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lundi 26 mai 2014

les derniers cowboys

A la fuite dans l'espace habituelle aux héros de Sam Peckinpah, "Junior Bonner" ajoute la fuite dans le temps, Junior et son père niant le présent et tentant de continuer à vivre selon l'expression de la "frontière" du 19ème siècle ; à ceci près que, si ces "dinosaures" doivent faire face, comme les héros de "Coups de feu dans la Sierra", de "La horde sauvage" et d'"Un nommé Cable Hogue", au monde moderne, ils doivent aussi souffrir de la manière caricaturale avec laquelle ce monde décrit le vieil Ouest.
Empruntant comme "Un nommé Cable Hogue" la forme de la ballade, "Junior Bonner", nonobstant de saisissantes scènes de rodéo, est le film le moins spectaculaire (et le moins violent) de Sam Peckinpah, mais aussi le plus nostalgique, le plus serein...



   


Pourquoi tant de haine ?
Alors que « GETAWAY », que les deux hommes tournèrent juste après, enchaîne réédition sur réédition, toujours plus beau, jusqu'à un magnifique Blu-Ray, on espère qu’un jour un éditeur pensera à re-mastériser ce joli film qui se situe davantage dans la lignée de « UN NOMMÉ CABLE HOGUE », que dans celle de « LA HORDE SAUVAGE ».
Ce qui s’appelle être victime de son succès…

 

                                                                                                                                                                                                     

« JUNIOR BONNER, LE DERNIER BAGARREUR » a toujours été le mal-aimé de la brève filmographie de Sam Peckinpah. Peut-être parce qu'il est totalement dénué de violence, que son scénario tire vers la chronique douce-amère, et que le sex-symbol Steve McQueen y incarne un antihéros triste et paumé, un champion de rodéo vieillissant, largué par ces fameux « temps qui changent » chers à l’auteur. Toujours est-il que le film n’a pas marché à sa sortie en 1972 et que toutes ses éditions DVD, que ce soit en zone 1 ou 2, sont des misères : un pauvre 4/3 en CinémaScope aux U.S.A. et carrément un Pan & Scan préhistorique ailleurs.


              

« La réception est terminée. Rentrez sagement chez vous. Obéissez à vos parents et, avant de vous coucher, n’oubliez pas vos prières ».
Toute la question est de savoir à qui s’adresse réellement Bronco Billy. C’est Serge Toubiana qui, dans Libération, met le doigt sur la dichotomie du film. « L’image de Clint Eastwood clive le public en deux » explique-t-il, entre d’un côté les fans irréductibles qui applaudissent ses exploits de flic redresseur de torts » et de l’autre « ceux qui trouvent une graine de fascisme dans ses films (…). Il s’est passé avec Bronco Billy comme un chassé-croisé entre ces deux publics ».
Le ton même du film porte toute cette ambivalence. La critique est partagée, qui entre « un film qui se veut surtout un divertissement » (France Soir), qui un « hommage grandiose au véritable Far-West, à la saga » (Le Parisien). Dans Le Monde, Jean de Baroncelli botte en touche et prévient qu’il « serait absurde d’attribuer à Bronco Billy une importance et une signification qu’il n’a pas ». Tous s’accordent cependant à voir ça et là une histoire simple et attendrissante, sans prétention. C’est « honnête, parfois drôle, plein de bons sentiments » juge Les Echos, « de cette comédie douceâtre finit par naître une poésie, voire une émotion, qui emporte l’adhésion » poursuit Le Monde. France Soir préfère mettre en avant « l’ironie attendrie » et un certain humour « qui n’exclut pas, quand il le faut, une certaine sensibilité ». Le Figaro et L’Humanité Dimanche sont plus tranchés et estiment que le film est prioritairement destiné aux enfants, les vrais où ceux qui veulent s’en redécouvrir l’âme.



   

Bronco Billy recèle plusieurs niveaux de lecture. En dépeignant  « la solidarité chaleureuse des gens du voyage » (Le Canard Enchaîné), le film approche Le Cirque de Chaplin ou La Strada de Fellini. « En fait de cirque, il s’agit plutôt d’un temple » estime Serge Toubiana, un temple érigé à la gloire des vraies valeurs de l’Amérique puritaine. Eastwood est « plus justicier que jamais » renchérit Les Echos, ce qui constitue d’ailleurs une déception pour La Croix : « il ne renouvelle guère son personnage de macho, séducteur irrésistible et grand pourfendeur de l’injustice ». Et pourtant. Si Clint Eastwood égrène « tous les clichés caractéristiques de la bonne conscience », il le fait sans se moquer, précise Le Figaro.


               


Et Le Parisien savoure pleinement toute le nostalgie et l’énergie du western ».
Un élément est, je trouve, assez captivant c'est ce côté fin d'une époque qui était cher à peckinpah et que l'on retrouve ici. La scène de l'attaque du train est belle pour cela, dans les années 70, un train de voyageur se fait courser par des cow boys en cheval... Je vois tellement bien Junior Bonner faire ca!
Bronco Billy ne dit peut-être rien de plus que la belle santé du « vieux rêve américain », suggère finalement Eric de Saint-Angel dans Le Matin.

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