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mercredi 18 juin 2014

Woody Allen

Né à New York le 1er décembre 1935, Allen Stewart Konigsberg, dit Woody Allen, va conquérir sa notoriété en vendant ses gags à la chaîne NBC. Il se fait très vite remarquer par ses  « one-liners » (plaisanteries en une ligne de texte) et sa production lui permet de s’inscrire à l’université qu’il quittera très vite. A 18 ans, il épouse la scénariste Harlene Rosen et entre en analyse.  Il travaille à la réécriture de scénarios,  « détourne » des films inscrivant son début de carrière sur le mode parodique. Il expérimente la scène en tant que comédien (neveu de James Bond dans « Casino Royale »), écrit une première pièce qui triomphera à Broadway (Don’t Drink the Water). Dès ses premiers films, Woody Allen puise son inspiration au sein même de sa vie personnelle. Ses épouses successives, actrices célèbres, telles Diane Keaton ou Mia Farrow se  retrouvent tour à tour sous l’œil de sa caméra nerveuse et inquisitrice.  Annie Hall est le film du changement de cap. Il sort le 7 septembre 1977, après avoir été projeté au Festival de Deauville, et les Français découvrent le « pessimiste foncier » qui se cache derrière le rigolo alignant depuis le début des années 70 des comédies loufoques et débridées.
« Comique, vraiment ? demande Jean-Luc Douin dans Télérama. Il se pourrait bien que ce Pierrot piteux, aux cheveux roux comme l'automne et aux yeux de myope affolés comme ceux d'un bouffon plongé en plein songe de nuit d'hiver, soit bien plus qu'un pitre euphorisant. Car ses aphorismes cachent des hantises existentielles ; ses plaisanteries, des angoisses mortelles ; ses pirouettes verbales annoncent des lendemains qui déchantent. […] Le ton est donné : celui de la gravité et de la mélancolie et des amours perdues. »
Pendant longtemps, le film s'est appelé « Anhedonia », un terme qui désigne l'incapacité à profiter des plaisirs de la vie (le cinéaste a aussi pensé à « Anxiété »), mais, à quelques mois de la sortie, les producteurs demandent de changer de titre, pas très sûrs de pouvoir monter une campagne de publicité attrayante autour de ce concept.




   

Après Woody et les robots et Guerre et Amour, Woody Allen a décidé de changer radicalement de registre et d'écrire tout simplement un film sur lui, « ma vie, mes songes, mes idées, mes origines… » Il veut être considéré comme un auteur et rendre hommage aux cinéastes qui l'ont marqué, Fellini notamment, dont la veine autobiographique est une inspiration majeure pendant l'écriture du scénario. Comme le réalisateur de Huit et demi, Allen enchaîne les scènes de rêve mais il les coupe quasiment toutes (certaines réapparaîtront dans Stardust Memories), de la même manière qu'il sabrera de très longs monologues.
Pendant longtemps, Annie Hall cherche sa forme. La projection privée, en janvier 1977, d'une version de 2h30 reçoit un accueil assez glacial et les rumeurs commencent à courir dans New York que le comique est en perdition. 


                                


Une chroniqueuse du New York Daily News croit savoir que le film est « ennuyeux » : « Woody et son impuissance, écrit-elle sans avoir rien vu. Woody et sa dépression. Woody et ses doutes. Toujours la même histoire. » Le cinéaste finit quand même par voir la lumière en salle de montage, en resserrant le film autour de la relation entre le personnage de Woody Allen et celui de Diane Keaton. Peu à peu, Annie Hall quitte le ton de l'introspection grinçante pour devenir la chronique d'un amour. Pour sa sortie, le film est accompagné d'un slogan, « Une romance à cran », qui lui va bien, et l'hebdomadaire Variety se félicite que, « dans une décennie dominée par les histoires d'amitiés viriles, les fantasmes de viol et les débauches d'effets spéciaux, Woody Allen ranime, à lui tout seul, la flamme de la comédie romantique. » Le Village Voice décrit le film comme « Un Roméo et Juliette au pays des analystes ». Et Woody Allen devient un phénomène.


                             


Spectacle, cinéma, comédie musicale et jazz sont  des thèmes-phares de son œuvre (Stardust Memories, 1980 – Radio Days, 1987 – Broadway Danny Rose, 1984 – La Rose pourpre du Caire, 1985). Depuis 1969, Woody Allen offre une nouvelle création, presque chaque année: parfois bâclée (selon le critique Joël Magny – Encyclopédie Universalis) comme la comédie classique « Maudite Aphrodite, 1995 » parfois incontournable avec la comédie « Harry dans tous ses états », 1997 qui « rassemble tous les grands thèmes « alleniens » : les relations aux femmes, la famille, la culture juive…En tant qu'acteur, il apparait dans nombre de ses films : dans l'un des derniers "Scoop", il  interprète un magicien et en 2013, il devient un gigolo dans une comédie de John Turturro "Fading gigolo". 
De Woody Allen, on connaît surtout l’énergie comique du désespoir, et ce petit ton guilleret qui masque les épines. Lorsqu’il se montre frontalement noir et pessimiste avec un Interiors qui ne cache ni ses relents bergmaniens, ni ses volontés d’analyse freudienne, c’est le choc. Après Annie Hall en 1977, le rire laisse place à plus obscur, tout le monde y tire la gueule, se confronte à ses traumas, se noie dans son mal-être avec complaisance. Au centre, la figure maternelle. Une mère en dépression (Geraldine Page), obsédée par la décoration de son intérieur, impression de contrôle, manie compulsive pour se cacher la vérité : ses filles vont mal, son mari ne l’aime plus. Le trio sororal (Kristin Griffith, Mary Beth Hurt, et Diane Keaton) mis en place par Allen, qui tranche avec la douceur de celui d’Hannah et ses sœurs, est gangréné par ses peurs, jalousies et rivalités, des sentiments-poisons hérités des folies de la mère, et nourris par l’indifférence et la lâcheté des hommes qui les entourent (père, mari et beaux-frères).


 

Le cinéaste, lui, dans sa peinture plombée d’une famille qui vole en éclats, ne fait pas dans la dentelle. Et c’est tant mieux. Plans structurés jusqu’au malaise, romantisme vénéneux maximal (il faut voir cette séquence tragique sur la plage !), gros plan sur des visages immobiles, étude architecturale, quasi mathématique, du cadre : Interiors est plein d’une rigueur nouvelle, cruelle, sombre. De tous, c’est peut-être le film le plus radical de son auteur, le plus inhabituel aussi, tant il ne laisse pénétrer aucun rayon de soleil. Rien ne vient alors en craqueler la construction chirurgicale, ni musique, ni souffle d’optimisme. Opaque, triste, et épuré. Jusqu’au-boutiste, aussi. Et, surtout, hautement recommandable.


                             



Depuis 2005, Woody Allen réalise, entre autre pour des raisons économiques, ses tournages en Europe découvrant de nouveaux acteurs comme Javier Bardem, Antonio Banderas, Penélope Cruz ou Marion Cotillard. Cet adorateur de Bergman, Truffaut, ou de De Sica tourne enfin, à son grand plaisir, avec des chefs opérateurs, des équipes entières de techniciens et de comédiens européens...exauçant son rêve "de devenir un réalisateur étranger" (Positif n°596).
Après le succès public et la pluie d'Oscars récoltés par Annie Hall (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure actrice), Woody Allen s'est senti libre de tourner son film de chambre bergmanien, Intérieurs, que le public va sérieusement bouder et que les critiques new-yorkais traitent avec mépris. Dans le New Yorker, Pauline Kael réduit le film à un « mode d'emploi pour cinéaste maniéré », alors que le grinçant Stanley Kauffman n'y voit que « la visite de la chambre de Bergman au musée Grévin ».
Woody Allen enrage, il pourrait aussi se morfondre, mais il enchaîne les tournages sans temps mort et, quand Intérieurs sort, il est déjà occupé à la réalisation de Manhattan, que beaucoup vont considérer comme son chef-d'œuvre. Pendant le tournage d'Intérieurs, le cinéaste a promis à tous les pontes de United Artists, le studio qui héberge ses films, qu'il allait réaliser une comédie.



   

Mais il n'a pas l'intention de retrouver son personnage de bouffon absurde des années 70, Manhattan est un film drôle et sombre, en cinémascope, magnifiquement éclairé par Gordon Willis, le chef opérateur du Parrain, surnommé « le prince des ténèbres » pour son art du clair-obscur. Dans le Village Voice, Andrew Sarris écrit que cette ode romantique à New York est « le seul grand film des années 70 ».En France, le film sort avant Noël, et souffle les derniers feux de la décennie. Télérama lui consacre une critique de deux pages, annonçant un nouveau « chef-d'œuvre du gringalet, du binoclard, du schlémazel, plus drôle qu'Annie Hall, mais aussi tragique qu'Intérieurs. » 


                 


Les premières lignes de l'article de Joshka Schidlow sont évidemment consacrées à la sublime séquence d'ouverture, montée sur une musique de Gershwin que Woody Allen écoutait en boucle, matin et soir, et qui a fait jaillir son désir de filmer les rues, les gratte-ciel, les néons, la rivière, la foule de New York. Certains vues sont prises de son appartement : « On commence, comme à la vision d'un film du vieil Hollywood, par être submergé par la nostalgie, écrit Télérama, La Rhapsody in Blue orchestre un défilé d'images en noir et blanc de cette babylone des temps moderne qu'est New York, ou plutôt son cœur : Manhattan. »

1 commentaire:

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