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jeudi 12 juin 2014

Peter O’Toole

Il reste et restera à jamais Lawrence d’Arabie. Cet aventurier à qui il prête sa blondeur d’ado et ses yeux bleu-piscine. En 1961, David Lean le choisit précisément, parmi des dizaines de postulants, pour sa finesse, sa délicatesse, sa fragilité qui tranchent avec la virilité agressive des jeunes comédiens britanniques de l’époque.
Même s’il leur est proche, s’il boit autant qu’eux et joue Shakespeare au moins aussi bien (sa performance dans Hamlet, sur scène, reste dans les annales), Peter O’Toole, mort le 14 décembre 2013, à l’âge de 81 ans, n’a pas la gueule et le corps carrés d’un Richard Burton, d’un Albert Finney, d’un Alan Bates ou d’un Richard Harris. Il est ambigu. Avec sa voix mélodieuse et changeante, cet Irlandais pur souche, à l’enfance difficile (un père qui, en fonction de ses humeurs alcoolisées faisait de sa vie un enfer ou un paradis) semble fait pour jouer les dandys d’Oscar Wilde. Mieux : les pièces élégantes, futiles et « so british » de Noël Coward.
Il se montrera, d’ailleurs, très fier des quelques comédies qu’Hollywood (le salut et la perte de tous les Anglo-saxons de l’époque) lui fera tourner après le triomphe mondial de Lawrence d’Arabie. Il est plutôt à l’aise, c’est vrai, face à Audrey Hepburn dans Comment voler un million de dollars, comédie injustement méprisée de William Wyler (1966). Un peu moins dans What’s new Pussycat ?, sans doute parce que le scénario dément de Woody Allen est constamment aseptisé par la mise en scène de Clive Donner


   

En adaptant le roman de Joseph Conrad, Richard Brooks s'approprie les thèmes chers à l'auteur pour en faire une aventure épique, aussi bien intérieure qu'extérieure. Dans cette quête de rédemption qu'effectue le personnage principal, responsable d'un acte de lâcheté et désirant ardemment faire quelque chose de bien dans sa vie, on croise toutes sortes de personnages, portant des discours chers à Conrad. Que ce soit le Général à la tête d'une horde de bandits qui croit dur comme fer au pouvoir de persuasion de la peur de la mort, le traître alcoolique se tenant au milieu de sauvages dans son costume blanc ou encore le tueur qui se fait appeler "Gentleman", chacun à son mot à dire sur les actes et le passé de Jim qui poursuit celui-ci comme un fantôme.


                               


Malgré sa durée de deux heures trente, "Lord Jim" ne perd jamais de sa force, surtout une fois que le personnage s'est enfoncé au cœur de la jungle, affrontant le Général aussi bien que ses propres démons qu'il tente d'exorciser. Et les face-à-face de Peter O'Toole (dont les yeux bleus perçants expriment parfaitement les sentiments et la détermination de son personnage) avec les personnages d'Eli Wallach et de James Mason sont d'une force incroyable. 
Son triomphe fantaisiste sera, néanmoins, anglais : sous la direction de Peter Medak, il tourne, en 1972, l’irrésistible et iconoclaste Dieu et mon droit. Avec un plaisir visible, il y incarne le fils schizophrène d’un vieux lord, obsédé par les tutus : comme il se prend à la fois pour Jésus et pour Jack l’Eventreur, l’aristocratie anglaise, aux abois, tente de l’éliminer…


                 

Mais c’est dans les drames historiques qu’il excelle. En 1964, son duo avec Richard Burton embrase Becket (1964), adaptation réussie bien qu’hollywoodienne de la pièce de Jean Anouilh. Les deux acteurs sont si rivaux et si proches qu’ils rendent palpable la trahison des personnages (Becket choisit l’honneur de Dieu contre l’amour d’un homme). Grâce à eux, le film devient une tragédie pure qui cerne peu à peu les héros, avant de les tuer. L’année suivante, sous la direction de Richard Brooks, Peter O’Toole réussit à rendre grandiose le Lord Jim de Joseph Conrad : ce personnage tourmenté et lâche qui poursuit une rédemption impossible est, probablement, son plus grand rôle….


   


Sur le papier, ça paraît indéfendable : un scénario qui mixe droit commun et crimes contre l'humanité, sans parler d'impar­donnables entorses à l'Histoire (le général allemand absolvant le flic français résistant), on croit rêver ! Mais c'est là que joue le savoir-faire d'Anatole Litvak, vieux routier des coproductions internationales. La reconstitution est riche et précise, les comédiens, excellemment dirigés, et l'on finit par se laisser prendre à cette intrigue à tiroirs. Le réalisateur rend palpable le chaos du conflit mondial, cet état de non-droit qui pourrait facilement laisser un crime atroce impuni. Ni film de guerre classique ni vrai polar, La Nuit des généraux est une oeuvre atypique, minutieuse et plutôt maligne.  Aurélien Ferenczi

                                


Période bénie. Glorieuses années. Tout lui sourit, sauf l’Oscar ! Il est nommé chaque année ou presque, pas une fois, il ne remportera la fameuse statuette*…
Et puis, il boit. Beaucoup. Enormément. Il frôle même la mort, au milieu des années 70. Et d’année en année, sa carrière périclite. Certes, il tourne L’Homme de la Mancha, en 1974, mais aussi un mauvais Otto Preminger (Rosebud, 1975) et un Ivan Passer raté (Creator, 1985). Il retrouve le succès public et une nomination à l’Oscar en incarnant une ex-star alcoolique (Où est passée mon idole de Richard Benjamin, 1982), mais s’égare de plus en plus, au point d’incarner le Maréchal Lyautey dans Isabelle Eberhardt (1991) et de prêter sa voix à l’un des personnages de Ratatouille, en 2007. Plus personne n’y croit, en fait. Même pas lui…

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