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mardi 20 mai 2014

Linda Darnell

En 1947, la Twentieth Century Fox, sous la férule de son directeur de production, Darryl F.Zanuck, acquiert les droits d'exploitation du roman à succès de Kathleen Winsor et entreprend la production d'une fresque historique dont l'ambition est de rivaliser avec Autant en emporte le vent. Depuis le début des années 40, le studio accumulait les succès, alternant savamment les films en noir et blanc traitant le plus souvent de sujets sérieux (Les Raisins de la colère ou Qu'elle était verte ma vallée de John FordLe Chant de Bernadette de Henry KingL'Etrange incident de William A. Wellman) avec les films en couleur plus volontiers réservés aux films d'évasion tels que les westerns, films costumés ou reconstitutions historiques (Le Retour de Frank James de Fritz Lang Arènes sanglantes de Rouben MamoulianLe Cygne noir de Henry King). Dans un premier temps, la réalisation est confiée à John Stahl, auteur de mélodrames fameux dans les années 30 (Back Street, Imitation of Life, Le Secret magnifique) qui vient de réaliser deux ans auparavant, avec Péché mortel, un étonnant mélange de mélodrame et de film noir dans un Technicolor flamboyant. Mais les premiers jours de tournage ne sont guère convaincants pour Zanuck qui décide de confier le film à Otto Preminger, alors sous contrat à la Fox. Même si les rapports de force ont souvent été tendus entre ces deux caractères impétueux, il n'est pas vain de constater le bénéfice fécond de cette association producteur exécutif / réalisateur. En 1944 déjà, Zanuck avait refusé dans un premier temps le choix de Preminger (pourtant initiateur et producteur) pour réaliser Laura. Mais Rouben Mamoulian, à qui le patron de la Fox confie d'abord le projet, est loin de satisfaire Preminger qui finit par convaincre son producteur exécutif de lui céder la réalisation. 



   

De nombreux conflits verront le jour au cours du tournage, néanmoins Zanuck a parfois le refus constructif, témoin sa décision ferme de demander à Preminger une fin alternative à celle prévue initialement qui laissait la vie sauve à Lydecker, réduisant de ce fait la dramaturgie fondée sur un dénouement trop explicite. Pour Ambre, l'apport de Zanuck n'est pas négligeable non plus puisqu'en plus de faire appel à Preminger, il s'oppose au choix de celui ci d'engager Lana Turner pour interpréter Ambre. En outre, Lana Turner est sous contrat à la MGM et Zanuck, qui croit dur comme fer au succès du film, n'entend pas faire de la publicité à une vedette d'un studio concurrent.


                               


Il n'en fallait sans doute pas plus à Otto Preminger pour désavouer ce film qu'il n'évoque pas une seule fois dans son autobiographie. Et ce même si, comme déjà pour Laura, et comme il aura toujours coutume de procéder, il réécrit totalement le scénario du film tel qu'il avait initialement été entamé par John Stahl, en étroite collaboration avec ses scénaristes, puis au terme de ce travail d'écriture seulement envisage la distribution des rôles. De fait, ne nous y trompons pas, Forever Amber n'en demeure pas moins une oeuvre caractéristique de son réalisateur. Par les thèmes qu'il aborde, un cynisme désabusé et fallacieux comme obstacle aux sentiments les plus purs, une volonté obstinée et vaine d'infléchir sur le destin de l'entourage de ses héros, ce film porte en germe, peut être de façon plus démonstrative que Laura, l'oeuvre ultérieure de Preminger, constellée de caractères solitaires et manipulateurs. 


                               


Comme Cécile dans Bonjour tristesse, Ambre met en scène sa vie, convaincue qu'ainsi elle demeurera maîtresse de son destin et par conséquent qu'elle agira selon sa volonté sur celui de ses proches. Dès la seconde séquence du film d'ailleurs, en préambule à toutes les intrigues dont elle sera l'instigatrice, on voit la jeune Ambre s'observer devant un miroir et adopter les mêmes attitudes que les dames galantes illustrant une gravure. C'est à travers ce regard fascinant et troublant qu'elle porte à ses "objets" qu'on devine par avance la persévérance qui l'animera durant le long parcours la conduisant d'une modeste ferme de l'Essex jusqu'à la cours de Charles II.


                                


Puis ensuite, quand Ambre apprend après son départ précipité, que Bruce Carlton n'acceptera de l'épouser que si elle est un bon parti, elle sait tout le chemin qui lui reste à réaliser pour se défaire de sa modeste condition. Avec ce rôle, Linda Darnell obtient d'ailleurs la consécration, et c'est justice tant on n'imagine pas un instant une Ambre plus à propos, elle qui avait déjà brillamment incarné une religiosité toute solennelle (Le Chant de Bernadette de Henry King), une victime calculatrice de la frustration masculine (Crime passionnel d'Otto Preminger), mais aussi une amante éperdue (La Poursuite infernale de John Ford). C'est d'ailleurs la première fois dans la carrière de Preminger, qu'une femme est ainsi le personnage central du film, chose assez peu surprenante si l'on en juge par ces propos : « Les femmes sont et seront toujours un sujet fascinant. Peut-être parce qu'on n'en trouverait pas deux semblables. Peut-être est-ce parce qu'elles sont sans cesse en train de changer d'apparence et de personnalité. » Une déclaration qu'on pourrait d'ailleurs précisément apposer en exergue de ce film. Ambre cristallise en effet le désir, l'amertume, la frustration et une secrète jalousie qui finiront par lui faire perdre tout ce qu'elle avait initialement désiré, l'amour mais aussi le fruit de cet amour. Car même conscients du très probable échec de leur entreprise, bien souvent les héros "premingeriens" se doivent d'aller jusqu'au terme de leur obstination. Ce sentiment désabusé s'exprime d'une manière infiniment juste lorsque le sourire irradiant le visage d'Ambre glisse insidieusement vers une expression d'incompréhension figée par le trouble. Attitude qu'elle empruntera d'ailleurs à chaque fois qu'elle sera sommée par ses amants, ou Bruce lui-même, d'expliquer ses intrigues ou cachotteries...Sources : http://www.dvdclassik.com/critique/ambre-preminger


                               


Chacune des trois femmes doit traverser une épreuve : comment s'habiller après l'uniforme militaire ? Comment progresser par le travail ? Comment échapper au soupçon d'arrivisme quand on est arrivé au mariage par une stratégie sexuelle ?
A chaque fois, le conflit est plus difficile à résoudre. Le premier n'en est pas vraiment un. Dans le second, le professeur finira par accepter les valeurs futiles de l'autre qui veut réussir son intégration sociale et gagner de l'argent. Le conflit majeur réside entre Porter et Laura Mae, qui s'admirent l'un et l'autre pour leur énergie face à la misère mais savent que pour arriver socialement, les sentiments sont secondaires et se soupçonnent donc toujours mutuellement.
Le film bénéficie d'un fort ancrage social et procède à une critique en règle de l'american-way-of-life et des rapports marchands qui règlent la vie en société. Les annonceurs seront bientôt les instituteurs de nos enfants. Et les dangers menacent lors des bals, lorsque l'on boit ou lorsque l'on reçoit. Chaînes conjugales pourrait donner l'impression de raconter trois mélodrames bourgeois futiles : les trois bergères finissent heureuses avec leur prince. Les personnages sont certes marqués par la place que la société leur donne mais ils savent aussi qu'il faut quitter ce seul positionnement pour accéder à une autre place supérieure. Toute vie qui se croit solide est basée sur le sable du temps.
Chaînes conjugales pratique ainsi une double auscultation du temps, thème omniprésent chez Mankiewicz. Une auscultation pour savoir quand est-ce que le mariage de chacune a pu déraper et pour connaître le moment où leur personnalité s'est révélée.


   

Chacune des trois femmes se demande ainsi quand son mariage a pris une voie bifurquante. Quand est-ce que, par rapport à Addie Ross - qui fait toujours le bon cadeau, le bon geste au bon moment- elle n'a pas été assez femme pour réussir son mariage.
Les hommes aussi sont fragiles. Mais eux, au moins savent qui ils sont, sauf peut-être le dernier, et la vie est ainsi plus facile pour eux. Les femmes au contraire doivent aussi accéder à la connaissance d'elle-même, à leur personnalité à travers l'épreuve que l'on leur donne à passer. Le seul homme qui ne se connaît pas est le "géant potentiel", le rustre, le trop apparemment viril Porter Hollingsway. Il n'est donc guère étonnant que ce soit lui qui ait été le plus tenté par un départ avec Addie. Brad est trop fade et George, trop solide. Le plus tragique du film consiste en ce que le personnage le plus libre, Addie Ross reparte sans personne. A peine entrevue, bras et épaule dénudés avec une cigarette qui la désigne comme une femme phallique avec sa capacité à capter un homme, elle accentue la vie des autres. A la fin, elle casse son verre et s'en va.



                                 



 Addie Ross veut tout le pouvoir, elle n'est pas humaine et repart sans rien. Les autres cherchent le phallus, l'objet du désir et tentent de le garder, jusqu'au moment où ils en laissent une part à l'autre pour échapper à la solitude. Celle qui est libre est celle qui perd, les autres doivent supporter les chaînes conjugales (le titre américain qui désigne les trois femmes par leur statut d'épouse porte la même connotation).   Puisque la liberté conduit à la solitude, Mankiewicz magnifie le couple et le mariage Les trois femmes sont pourris d'envie à l'égard de l'insaisissable, bon cadeau au bon moment, mais finalement non culpabilité perpétuelle des femmes il veut les magnifier. Fermière militaire, instituteur avec réclame employée avec employeur, figures compliques mais le couple est compliqué. Le bonheur est toujours inquiétude mais inquiétude beaucoup plus pour les femmes. Elles n'ont aucun patrimoine sauf celui donné par le mariage, comment négocier une part de liberté sans que la virilité de leur mari soit niée (Mr. Manleigh), celles qui n'ont pas négocié leurs charmes à temps, la mère, la bonne, vivent seules. Source : Jean Douchet et Dominique Cabrera

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