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samedi 28 juin 2014

Vietnam

On ne peut pas accuser Oliver Stone d'opportunisme. Ce sujet sur le Vietnam, il y pensait depuis vingt ans, depuis qu'il s'était engagé volontaire pour le bourbier asiatique. Son film d'école dans la classe de Martin Scorsese (L'Année dernière au Vietnam) évoquait déjà son trauma de troufion englué. Et son premier scénario, rédigé en 1976, est une version brute de ce qui deviendra Platoon. Mais le script est refusé partout. Il lui sert toutefois de sésame : il est engagé pour écrire Midnight Express et devenir un des scénaristes en vue d'Hollywood (Scarface, Conan, L'Année du dragon). Il accepte même de tourner son premier film Salvador sans être payé, à condition d'avoir le financement - 6 millions de dollars - pour Platoon. Sorti en décembre 1986 (en mars 1987 en France), son film bouscule l'Amérique en pleine ère Reagan et rafle tout : quatre Oscars, trois Golden Globes, 140 millions de dollars de recettesDu coup, il éclipse Stanley Kubrick et son Full Metal Jacket qui débarque en juin 1987 (en octobre en France). Le génial réalisateur songe aussi au Vietnam depuis longtemps : "À l'été 1979, alors que j'étais à Londres, il m'avait bombardé de questions sur Apocalypse Now, que nous venions de voir à Londres", se souvient Michel Ciment, grand spécialiste de l'oeuvre de Kubrick. Ce dernier se met véritablement au travail en 1983, décidé à adapter l'ouvrage de Gustav Hasford, Le merdier. Il travaille avec son ami Michael Herr, auteur d'un ouvrage célèbre sur le Vietnam, Putain de mort.



           


Platoon est un film semi autobiographique où Oliver Stone, réalisateur et scénariste, raconte son expérience de simple fantassin envoyé dans les années soixante, comme des milliers de jeunes Américains, combattre au Sud-Viêt-nam la guérilla communiste. Là, Chris Taylor, le personnage central du film, va perdre ses illusions sur la légitimité du combat américain et de la manière de mener cette guerreOliver Stone montre une "sale guerre" où les soldats ne savent plus pourquoi ils combattent, et où ils commettent des actes contraires aux valeurs mêmes qu'ils prétendaient défendre. Platoon est un film à vocation réaliste qui permet au spectateur de mesurer l'écart entre l'image véhiculée par les médias et reçue par le public (ainsi que les futurs appelés) et la vie quotidienne des soldats engagés sur le terrain. 


                 


Le dossier est composé de deux parties principales.
La première rappelle le contexte historique nécessaire à la compréhension du film. Elle évoque notamment le mouvement général de décolonisation, le conflit Est/Ouest, la guerre sur le terrain, les crimes de guerre, le rôle des médias...
Suit une analyse du projet réaliste dans Platoon : on montre ici ce qui distingue le film de Stone d'un film de guerre plus "traditionnel" privilégiant l'aventure ou l'héroïsme. On met également l'accent sur le parti pris subjectif du réalisateur qui nous décrit la guerre d'un point de vue particulier, "à ras de terre", celui d'un jeune fantassin plongé dans un combat qui le dépasse.


                                


Kubrick, comme d'habitude, prend son temps. Le tournage s'étale sur un an, de juin 1985 à août 1986. Le montage est à peu près aussi long. Oliver Stone, lui, tourne à l'arraché, en sept semaines, au printemps 1986. Même si les deux films semblent très proches, le sujet et le regard diffèrent. Stone montre au ras du sol des soldats qui crèvent de trouille dans l'enfer de la guerre. Kubrick dénonce le conditionnement des soldats transformés en machines à tuer. Si son film fait trois fois moins d'entrées aux États-Unis que Platoon, sa réputation en France lui permet de faire presque jeu égal (2,3 millions de spectateurs contre 3 millions pour Oliver Stone). Les œuvres importantes sur le Vietnam se caractérisent par leur démarche réaliste, inaugurée par Platoon réalisé par O. Stone en 1986. Le cinéaste est un vétéran de la guerre du Vietnam. Selon lui, « La vérité de cette guerre n'avait pas été montrée ». Il s'inspire donc de son vécu pour raconter l'histoire d'un bataillon de soldats au Vietnam. L'approche documentaire suscite une grande émotion parmi le public et bouleverse les vétérans. Invités dans des débats télévisés, ils évoquent avec émotion les divers aspects de leur expérience et les conditions de leur réinsertion sociale. Selon eux, une fiction présente enfin la vérité, contrairement aux films revanchards comme Rambo 2. Jane Fonda, qui milita contre l'intervention américaine au Vietnam, déclare aux journalistes avoir pleuré après la vision du film, alors qu'elle était entourée d'anciens vétérans, eux aussi en larmes. 


         

Mais elle avoue attendre encore le film qui puisse expliquer les raisons de l'engagement américain au Vietnam. Même Chuck Norris livre à la presse américaine quelques commentaires au sujet de Platoon. Selon lui, le film ne décrit pas vraiment la réalité de la guerre. Il ajoute que, dans ses lettres, son jeune frère Wieland, mort là-bas en 1970, ne parlait pas de camaraderie ou de fraternité entre les hommes. Pour Norris, « Pla­toon est une insulte à tous les décorés ». Platoon est la dernière oeuvre pour laquelle l'opinion exprime une réaction aussi vive, et marque l'apogée du cinéma-Vietnam.
De nombreux films réalistes sont produits dans le sillage de Platoon. Hamburger Hill (J. Irvin, 1987) détaille avec minutie le désespoir d'une section qui tente de s'emparer d'une colline. Dans Good Morning Vietnam (B. Levinson, 1987), un animateur radio (R. Williams) découvre au Vietnam les atrocités de la guerre. Un bataillon de parade chargé des funé­railles militaires aux Etats-Unis évoque le conflit de manière sobre et indirecte dans Les Jardins de Pierre (Gardens of Stone, F. F. Coppola, 1988). 


               


Outrages (Casualities of War, B. De Palma, 1989) décrit le cas de conscience d'un soldat témoin du viol et du meurtre d'une Vietnamienne, qui décide de dénoncer les coupables. Né un 4 juillet (Born on the Fourth of July, 1990), seconde fiction que Stone consacre au Vietnam, exprime de manière saisissante la souffrance d'un vétéran (T. Cruise) amputé de ses deux jambes. La critique remarque en général que des cinéastes célèbres donnent une représentation réaliste de la guerre et osent dire « la » vérité sur le conflit. Malgré ce réalisme, de nouveaux films revanchards sont réalisés. Un vétéran se venge de la maffia vietnamienne implantée aux Etats-Unis dans Steel Justice (R. Boris, 1987), Rambo quitte l'Asie et lutte contre les Soviétiques en Afghanistan dans Rambo III (P. Mc Donald, 1988), sans oublier Portés disparus 3 (Braddock : M.I.A. 3, A. Norris, 1988), certainement le plus grotesque de la série.
Par rapport à Platoon, seul Full Metal Jacket (S. Kubrick, 1987) suscite un véritable débat. Ce film présente d'abord l'entraînement des marines puis leur arrivée au Vietnam. Certains critiques le trouvent inconséquent. D'autres le considèrent comme le film de guerre le plus véridique de l'histoire du cinéma. Ils affirment que Kubrick est le seul réalisateur à refuser de construire la guerre comme un spectacle irréaliste, en dénonçant son horreur et sa stupidité.

1 commentaire:

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