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lundi 19 mai 2014

Venise

Gustav von Aschenbach, double frêle et contemplatif de Gustav Mahler, s'installe au Grand Hôtel des Bains du Lido, à V­enise. Attirante et hostile, la ville l'absorbe et le rejette comme un cadavre putride ballotté par les flots. Le sirocco jaunit la brume et les mines. Les conversations ne sont que rumeurs inaudibles, éclats polyglottes. Dans cet espéranto de la solitude, Gustav entend sans cesse un prénom qui le hante ad nauseam : « Tadzio ! » C'est celui d'un adolescent blond comme un ange, dont la beauté le laisse sans voix. Classée au rang des maladies mortelles par une société frileuse et rigide, l'aimantation homosexuelle de Gustav pour Tadzio engendre les mêmes douleurs que le choléra qui ronge Venise. Au moment même où le vieux professeur informe Tadzio de l'épidémie qui sévit, pour le sauver du mal qui le consume déjà lui-même, il en profite pour lui caresser la tête, au risque de le contaminer...
Célèbre pour sa grâce crépusculaire et hypnotique nourrie de superbes travellings, ce film surprend aujourd'hui par son avant-gardisme. « La réaction des Etats-Unis, qui voulaient que l'on remplace le jeune garçon par une fillette, m'a prouvé qu'ils n'avaient rien compris, et que Mort à Venise était très en avance sur son temps », déclara Dirk Bogarde, qui plaça toute sa carrière sous le signe de l'ambiguïté sexuelle, avec une éternelle idée fixe et pointilleuse : brouiller les cartes. Et envoûter, toujours et encore, comme dans ce chef-d'oeuvre asphyxiant.


   

« J'ai toujours été attiré par le thème de la divergence qui peut surgir entre les aspirations esthétiques et la vie d'un artiste », affirme Visconti. La rencontre avec Tadzio est l'événement qui brise toutes les certitudes morales et esthétiques d'Aschenbach. Le fort sirocco qui souffle sur Venise, et qui incommode tant Aschenbach, indique peut-être symboliquement ceci : la beauté du jeune homme souffle et balaye tous les repères de son existence. La vie d'Aschenbach se règle alors sur celle de Tadzio, et plus rien d'autre ne semble exister : là encore l'utilisation du zoom l'atteste en isolant Aschenbach et Tadzio de leur environnement.


                 
                 

Lorsque Tadzio est absent, Aschenbach erre ou rêve du jeune homme : le jeune homme est vu en insert onirique à contre-jour, lorsque Aschenbach se réveille de son cauchemar. La répétition des quelques lieux (la plage, l'hôtel, le parcours de la promenade de Tadzio et de ses sœurs) révèle jusque dans l'espace cette fixation d'Aschenbach sur le jeune homme : seuls les lieux fréquentés par l'adolescent semblent dignes d'intérêt. Cette concentration spatiale est dramatisée par l'abandon progressif des lieux : l'hôtel se vide, les ruelles de la promenade sont de plus en plus abandonnées et souillées par l'épidémie. L'annonce du départ du jeune homme et de sa famille, juste avant la séquence finale, tombe d'ailleurs comme un couperet : Aschenbach n'a plus qu'à mourir. 

                                    


La relation entre Tadzio et Aschenbach semble d'abord barrée extérieurement par ces « obstacles » que représentent la mère de Tadzio et la gouvernante qui s'occupe de lui : le jeu de regards entre Tadzio, Aschenbach et la gouvernante en témoigne lorsqu'il les suit dans les ruelles de Venise. Elle est surtout barrée par les interdits moraux intériorisés par Aschenbach ; l'homosexualité du désir renforce ici la dimension d'interdit. Car si le désir d'Aschenbach pour Tadzio a un aspect paternaliste (il tombe presque autant amoureux de Tadzio que de sa famille et son bonheur idyllique), il recouvre évidemment une dimension érotique (il associe mentalement Tadzio à une prostituée lorsqu'il l'entend jouer la Lettre à Élise). Tadzio ne semble pour sa part jamais interdire ce désir. Aschenbach, par sa maladresse (lors de la séquence du ponton de bois) et son sentiment de culpabilité, semble donc s'interdire lui-même de rencontrer le jeune homme. Il paraît même se satisfaire tout à fait des seuls regards et sourires échangés avec Tadzio : le désir se suspend dans la contemplation ; autant dire qu'Aschenbach ne désire rien tant que son désir lui-même. 
Source : http://www2.cndp.fr/TICE/teledoc/dossiers/dossier_venise.htm

                         

Après la première vision de NE VOUS RETOURNEZ PAS, il y a de quoi être perdu. Les détails étranges ou anodins s'accumulent pointant directement vers un père qui doit gérer du mieux qu'il le peut le souvenir de la disparition tragique de sa fille. Un souvenir impossible à effacer même si la vie semble avoir repris son cours paisible et s'il semble s'en être remis. Une apparence qu'il essaye de préserver en ne voulant pas entendre parler de la médium. Préférant alors se noyer dans l'alcool au moment où sa femme assiste à une séance de spiritisme. Un homme qui est déjà une victime de son passé et qui s'avance, même prévenu, vers un dénouement horrible.
La question que l'on se pose tout le long du film, c'est où tout cela veut en venir. Des questions qui se succèdent avec les éléments et nouveaux personnages que l'on découvre. Certains amusants (le patron de l'hôtel...) et d'autres inquiétants (le commissaire de police...). Tout cela intégré dans une Venise qui entre dans une période hivernale. Une bien étrange Venise d'ailleurs puisque totalement désertée ou presque. Comme si les deux personnages évoluaient dans un monde à part. Comme s'ils étaient en décalage avec le temps. Ne nous étonnons pas non plus si certains évènements ne respectent pas une chronologie normale. Le personnage principal revit donc le drame du passé mais peut-être qu'il perçoit aussi le futur !


         


Basé sur une nouvelle de Daphné du Maurier, il faut pas s'attendre à de l'action en veux-tu en voilà. Au contraire, le film se déroule sur un rythme assez langoureux. Il n'y a finalement que le montage des séquences qui donne une véritable énergie à l'histoire. De même, ne vous attendez pas à des effets spéciaux extraordinaire. 
Le réalisateur préférant jouer avec vos nerfs en instaurant une ambiance glauque d'où émane une menace croissante. Avançant gentiment, sans se presser, jusqu'à un dénouement qui vous cloue sur place. Tout le film, ou presque, n'étant là que pour vous mettre en condition pour cette fin totalement inattendue !


                                


Nicolas Roeg signe avec NE VOUS RETOURNEZ PAS un exercice de style cinématographique étonnant. Comme je l'ai déjà dit, il y a ici une volonté de ne pas faire comme les autres. De mettre le spectateur mal à l'aise en lui supprimant tous les repères auxquels il se raccroche habituellement. Et surtout en l'empêchant de prévoir la suite... Ce n'est pas seulement un exercice scénaristique mais aussi graphique. Le montage de certaines séquences s'enchaîne ainsi à merveille (la noyade, la scène d'amour...) et confère un aspect esthétique rare à des décors ou des costumes d'une grande sobriété. Il n'y a plus qu'à espérer qu'un éditeur ait la bonne idée de nous sortir un autre film de Nicolas Roeg. Le très étrange HOMME QUI VENAIT D'AILLEURS (THE MAN WHO FELL TO EARTH) avec David Bowie...Source : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=99

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