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mardi 20 mai 2014

Library Music

La Library Music est également appelée « production music » ou « stock music ». En français, on parle de « musique d’illustration », et c’est assez terrible. Terrible parce qu’il s’agit bel et bien de musique au kilomètre, une expression que vous connaissez et que vous devez utiliser en parlant de house music lorsque vous kiffez le metal progressif. Pour simplifier à l’extrême, imaginez simplement qu’il existe des « labels » qui proposent aujourd’hui sur le net des musiques dites de genre, destinées à illustrer tout types de vidéos ou de programmes sonores. Question légitime : pourquoi les chaînes de radio / TV et autres clients de ces labels n’utilisent-ils pas de la musique sortie dans le commerce, de la vraie-musique d’artistes- musiciens, et préfèrent ces banques de sons prêtes à l’emploi ? Le premier élément de réponse est dans la question car ce côté « prêt à l’emploi » est bien pratique (ça évite de chercher une musique « énergique mais un peu triste et dans-le-style-de- Moby » : les labels d’illustration ont tout en magasin, déjà bien classé). Ensuite, ces banques de sons (de musique) coûtent souvent moins cher que des morceaux de Prince ou U2 par exemple (qui n’aiment pas trop qu’on utilise leurs musiques pour vendre des sodas ou des hamburgers). Enfin, toutes les musiques dites « library » sont gratuites tant qu’on ne les utilise pas (cela évite d’acheter des centaines d’albums pour n’utiliser qu’un ou deux titres, c’est encore un exemple). Ces labels d’illustration proposent ainsi des catalogues qui provoquent un certain vertige pour les mélomanes, car ils ont tout, dans tous les styles. Rien ne leur échappe. Ils doivent répondre à toute demande : ce qui correspond exactement à la liste de styles de musique que vous propose, par exemple, votre player iTunes. Des exemples ? Vous êtes sûrs ? Ok.



   

Ambiances / Textures / Balade / Big beat / Nu skool / Bluegrass / Hillbilly / Blues / Break beat / Comédie / Cool / Décontracté / Easy-listening / Country / Danse Club / Disco / Drum ‘n’ bass / Jungle / Dub / Dubstep / Effets musicaux / Electro / Enfants / Epoque / Fanfares / Folk / Funk / Garage / Gospel / Groove / Grunge / Hip-hop / Blip hop / House / Hymnes nationaux / Jazz / Jungle / Musique classique / Musique latine / Musique légère / Musique planante / Musique urbaine / Nationale / Ethnique / New Age / Noël / Punk / R’n’B (contemporain) / Rap (voix) / Rap underscore / Rave / Reggae / Retro / Rock / Rythme and blues (classique) / Ska / Soul / Style de danse (traditionnelle) / Styles populaires / Techno / Trance / Trip hop / Downbeat / World / Musique du monde / Crossover. Voilà, maintenant vous flippez. C’est normal. On n’imagine bien évidement pas que des musiciens fassent de la musique sur demande, dans un style précis. Normalement, cela n’existe pas. Et pourtant, si. Et le pire c’est que ça marche. Bien entendu, cette fiche utile n’est pas destinée à dire du mal des labels d’illustration sonore, ni des musiciens qui fabriquent cette musique au kilomètre. Il se trouve qu’à l’origine, ces enregistrements étaient gravés sur vinyle, avec des belles pochettes, et que dans le lot, des fouineurs ont trouvé des pépites qui ont fait l’objet de compilations absolument géniales, et que ce corpus de « fausse » musique a été (et reste) une source infinie de samples « inédits ». Parlez-en à vos amis producteurs de hiphop, d’electronica, de big beat, d’electro ou de house : ils sont souvent intarissables sur le sujet et ce n’est pas pour rien que ces vinyles « sans intérêt musical » se sont toujours vendus à prix d’or.


                                 


RESUME
Dès l’apparition des publicités à la radio, on entendait déjà cette fameuse « musique de fond », ou « jingle », qui donnait le ton du produit en réclame (musique douce pour la lessive, musique tropicale pour le café, musique futuriste pour les piles, etc). Les musiques « de fond » des résultats de ligue 2 de foot dans Soir 3, les musiques de documentaires sur les fonds marins, les fusées, les maladies de peau ou les plateformes pétrolières, certaines musiques de films sans prétention, la grande majorité des téléfilms coquins, avec ou sans prétention, certains programmes TV ou radio spécialisés type chasse ou pêche, voire les musiques dans les supermarchés ou les restaurants (avant les compiles branchées de vraie musique) : toutes ces musiques « illustratives » et donc faites « à la manière de », et bien, sachez-le, il y a des musiciens qui font ça, et qui gagnent même plutôt bien leur vie (pour les meilleurs d’entre eux hein, là on a le droit de parler compétition, il n’est pas vraiment question d’oeuvres d’art – même si je sens bien qu’il y aurait moyen de faire un débat chiant autour de ça.)
ORIGINES
Le courage m’a quitté aussi vite que mon enthousiasme lorsque j’ai commencé mes recherches sur les origines de la Library Music. En réalité, je pensais en connaître un petit rayon sur le sujet : je possède une bonne centaine de disques estampillés Chappell, Bruton Music, April Orchestra, Tele Music ou KPM, ainsi qu’une grosse dizaine (beaucoup plus en comptant les mp3) de best-of réalisés par des mecs cools, et j’avoue que je pensais arriver à faire cette fiche utile de tête pendant l’heure qui me restait avant la deadline ultime imposée par le service graphisme et mise en page de notre association. Malgré cela, j’ai quand même cherché sur internet des textes tout faits, mais impossible de lire tous ces documents (pourtant riches d’enseignement) sans me dire que, franchement, qu’est-ce qu’on en a à ficher de tout ça, honnêtement ?
L’intérêt de la library music n’est pas ses origines, ni son, et là je change de paragraphe :


                                  


STYLE
car le style, c’est justement le truc de la library music. Il n’y a pas un style car, ça vous l’avez bien compris, elle est censée pouvoir jouer tous les styles du monde et même ceux qui n’existent pas mais que vous lui demandez quand même (« tiens, Thierry, tu pourrais nous faire 30 secondes de musique triste pour illustrer le moment où la maman panda mange le plus faible de ses nouveaux-nés ? Oui oui, une musique triste mais pas trop, des enfants vont regarder. Et sinon oui Thierry, c’est ENCORE pour le journal de David Pujadas ».) Pas de style, mais, mais... des tubes ! HA ! On y arrive !
LES GROS TUBES
Bien entendu, depuis les années 30, il y a eu au moins un million de disques de library qui sont sortis. Et je ne parle que des beaux vinyles aux visuels terribles (on y reviendra). Les CD de library music sont aussi nombreux, mais on n’aime plus les CD en 2013 vous savez, et aujourd’hui c’est sur le net que ça se passe. Tapez « musique d’illustration » dans Google et laissez vous dégoûter à vie de la musique en vous promenant sur les centaines de sites qui proposent leurs catalogues d’illustrations musicales riches de 6674816 oeuvres de très haute-qualité pour les productions TV, publicité, film... STOP. Restons calme. Nous allons rester dans ce que les années 60, 70 et 80 nous ont offert de meilleur en library music, car à l’époque, des vrais artistes arrondissaient leurs fins de mois grâce à ces petites musiques légères, et en profitaient pour tenter des trucs. Et puis il fallait bien illustrer tous ces documentaires sur le LSD aussi. Et on ne parle pas des effets spéciaux réalisés au synthé pour illustrer les documentaires sur l’espace ou les ordinateurs, parce que là, c’est juste énormissime.


                


N’oubliez pas que les bruits de moteurs de vaisseaux spatiaux, de Star Wars à Temps X, ont été faits par des types avec des synthétiseurs (car cela n’existe pas les vaisseaux spatiaux, et pourtant il fallait bien inventer le bruit qui allait avec : j’en conviens, c’est difficile d’imaginer qu’il y a des disques entier de bruits de vaisseaux spatiaux, et pourtant, moi même j’en possède – vous avez raison, c’est encore plus difficile d’imaginer que des gens puissent acheter ce genre de disques). Vu que dans ma grosse collection de vinyles de library, je n’ai au bout du compte qu’une poignée de vrais gros tubes (on parle ici de morceaux qu’on écoute avec plaisir et qu’on aime mettre sur des compiles pour les copains), le mieux est donc d’aller directement écouter les sélections que des fous furieux ont réalisées à notre place, et pour notre plus grand plaisir. Dans le désordre, on citera la Electronic Toys!: A Retrospective of 70’s Synthesizer Music (1996), les deux « Nuggets » de Luke Vibert en 2001 et 2002, les « Space Oddities » de Alexis Le-Tan et Jess en 2008 et 2009, la Cosmic Future Groove Vol. 1: Spaced Out Disco & Funkified Electronic Themes 1975 to 1987 (2010), la Popshopping Vol. 1: Juicy Music From German Commercials 1960- 1975 (2000) ainsi que son vol.2, les deux Barry 7’s Connectors - compilées par Mr Add N To (X), les Manhattan Research Inc.: New Plastic Sounds and Electronic Abstractions de Raymond Scott, The Music Library: Graphic Art and Sound (2005) de Jonny Trunk (et plein d’autres compiles chez Trunk ou Strut, des labels de connaisseurs), les TV Sound and Image: British Television, Film and Library Composers 1956- 80 (2012) chez Soul Jazz, le Monty Python’s Flying Circus: 30 Musical Masterpieces From the Infamous Television Series 1969-1974 (2009), le Pop Electronique de Cecil Leuter, et tous les disques à pochettes bauhaus sur lesquelles vous voyez les noms de Roger Roger ou Jean-Jacques Perrey. A vous de jouer maintenant, tout est disponible sur internet, assez facilement en plus.


                


LES STARS DU GENRE
Il y en a évidemment beaucoup, dont on peut écouter les disques comme des « vrais disques de vraie musique ». On pense sans trop réfléchir à Ennio Morricone, Roger Roger donc, Jean-Jacques Perrey, Raymond Scott, Bernard Fèvre (qui est venu au Temps Machine sous son avatar discoïde Black Devil Disco Club), Basil Kirchin, Jack Arel, André Popp, François de Roubaix, Les Baxter, Alan Moorhouse et on en oublie. Après, comme toujours, chacun trouvera sont compositeur préféré dans cette pléthorique famille, mais vous verrez, si vous creusez un peu le sujet : on entend tout de suite ceux qui ont fait de la library music pour mettre du beurre dans les épinards, et les autres, qui ont fait ça dans l’idée que c’était impossible de faire de la musique de façon automatique, ceux qui ont fait des oeuvres, certes hors corpus, mais malgré tout des oeuvres de « vraie musique » (ça me fait bizarre d’écrire ça, « vraie musique »).
LES STYLES ASSOCIES A LA LIBRARY MUSIC MUSIC, MAIS JUSTE PARCE QUE C'EST LA QUE C'EST SOUVENT LE MIEUX
Bien entendu, on aime la musique quand elle nous fait voyager dans le temps et dans les pays chauds, et on ne va pas se mentir, on écoute rarement de la harsh noise le dimanche matin. C’est pour ça qu’on aime particulièrement la muzak, la musique légère, l’exotica, la mood music, la bossa nova, le smooth jazz, l’italo disco, la synthpop, les danses latino-américaines, et les expérimentations électroniques les plus dingues géniales : ça tombe bien, les vieux vinyles de library music en regorgent. Mais pas n’importe lesquels, on ne peut pas acheter les yeux fermés un vinyle Chappell : vous en trouverez facilement dans les vides-greniers à 50 centimes, mais à 99%, ce seront des albums de valse. Difficile donc de se lancer dans une collection, sachant que, par exemple, le CHAPPELL MOOD MUSIC VOL.22 de Roger Roger tape dans les 30 euros sur discogs.com mais que la pochette est exactement la même qu’un Paul Bonneau et son Orchestre, beaucoup moins cher...


                


LES VISUELS

On aurait pu vous mettre les pochettes des compiles citées plus haut, ou les pochettes de disques de pop qui ont pompé les codes et les graphismes de la library music (de Stereolab aux Beastie Boys). Mais le mieux serait de faire un nuancier avec les pochettes Chappell ou April, un mur retro futuriste avec les pochette Bruton. Mais je ne sais pas encore s’il restera de la place pour des pochettes, donc je ne m’avancerai pas trop. La page « pochette », ce sera la surprise. Mais ce sera forcément beau. Quoi qu’il en soit, tout ça m’a donné très envie de vous faire une fiche utile sur le label Command Records d’Enoch Light dans le prochain fascicule, ou l’audiophilie au service de l’art, et vice versa.
Source : http://rubinsteiner.blogspot.fr/2013/11/library-music.html

1 commentaire:

  1. http://www12.zippyshare.com/v/23336961/file.html
    http://samurai.fm/dj-mayafra/killer-groove-music-library-show-60-on-thursday-22nd-august-2013-on-j-f-s-r-live-at-10-00pm-uk-time
    http://librarymusicrarities.blogspot.fr/

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