.

.

vendredi 27 juin 2014

Randolph Scott

Gloire du western à l’égal des acteurs les plus célèbres du genre, Randolph Scott n’a plus aujourd’hui la renommée qu’il mérite. Voilà pourquoi Noir and blue remet sa légende en selle en le montrant dans quelques-uns de ses meilleurs rôles.  
Si un demi-siècle après leurs chevauchées fantastiques, les noms de fines gâchettes comme John Wayne ou Gary Cooper restent emblématiques du western, celui de Randolph Scott a moins bien traversé la sierra du temps. Pourtant ce solide gaillard de près d’un mètre quatre-vingt-dix ne fut pas qu’un géant par la taille, puisqu’à l’époque de sa gloire il remporta sur ses rivaux plus d’un duel au box office. Pourquoi une telle injustice ? Sans doute parce que Randolph Scott, comme tant d’autres, est victime de la malédiction des séries B, genre qui peine toujours à trouver ses lettres de noblesse dans l’histoire du cinéma, et dont il fut durant l’essentiel de sa carrière un éminent représentant.
Aux États-Unis, les amateurs de westerns auront été gâtés en cette fin d’année 1957 avec les sorties consécutives d’excellents films signés Anthony Mann (The Tin Star – Du sang dans le désert), Richard Bartlett (Joe Dakota) puis enfin, celui qui nous intéresse ici, l’encore trop méconnu Decision at Sundown, la troisième collaboration entre Budd Boetticher et son acteur de prédilection, Randolph Scott. 



   

Au sein de ce fabuleux cycle de sept westerns, il s’agit malheureusement de celui globalement le moins apprécié, toujours laissé à la traîne en compagnie du vilain petit canard du lot, le seul produit par la Warner, Westbound (Le Courrier de l’or), qui ne mérite d’ailleurs pas plus l’opprobre... Pourquoi une telle injuste désaffection pour ce Decision at Sundown par rapport aux autres oeuvres du cycle ? Par le fait d’être le seul western urbain du lot, les fans du cinéaste préférant voir les personnages de ses films évoluer au sein de Lone Pine ou autres paysages désertiques ? Car non seulement il diverge de ses petits camarades par le fait de faire se retrouver le spectateur cloitré en ville, mais également par celui de proposer la description d’un panel de personnages assez large alors que les autres westerns du corpus se concentrent sur à peine une dizaine à chaque fois.


                               


Mais quelles qu'en soient les raisons (qui me semblent sincèrement assez inexplicables), devant la perfection de ce western, il est difficile pour moi de ne pas être dithyrambique à son égard, le considérant dans le domaine du western ‘urbain’ peut-être encore plus beau que ces autres chefs-d’œuvre plus célébrés que sont les superbes Rio Bravo de Howard Hawks et Silver Lode (Quatre étranges cavaliers) d'Allan Dwan, et même, pour sa remarquable étude de caractères, pour sa complexité et son humanité, un cran au-dessus des précédents Scott/Boetticher, à savoir Sept hommes à abattre (Seven Men from Now) ainsi que L’Homme de l’Arizona (The Tall T).


                                

Heureusement, les aficionados du western, sont là pour entretenir la mémoire de Randolph, tout comme celle des petits maîtres avec qui il a tourné quelques perles, notamment André de Toth pour Le Cavalier de la mort, et surtout Budd Boetticher entre autres pour Comanche Station, La Chevauchée de la vengeance et Décision à Sundown. Deux experts dans l’art de transformer en pépite d’or un film à petit budget, deux cinéastes qui ont su aussi booster le charisme de Scott pour faire mentir ceux qui lui déniaient de la présence à l’écran. Il faut dire que l’intéressé avait tout du bellâtre, ce qui lui a d’abord valu de végéter dans ce genre d’emploi quand, après avoir renoncé à une carrière de footballeur pour cause de blessure, puis à des études d’ingénieur par manque de motivation, il a décidé à presque trente ans de devenir acteur…
En cette année 1958 sort le western de Budd Boetticher le plus iconoclaste : L'aventurier du Texas, un film à l’ironie mordante et qui confirme la richesse de la collaboration entre le cinéaste et le comédien Randolph Scott (cycle communément appelé Ranown pour englober ses deux producteurs, Randolph Scott et Harry Joe Brown), une ‘série’ loin de ne comporter que des films interchangeables mais au contraire, malgré leurs innombrables points communs, très différents les uns des autres. Ici, Tom Buchanan, un aventurier ayant participé à la révolution mexicaine décide maintenant de retourner dans son Texas natal pour y couler des jours paisibles avec l’argent gagné à se battre qui devra lui servir à s’acheter un ranch. A la frontière californienne, il a la très mauvaise idée de s'arrêter dans la petite ville d’Agry dont il découvre très rapidement en lisant les enseignes qu’elle est sous la coupe de la famille du même nom dont les membres sont tous plus infâmes les uns que les autres. 




   

Pour avoir pris la défense d'un Mexicain venant de commettre un meurtre sur la personne du fils du juge (un Agry évidemment), il se trouve malgré lui emporté dans un tourbillon de jeu de dupes entre les trois frères Agry (le juge, le tenancier d’hôtel et le shérif) qui espèrent chacun récupérer la rançon que le riche père du criminel doit apporter en échange de la vie de son fils. 
L’inénarrable Amos, interprété par Peter Whitney, passe son temps à courir d’un de ses frères à l’autre en fonction de leurs situations dans cette histoire, se rapprochant à chaque fois de celui sur le point de remporter le gros lot… On l’aura compris à la lecture de cette description, autant 7 hommes à abattre (Seven Men from Now), L’homme de l’Arizona (The Tall T) et Decision at Sundown, les trois westerns précédents du cycle, étaient graves et tendus, autant celui-ci s’avère détonant par son humour dévastateur et sa dérision constante. Un western au ton unique, qui ne ressemble et ne ressemblera à aucun autre. Dans la filmographie de Boetticher, il pourrait cependant s’approcher du diversement apprécié et pourtant fort séduisant La Cité sous la mer (City Beneath the Sea) avec Robert Ryan et Anthony Quinn, tout aussi divertissant.


                


J'ai déjà évoqué à quelques reprises une ‘certaine’ filiation entre les westerns de Boetticher et ceux de Sergio Leone. Alors que dans les autres films, elle se situerait plutôt au niveau plastique (plus encore à partir des deux prochains westerns de la série, ceux en Cinémascope, et sans que le style et le ton de ces deux réalisateurs puissent être comparables), elle est encore plus flagrante ici mais cette fois plus dans le fond que dans la forme. Charles Lang, déjà auteur précédemment du génial Decision at Sundown, a écrit un scénario qui, avant Yojimbo, aurait très bien pu inspirer le réalisateur italien pour l'intrigue de Pour une poignée de dollars. En effet le Buchanan de Randolph Scott, comme ‘l'homme sans nom’ de Leone, se retrouve coincé entre deux camps qu'il va petit à petit conduire à s'entretuer, sauf que si Clint Eastwood agit à dessein, Randolph Scott, ne comprenant rien à ce qui lui arrive, provoque les choses presque sans s’en rendre compte, d’où une partie de l’humour qui en découle. De même que les deux autres films de la trilogie leonienne semblent avoir subi une influence de son final qui voit tout un petit monde agité prêt à risquer sa vie pour s’approprier une sacoche de dollars jetée au centre de la rue...


                 

Débarquant à Hollywood vers la fin des années 20, Scott devient l’ami du milliardaire Howard Hughes qui le pistonne auprès des studios. Mais il lui faudra plus de cinq ans avant de trouver sa voie (celle qui mène au Far-West) et une bonne décennie de plus avant que des films comme La Ville des sans-loi, de Tim Whelan, ou Les Aventuriers du désert, de John Sturges, n’imposent véritablement son personnage de dur à cuire. Dès lors, il accède au statut d’idole, au point de pouvoir se permettre des infidélités au western sans être boudé par le public, et d’entrer dans le cercle des superstars d’Hollywood, devenant notamment l’ami intime de Cary Grant. Si intime d’ailleurs que court toujours aujourd’hui la rumeur d’une liaison entre les deux acteurs, malgré leurs quelques mariages respectifs !   
Toutes les collaborations cinématographiques prennent fin un jour ou l’autre ; lorsqu’elles furent fabuleuses, il est évidemment triste d’en visionner le dernier maillon. Après avoir quitté à regrets la trilogie cavalerie de John Ford au début des années 50 ainsi qu’au milieu de cette même décennie l’inégalable corpus de westerns d’Anthony Mann avec James Stewart, voici l’ultime œuvre de la sublime suite de westerns qui a fait se côtoyer le réalisateur Budd Boetticher et le comédien Randolph Scott durant cinq ans. Comanche Station est donc le dernier d’une série de sept parmi les plus purs et géniaux de l’histoire du genre constituée par Sept hommes à abattre (Seven Men from now), L’homme de l’Arizona (The Tall T), Le Vengeur agit au crépuscule (Decision at Sundown), L’aventurier du Texas (Buchanan Rides Alone), La Chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome) et enfin Le Courrier de l’or (Westbound)



   


Cet ensemble ayant atteint de tels sommets, on peut affirmer que même les plus faibles d’entre eux, comme par exemple le dernier cité, peuvent néanmoins prétendre faire partie des plus réjouissants fleurons du genre. Comanche Stationson film le plus ascétique, son film le plus ‘bressonien’, son film le plus pessimiste, ne vient pas rabaisser la qualité de la série, achevant d’en faire au contraire l’une des plus abouties et cohérentes de l’histoire du western !
Quatre hommes, une femme, quelques figurants indiens, une cabane, aucun intérieur. Voilà sur quel minimalisme concernant les éléments physiques repose ce film au très petit budget et à la durée très courte. Les enjeux dramatiques sont également parfaitement clairs dès le départ : un homme solitaire a récupéré une femme captive des indiens et la reconduit à son époux ; en cours de route ils tombent nez à nez avec un groupe de trois hommes poursuivis par des indiens suite à leur volonté de s’emparer de cette même femme dans leur campement. On apprend alors que le mari a offert une forte prime à qui lui ramènerait son épouse morte ou vive. 


                

On imagine aisément suite à cette situation de départ bien posée les tensions qui vont se créer au sein du groupe prêt à imploser à tout moment, tension accentuée par le fait que nous savons que les indiens ne sont pas loin et qu’ils peuvent attaquer d’un instant à l’autre. L’intrigue ne prendra aucun chemin de traverse et filera tout droit jusqu’à son final. Devant un tel dépouillement de l’histoire, les auteurs décideront de s’appesantir en revanche sur les personnages, leur quotidien, leurs états d’âme, leurs évolution et leurs revirements. Le sauvetage de Cody par Ben Lane est par exemple une idée géniale, contrant tous les cynismes, mettant à l'inverse en exergue le sens de l’honneur même chez les pires crapules ; si Boetticher est un peu le précurseur du western italien, cette séquence prouve que moralement il s'agit quasiment de son contraire. Une histoire donc simplissime mais jamais simpliste, comme toujours avec Budd Boetticher : au point de vue de l'écriture, nous nous trouvons donc devant une construction du récit exemplaire au sein d’un découpage touchant à la perfection...
Alors, comment rendre justice à Randolph Scott ? Comment raviver son étoile de shérif ternie par le temps ? Réponse en dégainant quelques-uns de ses films les plus marquant. C’est ce que fait TCM à travers une sélection de westerns dans lesquels sa voix profonde et son visage buriné font merveille, ainsi que quelques rôles atypiques qui témoignent de son éclectisme, notamment son improbable présence aux côtés de Fred Astaire dans En suivant la flotte, must de la comédie musicale !
Sources et Suites : http://tcmcinema.fr/2012/06/15/randolph-scott-legende-de-louest/
 et DVDClassiK

1 commentaire:

  1. http://uptobox.com/bod344yds1q0
    http://uptobox.com/1nc34w1ooihm
    http://dfiles.eu/files/lgf2l66sb

    RépondreSupprimer