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dimanche 18 mai 2014

Takin' Off

Je vous ai parlé de Miles. Je vous ai parlé de Wayne Shorter et Anthony Williams. Et bien que je ne songe pas à m'attarder sur le cas nettement moins intéressant de Ron Carter, si je veux paraître un tant soit peu complet et cohérent dans ma démarche, il va de soi qu'il me fallait tôt ou tard refermer cette quadrature du cercle en abordant la carrière étonnante du pianiste prodige Herbie Hancock. Rendez-vous compte ; ses premiers pas sur disque, il les fit aux côtés de Donald Byrd sur son album "Chant" en 1961 sur Blue Note, en lieu et place de Duke Pearson - ce qui, déjà, n'est pas rien - et en moins de temps qu'il m'en faut pour vous l'écrire, voilà qu'Herbie est promu du jour au lendemain, réalisant son premier disque sous son nom pour le susdit label. Le plus impressionnant sur "Takin' Off", c'est l'incroyable mâturité d'écriture du musicien ; on croirait que le bonhomme a fait ça toute sa vie, qu'il pèse ses quarante ans bien tassées (il a alors seulement vingt deux ans) et qu'il en est déjà à son quatorzième disque... Peu d'artistes jazz à ma connaissance ont connu un départ si tonitruant. Un premier disque assumé seul, constitué de six compositions originales dont une, au moins, va très rapidement devenir un standard ("Watermelon Man") mais peut-être plus encore ; une borne réferentielle autour de laquelle le pianiste ne cessera de graviter tout au long de sa riche et dense carrière. Pour ce premier rendez-vous, il est de plus entouré par une fine équipe : la section rythmique Butch Warren et Billy Higgins, classique, mais aussi le trop rare Dexter Gordon au saxophone ténor et l'indécrottable Freddie Hubbard avec qui il réalisera quelques uns de ses plus beaux disques pour la compagnie. "Takin' Off" ne bouscule pas les conventions. Mais son tour de force réside avant tout dans le vibrant manifeste qu'il constitue : la naissance d'une étoile qui, sans se faire prier, brille déjà haut dans le firmament pourtant déjà bien encombré des plus grands artistes jazz. Source :gutsofdarkness.


                             


Pour s'attaquer à l'oeuvre de Herbie Hancock, mieux vaut savoir par où commencer. Ce pianiste a produit tant de disques incontournables qu'il est dur d'en différencier la qualité, si bien que je comprendrais que l'on prenne peur face à cette très longue discographie, qui plus est lorsque l'on est encore novice en matière de jazz. Avec "Takin' Off", non seulement vous ne serez pas déçu, mais vous aurez en plus la chance de profiter de l'un des plus beaux disques jamais enregistrés par ce virtuose précoce. Imaginez qu'Hancock n'a que 22 ans lorsque Blue Note décide de l'intégrer parmi ses poulains, et comme leader s'il vous plait. Pour autant, malgré son jeune âge et son "inexpérience", il s'est déjà forgé un nom sur la scène de Chicago en accompagnant quelques pointures du milieu comme Donald Byrd ou Coleman Hawkins et n'a donc rien du parfait débutant. Autodidacte du jazz, c'est en écoutant les musiciens du milieu qu'il a appris à jouer cette musique et qu'il peaufine son sens si singulier de l'interprétation et de l'harmonie. 
Bonus :


                                    



Mais cette fois-ci tous les titres sont de lui. C'est donc en 1962 que débutera réellement la carrière de l'artiste. Il sera très vite convoité par Miles pour qui il jouera dès l'année suivante grâce à l'intermédiaire du tout aussi génial Tony Williams. Pour l'heure le public découvre ce génie à la précocité indéniable le temps de 6 titres, et notamment de son imparable tube "Watermelon Man", qui à lui seul fait immédiatement figure d'incontournable. Il faut aussi dire qu'Hancock n'a pas choisi n'importe qui pour l'accompagner: Au saxophone, le "vétéran" Dexter Gordon, alors en pleine renaissance, est la pièce maîtresse et l'esprit blues avec son phrasé moelleux et chaud, la note bleue en somme, Billy Higgins à la batterie et Butch Warren sont évidemment un soutien de premier ordre, sans effusion ni chi-chi, et Freddie Hubbard à la trompette, 24 ans et figure montante de Blue Note, fait déjà parler son talent et sa dextérité de jeune lion dans un style quelque peu apaisé qu'on ne lui connaitra que trop peu par la suite (du moins lorsqu'on sait de quoi était capable le bonhomme).
Ce disque, résolument moderne et précurseur de ce que la nouvelle vague de musiciens apportera au courant hard-bop ou jazz modal, est tout simplement Le Chef-d'Oeuvre de Hancock que tout amateur se doit de posséder dans sa collection. Indémodable par sa couleur et intransigeant dans son contenu, "Takin' Off" est évident de bout en bout.
Source : http://audiocity.over-blog.com/article-herbie-hancock-takin-off-1962-blue-note-97477107.html

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