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jeudi 31 juillet 2014

Le grand mort

INTERVIEW DE LOISEL, DJIAN & MALLIÉ

Régis, comment est né l’idée du Grand Mort et pour quelles raisons avez-vous confié ce projet à Jean-Blaise Djian ?
Loisel : Initialement, comme beaucoup d'auteurs, j'avais ce projet ,comme celui de Magasin Général, dans mes cartons, il y a de cela presqu'une vingtaine d'années. Un jour, les éditions Soleil m'ont contacté pour que j'écrive un scénario pour un dessinateur qui avait envie de travailler avec moi (Laurent Cagniat). J'ai repensé alors à ce scénario du Grand Mort... J'étais déjà sur Peter Pan et je n'avais pas le temps de développer cela tout seul. J'ai pensé à Jean Blaise qui débutait dans la BD... Cela pouvait l'intéresser de rentrer plus intensément dans ce monde impitoyable, accompagné par un auteur à qui on ouvrait facilement ses portes. Après avoir développé graphiquement une quinzaine de planches de crayonnés sur l'univers et les personnages du Grand Mort, Laurent Cagniat, pour des raisons que je ne connais pas trop, a déclaré forfait... Je n'ai pas confié le projet à Jean-Blaise Djian, je l'ai tout simplement invité à le développer ensemble, et quand je dis ensemble c'est une écriture où l'on se retrouve tous les deux autour d'une table soit en France, soit à Montréal à écrire le scénario, les dialogues, et tout le découpage qui s'effectue au fur et à mesure de nos rencontres. En clair, je ne donne pas un plan, des idées à Jean-Blaise pour qu'il les développe tout seul dans son coin.
Jean-Blaise, que s’est-il passé entre le moment où Régis Loisel vous a proposé ce projet, en 1999, et la parution du premier tome, Les Larmes d’Abeille, en 2007 ?
Djian : Un premier dessinateur avait été proposé par un éditeur (Laurent Cagniat, NDLR). Mais au bout d’un certain temps, ce dessinateur n’a pu continuer et du coup, le projet s’est arrêté. Durant plusieurs années, le projet est resté enterré dans nos tiroirs. À un moment, Régis et moi avons même passé une petite annonce sur un site pour trouver la perle rare, mais seulement trois réponses nous sont parvenues. 


   


Le style était intéressant mais ne correspondait pas exactement à ce que nous attendions pour cette histoire. Et puis un jour, j’ai proposé à Joël Parnotte que je savais libre de s’intégrer à notre projet. Au bout de quelques mois, Joël m’a téléphoné pour me dire qu’il avait prévu de travailler avec le scénariste Yann depuis longtemps, et que celui-ci venait de se manifester. Le Grand Mort redevenait donc un projet mort-né ! Et puis, quelques semaines plus tard, Vincent Mallié que je connaissais et qui connaissait bien Joël m’a téléphoné pour me dire que le projet « Le Grand Mort » l’intéressait. Quelques essais plus tard, l’équipe était en place.
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans Le Grand Mort ? Un scénario à mi-chemin entre le réalisme de Magasin Général et la fantasy de La Quête de L’Oiseau du Temps ?
Djian : Tout d’abord, les personnages. Cette Pauline, parisienne qui croit que son temps et ses urgences ont plus de valeur que celles d’un gars perdu dans la campagne bretonne. Qui le prend de haut et même lui attribue de possibles mauvaises intentions… En partant de très loin, comme ça, on mesure mieux les changements dans sa personnalité. C’est intéressant de suivre des personnages qui ne sont pas en bois... Ensuite, Erwan, ce garçon placide et réservé, va lui aussi changer. Il est le lien entre le petit monde et le nôtre, et à la mort de maître Cristo, il va se sentir responsable de cette Pauline qui a finalement bousculé le cours de sa cruciale mission. Le voir devenir un homme pressé dans les rues de Paris et angoissé par la situation représente une singulière évolution pour quelqu’un comme lui. Enfin, ce qui m’a aussi attiré dans cette histoire, c’est le petit monde. J’avoue que je ne savais pas très bien où on allait aller et jusqu’où on allait aller. C’était très motivant de partir vers cet inconnu-là.

Tout ici : http://www.regisloisel.com/grandmort1.htm


N’a-t-il pas été trop difficile de pénétrer un univers créé par un autre auteur ?
Djian : Pas vraiment. J’ai bien étudié les idées de Régis et j’ai essayé de comprendre ses motivations. J’ai commencé à faire le découpage de la moitié du premier tome. J’ai soumis ce travail à Régis et nous avons fait ensemble quelques ajustements.
Comment se déroule l’écriture à quatre mains ?
Loisel : Comme je le disais, on se retrouve et on se raconte l'histoire de l'album. On note, rature ,on fait une partie de ping-pong, on découpe au fur et à mesure, avec description de l'image et les dialogues. Rien de plus qu'un scénario classique de BD. C'est Jean-Blaise, pendant nos séances, qui retranscrit fidèlement de sa main ce que l'on a défini page par page. Ensuite, il repart chez lui pour taper ça au propre pour l'envoyer à notre dessinateur préféré. Très vite nous recevons les commentaires de Vincent et s'il y a lieu, on remanie certains points en fonction de ses remarques qui sont souvent judicieuses. Djian : Dans la joie et la bonne humeur. Nous nous retrouvons de temps en temps pour une certaine durée, en France ou au Québec et nous partons dans l’idée que nous allons passer de bons moments. Chaque matin, nous nous mettons face à face à une table, avec les tomes précédents prêts à bondir sur nous au moindre oubli de ce qui s’est passé. Nous reprenons à la suite du dernier tome paru et nous nous lançons des idées à la figure. Des idées qu’on garde ou pas. Nous mettons en place chaque image et chaque dialogue à la suite du précédent et on avance comme ça séquence après séquence. Il est arrivé deux ou trois fois que Vincent soit avec nous et que nous travaillions ensemble. Dans ce cas, Vincent participe à l’élaboration du découpage avec nous. Du fait que nous savons exactement ce que sera la fin de l’histoire, nous avançons continuellement avec un garde-fou. Ça facilite bien le travail.

Tirage limité là : http://www.tirages-limites.fr/tirage-limite/tl-le-grand-mort-integrale-12-2094.html


L’évolution des personnages entre le premier et le quatrième tome est flagrante : Pauline s’assagit tandis qu’Erwan est contraint de prendre les choses en mains…  Loisel : En ce qui me concerne, dans une histoire, c'est l'aspect psychologique qui m'intéresse. Nos personnages sont comme tout le monde, ils ont des qualités, des fragilités, des faiblesses, des doutes et des contradictions. Ils évoluent, réagissent, se révèlent, se transforment et changent même de coupe de cheveux en fonction de l'histoire. Djian : Oui, c’est ce que je disais plus haut. Dès le départ, cette évolution des personnages est l’un des éléments qui m’a le plus plu. Dans certains albums, les personnages ne bougent jamais de leur case psychologique ou comportementale, et c’est très bien comme ça car c’est agréable de retrouver les personnages qu’on aime tels qu’on les aime. Il se trouve que ceux du Grand Mort n’ont pas été conçus comme ça. C’est souvent leur caractère ou leurs humeurs qui font rebondir l’histoire. En fait, ils ne sont pas des héros, juste des humains affrontant des situations particulières.
L’évolution psychologique des personnages passe également par des ajustements d’ordre esthétique. Par exemple, les deux couettes de Pauline dans le premier tome ont été remplacées par une coupe plus « adulte »…
Djian : Oui, alors ça, ça peut être vu de plusieurs manières. Au moment où on retrouve Pauline, dans la foule, à la télévision, elle a disparu de la circulation et, en quelque sorte, elle se cache. Mais bien sûr, interpréter son changement physique comme l’évolution d’une jeune femme à couettes qui est devenue femme et mère est tout aussi logique.
Même si de nombreuses questions restent encore en suspens, ce quatrième tome apporte quelques éléments de réponse quant au dénouement du triangle amoureux…L. Gianati 

Source et suite : http://www.bdgest.com/expo-50-BD-le-grand-mort-t4-interview-de-loisel-djian-malliE.html

mardi 29 juillet 2014

Terence Fisher

TERENCE FISHER et la compagnie de production Hammer Films, sont indissociables. Ils ont bien profité l'un de l'autre, combinant l'argent de la compagnie et le talent du metteur en scène pour le renouveau d'un genre tombé depuis 20 ans en désuétude, le cinéma fantastique, à partir de 1955 commencera la période la plus faste du cinéma de genre brittanique, la période dite des "Horror Films". Voyons comment son chef de file en est arrivé là.
Terence Fisher est né le 23 février 1904 à Maida Vale, il perd son père très tôt et voit son éducation prise en charge par ses grands-parents et sa mère. Une éducation qui sera forcément anglaise classique, ses grands-parents étant issus de l'ère Victorienne. Il est donc envoyé dans une école militaire. Á l'âge de 16 ans il termine ses études et est embarqué, à la demande de sa mère, sur le Conway, pour y faire ses classes maritimes. Il naviguera jusqu'à obtenir le grade de second maître, pendant un peu plus de cinq ans.
Il a environ 23 ans quand il décide de changer de vie, il a déjà beaucoup voyagé, la passion des mers et des océans ne l'a jamais vraiment gagné, il met définitivement pied à terre. Là, il cherche du travail, il se contentera pendant 6 ans d'être apprenti marchand de tissus. Au début des années 30, la dépression fait rage, il y a peu de distractions. Terence Fisher se passionne alors pour le cinéma, et plus particulièrement pour ses aspects techniques. Il veut devenir monteur.
1951, peut-être l'année la plus importante pour Fisher, un certain William Hinds (qui jouait au théâtre dans les années 30 sous le pseudo de Will Hammer, yek yek) embauche Terence Fisher au sein d'une compagnie renaissante, la Hammer Films.
On prend (presque) les mêmes et on recommence ! Et oui, à l'exception de Christopher Lee, le générique présente les mêmes noms que les deux précédents succès de la Hammer, FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ et LE CAUCHEMAR DE DRACULA. On y retrouve donc Terence Fisher aux commandes, Jimmy Sangster à l'écriture et Peter Cushing dans le rôle principal. Mais l'absence de Christopher Lee ou, du moins, l'absence d'une réelle Créature, aura une influence défavorable sur le succès populaire du film...



   

LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN est une digne suite à FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ. Même si le film a été boudé par le public, il a d'énormes qualités. L'absence de réelle Créature n'enlève rien à son impact, au contraire ! En effet, toute l'histoire est ainsi recentrée sur le véritable monstre : le Baron Victor Frankenstein. Peter Cushing apporte d'ailleurs une nouvelle dimension à ce personnage, qui en devient encore plus terrifiant. En outre, le rôle de Karl, qui se substitue à la Créature, donne une perspective dramatique inédite au film et permet de soulever plus ouvertement des questions de fond. Moins spectaculaire et moins envoûtant que son prédécesseur, LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN est peut-être au final un film plus intéressant...Francis Trento


                              


Historiquement la Hammer a été créée au milieu des années 30 par William Hinds et Enrique Carreras, pour vous donner une idée de ce que les producteurs connaissent du cinéma, il faut savoir que Hinds était propriétaire de nombreuses bijouteries (sans être bijoutier) et Carreras (bon, là ça passe encore) directeur de salles de cinéma. La Hammer produira quelques films jusqu'à la guerre, le seul, a priori intéressant, à pour titre "The Mystery of the Mary Celeste" avec Bela Lugosi. Un film fantastique plutôt réussi d'ailleurs. Á cause de la guerre la Hammer ferme ses portes, elles ne réouvriront qu'en 1948 pour produire des séries B (vraiment fauchées) policières sans grand intérêt. La Hammer avait pour particularité de travailler en collaboration avec des producteurs et distributeurs de séries B américaines avec lesquels ils échangeaient la distribution des films. Il faudra cinq ans et une quinzaine de films ensemble, pour que Terence Fisher et la Hammer trouvent leur voie, réinventent le genre fantastique. Les films de Fisher, durant cette première période sont très rares et le peu de critiques que l'on peu lire à leur sujet laisse un peu dubitatif sur leur qualité. Essayons quand même d'y voir un peu plus clair.


                


Des débuts difficiles, c'est le moins qu'on puisse dire. Son premier film pour la Hammer a pour titre "The Last Page" (sorti aux États-Unis sous le titre "Man Bait"), le scénario de Frederick Knott ("Dial M for Murder", tout de même) est tiré d'une pièce de James Hadley Chase, que du bon a priori. Mais le résultat est convenable, sans plus, sans surprise. Mais il reste tout de même beaucoup plus jouissif que son film suivant, tourné la même année, "Wings of Danger" (retitré aux États-Unis "Dead on Course"), malgré un scénario de John Gilling, l'intrigue reste au ras des paquerettes, l'interprétation est innexistante, et la mise en scène ne s'élève que très rarement au dessus d'un épisode de mauvaise série télé, vous n'êtes vraiment pas obligés de courir après ce film. Toujours la même année (oui, on tourne beaucoup et vite à cette époque), Fisher réalise son premier film Hammer vraiment intéressant et franchement travaillé, "A Stolen Face". 
Avant d’entamer une oeuvre comme Les vierges de Satan, il est bon de s’assurer que le titre original en est bien l’équivalent français. En effet, nombre de distributeurs aiment intercaler le mot « vierge » dans le titre, histoire d’attirer curieux et pervers érudis. Après Christina, princesse de l’érotisme, le film de Jess Franco transformé en Une vierge chez les morts-vivants, Les vierges de Satan paraît donc être la nouvelle supercherie des distributeurs. Le titre original, The Devil’s Bride, vient en effet démentir la présence de quelque pucelle dans l’oeuvre et, mieux, résume à merveille le synopsis du film. Le duc de Richleau s’oppose à une secte satanique qui veut sacrifier sa nièce mais celle-ci entretient une liaison télépathique avec le chef de la secte mais aussi avec le Diable en personne. Ce scénario, tout droit tiré d’un roman de Dennis Wheatley (Le peuple des abîmes), a été adapté pour l’occasion par le grand, l’immense, Richard Matheson (Le survivant, Je suis une légende). Avec aux commandes un Terence Fisher, qui, deux ans plus tôt, avait éclaboussé le monde entier avec son chef-d’oeuvre Dracula, Prince des ténèbres, l’oeuvre promettait d’être un véritable régal.



   

Comme de fait, les premiers instants de l’aventure enchantent véritablement la pellicule après un générique, constitué des différents signes astrologiques, qui restera dans les annales. A grands coups d’une bande originale suscitant le mystère, Fisher étale la profondeur d’une oeuvre couchée sur le papier par Weathley et travaillée par Matheson. Le propos est clair et étalé en long et en large durant une première demi-heure qui, même si elle manque de rythme, offre un véritable feu d’artifice documenté. Après une séquence d’auto-strangulation d’une efficacité extrême et une scène de bagarre bien ancrée dans son temps qui rappelle les premiers James Bond, le film entre de plein pied dans l’aventure proprement dite, c’est-à-dire le sauvetage d’une nièce peut-être déjà perdue.
S’enchaînent alors des moments de grand trouble où Fisher installe petit à petit une ambiance cauchemardesque tout en déclinant toujours plus le thème des sectes et de leurs traditions. Malgré un aspect assez répétitif (le nombre de séances d’hypnose est presque incalculable) et une lenteur toujours présente, le cinéaste parvient à tirer le meilleur parti des éléments qu’il s’est échiné à mettre en place : les héros se retrouvent acculés, pris au piège d’une force maléfique venue chercher son dû. 


                


Cette ambiance oppressante à la limite du traumatisme, vient quelque peu rehausser la tension de l’oeuvre jusqu’à un dénouement assez décevant. Alors que Fisher avait privilégié une vision sombre et négative durant tout le film, il offre un happy end aussi long qu’ennuyeux, y allant à gros coups d’explications abracadabrantes.
Un effort notable a porté sur le casting, on y retrouvePaul Henreid et Lizbeth Scott, l'histoire est plutôt intéressante. Un médecin spécialisé en chirurgie plastique est persuadé que la beauté et/ou la laideur physique d'une femme peuvent influer sur un comportement criminel, une idée à la con, certes, mais un point de départ assez amusant pour le scénario. Bien sur, à l'instar des scientifiques très à la mode de cette époque, le Dr. Philip Ritter est sur d'avoir raison et cherche à prouver sa théorie en dépassant allègrement les limites définies par un certain serment propre aux médecins. 


                


Je ne vous en dis pas plus afin de ne pas vous gacher le plaisir si vous avez l'occasion de le voir. Fisher y utilise avec beaucoup d'intelligence et de brio le principe du montage parallèle (nottament dans la scène du compartiment dans le train), il commence à developper ses propres obsessions sur le thème du bien contre le mal, et aussi nous fait assister de près à des opérations chirurgicales (images assez fréquentes dans les films de l'époque) sans jamais tomber dans le racoleur mais en jouant sur l'aspect mystérieux, sur le fait de se retrouver à la merci du chirurgien. Le film comporte néanmoins quelques longueurs, à cause d'une amourette sur laquelle le scénario insiste parfois lourdement.
Vous le croierez ou pas mais Fisher réalise un quatrième film en 1951, une commande pour Meridian, dont je ne sais strictement rien sinon que sa réputation est catastrophique. Je n'ai pas vu non plus "Mantrap" ("Woman in Hiding" aux Etats-Unis), polar jugé assez conventionnel dans les quelques articles que j'ai pu lire à son sujet. Ce qui fait de 1952 une année assez importante, c'est plutôt la réalisation de deux films fantastiques, dont l'un, aux portes de la science fiction. Source : http://www.cinemafantastique.net/Vierges-de-Satan-Les.html

Le cerveau d'acier

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Dennis Feltham Jones est officier britannique et c’est là où il trouvera le nom de Colossus. En effet, durant la guerre, les services de renseignements anglais utilisent une machine de déchiffrement nommée Colossus. Evidemment, cet ordinateur est bien loin de ressembler à la machine qu’il va dépeindre dans son premier ouvrage qui sera publié en 1966. A partir de ce premier livre, l’auteur va se consacrer à la littérature de science-fiction. Bien que Dennis Feltham Jones écrira d’autres livres par la suite, Colossus restera l’un de ses ouvrages les plus connus. L’écrivain lui donnera d’ailleurs deux suites au milieu des années 70 avec The Fall of Colossus et Colossus and the Crab. Mais avant d’en arriver à ses prolongements sur papier, le livre va être adapté au cinéma par l’entremise de la Universal.
Petite production pour la Universal, COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT échoue dans les mains d’un réalisateur déjà bien rodé par le tournage de nombreux épisodes de séries télévisées. Pour son deuxième long métrage à destination du cinéma, il se trouve face à un problème plutôt complexe. L’histoire se déroule dans un nombre restreint de lieux et l’interaction se réduit souvent au dialogue entre des êtres humains et un ordinateur. Le défi est de taille mais le cinéaste va le relever avec un véritable talent. Il va ainsi dynamiser les séquences statiques en leur donnant du mouvement. Tout en restant classique, et donc sans adopter une démarche prétentieuse, il va sans cesse changer les points de vue, déplacer ses personnages de manière à optimiser au mieux tous les recoins du décor. Evidemment, ces recettes sont celles d’un talentueux réalisateur de télévision. Exploiter au mieux les maigres ressources mises en œuvre de façon à donner le spectacle le plus divertissant aux spectateurs. Télévision ou cinéma, peu importe, Joseph Sargent exploite son talent de la mise en scène et de l’image. V.O.:



   

Cet effet, il va expérimenter avec une certaine jubilation plusieurs idées visuelles avec COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT. Parmi celle-ci, on pourra évoquer une ligne de dialogue qui commence lors d’une réunion d’état major dans un avion en plein vol et qui se termine, de façon naturelle, entre un homme et une femme nus dans un lit. De même, le réalisateur va jouer avec les écrans. Car Le cerveau d'acier est un film où les écrans de communication, d’ordinateur ou de télévision sont assez omniprésents. Il n’est pas rare que deux lieux, remplis de figurants, se retrouvent liés par un dialogue via des écrans interposés. Par souci de réalisme pour le jeu des acteurs, le cinéaste s’était arrangé pour mettre en scène en direct les deux versants de la discussion sur des plateaux différents. Enfin, pour terminer de dynamiser son récit, le réalisateur va prendre le contre-pied de son sujet en adoptant sur la majeure partie du film un ton décontracté. Sensible, particulièrement sur les excellents morceaux musicaux de Michel Colombier qui viennent ponctuer, le plus souvent, non pas l’action mais plutôt les attentes ou les latences de l’informatique. Car, en dehors de ces moments, la musique est souvent absente ou bien moins proéminente.


                                           


Autre point de décontraction, le personnage principal n’est pas un vieux scientifique emmerdant qui tombe en dépression face à la catastrophe qu’il vient lui-même d’amorcer. L’interprétation de Eric Braeden est particulièrement réussie. L’acteur transmet la fascination du créateur pour sa machine intelligente ou encore sa fierté en tant que paternel d’un tel système. Car il est impossible d’oublier que si le personnage est le héros, c’est aussi un peu le fossoyeur de l’humanité. Avec cette évidence en tête, il continue pourtant tout du long à s’émerveiller des possibilités insoupçonnées de sa création tout en adoptant un optimisme sans faille. Cette vision du personnage assez surprenante donne un reflet particulièrement subtil à l’histoire tout en lui donnant une légèreté qui sera mise à mal à plusieurs reprises lorsque des missiles nucléaires viennent à jouer un rôle plus actif que dissuasif. Réalisé en pleine guerre froide, le film n’ignore pas les relations Est-Ouest ce qui l’amène à exposer des thèmes très proches de POINT LIMITE réalisé par Sydney Lumet quelques années auparavant. Mais l’ambiance n’a pas grand chose à voir et le film de Joseph Sargent ne se place pas non plus sur le même registre que le DR FOLAMOUR de Stanley Kubrick. Il est, à vrai dire, très difficile de cerner COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT car le film s’avère assez atypique dans son genre et anticipe, en plus, des problèmes liés à l’informatique à une époque où les ordinateurs sont aussi gros qu’une maison !


                                  

La plupart des films évoquant les ordinateurs et l’intelligence artificielle vieillissent terriblement mal ! La technologie évolue a une vitesse incroyable et COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT se trouve confronté à cet inévitable problème près de quarante ans après sa réalisation. Pourtant, le film tire son épingle du jeu car le fond de l’histoire évoque des concepts qui n’ont rien de banals sur les écrans de cinéma à l’époque. Outre une réflexion sur l’intelligence artificielle et son envie de reproduction, le film en arrive à nous montrer une vie sous haute surveillance ou l’informatique est omniprésente. L’occasion de mettre à l’écran un poil d’érotisme surréaliste face à des yeux électroniques. Pour le spectateur des années 70, ce sont des dérives alors que pour les êtres humains du XXIème siècle, nous ne sommes pas si éloignés que cela d’une telle réalité où la technologie piste les individus. COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT s’avère plutôt passionnant à décortiquer tout en restant une œuvre bougrement sympathique. Mais, lors de sa sortie aux Etats-Unis, Universal n’y croit pas vraiment et, à vrai dire, le studio ne sait pas comment commercialiser le film. Il ne va donc pas rencontrer son public. Il en sera de même en France où le film sera distribué sous le titre LE CERVEAU D’ACIER


                               

Même si, aujourd’hui, le film est peu connu, il aura tout de même une influence. Ainsi, James Cameron y trouvera quelques bonnes idées, entre autres sources, pour assembler ses TERMINATOR. Il est aussi difficile de ne pas citer le WARGAMES de John Badham même si le film s’écarte, tout en restant très proche, du film de Joseph Sargent.
Malheureusement, si le film n’a pas eu de succès, cela va poser quelques soucis à Eric Braeden. Pourtant, l’acteur est heureux lorsqu’on lui propose le premier rôle. Mais sa joie est de courte durée puisqu’on lui demande de changer de nom pour participer à l’entreprise. D’origine allemande, Hans Gudegast tourne pourtant déjà depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Ne voulant pas laisser passer sa chance, il accepte donc de devenir Eric Braeden (du nom de son village natal). Hélas, suite à COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT, Universal est sensé lui proposer deux autres projets de films qui tardent à venir. Tellement que l’acteur est obligé de retourner jouer les seconds rôles à la télévision pour subvenir aux besoins de sa famille. Il jouera toutefois le rôle du méchant scientifique des EVADES DE LA PLANETE DES SINGES mais sa carrière se fera alors principalement à la télévision. Amer, le comédien trouvera une sorte de thérapie en jouant dans une équipe de football (européen) qui remportera un championnat aux Etats-Unis durant les années 70. Une thérapie sportive contre le système hollywoodien dans lequel il évolue encore aujourd'hui ! De son côté, Joseph Sargent tournera du film de guerre ou encore un excellent polar avec LES PIRATES DU METRO. S’il flirtera à plusieurs reprises avec le fantastique par la suite, on peut difficilement voir EN PLEIN CAUCHEMAR ou LES DENTS DE LA MER 4 comme des œuvres aussi réussies que son COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT. 

dimanche 27 juillet 2014

John Guillermin

John Guillermin est un réalisateur, producteur et scénariste britannique, né le 11 novembre 1925 à Londres (Royaume-Uni).
"Le crépuscule des Aigles" est le genre de film qui vous réconcilie avec le cinéma. Alors c'est vrai que ce film avait tout pour me plaire, à moi le passionné d'histoire. En effet, le sujet du film évoque la carrière d'un pilote de chasse allemand pendant la première guerre mondiale. Alors c'est vrai, qu'on a toujours le coeur qui se pince un peu, quand on voit un avion allié abattu, mais on finit par s'attacher dès les premières images à la destinée de ce pilote allemand, qui s'est sorti de la boue des tranchés pour aller à la rencontre de son destin, dans un avion expérimental. Le réalisateur John Guillermin a eu une importante carrière, dont on peut retrrouver le détail sur Wikipédia US et que je résume ici en quelques phrases.
Guillermin est né à Londres de parents français. Après s'être engagé dans la Royal Air Force à l'âge de 22 ans, la carrière de réalisateur de Guillermin a commencé en France avec le cinéma documentaire. Il a déménagé à Hollywood en 1950 pour étudier les méthodes de production de films. Les mémoires d'acteurs, d'éditeurs et de producteurs indiquent que Guillermin était un homme difficile avec qui travailler. Il est décrit dans le livre de Norma Barzman qu' il devait rencontrer pour discuter du projet Blue Max comme ayant un «air froid, les lèvres raides". Elmo Williams, producteur de The Blue Max, décrit Guillermin comme un «directeur exigeant, indifférent aux personnes qui se blessent tant qu'il a une action réaliste ... Il était dur au travail, et l'homme trop critique et perfectionniste se faisait détester de ses équipes. Cependant, Guillermin était un maître à la configuration de la caméra." Le producteur David L. Wolper écrit que Guillermin était «le réalisateur le plus difficile avec qui je n'ai jamais travaillé". Guillermin dirigeait Le pont de Remagen Wolper en 1968. Lorsque certains membres de l'équipage tchèque étaient en retard pour le premier jour de tournage, Guillermin leur hurlait dessus.  Quand à Ralph E. Winters, il  raconte que Guillermin a explosé la chaise devant, lors d'une projection de King-Kong tellement il était frustré et mécontent de son propre travail. L'homme est donc un caractériel.



   


Le travail de Guillermin sur "le crépuscule des Aigles" est admirable en tout point. Guillermin nous donne ici une superbe recomposition de l'univers, de la première guerre mondiale, qui nous emmène des tranchées au Berlin de l'époque. Rien ne nous est caché, ni les combats sanglant sur le front, ni le repos du guerrier, où on peut admirer la superbe plastique d'Ursula Andress. Quelle morceau de femme ! Le film évoque donc une époque révolue, où la guerre était vecteur d'ascension sociale, avec tout ce qu'il y a de pervers dans ce type de rapport humain et les jalousies que cela peut créer. Ce qui fait donc la force du film, c'est bien l'humanité des personnages et on voit bien qu'il y a eu un bataillon d'auteurs et de scénaristes qui ont travaillé sur le roman original de Jack D. Hunter. Film parfait autant dans sa forme que sur le fond, "le crépuscule des Aigles" ne peut pas laisser indifférent. Oui "le crépuscule des aigles" est bien pour le mérite, du réalisateur John Guillermin, mais aussi pour toute l'équipe des acteurs, aux costumiers, et surtout pour le compositeur Jerry Goldsmith qui nous donne ici peut être une de ses plus belles compositions.


                                


Dans les années 60, la mode est aux grandes reconstitutions de batailles de la Seconde Guerre mondiale après les succès du Jour le plus long et de La bataille des Ardennes. On exhume ainsi le moindre événement marquant pour en faire une vaste fresque épique avec une tonne de stars et des moyens dantesques. En s’attaquant à l’épisode du pont de Remagen, le producteur David L. Wolper dispose d’un budget bien plus serré, ne pouvant engager que des figures de second plan (le trio Segal / Gazzara / Vaughn) et devant tourner à l’économie. Profitant de la libéralisation de la Tchécoslovaquie, l’équipe se déplace pour la première fois de l’histoire du cinéma de l’autre côté du Rideau de fer, ce qui réduit fortement les coûts de production. Malheureusement, l’offensive soviétique de 1968 bloque le film et oblige tout le personnel à se déplacer en RFA où sont effectuées les dernières prises de vue. Malgré ces impairs, le film de John Guillermin parvient à donner le change et donne sans cesse l’impression d’être une superproduction.
Même si l’aventure de cette première division relève de la fiction, la toile de fond historique est respectée et donne l’occasion aux auteurs d’éviter un certain nombre de caricatures. Ainsi, les Allemands sont décrits comme des êtres humains qui ne cessent de douter de leur engagement en ce mois de mars 1945. Les Américains, quant à eux, n’ont rien de héros intrépides, à part quelques gradés qui font la course à la médaille au détriment de la vie de leurs troupes. Bref, Guillermin préfère montrer des hommes pris au piège d’une absurde machine de guerre où les populations souffrent de la folie ambiante. 


 


Si George Segal en fait un peu trop dans le rôle du lieutenant dégoûté par la guerre, on est davantage conquis par l’interprétation très juste de Robert Vaughn en major nazi remettant en cause les ordres du Führer par "excès" d’humanité. Au final, bénéficiant de quelques séquences très spectaculaires telles que le bombardement du pont ou encore la prise de la ville, Le pont de Remagen vaut surtout pour son message pacifiste et son caractère progressiste. Au lieu de chanter la gloire des combattants, John Guillermin a préféré insister sur l’inutilité de tous ces sacrifices, ainsi que sur la folie de toute guerre. En cela, il touche juste et réalise ainsi une œuvre de grande classe, malheureusement encore considérée comme mineure. A redécouvrir.  
Source : http://www.avoir-alire.com/le-pont-de-remagen-la-critique

samedi 26 juillet 2014

Rockyrama

Here is Rockyrama premier du nom, donc.
Chère lectrice, cher lecteur, le numéro que tu tiens entre tes deux mains que tu as préalablement lavées pour prendre soin de ton mook se lit comme on mate un bon blockbuster, tu sais, celui que tu as au fond du placard sur une vieille K7 VHS usée et fatiguée : entre potes, confortablement installé, avec une bonne quantité de junk food à portée de mains, et toutes ces putains de punchline que tu connais par coeur. Avec ce premier opus nous avons voulu te ramener dans les eighties, celles qu’on aime toutes et tous. Que tu aies connu cette époque ou pas, tu vas avoir l’occasion de « sentir » l’ambiance perdue d’un vidéo club, apprendre comment Don Simpson a révolutionné le cinéma moderne, découvrir l’épopée Tetris, fantasmer sur les théories extra terrestres visant Michael Jackson, comprendre pourquoi Breakfast Club se vit mais ne se raconte pas, porter avec nous Predator au panthéon des plus grands films de l’histoire, analyser Cobra, rencontrer Bob Gale ou John Carpenter, et encore plein d’autres trucs qui te rendaient si impatient ces derniers mois, sans que tu saches vraiment pourquoi.
Évidemment nous sommes tous d’une mauvaise foi évidente, et l’exagération outrancière est ici élevée au rang de religion, sans quoi l’aventure serait beaucoup moins drôle.
Ce numéro se veut la De Lorean du lecteur, le véhicule qui va le ramener dans le passé en le gardant fermement tourné vers l’avenir, une sorte de « marche arrière en avant », parce que là où on va y a pas vraiment besoin de route et du reste.
Un vrai retour vers le futur en somme.



                              

Enfin je tiens à remercier ici, les auteurs et graphistes, qu’ils soient professionnels ou juste passionnés, pour le temps, l’énergie et la rage qu’ils ont mit à mon service, et surtout au vôtre, bande de veinards.
Gloire à vous nobles guerriers, car Rockyrama, son ring, c’est la rue !
Rocky bisous !
Johan Chiaramonte, fondateur, rédacteur en chef et patron de la sauce tomate.

Bonjour tout le monde,
Je m'appelle Johan et suis rédacteur en chef de Rockyrama.
Tout d'abord Rockyrama est né de ma volonté. Je suis né en 1975 et j'ai grandit avec les eighties. J'ai vu L'empire contre attaque ou Tango & Cash au ciné, ça m'a marqué à jamais. Fan de livres et de magazines en tout genre j'ai toujours rêvé d'en "monter" un moi même.
Ainsi est né Rockyrama.
Après plus d'un an de travail, des erreurs, des problèmes et je ne sais encore quoi nous ont amenés à repousser sa sortie. Mais le livre est en impression.
Oui c'est un livre. Aux USA on appellerai ça un mook (contraction de Book et magazine).
C'est donc le numéro 1.
Non rien à voir avec une quelconque Gloubiboulga night.
Oui quelques plumes sont connues : Rafik Djoumi, Stephane Moissakis, Fred Hanak, Jerome Riera, et d'autres moins connues mais tout autant passionnées, si ce n'est plus.



                               

Il y a des interviews (toutes inédites) de John Carpenter, Bob Gale, Joel Silver, Tyler Stout...
Des articles sur Cobra (oui celui de Stallone), La porte du paradis, Al Leong, La Cannon, Run DMC, John Hugues, Tom Cruise, le metal, Predator, le catch, Don Simpson, et j'en passe...
En tout le livre fait 350 pages.
Il y aura une édtion simple avec un poster exclusif d'Indiana Jones et le temple maudit (http://cargocollecti...piratesvultures), et une collector avec un 45 tours fait pour le livre.
L'édition simple est à 29 euros et la collector tirée à 500 ex à 39.
J'en vois qui commence à dire que c'est trop cher. OUI 29 ou 39 euros c'est un prix conséquent. Mais j'ai souhaité un livre de qualité, imprimé et fabriqué en france (la qualité toujours), sur du beau papier, un poster sur du papier épais, un 45 tours mixé à Londres par Nilesh Patel (qui s'est occupé de Daft Punk ou Depeche mode entre autre), donc OUI ça peut paraitre cher mais je vous assure que "le prix en vaut la chandelle".
Enfin je crois.
Que vous dire de plus ?
Le livre sortira début mars ça c'est sûr !
Et enfin pour avoir un aperçu de tout ça c'est ici : http://rockyrama.tumblr.com/
Bien à vous, je suis là pour répondre à d'autres questions si vous le souhaitez.
Johan       

       
La pop culture est t-elle un sport de combat ? Sur le ring aujourd’hui, 2 compétiteurs de la pop culture justement ayant grandi aussi  bien avec Steven Spielberg que les Pin’s, James Cameron que les disquettes d’ordinateur, Terminator 2 que le téléphone à fil.
L’un est journaliste  au Mouv’ dans l’émission « Popcorn » et pour le site musical Dum Dum, véritable serial twitter, Nico Prat fait partie de la génération des enfants des années 80 ayant grandi dans les années 90, nourri au jeux vidéos, au Club Dorothée et à la Britpop d’Oasis qu’il a même tatoué sur le bras.
L’autre, Johan Chiaramonte, est réalisateur, clippeur et rédacteur en chef du magazine qui nous intéresse aujourd’hui celui de Rockyrama. Car au delà d’être un ovni bimestriel ou un site d’informations, Rockyrama est bel et bien une communauté de journalistes et de fanboys s’adressant à cette génération dopée à la VHS au Pop-corn, et à Internet. Cette génération qui aime autant la pop culture d’hier que celle d’aujourd’hui. Et qui s’interroge bien évidemment sur celle de demain.
Retour vers le futur en compagnie de Nico Prat & Johan Chiaramonte, aujourd’hui c’est Rockyrama qui vous fait son cinéma.

                                         

A tous ceux qui ont toujours rêvé de conduire la voiture de Retour vers le futur, ce premier numéro de Rockyrama "se veut la DeLorean du lecteur, le véhicule qui va le ramener dans le passé en le gardant fermement tourné vers l'avenir". Dans la lignée de la revue Schnock, ce "mook" joue la carte de la madeleine un peu honteuse, en décomplexant les nostalgiques du cinéma grand public des années 1980. Des productions viriles de la maison Cannon aux "teen movies" de John Hughes, Rockyrama assume son mauvais goût avec des illustrations kitsch d'époque et propose une série d'hommages, d'interviews (le cinéaste John Carpenter, le producteur Joel Silver...) et d'analyses (notamment un article de fond sur Predator, avec Arnold Schwarzenegger). Un bonheur n'allant jamais seul, cette remarquable édition offre en bonus une affiche inédite d'Indiana Jones et le temple maudit. De quoi avoir envie d'enfiler le chapeau, de saisir le fouet et de retrouver son âme d'enfant.


                               

vendredi 25 juillet 2014

L'homme invisible

1958 : L'Homme invisible (H.G. Wells' Invisible Man, ou Invisible Man). Créateur : Ralph Smart.
Série télévisée britannique de 26 épisodes de 30 minutes, en noir et blanc. Avec Tim Turner dans le rôle du Docteur Peter Brady, et Lisa Daniely dans celui de Diane, sa soeur, Deborah Watting (sa nièce Sally) et Ernest Clark (le colonel Ward). 





   

Peter Brady, un scientifique anglais, travaille sur la réfraction optique. Soumettant un hamster à des radiations, il vient de réussir à le rendre invisible, quand se produit une fuite radioactive dans son laboratoire ; irradié, il disparaît à son tour. Par la suite, des événements vont l'amener à collaborer avec les services secrets britanniques, tout en poursuivant ses recherches pour recouvrer son apparence naturelle. Notre héros, volontiers plaisantin, a la tête sur les épaules (pas du genre à s'affoler). Il n'a rien d'un mégalo ; c'est un bon citoyen britannique au service de sa Majesté.


Les effets spéciaux ne sont pas sensationnels ; au contraire, mieux vaut éviter de trop détailler les objets qui se déplacent en l'air, suspendus par des fils de nylon (pas forcément invisibles).
Un joyau de la télévision britannique que cette série ! Des effets spéciaux dignes des meilleurs films du genre, et une qualité de scénario parfaite. A noter le jeu parfait du comédien Tim Turner qui, caché sous ses bandelettes, n'aura jamais son vrai visage révélé à l'écran.


   


Que sont-ils devenus ?
Tim Turner - Comédien britannique, il est né le 7 septembre 1924 dans le Kent en Angleterre. Affublé d'un accent transatlantique, sa voix sera doublée même en anglais pour "L'homme invisible". Il apparaîtra malgré tout dans un épisode dans un rôle de méchant, et cette fois visible. Ses premiers rôles seront au début des années 50 dans des productions anglaises, et il terminera sa carrière en 1963. Depuis, il a déserté définitivement les studios de télévision.
Lisa Daniely - Née le 4 juin 1930 dans l'Essex en Angleterre, cette actrice a chanté Lili Marlène dans le film du même nom en 1950, et ce sera son premier rôle. Puis, elle se partagera entre petits cachets dans certains films et aussi des apparitions dans des séries comme "Le Baron", "Le Saint", "Van Der Walk", "Poigne de fer et séduction", "Destination Danger", "Ici Interpol", "Docteur Who" et "Sherlock Holmes". En 1996 elle sera même la Reine Elizabeth II dans un téléfilm pour la BBC.



 La série-culte par définition avec cet homme invisible dérangeant tant de monde, les meilleurs épisodes restant celui contenant ce couple diabolique "Kidnapping" et l'osé "Pari contre la Mort" avec ses séquences de trains désormais à ranger parmi les essentiels.
L'homme invisible est un personnage célèbre de la culture américaine. Créé à l'origine par H.G. Wells, il trouve sa toute première incarnation dans le roman de ce même auteur en 1897, qui raconte comment un savant devient invisible et, rendu fou par sa condition, commet des meurtres.


   

Le roman, populaire, engendre fatalement une déclinaison cinéma et l'homme invisible arrive en 1933 sur grand écran, dans un long métrage qui fera date et dont les effets spéciaux ont marqué pour l'époque, avec ce fameux personnage qui enlève les bandelettes de son visage pour laisser voir un néant dû à son invisibilité ! Inévitablement, de nombreuses suites ou variantes cinématographiques verront le jour.
Mais l'homme invisible sera aussi le héros de séries télévisées. Là, il n'est plus un savant fou, mais un détective qui met son pouvoir au service du gouvernement, s'éloignant du concept du roman. La première série en noir et blanc de 1959, sera diffusée sur l'ORTF et toute une génération s'en souviendra aussi lorsqu'elle passera sur FR3

mercredi 23 juillet 2014

Walter Mitty

Avant d’être le dernier Ben Stiller à la mode, The Secret Life of Walter Mitty était originellement une nouvelle de James Thurber, parue en 1941 dans le quotidien The New Yorker. Six après sa publication, cette nouvelle à l’histoire follement originale inspirait une première adaptation sous l’égide de Samuel Goldwyn et signée Norman Z. McLeod, spécialiste de la comédie, derrière notamment pas mal des classiques des Marx Brothers. C’était le polyvalent (ou plutôt poly-talents) Danny Kaye qui endossait le costume de Walter Mitty, brave homme loufoque dont les « rêves éveillés » les déconnectaient régulièrement de la réalité pour lui faire vivre toutes sortes d’aventures imaginaires. La plantureuse Virginia Mayo, le flippant Boris Karloff ou encore la belle Ann Rutherford complétaient la distribution de cette production « comique » inscrite au panthéon des grands chefs d’œuvre du cinéma américain, figurant par exemple dans le top 500 des plus grands films de tous les temps du très sérieux Empire Magazine’s. La sortie de la version 2013 réalisée par Ben Stiller était une bonne occasion de se replonger dans cette version « d’antan »…
La Vie secrète de Walter Mitty est un excellent movie de 1947 emmené avec brio par Danny Kaye. A la fois surréaliste, potache, burlesque et absurde (La similitude avec des aspects de l'oeuvre d’Ionesco à la même époque est flagrante) cette comédie et la galerie de personnages qui l'animent sont d'une actualité saisissante. L'ensemble a très bien vieilli. Il n'y a à mon sens qu'une longueur dans le film : le monologue délirant du professeur de musique (lorsque Mitty se rêve en soldat de l'Armée de l'Air) qui, il faut bien l'avouer, est bien lourdingue. Sinon c'est frais, c'est vivant, c'est joyeux et drôle, ça sent bon les studios hollywoodiens des années 40 aux trottoirs immaculés…Adrien R


   

A part les deux moments où le héros pousse la chansonnette qui apparaissent un peu longuet, "La Vie secrète de Walter Mitty" est un très bon exemple de ce que Hollywood a fait de plus rythmé, de plus drôle et de plus intelligent dans le domaine de la comédie. Il faut bien dire de toute façon que la mise en scène est signé par un vieux routard du genre qui avait déjà dirigé entre autres les Marx Brothers, que le ton très Technicolor de l'engin est agréable pour les mirettes, que l'ensemble donne souvent lieu à des situations délirantes, que les personnages principaux et secondaires sont croustillants, que Virginia Mayo est à croquer dans le rôle de la femme rêvée, et que le Maître de cérémonie acteur principal est en très grande forme. Plus que dans les rêves éveillés qui sont des parodies agréables de tous les genres qu'Hollywood affectionnait, c'est surtout dans le réel en jeune homme timoré et frustré à qui on s'identifie sans mal que Danny Kaye brille et se montre hilarant. Un pur plaisir. Plume231
Si chef d’œuvre la version de 1947 était, alors la question de l’utilité d’un remake se poserait, comme dans la plupart des cas similaires. Sa redécouverte à la lumière du film de Ben Stiller infirme la tendance de pensée selon laquelle les grands classiques devraient être laissés tranquilles dans leur aura lointaine. Non pas que La Vie Secrète de Walter Mitty version 1947 soit mauvaise, loin de là, mais force est de constater qu’il y avait là la place à une nouvelle relecture de cette étonnante et fabuleuse histoire en exploitant toutes les voies laissées de côté par cette version qui se jouait essentiellement sur le terrain de la comédie débridée à l’ancienne.

Mignonne fable doux-dingue et enjouée mêlant ambiance fantastique, esprit surréaliste, comique burlesque, intrigue policière et romance gentiment naïve, La Vie Secrète de Walter Mitty était une plaisante distraction menée tambour battant par un Norman McLeod qui mettait à profit tout son savoir-faire en matière de comique visuel et de vaudeville. L’idée originale de la nouvelle éponyme nourrissait un film un brin farfelu et décalé, porté par un Danny Kaye dans l’un de ses meilleurs rôles avec cet amusant personnage de gaffeur imprévisible déclenchant sans cesse un humour clownesque renvoyant à de nombreuses reprises aux grandes stars du muet tels que Max Linder ou Buster Keaton. Entre ses songes éveillés et la palpitante aventure bien réelle qui va le conduire à devoir se confronter à de dangereux méchants hollandais pour une histoire de carnet noir contenant des informations très précieuses, La Vie Secrète de Walter Mitty proposait une aventure trépidante et pleine de vie, façonnée à la drôlerie permanente renforcée notamment par une délicieuse galerie de personnages secondaires. Gaieté, rythme, situations délirantes, bonne humeur et esprit farceur offraient au film une image agréable et endiablée.


                                


Sauf qu’au-delà du plaisir immédiat de son divertissement rocambolesque, La Vie Secrète de Walter Mitty version 1947 ne menait à pas grand-chose de plus qu’un joyeux et entraînant récit, faute de savoir -ou de vouloir- vraiment transcender son histoire traitée avec gouaille populaire, pour lui conférer une dimension plus élevée que la douce plaisanterie réjouissante. Là où le sujet se prêtait bien à un traitement fin et intelligent avec la possibilité d’un beau récit initiatique, La Vie Secrète de Walter Mitty ne joue pas vraiment la subtilité de ton et recherche essentiellement le comique dans un film typique des grandes comédies de l’époque. Autant de portes fermées qu’il était dès lors possible d’ouvrir. Si l’on ajoute à cela le fait que le film est trop engoncé dans son intrigue policière, qu’il a quand même vieilli (ne soyons pas dogmatiques au point de se cacher une vérité malheureusement bien réelle… Oui, certains anciens films peuvent vieillir, ce sont des choses qui arrivent) et que certains passages s’étirent en longueur, notamment les délirantes mais interminables séquences « musicales » (et ce malgré son illustre moment de bravoure où Kaye parodie avec génie un professeur de musique)… Walter Mitty méritait bien une relecture rafraichie à condition de l’aborder avec respect et malice en lui allant chercher avec intelligence du côté des sentiers encore vierges que son histoire recèle…
Source : http://mondocine.net/la-vie-secrete-de-walter-mitty-de-norman-z-mcleod-import-dvd-critique-aventurecomedie/