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lundi 12 mai 2014

Eugène Lourié


Eugène Lourié est un chef décorateur et directeur artistique français, d'origine russe, né à Kharkov (aujourd'hui Kharkiv en Ukraine) le 8 avril 1903, mort à Woodland Hills (Quartier de Los Angeles, Californie) le 26 mai 1991. Il est aussi le réalisateur de quelques films.
En 1921, il s'installe en France, à Paris ; il y apprend la peinture puis s'oriente vers le cinéma. Il devient décorateur en 1927 et jusqu'en 1940, exerce à ce titre sur de nombreux films français. En particulier, il est un collaborateur régulier de Jean Renoir dès 1933, notamment sur deux chefs-d'œuvre du cinéma mondial, La Grande Illusion (1937) et La Règle du jeu (1939). En 1941, il s'établit définitivement aux États-Unis ; il y retrouve Renoir, pour lequel il sera encore décorateur sur plusieurs films de sa période américaine, jusqu'en 1951 avec Le Fleuve. Sinon, à partir de 1943, il est responsable des décors — ou directeur artistique — de films américains (dont Les Feux de la rampe, dernier film américain de Charlie Chaplin en 1952), son ultime en 1980 étant Bronco Billy, de et avec Clint Eastwood. En 1954, il revient toutefois en France comme réalisateur-adjoint de Sacha Guitry sur deux de ses productions (sorties en 1955), Si Paris nous était conté et Napoléon. Pour ce dernier, dont il réalise les scènes de bataille, il est également crédité "conseiller technique" (notons ici qu'il avait débuté en 1927 avec le Napoléon d'Abel Gance).

Il est aussi décorateur à la télévision américaine, pour des téléfilms et des séries (Kung Fu notamment), entre 1952 et 1978.
Son parcours est éclectique : il est également réalisateur de quatre films de science-fiction entre 1953 et 1961, ainsi que d'épisodes de séries télévisées dans les années 1950, producteur (deux films), directeur d'effets spéciaux (quatre films), costumier (quatre films), scénariste (trois films) et enfin acteur (deux films) — voir filmographie ci-après —. C'est avec un rôle dans À bout de souffle, made in USA qu'il termine sa carrière au cinéma en 1983.
Hormis le cinéma et la télévision, il conçoit les décors pour des spectacles de ballet et pour le théâtre. Il collabore entre autres avec les ballets russes de Monte-Carlo.
En 1985, il publie une autobiographie sous le titre My Work in Films.
Aux États-Unis, il est parfois crédité Gene Lourie (en outre, ses nom et/ou prénom sont quelquefois orthographiés sans accent).

De 1941 jusqu'à sa mort en 1991, il est marié à la costumière d'origine française Laure Lourié (née Laure de Zarate, 1911-2001).


Congelée depuis des siècles dans les glaces de l’Arctique, une créature préhistorique revient étrangement à la vie suite à une explosion atomique. Nageant dans la brume le long des côtes américaines, le Rhédosaure envahit bientôt New-York, plongeant la métropole dans un chaos indéfinissable…
Inspiré par le succès de la ressortie de King Kong dans les salles américaines, Le monstre des temps perdus a valeur historique puisqu’elle est la première pellicule à envisager les conséquences néfastes de la bombe atomique. Témoin de l’angoisse qui prévaut au crépuscule de la seconde guerre mondiale et à l’aube de la guerre froide, le métrage entrouvre la voie pour les dérives science-fictionnelles qui suivront envisageant la mutation monstrueuse de créatures sous l’impact des rayonnements radioactifs de la bombe A : des insectes (Des monstres attaquent la ville) aux arachnides (Tarantula), en passant par les créatures sous-marines (L’attaque des sangsues géantes). Pour l’heure, Eugène Lourié et Ray Harryhausen s’inspirent très librement d’une nouvelle de Ray Bradbury, publiée dans The Saturday Evening Post et titrée « The beast from 20 000 fathoms » dont ils reprennent quelques éléments marquants (l’attaque d’un phare par un dinosaure) pour les intégrer au sein de leur intrigue très proche de celle développée dans King Kong, énorme classique du film de monstre. Aucune mutation réelle mais une fonte glacière subite qui entraine la libération de cette créature préhistorique que la nature a créée carnivore.
Le Rhédosaure, sorte de croisement entre le stégosaure et le T-Rex, fut imaginée extrêmement imposant afin de provoquer l’effroi lors de sa confrontation avec les immeubles newyorkais. 





Conçue en image par image par le magicien des effets spéciaux, Ray Harryhausen, élève sous l’égide du célèbre Willis O’Brian (responsable des effets visuels de King kong), la bête est révélée dès l’entrée de l’œuvre. Une apparition furtive sous fond de tempête de niege, souhaitée par le producteur qui désirait rentabiliser le coût de la maquette construite à cet effet. Malgré son script filiforme, Le monstre des temps perdus s’impose comme l’une des œuvres fondatrices du genre « monstrueux » dont la répercussion se fera sentir jusqu’au pays du soleil levant qui calquera de nombreuses séquences, deux ans plus tard, pour son Godzilla (le sous-texte en plus).


               

Malgré un script chaotique n’offrant aucune vraie progression mais un schéma simpliste (découverte / enquête / invasion) et une interprétation souvent borderline (l’affolement rendu peu crédible par le peu de figurants), Le monstre des temps perdus n’en est pas moins une œuvre-phare du cinéma de science-fiction des années 50. Posant les jalons de l’ère post-atomique, légitimation évasive reprise à la pelle par après, le film permet en outre de voir émerger deux talents indubitables : celui de Ray Harryhausen, injustement boudé par les statuettes dorées malgré ses effets magistraux et du français Eugène Lourié, jusqu’alors directeur artistique, qui prouvera de nouveau son amour des créatures dantesques avec The Colossus of New York, Behemoth the Sea monster et Gorgo...



                


GORGO est un film de monstre pas comme les autres. Il arrive tout d’abord à la fin d’un cycle qui fit les beaux jours de la décade 1950-1960. Le film fut produit au Royaume Uni et utilise, concernant le monstre, la technologie utilisée dans GODZILLA (à savoir un homme dans un costume) et non pas de l'animation image par image (stop-motion) plus généralement utilisée en occident. Sans compter également son histoire qui est une sorte de croisement multiple avec nombre de films de son genre.
Eugène Lourié initia ainsi le cycle de film de monstres des années 50, résonance lointaine de KING KONG, avec LE MONSTRE DES TEMPS PERDUS et son rhédosaure animé en stop-motion par Ray Harryhausen. Ce film inspira d’ailleurs GODZILLA d’Inoshiro Honda… qui se trouva lui aussi une influence en miroir pour GORGO. Eugène Lourié ne fut pas en reste, réalisant entre temps un autre film de monstre inhabituel, THE GIANT BEHEMOTH dont on trouve encore ici (notamment sur le final) quelques échos. Le quatrième film tourné par Lourié traitait, curieusement, d’une autre forme de gigantisme, humain celui-ci, dans THE COLOSSUS OF NEW YORK. Eugène Lourié était par ailleurs largement réputé pour son travail sur les décors, plus récemment sur KRAKATOA EAST OF JAVA de Bernard Kowalski ou encore sur TRAUMA de Dan Curtis.
GORGO est riche en séquences spectaculaires, culminant avec une destruction de Londres (et notamment du London Bridge) qui fit une partie de sa réputation. Ayant abandonné la technologie de la stop-motion, GORGO se retrouve donc dans la peau de GODZILLA, à savoir un acteur dans un costume de monstre qui écrase des maquettes. L’attaque du grand huit demeure d’ailleurs un clin d’oeil au MONSTRE DES TEMPS PERDUS qui se terminait déjà dans un parc d’attractions à Coney Island. La similitude entre les deux films n’échappera pas à celles et ceux qui connaissent bien ces films, GORGO étant un quasi-remake du premier.



           
           
Quelques belles apparitions (Gorgo débarquant sur l’Ile irlandaise, tout comme sa maman par la suite, la destruction de Londres, le final) tranchent quelque peu avec certains effets louables, certes, mais qui prêtent plutôt à sourire aujourd’hui. Les yeux rouges du monstre et ses oreilles qui frétillent donnent le ton d’un film de monstre plutôt familial, et donc pas du tout à même d'effrayer le spectateur. Le fait de donner un caractère quelque peu maternel aux monstres impose aussi une certaine tonalité au film. La petite histoire veut que la fille de Jean Renoir (avec qui Lourié travailla étroitement avec, entre autres, des décors pour LA GRANDE ILLUSION, LA BETE HUMAINE, LE FLEUVE) s'était montrée mécontente de la fin du MONSTRE DES TEMPS PERDUS. C’est visiblement ce qui motiva Eugène Lourié en empruntant une voie différente pour GORGO.
L’histoire demeure on ne peut plus courante : un monstre réveillé par une éruption volcanique sous-marine débarque chez les humains pour être attaqué puis capturé, KING KONG style. Il sera livré en guise d’attraction à Londres… jusqu’à ce que la mère du monstre ne vienne rechercher sa progéniture. On le comprend assez rapidement, les véritables héros du film, ce sont les monstres. 


               


De ce fait, les humains ne font que pâles figures. Hormis peut être le focus effectué sur le jeune fils de pêcheur irlandais qui semble, par certains regards, comprendre la situation et donner le petit plus d’humanité qui manque aux autres. Les intrigues connexes demeurent sans intérêt, tant le moteur principal du récit demeure la progression des monstres dans notre monde. Aucune présence féminine notable par ailleurs (c’est assez rare dans les films avec gigantisme animal à la clé), on osera simplement avancer que ce n’est peut être pas un hasard, le deuxième monstre étant à lui seul la présence féminine massive à l’écran.
Pour la petite histoire, le héros du film, Bill Travers, devint célèbre (avec sa femme, l’actrice Virginia McKenna) par la suite comme un ardent défenseurs du droit des animaux à travers sa fondation Born Free, tiré du film éponyme où il joua. GORGO ne pourrait il pas ainsi être vu comme l'un premier rôle de l'acteur dans un film militant dans pour le respect de la vie animale mettant en avant la suprématie de nature sur l’humain ? 
Source : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1242

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