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mercredi 18 juin 2014

Jack Palance

Il s’en est allé le 10 novembre 2006 … Et il fait désormais partie de la légende du cinéma américain.
Jack Palance était un homme attachant, contrairement aux personnages qu’il incarnait . Sa vie n’a pas toujours été facile ! Des débuts dans la pauvreté, un accident qui l'aurait défiguré, la perte de son seul fils, … Pourtant il a gardé un certain amour de la vie, jusqu’à son dernier jour ! Costaud au grand cœur, c’était aussi un poète … Jack Palance, un acteur à (re) découvrir sous son vrai visage … De son vrai nom, il s’appelait Vladimir Yvan (on trouve aussi Walter Jack) Palahnuik.

Il naît le 18 février 1919 dans le Comté de Luzerne à Lattimer, ville minière de Pennsylvanie (USA). Ses parents, Vladimir et Anna, d’origine ukrainienne, sont de modestes immigrés. Il est le 3eme enfant d’une fratrie de cinq. Son frère Yvan apparaîtra dans quelques films plus tard. La père travaille dans la mine, et très jeune Walter-Vladimir le rejoint. Il grandit dans cet univers houiller peu propice aux rêves! Une enfance presque à la Zola … Il devient un grand gaillard d’1 mètre 93, taillé comme un Hercule. A la mort de son père, qui était atteint de la maladie des mineurs, les poumons encrassés par les poussières de charbon, il quitte la Pennsylvanie pour s'établir en d’autres lieux. Comme beaucoup de futurs acteurs américains, le petit Wladimir (ou Walter Jack, comme vous voulez …) découvre l'art dramatique dans une pièce créée par les élèves de son école. 
Si Okinawa est un très bon film de guerre intimiste, avec ses personnalités désenchantées, il demeure toutefois bien moins réussi quand il revient sur une souche historique en essayant de manipuler à la fois la grande Histoire et la souffrance des hommes, la gloire et le devoir, la violence et l’empathie. Enfin, démarré sur des chapeaux de roue, continué sur une bonne lancée (quoiqu’en équilibre précaire), le film terminera malencontreusement sur une dernière partie longue et parfois désuète. Pendant près de 25 minutes, la diégèse s’enlise dans des scènes sans grand intérêt, au discours éculé (bien mieux établi par des films antérieurs et postérieurs), ne sachant guère où se diriger. Il apparait tout compte fait que personne ne sait véritablement comment terminer le film. 


   

La faute en incombe avant tout à un scénario inégal dont la teneur n’égale absolument pas les plus grandes réussites du genre. Obligé de rattraper certaines séquences par la seule force de sa mise en scène, à la manière de ce qu’il avait déjà fait sur Le Général est mort à l’aube pour la Paramount (film bien plus problématique, cela dit), Lewis Milestone livre au bout du compte le meilleur film possible au vu des éléments disponibles. Capable du meilleur (certains combats, l’utilisation des nouvelles armes japonaises, les personnages de Jack Palance et de Reginald Gardiner, acteur classieux et très intéressant, injustement oublié de nos jours…) comme du plus anodin (le thème de la mort ici galvaudé, les valeurs de courage à peine creusées…), le film navigue donc forcément entre deux eaux, incapable d’opter pour un chemin thématique rigoureux.


                                


Parallèlement Jack Palance se jette dans le sport, ayant la carrure pour cela! Le voilà inscrit à l’Université de Caroline du Nord. Il joue au base-ball, puis au football américain avec de bons résultats, mais le côté commercial du sport lui déplaît. Nous sommes dans les années 30 et il s’adonne à la boxe, dans la catégorie poids lourds. Il mène ses combats sous le nom de Jack Brazzo. La légende dit qu’il gagne ses 15 premiers combats dont 12 par KO! Toutefois, en mars 1942, grièvement blessé à la pomme d'Adam par son adversaire, il perd provisoirement l'usage de ses cordes vocales et décide alors de changer d'orientation. La Seconde Guerre Mondiale est là, qui le propulse aux commande d'un bombardier B24 Liberator, avec le grade de lieutenant en second. Aux commandes de son appareil lors d'un entraînement au-dessus de l’Arizona, il est victime d’un grave accident. Son avion prend feu; il est gravement brûlé au visage. Il subira des greffes et la chirurgie esthétique réussira à lui redonner une figure , même si c’est une figure quelque peu cabossée … Après plusieurs interventions, il sera hors de danger et libéré de toutes obligations en 1944. Sa nouvelle tête toute refaçonnée , presque à coups de serpe va en fin de compte le servir mais il ne le sait pas encore …



                              

Le sorcier du rio grande est un film très ardu à voir aujourd'hui avec les mêmes yeux que le public de 1953. Les mentalités ont tellement changé par rapport à l’Histoire des Indiens d’Amérique, que les rôles des protagonistes du film de Charles Marquis Warren s’en retrouvent pratiquement inversés.
Celui qu’on présente comme le « héros », l'homme blanc, le scout inspiré du célèbre Al Sieber, est un raciste fanatique décomplexé que sa haine viscérale des Apaches fait grincer des dents à chaque fois qu'il en croise un. Il couche avec une métisse qu'il méprise ouvertement dans une relation sado-maso plutôt osée pour un film de cette époque. Et quand elle se suicide après avoir tenté de le tuer, il dit simplement « Il y a une Apache morte, ici. Sortez-la ». Le jeu grimaçant et torturé de Charlton Heston, son expression dégoûtée, ne font rien pour rendre le personnage plus sympathique. Quand il s’explique enfin sur les raisons de sa haine, c'est déjà trop tard. Son compte est bon...
De l’autre côté, se trouve Toriano le fils du chef qui rentre du collège pour soulever son peuple et empêcher l’armée de l’envoyer dans une réserve en Floride. Exalté, charismatique, avec un ego légèrement surdimentionné, on peine à le trouver antipathique même si Jack Palance et le scénariste se donnent beaucoup de mal. C'est un faux-messie et alors ? Il refuse de rester esclave et alors ? On ne peut s’empêcher de prendre parti pour cette tribu décimée et humiliée. À quel point était-ce voulu lors du tournage ? Impossible à dire. Quoiqu’il en soit, la scène où Palance habillé en visage pâle ôte soudain son chapeau, laissant tomber ses cheveux longs sur ses épaules, est un véritable morceau de bravoure : le loup s'était juste déguisé en agneau.


   



Le face à face entre ces deux comédiens volontiers « bigger than life », jouant deux hommes qui se haïssent à un point frisant la démence, est le point fort du film même si leur combat final est expédié et décevant. Autour d’eux, Katy Jurado parfaite en métisse ambiguë et sensuelle, Brian Keith en officier brave mais obtus et des figures du western comme Robert J. Wilke, Milburn Stone, Frank DeKova.
En 1947, Palance sort de l’université de Stanford avec un diplôme d’art dramatique, après s’être engagé un peu dans la voie du journalisme. Pendant ce temps d’études, comme beaucoup, il aura exercé pas mal de petits métiers ! Vendeur de soda, garde du corps, réparateur de poste radio , modèle pour photographe et même cuisinier ! Ses débuts se font sur Broadway lors d'un spectacle intitulé «The Big Two» : il n’a qu’une phrase à prononcer mais en russe ! Pas de problème pour lui avec la langue de Tolstoï: on le parle à la maison ! Profitons-en pour préciser que Jack parlait 6 langues : L’Ukrainien, sa langue maternelle, le russe, l’anglais, le français, l’espagnol et l’italien !


                                 

Pour son premier vrai contrat, il n’est que la doublure d'Anthony Quinn dans «Un tramway nommé désir» de Tennessee Williams, mais le comédien ne tombe jamais malade ! Jack abandonne la troupe et débarque à New York où il se propose pour tenir le rôle principal dans … «Un tramway nommé désir» (!!!), jouée sur Broadway et mise en scène par Elia Kazan. Ce jour là, Marlon Brando, titulaire du rôle de Stanley Kowalski et victime d'un léger accident, doit renoncer à poursuivre momentanément les représentations. Jack sait se faire remarquer si bien qu' Elia Kazan lui proposera, trois ans plus tard (1950), de figurer au générique de son film «Panic in the Streets / Panique dans la rue», avec Richard Widmark, où il incarnera une victime de la peste noire. La personnalité du nouveau comédien est assez vite appréciée, sa longue silhouette facilement reconnaissable. C’est une belle carrière cinématographique, riche de plus de 80 films qui durera plus de 40 ans qu’il entame alors. Il a déjà la trentaine. Il devient Jack Palance pour tout le monde.


                 

Un western « psychologique » tourné en noir & blanc et centré sur un affrontement entre père et fils. Cela ressemble souvent à de la télévision, les décors sont assez pauvres et le véritable intérêt de Jicop le proscrit vient du portrait que fait le scénario des pistoleros de légende.
Loin d’être fêté en héros, Jacob Wade est carrément viré de toutes les villes où il tente de faire halte, ses anciens complices veulent sa peau, son fils le hait violemment. Rejeté de toutes parts, méprisé ou haï, Wade n’a rien d’un personnage « bigger than life », et pour couronner le tout, il commence à perdre la vue. Avant d’être complètement démuni, il tente de se réconcilier avec ce fils qu'il n’a pas vu depuis l’enfance, et qui le tient responsable – à tort – du suicide de sa mère.
C'est Jack Palance, alors en pleine ascension, qui incarne Wade. À 37 ans, il semble un peu jeune pour jouer ce « has been » lessivé, père d’un garçon d’une vingtaine d’années, mais par sa façon de se tenir, de marcher, par ses expressions douloureuses, il parvient à se montrer crédible de bout en bout. De plus, le choix de ses vêtements, de son chapeau ou même de ses bottes, participe de cette désacralisation du « gunman ». Wade n’a rien d’un héros de magazine, il ressemble plutôt aux vieilles photos d’époque, prises dans l'Ouest, au temps des guerres indiennes. Intéressante démarche…
Anthony Perkins joue le fiston névrosé dans la mouvance très à la mode de James Dean. Et les « villains » sont campés par quelques uns des plus beaux seconds rôles des années 50 : Neville Brand, Claude Akins, Elisha Cook, Jr. et Lee Van Cleef, en tireur d’élite vêtu de noir.
Hormis quelques séquences de capture de mustangs dans la montagne, une ou deux fusillades, « JICOP LE PROSCRIT » est un western « en chambre », concentré sur les conflits de ses protagonistes, et s’il manque certainement de lustre, il permet de voir Palance dans un rôle complexe, qui n’est pas sans évoquer le personnage de Gregory Peck dans « LA CIBLE HUMAINE ». À noter tout de même, que ce film comprend deux anomalies énormes et incompréhensibles : d’abord le faux-nez dont on a cru bon d’affubler Jack Palance. Ses traits en sont modifiés, son visage perd de sa mobilité. Pourquoi ? Pour tenter de lui donner une apparence plus séduisante ? De le faire entrer dans le moule ? Et ensuite, le titre français extraordinaire : le personnage se nomme en v.o. Jacob Wade. Par quelle magie est-il devenu « Jicop » (un prénom inconnu, qui plus est) ?


   

Dans «Sudden Fear / Le masque arraché», en 1952, il est le partenaire de Joan Crawford. Mais son style fait qu’on le cantonne très vite dans des rôles de méchants, de brutes. Ajoutez à cela sa facilité à exprimer un rire sournois, presque diabolique ! Ce qui ne l’empêchera pas de bénéficier toujours de l’amitié du public à son égard … Ainsi le film «Shane  / L’homme des vallées perdues» (1953) où, donnant la réplique à Alan Ladd, il personnifie un inoubliable tueur professionnel, tout de noir vêtu.
Suivent des westerns et des peplums … Son visage asiatique, aux pommettes saillantes et aux traits burinés incitent les réalisateurs à le choisir pour incarner des Indiens («Arrowhead / Le sorcier du Rio Grande» en 1953) , des Barbares («The Barbarians », 1960), des Mongols («Les Mongols», 1961) , des personnages typés comme Attila («Le signe du païen», 1954) ou même encore Jack l'Eventreur («Man in the Attic», 1953) !


                 

Retenons aussi «Le grand couteau» (1955) : il joue un comédien alcoolique dans ce long métrage de Robert Aldrich, qui le recontactera dans la foulée, pour «Attaque».
Il décide alors d’élargir son horizon vers l'Europe et, en 1963, où il tourne «Le mépris», sous la direction de Jean-Luc Godard, aux côtés de Brigitte Bardot et Michel Piccoli. Ce film qui à l’époque en avait choqué plus d’un , ne serait-ce que par la première image où l’on voit Brigitte de dos, complètement nue, raconte l’histoire d’un couple (Bardot-Piccoli) qui se déchire sur fond de tournage en Italie. Palance y est le producteur américain Jérémy Prokosh.
1965 le voit partenaire d’Alain Delon dans «Once a Thief / Les tueurs de San Francisco». En 1969, dans «Che» il incarne Fidel Castro, tandis qu'Omar Sharif est Che Guevara. Sa carrière ralentit quelque peu ; il cède à la mode des westerns spaghetti … Il se risque aussi dans le cinéma d’épouvante avec «Dracula et les femmes vampires», un téléfilm au départ tellement plébiscité qu’il sort en salle avec un énorme succès.


                              

Après une nouvelle pause, en 1988, Le génial «Out of Rosenheim / Bagdad café» lui permet un retour en force. Souvenons-nous de Rudi Cox, ce peintre-poète marginal qui tombe amoureux d’une touriste allemande (Marianne Sâgebrecht-Jasmin) perdue dans ce semblant de bout du monde !
En 1989, dans «Batman», il est le père adoptif du Joker. Enfin, dans l'un de ses derniers films, «City Slickers / La vie, l’amour, les vaches» , il incarne Curly, un vieux cow-boy grincheux. On dit que c’est Billy Crystal, le principal acteur qui aurait insisté pour que Jack, son idole de toujours, ait un rôle. Le thème de cette allègre comédie desservie par un titre français à la limite du ridicule: Un citadin en plein doute existentialiste, décide avec deux compères, de conduire un troupeau de vaches du Nouveau Mexique au Colorado. C’est l’occasion pour les trois bonshommes quadragénaires de faire le bilan de leur vie respective. Des dialogues percutants et amusants font de cette comédie une occasion de bien se divertir lors d’un dimanche frileux !
Source : http://encinematheque.fr/seconds/S45/index.asp

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