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dimanche 29 juin 2014

Harrison Ford

Harrison Ford et les 80's, tout un programme... Alors qu'il vient d'enquiller en cinq ans deux Star Wars, deux Indiana Jones et Blade Runner, le bonhomme est au sommet de sa gloire et de sa mâle beauté. Witness ( 1985)
A l'époque particulièrement à l'affût de projets originaux entre deux ou trois blockbusters, comme le montrait justement son implication dans le projet de Ridley Scott, Harrison accepte avec plaisir un projet particulièrement improbable de polar chez les Amishs que Cronenberg devait faire avec Stallone... Alors normalement, si vous comprenez de quoi je parle avec le terme Amish, c'est probablement à cause du film. Avant 1985, la quasi-totalité de la population ignorait jusqu'à l'existence de ces sous-mormons bataves qui s'efforcent en plein vingtième siècle de vivre à l'ancienne mode, sans machines, téléphone, voiture, télévision et surtout, sans le moindre bouton sur leurs vêtements...
Pour l'occasion Peter Weir quitte son Australie natale et démarre ce qui sera une carrière hollywoodienne honorable malgré son inconstance. Dès le début, le film assume son vrai sujet et ne propose l'intrigue policière que comme vague prétexte, ce qui intéresse ici, c'est la rencontre entre le bon flic de Philadelphie et cette étrange peuplade de non-violents anachroniques. Dans son rôle, Harrison fait merveille, beau comme un dieu grec, il parvient à être irrésistible même déguisé en Charles Ingalls, et on comprend très bien ce qui perturbe Kelly McGillis dans ce viril bonhomme qui s'offre en plus le luxe d'une petite blessure pour parachever son pouvoir de séduction... Comme un poisson dans l'eau face à une grange à monter à la main, l'ancien charpentier use et abuse de tout son potentiel pour rendre le reste du casting anecdotique. Pourtant, pour une fois, Danny Glover joue le méchant, Lukas Haas un gamin supportable pas trop bavard, Alexander Godunov essaie de cacher son visage de psychopathe et Viggo Mortensen y fait sa toute première apparition.


   
       
Bien sûr, si le côté vie primitive chez des bouseux fanatiques qui préfèrent la carriole aux automobiles me parle tout particulièrement, je peux comprendre que ça laisse froid. La musique de Maurice Jarre pousse un peu trop loin le bouchon et la photographie n'est pas des plus mémorables, mais on s'en fiche pas mal, c'est rare un film qui propose de découvrir quelque chose de tout à fait original et qui le fait très bien. Moi, de toutes façons, je ne m'en lasse pas (vous ai-je déjà indiqué que Harrison Ford y était tout particulièrement mis en valeur ?). Après l'incroyable succès public et critique de ce film, qui lui valent un passage remarqué aux oscars et l'unique nomination du menton balafré le plus célèbre du cinéma, le réalisateur et la star en remettront une couche l'année suivante, avec le mésestimé Mosquito Coast où, cette fois, l'histoire de cet inventeur misanthrope au bord de la folie qui fuit le monde dit civilisé n'aura même pas besoin du prétexte policier... L'échec du film à sa sortie convaincra le bougon de ne plus trop s'aventurer en dehors des sentiers battus et c'est bien dommage pour tout le monde.


Dernière collaboration à ce jour entre Roman Polanski et le scénariste français Gérard Brach (les deux hommes ayant écrit ensemble Répulsion, Cul de Sac, Le Bal des Vampires, Le Locataire, Tess et Pirates), Frantic est la deuxième incursion du réalisateur dans le genre policier. Près de quinze ans auparavant, il avait rendu un hommage brillant et original au film noir avec Chinatown ; ici, si hommage il y a, c’est davantage du côté d’Hitchcock qu’il faut se tourner. On retrouve en effet une situation que le maître du suspense appréciait : un personnage confronté à des événements qui le dépassent.
Souvent considéré comme un Polanski plutôt mineur, Frantic possède néanmoins des qualités qui l’élève au-dessus du thriller un peu banal et, c’est vrai, assez peu spectaculaire (mais plus de spectacle aurait contredit, à mon sens, l’objectif du film) auquel certains ont tendance à le réduire.
Pour apprécier pleinement le film, il faut sans doute chercher son intérêt ailleurs que dans l’intrigue (parfois un peu tirée par les cheveux) imaginée par Polanski et Gérard Brach, et considérer davantage la manière très habile et très juste avec laquelle le metteur en scène décrit le parcours tortueux d’un homme devant résoudre une situation à laquelle il n’est absolument pas préparé, au sein d’un environnement qu’il ne connait pas. Les deux premières répliques du film sont d’ailleurs  très significatives  : Do you know where we are, demande Sondra quand le couple arrive en taxi aux abords de la ville, ce à quoi Walker répond : No, it’s changed too much. Dès le début, Walker ne sait donc pas où il est, il est perdu, et c’est ce rapport (déstabilisant) entre le personnage et son environnement qui intéresse particulièrement Polanski. Rien d’étonnant à cela d’ailleurs : ce rapport est au cœur de bien de ses films, du Locataire à The Ghost Writer.


   

Durant la première heure du film – très immersive, et qui constitue la meilleure partie de Frantic -, le docteur Walker (Harrison Ford) évolue dans un univers obscur (un Paris nocturne peuplé de personnages plutôt louches), mène tant bien que mal une enquête chaotique et se retrouve le plus souvent en situation de faiblesse. Pour lui, tout est difficile, pénible, et le jeu de Ford comme la mise en scène de Polanski l’illustrent très bien.
Cet aspect fondamental de l’histoire ressort dans toutes les séquences du film, y compris celle où Walker tente de pénétrer dans l’appartement de Michelle (Emmanuelle Seigner) – une jeune parisienne qu’il rencontre au cours de ses recherches – en passant par les toits. L’entreprise, que bien des héros de cinéma réussissent sans trembler, est ici montrée dans toute sa difficulté ; les mouvements de Walker sont hésitants, laborieux, comme le seraient ceux de n’importe quel individu lambda en pareille situation.


                  


Même lorsque Walker semble reprendre le dessus en jouant les durs devant un « professionnel », Polanski s’amuse à renverser totalement le cours de la situation, et le malheureux docteur finit par encaisser un mémorable coup de pied dans la tête. Si la scène prête à sourire, elle est surtout crédible et sert le propos du film. Le duo composé par Walker et Michelle est également intéressant ; autant Walker n’est pas du tout à sa place dans les bars et les boites de nuit qu’il est amené à fréquenter, autant Michelle connait parfaitement cet environnement. On est donc loin d’un schéma stéréotypé dans lequel le personnage masculin domine la situation ; dans Frantic, c’est le plus souvent l’inverse (en témoigne par exemple la scène où ils dansent tous les deux sur la chanson I’ve Seen That Face Before). Si Frantic ne s’élève pas à la hauteur des meilleurs films de Polanski, il montre intelligemment la plongée vertigineuse d’un homme ordinaire dans un environnement qu’il ne maîtrise pas, et sa difficulté à communiquer avec son entourage (Walker ne parle pas français). En cela, Frantic explore donc une thématique chère à Polanski : la relation, souvent compliquée et anxiogène, entre un personnage et le monde qui l’entoure.

Rétrospectivement, Le Fugitif (1993) pourrait être « tenu pour responsable » de la fièvre d'adaptations de séries TV sur grand écran qui sévit depuis maintenant plus d'une décennie pour un résultat souvent médiocre – Perdu dans l'espace (1998), Chapeau melon et bottes de cuir (1998) –, parfois plaisant car totalement déjanté – Charlie et ses drôles de dames (2000), Starsky & Hutch (2004), Shérif fais-moi peur (2005) –, mais hélas rarement enthousiasmant – Mission : Impossible (1996), Miami Vice (2006). La faute à ce Fugitif, éclaireur éclairé en matière d'adaptations qui remporta succès public (370 millions de dollars de recettes mondiales, 3.5 millions d'entrées salles en France) et critique (Oscar du Meilleur second rôle pour Tommy Lee Jones sur les sept nominations du film).
Une réussite qui, sur le papier, n'avait rien de vraiment surprenante : un cinéaste, Andrew Davis, très remarqué par sa précédente réalisation (Piège en haute mer et ses 83 millions de dollars de recettes au box-office US), un duo de scénaristes, réputé pour le premier – Jeb Stuart (48 heures, Piège de cristal) –, future valeur sûre pour le second – David Twohy (Pitch black, Abîmes) – auxquels se joignent un ensemble de techniciens de renom – James Newton Howard à la musique, Michael Chapman (Raging bull) à la photographie –, le tout complété par un casting de premiers (Harrison Ford, Tommy Lee Jones) et de seconds rôles (Sela Ward, Julianne Moore, Joe Pantoliano) tout aussi prestigieux.


   

À l'arrivée, bien que conservant le pitch de la série originelle (un médecin accusé du meurtre de sa femme tuée par un manchot), le film parvient à s'en écarter suffisamment pour aboutir à un résultat à la fois convaincant, haletant et crédible. Ainsi, les différentes scènes d'action optent pour une approche plus « réaliste » et moins pyrotechnique (à l'exception de la mémorable séquence de déraillement en ouverture), et lorsque celles-ci sont à la limite de l'impossible (le saut au sommet du barrage), la peur de périr dans un acte désespéré se lit alors sur le visage de ce bon docteur. 


               
             
Outre son rythme trépidant, la vraie grande réussite du film passe d'ailleurs par ce face-à-face entre le fugitif (le Dr. Richard Kimble - Harrison Ford) et son poursuivant (le Marshal Samuel Gerard - Tommy Lee Jones), deux adversaires dont la pugnacité n'a d'égale que la justesse du duo d'acteurs qui les incarnent.
La progression de l'intrigue, d'une grande fluidité, alterne ainsi le regroupement d'indices de part et part, émaillée de rencontres chocs (le barrage, la prison) en vue d'aboutir à la confrontation finale au sommet d'un immeuble en même temps qu'à la vérité sur toute cette affaire. Celle du film est demeurée immuable depuis 1993 : Le Fugitif reste aujourd'hui encore l'une des plus brillantes adaptations de série TV sur grand écran, si ce n'est LA plus brillante.

1 commentaire:

  1. https://1fichier.com/?tads5bwo0e
    http://uploaded.net/file/5xv972tv
    http://sbbd2r.1fichier.com/

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