès lors, le déroulement échevelé de l’ensemble fait la part belle aux surprises dévoilées par le biais d’un script bien ficelé. Parvenant à introduire le thème de l’Atlantide de manière peu clichéesque, le cinéaste surenchérit en s’inspirant aussi des sujet vaudou et de la mode des savants-fous.  

                

De ce joyeux et spectaculaire melting-pot ne ressortent que fort peu de défauts, avant tout dus à la petitesse du budget, mais aussi à un traitement pas toujours ad hoc du suspense. 
En effet, dans son empressement, Martino en oublie presque de marquer des pauses entre chaque scène d’action et monte parfois ces dernières de manière trop fluides.
En découle une incompréhension qui, heureusement, n’est guère dommageable à ce petit bijou qu’est Le Continent des Hommes Poissons. Certes, comme la plupart des série B italiennes, le métrage de Martino n’est pas un chef-d’œuvre, mais il constitue néanmoins l’un des hauts faits d’armes du cinéma transalpin et un film d’aventures tout simplement plein et agréable.



                               

Mais si Cameron Mitchell tourne à un rythme plus que soutenu, la qualité de ses films ne suit pas toujours : il va peu à peu, à force de stakhanovisme, s’enfoncer dans la pire série B, tournant à peu près n’importe quoi, telles des scènes additionnelles conçues par Roger Corman pour caviarder « Le Continent des hommes-poissons » de Sergio Martino, ou l’hallucinant « Supersonic Man » de l’Espagnol Juan Piquer Simon, pour lequel il incarne l’un des méchants les plus grotesques qui soient, cabotinant comme si sa vie en dépendait. Si l’on peut regretter que son talent n’ait pas été mieux employé, Cameron Mitchell laissera l’image d’un véritable vétéran du cinéma, qui aura connu le pire comme le meilleur : les classiques, le cinéma bis, la série Z et, au passage, le nanar sous toutes ses formes. Au moins aura-t-il eu l’occasion de pratiquer son métier sans discontinuer, ce qui est loin d’être le cas de tous les comédiens. S’il a sombré occasionnellement dans ce que le cinéma pouvait offrir de pire, il n’en était pas moins un acteur de talent, dont le visage demeurera connu des cinéphiles via plusieurs classiques.

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