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vendredi 2 mai 2014

Western Union

 Après Le Retour de Franck James, Fritz Lang, fasciné par les paysages du Far West qu’il commençait à découvrir, se lance une deuxième fois dans ce genre typiquement américain qu’est le western ; un genre qu’il tenait en haute estime d’après, entre autres, l’interview qu’il donna aux Cahiers du Cinéma dans les années 50 : « J'aime les westerns. Ils possèdent une éthique très simple et très nécessaire. C'est une éthique que l'on ne signale plus parce que les critiques sont devenus trop sophistiqués… » Suite au succès obtenu par le précédent film, la 20th Century Fox lui octroie un budget et des moyens logistiques conséquents et lui laisse toute lattitude pour réaliser cette "épopée du télégraphe". « Je n'ai pas montré le Far West tel qu'il était, mais mon film a fait rêver le public et lui a donné le désir que le Far West ait réellement été ainsi » disait il à propos de Western Union. Malheureusement, si Fritz Lang avait parfaitement réussi la suite du parcours dramatique de Frank James, il semble en revanche avoir été mis en difficulté par son manque de sens épique, ses séquences mouvementées manquant singulièrement d’envergure, son style sec s’accomodant assez mal de l’ampleur qu’elles auraient mérité d’avoir. On ne retrouve sa patte qu’à de trop rares reprises, le cinéaste semblant aussi avoir eu du mal à jouer avec les conventions du genre ; au vu de ce qui s’était fait précédemment, le résultat aurait certainement été meilleur si Michael Curtiz ou Cecil B. DeMille avaient pris les choses en main. La déception est d’autant plus grande que le premier quart d’heure laissait augurer un film brillant. En effet, les cinq premières minutes voyant la traque au milieu de paysages désertiques et montagneux de Randolph Scott par une bande de cavaliers rappellent cette formidable séquence de poursuite dans Le Retour de Frank James.



   


La musique de David Buttolph résonne étonnement moderne alors que la plupart du temps, au cours du même film, elle se révèle beaucoup trop simpliste, sa tentative de jouer avec le folklore des airs de l’époque faisant chou blanc, noyant, par son aspect guilleret, la puissance que certaines images auraient pu avoir. Par la suite, on se délecte encore du recrutement des ouvriers et de la mise en place de l’expédition avec moult détails intéressants visant à l’authenticité, puis on se déllecte du triangle amoureux amusant qui se noue entre Randolph Scott, Robert Young et Virginia Gilmore. Ensuite c’est le départ d’Omaha pour Salt Lake City et, après un superbe long plan fixe sur la rangée de poteaux qui s’érigent au crépuscule tout au long de la plaine, le film s’embourbe dans les clichés les plus éculés, les séquences les plus banales, le cinéaste n’arrivant qu’à de rares moments à transcender son matériau de base trop commun.


                 


Le film a beau être haut en couleur, rempli de péripéties, d’action, d’humour et de lieux dépaysants, l’ensemble ne dépasse que rarement le niveau de n'importe quel film de série de l'époque. Le scénario de Robert Carson est écrit à gros traits ; il semble constitué d’une suite de séquences accolées les unes aux autres sans aucune progression dramatique et les pesonnages paraissent avoir été dessinés à la truelle et ne subissant guère d’évolution dans la durée. Il y avait pourtant de quoi faire avec de tels événements (dont le dramatisme est constamment court-circuité par un humour injecté en plein milieu de chaque séquence amené par le comique de service, Slim Summerville, par ailleurs assez drôle), un tel potentiel "documentaire" (quasiment pas exploité) et un personnage dans la droite lignée des habituels héros "langiens" poursuivis par la fatalité - celui interprété avec talent par Randolph Scott, homme victime de son appartenance familiale, tente une ultime rédemption mais fini rattrapé par son destin tragique.



                
 

On se réjouit d’ailleurs de ce final amer éloigné du happy end hollywoodien traditionnel, de ce goût minutieux pour une certaine authenticité, de la présence de Dean Jagger ; mais l'on se désole au contraire de la présence d’un personnage féminin totalement sacrifié, d’un Robert Young bien terne, de la présence de transparences hideuses lors notamment de la rencontre avec les Indiens… Car même plastiquement et techniquement, le film nous laisse sur notre faim : peu de plans inoubliables, peu de séquences marquantes hormis celle qui ouvre le film et le duel final. La fameuse séquence de l’incendie se révèle même indigne d’un film disposant de tels moyens malgré le fait que certaines images nocturnes impriment durablement la rétine. SI Western Union avait été signé par Ray Enright ou Jesse Hibss, nous aurions certainement été moins sévères. Mais nous étions en droit d’attendre mieux de la part de Fritz Lang. Un rendez-vous loin d’être honteux mais en partie manqué.
Source : http://www.dvdclassik.com/critique/les-pionniers-de-la-western-union-lang

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