.

.

lundi 23 juin 2014

Harper


C’est un des films phares du style néo-noir. Tiré d’un roman de Ross Macdonald, The moving target, qui datait d’ailleurs de 1949, ce film eut un grand succès et plaça Paul Newman en tête des acteurs les mieux payés d’Hollywood. Il fut considéré comme un élément central de la renaissance du film noir. On peut le considérer comme faisant partie d’une série, avec Les tueurs de Don Siegel (1964), Le point de non-retour (1967) de John Boorman et Bullit (1968) de Peter Yates. La caractéristique commune de ces films est qu’ils utilisent la couleur d’une manière soignée et singulière, mais aussi, en dehors du film de Siegel, qu’ils utilisent l’écran large et des vedettes importantes. Harper renouvelle le film de détective qui fut un sous-genre déterminant du film noir. Ross Macdonald inscrivait son œuvre directement dans la lignée de Raymond Chandler, fixant dans le marbre les codes du roman californien dont de nombreux auteurs s’inspirèrent ensuite, de Dolorès Hitchens à James Ellroy. La particularité de Macdonald était de d’accorder un intérêt important pour les ressorts psychologiques des drames et surtout aux adolescents paumés de l’Amérique consumériste. Harper est un détective privé plutôt désabusé, ce qui lui donne un air de famille avec les films de détective interprétés par le grand Humphrey Bogart, Lauren Bacall étant là ostensiblement pour assurer le passage du témoin. Le titre a lui-même une histoire. A l’origine, le héros s’appelle Lewis Archer. C’est Paul Newman qui voulait changer le nom du héros pour qu’il commence par un « H », il pensait que cela lui porterait chance, car les films de lui qui avaient bien marché et qu’il aimait bien étaient The hustler (L’arnaqueur) et Hud (Le plu sauvage d’entre tous). La suite lui prouva qu’il avait raison !

 
                                
  


L’histoire est assez « classique ». Un détective privé est engagé par une riche milliardaire pour retrouver un mari ivrogne. C’est par l’intermédiaire de son ami, avocat, qu’Harper obtient le job. Rapidement l’intrigue va se complexifier et Harper croisera dans son errance tout une kyrielle de figures représentant d’une certaine façon l’Amérique en voie de dégénérescence : il tombera sur un trafiquant de main d’œuvre, joué par le formidable Strother Martin, que Paul Newman retrouvera plusieurs fois, et qu’on verra aussi chez Peckinpah. Mais cette réalité sociale douloureuse n’est pas le sujet, elle n’est que la toile de fond de l’intrigue, car c’est celle-ci qui importe, elle doit tenir le spectateur suffisamment en haleine. L’art du scénario de ce genre de film est d’arriver à équilibrer correctement le déroulement linéaire de l’action, avec le portrait des personnages croisés. C’est le point de vue du détective qui importe, et lui seul.


                 
 


Tout cela est assez classique finalement. Mais ce qui l’est un peu moins, c’est la façon de revisiter le genre. A propos de ce film on a comparé la prestation de Newman à celle de Bogart. Ce n’est pas juste. En effet, Bogart évolue dans un cadre social plus policé et puritain, seuls les voyous s’affranchissent des règles de la bienséance. Ici, tout le monde vit et parle vulgairement sans plus de souci du qu’en-dira-t’on. On est vers la fin des années soixante, et la société s’est transformée. L’utilisation de la couleur et de l’écran large indique aussi comment maintenant le crime s’accommode de la lumière et des espaces ouverts. La façon de bouger n’est plus la même. Les corps sont plus athlétiques, plus sportifs (Newman fera à cinquante ans passées une belle carrière automobile d’ailleurs) que ce qu’on peut percevoir dans les films de Bogart où les personnages sont extrêmement statiques.


                             


C’est une grosse production avec un casting très riche qui relança la carrière de Lauren Bacall et de Julie Harris. Le scénario est très bien construit et la réalisation est soignée. Jack Smight est peu connu comme réalisateur, il a surtout tourné pour la télévision. Mais il fera quelques incursions non dénuées d’intérêt dans le film de guerre.
Le film aura une suite en 1975, presque dix ans après, The drowning pool. Harper reviendra sous les traits de Paul Newman, mais le charme sera rompu. Tourné par Stuart Rosenberg, le metteur en scène de Luke la main froide, il ne sera qu’un produit de série qui certes se voit sans déplaisir, mais n’apporte rien de neuf au genre. On retiendra encore que c’est une des très nombreuses contributions de Paul Newman au genre noir et néo-noir.



                               


On ne présente plus Paul Newman (Exodus, Le Rideau déchiré, L'Arnaque...). Dans La Toile d'araignée, il tient le rôle de Lew Harper, un rôle qu'il a déjà endossé en 1966 dans Détective privéHarper dans les faits c'est Archer, le héros récurrent de Ross McDonald qui sévit à Los Angeles (d'ailleurs les deux films correspondent aux deux premières aventures, et celui-ci tire donc son intrigue de Noyade en eau douce). Pour les besoins du film, l'action se déroule à la Nouvelle-Orléans. Mais l'intrigue est plutôt fidèle. Elle s'arrange juste de quelques coupes qui donnent au film plus de rythme. Paul Newman tient un rôle à la fois subtil et athlétique. Le genre à vous le donner beau. Mais c'est bien normal quand on sait que la boîte de production qui finance est composée, entre autres, de Paul Newman, Steve McQueen et Dustin Hoffman afin de promouvoir leurs talents. Le talent justement est au rendez-vous dans un film très années 1970 : coupes de cheveux, fringues, voitures, néons, postures. Pour lui donner la réplique, Joanne Woodward. Paul Newman la connait bien, il l'a déjà faite tourner en 1968 dans Rachel. Elle incarne Iris Devereaux, une resplendissante femme qui a eu il y a six ans une aventure d'une semaine avec Harper avant de disparaître "Tu m'en as voulu quand je t'ai quitté à Los Angeles ? Je t'en aurais voulu de ne jamais t'avoir connue."). Seulement, elle avait gardé à l'esprit qu'elle pouvait le rappeler si elle avait des ennuis. Et les ennuis ont la forme d'une lettre anonyme tapée à l'aide d'une machine à écrire qui donne des pattes défectueuses à ses "e", et qui met surtout son couple déjà bancal sur la sellette, avec une adolescente limite nymphomane au milieu. 


           

          

Harper va enquêter dans la riche propriété des Devereaux, déterrant des secrets, révélant le cadavre de la belle-mère de Iris Devereaux. Les soupçons se portent sur le chauffeur juste licencié, mais c'est une solution qui, si elle plait aux flics, ne plait par à Harper. À partir de ce moment-là, c'est une succession de rencontres - heureuses ou pas -, de coups échangés, de verres bus, de femmes frappées, de douche froide, le tout sur une musique très jazzy de Michael Small. La fin laisse une pelletée de cadavres vivants et morts sur sa route, avec une once de morale. Un film qui se regarde malgré de jolies rides. Et qui s'orne pour l'occasion d'un documentaire en anglais sous-titré anglais dans lequel on peut voir et entendre Ross McDonald parler de ce fameux Harper.(http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=2117)

1 commentaire: