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vendredi 6 juin 2014

New York

De l'arrivée des hollandais aux vagues d'immigrants asiatiques en passant par les peuples de l'Europe de l'Est il aura fallu des dizaines de nationalités différentes pour construire New York. Et si elle est considérée, à l'image des Etats-Unis, comme l'exemple du melting pot, celui-ci ne s'est pas fait en douceur, mais souvent dans le sang. C'est ce que décrit Gangs of New York réalisé par Martin Scorsese en 2002 en se basant sur le livre éponyme écrit en 1928 par le journaliste Hebert Asbury et décrivant le New York du 19e siècle à travers ses quartiers les plus pauvres, comme celui des Five Points, où la violence et la misère ont donné naissance aux premiers gangs de la ville.
En 1860, Five Points est livré à l'anarchie : la violence, la misère et la débauche s'y côtoient. La seule chance d'y survivre est de rallier un des gangs qui s'y partagent le pouvoir. Le quartier et les habitants sont abandonnés, ignorés par la bourgeoisie new-yorkaise. Plusieurs milliers d'immigrants par semaine viennent s'entasser dans les taudis de Five Points. Pour la plupart Irlandais, ils sont très mal vus par les "natifs", c'est à dire les Américains de souche qui se sentent menacés par "l'invasion". A la même époque, la guerre de Sécession est déclarée. On ne peut se soustraire au combat qu'en monnayant une somme de 300 dollars, somme inaccessible pour les habitants de Five Points. Ecrasé par l'injustice, la corruption, la misère et la guerre des gangs, le quartier va brusquement exploser le 13 juillet 1863 déclenchant une révolte sanglante : 2000 morts et au moins 1000 blessés. Five Points sera bientôt débaptisé, comme rayé de la carte et de l'histoire.
Il ne reste plus rien aujourd'hui de ce quartier mais des fouilles archéologiques ont permis de situer le site que l'on situe au niveau des actuels Wall Street et Chinatown, dans le sud de Manhattan. Si vous descendez Bowery street jusqu’en bas, à l’intersection de Park row, Worth street et Saint James place, vous y serez ! La ville de l'époque a ainsi été entièrement reconstituée en studio, les taudis de Five Points et de l'autre côté, au nord de Manhattan, l'aristocratie qui semble vivre dans un monde différent dans les belles maisons bourgeoises autour d’Astor place.



   
Le New York des années 1870 est magnifié par Scorsese en 1993 avec Le temps de l'innocence. Puritain et élitiste, Newland Archer est sur le point de se fiancer avec la très jolie mais très superficielle May Welland, dans le but d'unir leurs deux riches familles. Mais son amour illégitime pour la très troublante comtesse Olenska (cousine de sa future femme, décriée par tous pour son anticonformisme) va ébranler la haute société. Si Newland conteste les règles en privé, il n'osera jamais s'insurger contre sa famille et préfèrera au final passer à côté de l'amour de sa vie plutôt que de s'élever contre la tradition.
Au début du siècle, l'immigration aux Etats-Unis est le rêve de tous les européens miséreux ou à la recherche d'un nouveau départ. C'est ainsi le cas de Charlot dans Charlot voyage (The immigrant, 1917).


                             
                 

C'est aussi celui de Karl Rossmann, adolescent de seize ans, expédié en Amérique par ses parents pour le punir d'avoir "fauté" avec la servante dans Amérika roman écrit par Franz Kafka en 1912 que les Straub mettront en scène dans Amerika - Rapports de classes en 1984.
On les appelle les "roaring twenties", ces années rugissantes, folles, période bénie entre une guerre meurtrière (mais dont le pays sort renforcé) et une crise économique (le krach boursier de 1929) qui marquera à jamais les Etats-Unis. C'est aussi le temps de la prohibition : l'alcool est interdit. New York vit alors principalement la nuit, ses habitants sortent se divertir soit dans les clubs où l'on joue du jazz (alors en pleine explosion) jusqu'au petit matin, soit dans les bars clandestins qui se créent et où l'on peut trouver de l'alcool. Nombreux sont ceux qui s'enrichissent grâce à ce trafic. F.Scott Fitzgerald décrit parfaitement dans Gatsby le Magnifique cette bourgeoisie new-yorkaise où seul le dollar compte.


                

Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984) décrit dans le Harlem de 1928, l'un des cabarets les plus huppés qui vit au rythme du jazz, dans une atmosphère de prohibition et de début de krach. Les destinées de deux hommes, l'un cornettiste, blanc, et l'autre danseur de claquettes, noir, vont graviter autour de cette boîte, fréquentée par de célèbres mafieux de l'époque. Toutes les caractéristiques de ces années sont illustrées : le jazz, alors optimiste et joyeux, dégageant un esprit de fête, mais aussi le cinéma, un cinéma de studio aux décors d’aspect "toc" et ses acteurs pistonnés, et bien sûr les gangsters puisque tout n'est que question de pouvoir, la pègre est omniprésente.
La foule (King Vidor, 1927) est tourné en studio, mis à part des scènes de liesses, réalisées dans Manhattan.
La période décrite dans Il était une fois en Amérique (Sergio Leone, 1984) couvre plus de 45 ans, de 1922 à 1968 mais reste néanmoins centrée sur la période de la Prohibition (1919-1933). La vue de l'affiche du film, avec le Manhattan bridge au fond peut encore être retrouvée en quittant Manhattan par le pont de Brooklyn à pied. Un escalier permet de descendre dans Front Street, il suffit alors de tourner à droite dans Washington Street. Parmi les autres scènes marquantes, la mort d'un adolescent au pied du pont de Brooklyn, les fumoirs à opium de Chinatown. Côté décor, Sergio Leone a été séduit par le style des immeubles du Lower East Side. A tel point qu'il demanda la reconstitution au coeur de New York de trois rues entières dans le style années 20 !
Avec la crise des années 30, New York vacille. La ville triomphante qui dresse à l’assaut du ciel, l’architecture de son orgueil se voit contestée par un gorille qui part à l'assaut de son monument phare, l'Empire state building (King Kong, 1933).
Dans Mr. Deeds goes to town (Frank Capra, 1936), l'extravagant monsieur Deeds, arrivé à New York, déclare : "Les gens d'ici sont bizarres : ils s'efforcent tant de vivre qu'ils oublient comment vivre… Je me suis promené en regardant les grands immeubles et j'ai pensé à ce que Thoreau a dit : "Ils ont créé des palaces grandioses, mais ils ont oublié de créer les nobles pour les habiter" .



   


Les films de Gregory La Cava, Mon homme Godfrey (1936) et La fille de la 5e avenue (1939) mettent crument en lumière la coexistance d'une grande bourgeoise désoeuvrée avec des hommes et des femmes ayant de plus en plus de mal à survivre dans un New York vidé de ses emplois. Mon homme Godfrey situe la décharge de New York au pied du Queensboro Bridge, le long de l'East River qui relie l’île de Manhattan et le Queens. Seconde occurence de ce célèbre pont dans le cinéma dans Manhattan (Woody allen, 1979) et Spiderman (2001). La grande bourgeoisie se donne elle rendez-vous au Waldorf-Ritz et la famille Bullock habite au 1011 dans la 5eme avenue de Manhattan.


                                

La plupart des scènes tournées dans Le parrain l’ont été en décor naturel, dans le quartier de Lower East Side. Durant 2 mois, les décorateurs ont transformé la 6th Street, entre l’avenue A et l’avenue B, afin qu’elle devienne une rue typique du début du XXième siècle. L’épicerie Genco Abbandando où travaille le jeune Vito se situe sur Mott Street, à cheval entre Little Italy et Chinatown. L’assassinat de Joey Zasa par Vincent Mancini à lieu dans la petite Elisabeth Street. Michael Corleone est décoré de l’ordre de Saint Sébastien à la Cathédrale Saint Patrick sur la 5th Avenue. La maison familiale des Corleone se situe quant à elle à Staten island, au n°110/120 de Longfallow Road.




                 


Beau fixe sur New York (Stanley Donen, 1955) montre la ville sous son plus beau jour !
Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, 1955) permet de découvrir New York sous un angle différent loin de l’agitation habituelle de la ville. Le film se déroule quasiment en huis clos, dans l’appartement de Jeff, avec la vue sur la cour intérieur. On découvre ainsi la vie de quartier à New York, au coeur de Greenwich Village. Et bien que le film soit en quasi totalité tourné en studio, l'esprit de New York est fortement présent. Le premier plan s'ouvre sur une vue des immeubles voisins du Lower East Side, près de Greenwich Village. Quant à l'immeuble de Jeff, il est censé se situer sur la 9th Street West, tout près de Washington Square.
West side story (Robert Wise, 1958) fresque musicale, née en 1958 tourne aussi une majeure partie de son histoire dans New York même. Dès le générique, un parallèle s'établit entre les hauts grattes ciels et une gamme de notes colorées et enjouées. Le survol durant quelques minutes du quartier de Manhattan donne une sensation de légèreté avant que la caméra ne plonge subitement entre deux grands buildings où se situe un terrain de jeu illuminé mais étouffant. Entre les rues sombres et les habitations modestes et surpeuplées, les règlements de comptes se déroulent sur les terrains de baskets et autres parkings grillagés, à l’abri des regards de la loi. Le terrain vague théâtre de la bagarre entre les Jets et les Sharks se trouvaient sur la 66th Street, entre Amsterdam Avenue et West End Avenue. Aujourd'hui, ce quartier a été complètement métamorphosé avec la construction du Lincoln Center.
Comme l'indique son titre, West side story se déroule dans le quartier du West Side. Ce quartier de Manhattan s’etend le long de l'Hudson river, de la 66th Street à la 110th Street. New York, encore une fois, y est sous son plus beau jour : des couleurs chaudes et claires et des lignes libérées : courbes, cages d’escaliers et autres verticales architecturales l’égayent. Ainsi New York reste une ville belle et enviée, mais en son cœur se joue un conflit qui n’est toujours pas terminé entre américains et immigrés.


   


Les affranchis (Martin Scorsese, 1989) est entièrement tourné en extérieur, de l'enfance du héros dans le quartier de Brooklyn on passe à quelques adresses célèbres de New York, notamment le club Copacabana, au n°617 de la West 57th Street et le Catalina Beach Club, sur Coney Island Avenue
La scène d’ouverture de Diamants sur canapé (Black Edwards-1960) reste la plus mémorable et la plus symptomatique du film : Audrey Hepburn sort d'une fête folle en tenue élégante et, tout en prenant son petit déjeuner dans un café, elle rêve en fixant des yeux la vitrine de la joaillerie Tiffany's, située au n°727 de la 5th Avenue. Voilà le film immédiatement situé dans le milieu aisé de l'Upper East Side. Avec son voisin et nouvel ami, elle multipliera les frasques dans les rues de New York, ainsi que dans la fameuse New York Public Library, à l'angle de la 5th Avenue et de la 42nd Street. L’histoire la conduira aussi à travers Central Park, notamment au Sailboat Pond puis au Bandshell, au niveau de la 72nd Street.


                               


Le premier cinéma vérité independant filme Le petit fugitif (Moris Engel, 1953) dans Brooklyn et les clochards On the Bowery (Lionel Rogosin, 1957).
Les années 1960, période de mutations sociales et de changements d’idéaux fut aux Etats-Unis un événement aux conséquences planétaires. Woodstock, Martin Luther King, The Rolling Stones… tant de symboles aujourd’hui incontournables d’une décennie synonyme de libération sexuelle, d’une réunification des ethnies mais aussi de lourdes illusions. New York, théâtre de cette nouvelle culture, projette au monde entier l’image d’une Amérique libre de toute morale. C’est la ville qui accueille des concerts, des expositions modernes, des films d’art et d’essais libérés de toute censure et une population énergique, joyeuse et confiante. Hair (Milos Forman, 1979), grande comédie musicale, réunit tous ces éléments et prends New York pour un véritable décor de spectacle musical : mobile, scintillant, illuminé et irréaliste. Hair fut entièrement tournée à New York. Dans les plans mettant en scène Central Park, on reconnaît la Bethesda Fountain et le Great Lawn. La partie intitulée "I got life" a été tourné à Millneck, non loin de l'Oyster Bay, à Long Island.


                               


Hair est réalisé en 1979 dans la nostalgie de ce que furent les années du rayonnement de la contre-culture. Le film de John Schlesinger, Macadam Cowboy, tourné en 1969 se déroule aussi dans le New York des années 1960. Il est l est contemporain du premier grand succès qu’enregistra le Nouvel Hollywood, le road movie Easy Rider de Dennis Hopper. D'une certaine façon, il anticipe la désillusion des années 70. Il trace un portrait hostile de la ville et de ses habitants. Fraîchement débarqué de son Texas natal, un jeune cowboy prend New York pour la terre promise où il fera fortune comme gigolo. Mais il doit déchanter, car il n’est pas si facile de monnayer ses charmes. La rencontre d’un infirme apparemment plus débrouillard, lui rend l’espoir, pour peu de temps… Macadam Cowboy présente aussi bien la ville chic que les bas-fonds et l’immeuble de l’infirme, un taudis en ruine qui ne demande qu’a être rasé. Dans ce New York sale, humide et hostile, la libération sexuelle et morale n'est que très illusoire.
Spider-Man est censé vivre dans le futur mais ce sont souvent des décors des années 60, ceux de la création du comics qui sont utilisés. Dans le Spiderman de Sam Raimi), Green Goblin précipite Mary Jane Watson du haut du du Queensboro Bridge (celui de Manhattan) et Spider-Man doit choisir s’il doit la sauver ou venir au secours des passagers du téléphérique de Roosevelt Island. On retrouve Peter dans la bibliothèque de l'universite de Columbia et dans le restaurant Moondance Diner (80 Avenue of Americas) dans Soho.
A l'exact opposé d'un New york fantasmé, se situe Walden, le journal filmé de Jonas Mekas entre 1964 et 1968.
Le journal autobiographique quittera ensuite le genre du cinéma exprimental pour s'établir comme genre indépendant au sein du documentaire. ne resteront dans le genre expériementalq ue ceux tels Hôtel Monterey (Chantal Akerman, 1972) jouent sur la durée et la sérialité.


            
 

Au début des années 70, les Etats-Unis sortent de la guerre du Vietnam, un conflit qui a duré et qui a parallèlement suscité de nombreuses réactions de la part du peuple américain. Consécutif aux troubles de ce conflit et soutenu par des mouvements artistiques contestataires, le cinéma s'engage politiquement et commence alors à exprimer ses préoccupations historiques, sociales et politiques. De nombreux films vont alors s'exercer à dévoiler les erreurs du système et tous les disfonctionnements du modèle américain, plus communément appelé "american way of life", qui était véhiculé par le cinéma depuis le début du siècle. La perspective politique, sociale et culturelle apparaît alors comme le but principal de ces films engagés.


                                 


Hi! Mom (Brian de Palma, 1970) relate l'histoire de Jon Rubin, qui, de retour du Viêt-Nam, habite un immeuble du Lower East Side de New York et qui, plus que jamais, s'adonne à son activité principale : le voyeurisme qui reste un thème récurrent chez de Palma
Mean streets (Martin Scorsese, 1973) montre le quartier de La petite Italie où se sont installés les immigrés italiens. Pittoresque, avec ses pizzerias, ses trattorias, son environnement sonore dispensé à plein volume par les juke boxes et où voisinent, symboles musicaux du rapprochement de deux civilisations, les tubes des Rolling Stones ou d'Eric Clapton et ceux chantés par Renato Carosone ou Giuseppe di Stefano. Mais aussi violent, sordide avec ses rues sales, ses bals mal famés, pépinières de délinquants minables et de "mafiosi" en puissance. Tony et Michael sont de ceux-là : le premier gérant d'un bar, le second promoteur d'affaires louches. Johnny Boy et Charlie voudraient bien en être...
Source et suite : http://www.cineclubdecaen.com/analyse/newyorkaucinema.htm

1 commentaire:

  1. http://lecoinducinephile.skynetblogs.be/apps/search/?s=new+york
    http://marcellofaitsoncinoche.blogspot.fr/search?q=new+york

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