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dimanche 25 mai 2014

Sécessions

En 1995, l’historien James McPherson citait un article du New York Times écrit par Richard Bernstein sous le titre « Les films peuvent-ils enseigner l’histoire ? » . Berstein expliquait que « beaucoup de gens apprennent aujourd’hui l’histoire, ou ce qu’ils pensent être l’histoire, plus à partir des films que des livres d’histoire de référence » . Il se pose donc la question suivante : les réalisateurs, comme les romanciers, doivent-ils utiliser de manière sélective et partiale le matériau historique disponible, dans le but de produire un bon drame et de divertir, et ce même en forgeant ce qu’on appelle parfois une vérité poétique, une vérité « plus vraie » que la vérité littérale ?
La guerre de Sécession (1861-1865) et sa représentation cinématographique fournit un bon exemple, il est vrai, pour répondre à ces interrogations. 150 ans après la fin des hostilités, le débat historiographique sur le conflit fait toujours rage entre les historiens américains, et ce même dans la vision populaire du conflit. Quatre courants principaux sont repérables. La représentation traditionnelle de la guerre pour le Sud est celle de la « cause perdue », qui cherche à réconcilier la population blanche des anciens Etats confédérés avec la défaite subie pendant la guerre de Sécession : c’est celle qui est déjà développée dans le grand classique du cinéma Autant en Emporte le Vent (1936). Ce discours, né dès 1867, aux lendemains du conflit, a survécu jusqu’à ce jour. Le courant de la « cause de l’Union », populaire chez les Blancs du Nord, expose le combat pour maintenir une république viable face aux menées sécessionnistes du Sud, qui menacent la démocratie. Pour ce courant, l’émancipation n’est qu’un moyen de punir les propriétaires d’esclaves blancs du Sud et d’affaiblir la Confédération. 



   
 
Si Autant en emporte le vent séduit toujours autant aujourd’hui, c’est qu’il avait été dès l’origine pensé comme une œuvre atemporelle. Demain était un autre jour pour David O. Selznick : parti d’un statut de producteur talentueux parmi tant d’autres, il entra dans l’histoire comme l’auteur du film-fleuve le plus célèbre et le plus admiré de tous les temps. Quant à Vivien Leigh et Clark Gable, ils incarnent à jamais le couple glamour par excellence et le romantisme d’une époque révolue, celle du Vieux Sud comme du Grand Hollywood.


                


La « cause de l’émancipation », surtout développée par les historiens afro-américains, mais rejointe par certains Blancs, présente la guerre comme un combat pour la libération des 4 millions d’esclaves noirs du Sud et la suppression de l’esclavage dans la société américaine. C’est ce qui fait la cause véritable du Nord dans le conflit. Enfin, la « cause de la réconciliation » tente de présenter le conflit comme un affrontement entre Blancs vertueux des deux camps, tout en exaltant la nation restaurée à l’issue du conflit, et la nouvelle place des Afro-Américains, mais se garde bien de dire que tel ou tel camp était dans le vrai.
La représentation de la guerre de Sécession montre le changement de la vision populaire sur le conflit. Si l’on remonte à une vingtaine d’années depuis la sortie du film Glory (1989), on peut lister les films suivants : Danse avec les loups (1990), Gettysburg (1993), Chevauchée avec le Diable (1999), Gangs of New York (2002), Gods and Generals (2003), Retour à Cold Mountain (2003) et Seraphim Falls (2006), cette liste n’étant pas exhaustive. 


   



Tout était en place pour émouvoir, divertir et plaire au plus grand nombre : une histoire composée d’un portrait de femme forte et téméraire qui prend la voie de la rébellion pour venger la mort de son père et contrer les abus des Carpetbaggers, d’une romance aux multiples rebondissements ; une Gene Tierney qui avait fait une agréable impression dans le Le Retour de Frank James de Fritz Lang ; un Dana Andrews qui allait être de nouveau partenaire de l’actrice dans le mémorable Laura ; un Randolph Scott parfait l’année précédente dans son habit de confédéré dans Virginia City de Michael Curtiz ; une mise en scène signée Irving Cummings qui venait alors de nous offrir deux petits bijoux malheureusement méconnus, Hollywood Cavalcade, une attachante chronique du cinéma muet, puis Lilian Russell, un beau portrait de la chanteuse en question avec Alice Faye dans son rôle le plus marquant ; un scénario adapté d’un roman de Niven Busch signé Lamar Trotti dont je n’arrête pas de vous rabattre les oreilles, lui qui a écrit tant de pures merveilles pour John Ford (Drum Along the Mohawk) et surtout une bonne dizaine pour Henry King ; le Technicolor trois bandes inégalé et qui n’a pas fini de nous en mettre plein les yeux… Mais vous l’aurez deviné, si La Reine des rebelles n’est aujourd’hui pas aussi réputé et connu que son illustre aîné, Le Brigand bien-aimé de Henry King, c’est pour la bonne et simple raison que contrairement à lui, il ne répond à aucune de nos attentes et qu’il se révèle en définitive être un bien mauvais film, un Gone With the Wind du pauvre, du très pauvre !


                                             


Ces films en tant que groupe montrent que le sentiment pro-confédéré de départ est en train de s’effacer progressivement devant un discours sur l’émancipation, qui discrédite l’importance de la préservation de l’Union comme facteur de guerre pour le Nord. Depuis la sortie de Glory, seul Gods and Generals adopte clairement le point de vue de la « cause perdue », bien qu’on le sente aussi dans Gettysburg, mais de façon plus nuancée. De manière surprenante, c’est la « cause de l’Union » qui est la moins représentée dans ces films alors que c’était la tendance dominante dans les générations ayant participé au conflit. A l’inverse, certains des films cités ci-dessus ne montre pas l’armée de l’Union sous un jour très favorable : c’est le cas de Danse avec les loups, Cold Mountain ou Seraphim Falls. Il faut dire aussi que la guerre du Viêtnam est passée par là, et l’on n’est pas sans établir certaines analogies entre la présentation de l’armée nordiste dans ces films et celle de l’armée américaine au Viêtnam dans Apocalypse Now (1979), Platoon (1986) ou Full Metal Jacket (1987). 


                  

Massachusetts durant la Guerre de Sécession. Alors que leur père est parti au front, les quatre sœurs March survivent tant bien que mal aux côtés de leur mère (Mary Astor), femme charitable et d’une grande honnêteté qui inculque à ses filles les meilleures manières. L’aînée, Meg (Janet Leigh), la plus posée et la plus mature, veille sur la bonne entente du ‘groupe’ surtout qu’il faut arriver à gérer à la fois l’impulsive Jo (June Allyson), garçon manqué qui songe à devenir romancière pour pouvoir s’émanciper, et l’égoïste et superficielle Amy (Elizabeth Taylor) qui ne rêve que de richesse mais n’en possède pas moins un cœur d’or. Quant à la douce Beth (Margaret O’Brien), la cadette, on ne l’entend guère car foncièrement timide mais d’une exquise bonté d’âme. Leur quotidien fait de rires et de larmes va être ‘bouleversé’ par l’arrivée dans la maison d’â côté d’un homme âgé et taciturne et de son petit fils Laurie (Peter Lawford) qui trouve comme seul distraction de regarder vivre la famille March…


                                 


Les soldats de l’Union dépeints comme des maraudeurs cruels et racistes à l’encontre des civils sudistes, des Noirs et des Indiens fournissent indirectement du grain à moudre aux tenants de la « cause perdue » . Cette désaffection est aussi due à l’explication fournie pour justifier le combat afin de sauver l’Union. Les deux autres courants de l’émancipation et de la réconciliation fournissent des explications plus simples et à la fois plus désirables pour les Américains se penchant sur leur passé.
Ces considérations sont liées aussi à ce qu’est devenue la nation américaine après le conflit. Son monde d’usines et très urbanisé ressemble évidemment plus à ce qu’était l’Union. Aussi tout désagrément avec de mode de vie entraîne une critique acerbe de l’Union. Les conservateurs se font une joie de dénoncer l’intrusion d’un Etat tentaculaire à cause de Lincoln, la victoire d’un Etat avare qui s’embarque ensuite au XXème siècle dans l’aventure impérialiste. Hollywood a ainsi pu traiter les armées américaines crapahutant au coeur de la Confédération ou du Viêtnam comme des expressions malveillantes de la politique nationale. Au final, l’émancipation et la réconciliation semblent bien avoir triomphé dans la représentation de la guerre de Sécession par Hollywood. L’expérience de la guerre en Irak changera peut-être cela, à terme.


       
1864, en pleine Guerre de Sécession. Alvarez Kelly doit livrer un troupeau de bovins aux nordistes installés en Virginie. Les Sudistes, qui convoitent ce ravitaillement, attirent Alvarez dans un piège. Le colonel Tom Rossiter lui donne dix jours pour changer de camp, le menaçant de lui faire sauter un doigt au révolver chaque jour. Kelly cède, et est introduit dans la société sudiste de la ville de Richmond. Il fait la connaissance de Liz Pickering, l'amie de Rossiter. Pour se venger, il l'aide à fuir vers le Nord. Kelly doit conduire le détournement du troupeau, mais le Commandant nordiste Stedman leur tend une embuscade sur une rivière. Kelly emballe les bêtes, prenant de vitesse les troupes nordistes. Rossiter, reconnaissant, le libère. y. Le bétail peut prendre la route de Richmond...
Source : http://www.premiere.fr/film/Alvarez-Kelly-146924

1 commentaire:

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