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jeudi 17 juillet 2014

Bataille dans l espace

Tout comme son prédécesseur Prisonnières des Martiens (Chikyû Bôeigun, 1957), ce second Space Opera de la Toho est basé sur un roman du prolifique auteur de science-fiction, Jojiro Okami. Dans « La bataille dans l’espace » on retrouve finalement certains éléments de l’opus précédent du même Ishirô Honda, tant et si bien qu’on peut quasiment le voir comme sa suite. On retrouve du reste dès le début du film une force paramilitaire exercée sur l’espace par les Nations Unies qui pourrait très bien avoir été développée après les événements survenus à la fin de Prisonnières des Martiens. On retrouve en outre le même genre de soucoupes volantes ornées d’antennes laser, elles-mêmes identiques au film précédent, un peu comme si elles étaient passées entre-temps chez le garagiste pour se prendre un petit coup de peinture. Sans qu’aucune mention ou référence soit directement faite au film de 1957, certains protagonistes portent également ici les mêmes noms et sont affublés des mêmes caractères, à l’exception d’Harold Conway. Bref, on peut affirmer que La bataille dans l’espace est finalement la première séquelle imaginée par la Toho, une suite autonome en quelque sorte, pas si éloignée de celles qu’on apercevra ensuite dans le pur domaine du Kaiju, à savoir, par exemple : La guerre des monstres, Frankenstein Conquers the World ou Mothra contre Godzilla…  Le lien entre Prisonnières des Martiens et La bataille dans l’espace est encore plus ténu puisque, hormis le fait que le sujet soit traité de manière différente, ils avancent tous deux avec un sous-texte semblable à Godzilla ou Rodan, lesquels traitaient en filigrane des craintes de la science atomique au Japon ainsi que de « l’impureté raciale » (pour rappel, dans Prisonnières des Martiens, ces derniers voulaient s’accoupler avec des femmes japonaises parce que les effets secondaires de radiations étaient que leur progéniture naissait déformée).  Malgré la présence de ce thème récurrent chez Honda, on peut toutefois affirmer devant l’Union Pacifique des Nations Unies mise en scène dans le film, que celui-ci se veut avant tout un grand divertissement spatial plus qu’un règlement de comptes historique et/ou politique.  Finalement, c’est un thème que l’on retrouve de manière régulière dans l’œuvre de Honda, mais de plus en plus, au fil du temps, pour la forme, un peu comme une recette que le réalisateur ne parvient pas à agrémenter d’une autre manière, perdant un peu de son âme au gré de ses films.  Quant aux comparaisons entre les deux films, on peut également trouver que cette Bataille dans l’espace est tout de même plus réussie que son prédécesseur à la réputation surfaite, et sans doute l’un des plus faibles opéras spatiaux nippons de la fin des années 50 et du début des années 60. 


   

La bataille dans l’espace a été réalisée à la suite d’autres sorties majeures de la firme japonaise (Nippon tanjo, par exemple, une épopée de trois heures avec Toshirô Mifune, et qui accaparait alors la plupart des grands noms de la firme sous contrat). Quant à la Columbia, qui venait de sortir The H-Man l’année d’avant, elle distribua le film de Honda dès 1960 sans qu’aucun changement ne soit effectué, ni dans la durée du film, ni dans l’ordre des scènes. Un cas resté jusque là unique entre la Toho et la Columbia. Toujours est-il que, pour une fois, la version américaine est conforme, à l’exception néanmoins notable de quelques dialogues « réadaptés » pour une meilleure exploitation au pays de l’oncle Sam ainsi que certains effets sonores, voire quelques passages musicaux de la partition originale du génial Akira Ifukube.  Finalement, La bataille dans l’espace demeure un film transition dans la carrière d’ Ishirô Honda, puisque celui-ci fait des concessions vers l’Amérique à la base ; mettant les deux pays protagonistes au même niveau dans la défense du territoire spatial, il évite en aval le remaniement de son film ainsi que la trahison qui pouvait parfois aller de pair (Godzilla) et permet à la Columbia de distribuer le film sur son territoire sans y apporter de grandes modifications. 


                


Quoiqu’il en soit, et puisque c’est surtout de la version originale dont il s’agit dans cette chronique, Uchu daisenso est un spectacle honorable bien que mineur. Un spectacle qui commence, sinon sur les chapeaux de roues, en tout cas sur de bons rails, avec ce train s’apprêtant à traverser un pont placé en haute altitude avant que celui-ci ne soit, par une force extra-terrestre encore inconnue, dépossédé de sa force de gravitation tant et si bien que notre convoi s’écrasera de plusieurs dizaines de mètres de hauteur avec tous ses passagers. Ça reste niveau modélisme et modèles réduits tout à la fois spectaculaire et poétique, tout comme les déambulations plus tardives de nos astronautes sur la Lune. Une Lune qu’on n’aurait su voir de Maubeuge de façon aussi belle que crépusculaire. Certains pourront bien se moquer des maquettes et des décors miniatures présents dans les films d’Inoshiro Honda, il n’en demeure pas moins qu’ils sont d’une inventivité créatrice largement supérieure à celles dont font à ce jour preuve certaines pellicules gavées de CGI peu convaincants. Peut-être finalement que la petite part de magie que le cinéma peut apporter ne tient absolument pas de la science artificielle, mais bien du maniement d’une science par l’être humain.


                               


Bien qu’un petit cran au-dessus de Prisonnières des Martiens, La bataille dans l’espace reste un spectacle trop inégal avec, dans sa seconde partie (passé le morceau de bravoure évoqué ci-dessus), trop de bavardages, comme déjà vu bien des fois dans la S.F de ces années là. L’omniprésence des Nations Unies, et des décisions qui tardent autant à être prises qu’à être ensuite mises en pratique (la construction puis le lancement des deux fusées, américaine et japonaise reste le segment le plus faible du film) n’y est pas étrangère. Tout ça pour quoi ? Pour mettre en exergue le fait que l’Amérique et le Japon vont, de concert, sauver la planète ; une sorte de concession dont aurait finalement pu se passer Honda, ne serait-ce que pour la sérieuse chute de rythme engendrée alors, tant et si bien que l’on en viendrait presque à regretter l’impérialisme d’un seul et unique pays, histoire de diviser par deux le temps à l’écran. Il s'agissait peut-être là de tendre la main après des années de courtoise rancœur...
Heureusement que les batailles finales, bien que répétitives, drainent leur petit cachet, tout comme certains costumes qui ne manquent pas de figer sur pellicule tout un charme qui, sans ce genre de projection intergalactique de l’aube des sixties, serait hélas à tout jamais perdu.

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