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jeudi 8 mai 2014

Le Jour d'après

Le Monde, la chair et le diable est un film aussi singulier et étonnant que ne l'est son titre mystérieux. La fin du monde n'est pas encore un sujet très exploré au cinéma et Ranald MacDougall se place dans un tout autre registre que celui du Choc des mondes de Rudolph Maté (1951) ou de The Day the World Ended de Roger Corman (1955). Loin de faire dans la surenchère et de chercher à provoquer le frisson - à l'image des productions classiques du cinéma fantastique et de science-fiction de l'époque - MacDougall confère au contraire à son film un aspect anti-spectaculaire au possible. Il joue (du moins dans la première partie du film) sur un tempo lent et posé, sur les silences, transformant ce qui aurait pu être une angoissante histoire post-apocalyptique en méditation sur l'avenir de l'Humanité. Dans toute la première partie d'un film qui déroule son intrigue en trois temps, MacDougall suit ainsi Harry Belafonte arpentant les rues d’un New York désertifié suite à une catastrophe nucléaire. Le cinéaste capte à merveille le vide d’une cité autrefois foisonnante et qui se croyait éternelle. Par ses cadrages inventifs, la composition millimétrée des plans, les silences étouffants, c’est une angoisse mêlée d’éblouissement devant ces tableaux somptueux qui nous étreint. Des milliers de voitures abandonnées par des personnes fuyant le cataclysme, des immeubles à demi ensevelis suite à de violents mouvements de terrains... c'est à partir de quelques images aussi simples qu'efficaces que le cinéaste nous laisse imaginer la panique de la population et la violence du cataclysme. MacDougall ne s'attarde pas sur ce qui s'est passé - Belafonte reconstitue les événements avec quelques unes de journaux et un message passant en boucle à la radio - et ne s'intéresse qu'à l'après, au vide laissé par une Humanité qui s'est comme volatilisée.



  


Tout cette partie du film est magnifique, envoûtante. On est à la fois sonné en découvrant les ruines, les vestiges d'une société humaine qui a fait son temps, et avide de découvrir cet outre-monde qui s'étend dorénavant à nos pieds. Ce territoire silencieux et paisible est rendu d'autant plus fascinant que le très beau noir et blanc d'Harold J. Marzorati magnifie chaque décor et confère à ce monde post-apocalyptique une forme d'immuabilité, d'atemporalité qui tranche avec l'éphémère société humaine qui vient de disparaître.C'est la première fois que le cinéma offre de telles images de fin du monde et il faudra attendre encore longtemps pour qu'un film d'anticipation retrouve la même puissance d'évocation, peut-être jusqu'au célèbre final de La Planète des singes qui en 1968 propose l'une des plus saisissantes images de l'histoire du cinéma de science-fiction avec sa Statue de la Liberté engloutie par les sables.



                 

La puissance dégagée par ces visions d'un New York désert tient au fait que MacDougall refuse de recourir aux seuls trucages qui se limitent à quelques matte paintings d'ailleurs brillamment intégrés. Les scènes extérieures sont ainsi tournées dans la rue entre 4h00 et 6h00 du matin, avant que l'activité bouillonnante de la ville ne reprenne. La sensibilité de la pellicule noir et blanc utilisée permet de photographier avec peu de lumière, ce qui offre au chef opérateur l'opportunité de travailler avec la luminosité si particulière qu'offre l'aurore et qui s'accorde parfaitement avec l’atmosphère du film. Cette pellicule permet aussi de réduire l'équipe technique qui peut ainsi rapidement être sur le pied de guerre. Il n'y a pas, comme sur un film classique, tout ce temps passé à installer et à régler les éclairages, ce qui permet de répondre aux impératifs d'un tournage en plein New York.



MacDougall parvient à obtenir de la ville que telle ou telle rue soit bloquée sur un court laps de temps et il suffit dès lors de couper l'éclairage municipal et de demander aux habitants de ne pas faire les curieux à leurs fenêtres pour mettre en boîte ces visions de fin du monde. La légèreté de l'équipe, l'efficacité dont elle fait preuve, permettent au cinéaste de filmer les endroits les plus célèbres de New York : Wall Street, le Federal Hall et la statue de George Washington, le bâtiment des Nations Unies, Times Square, la Cinquième Avenue... autant de lieux mille fois vus, mille fois filmés mais qui débarrassés de l'effervescence de la mégalopole nous apparaissent sous un jour nouveau. Les cadrages subliment encore la découverte de ce New York d'apocalypse. Belafonte est ainsi souvent placé en amorce de plans filmés en contre-plongée, compositions qui renforcent l'effet écrasant des décors déserts qu'il parcourt...


Un homme, le Docteur Morgan (Vincent Price), est le dernier survivant sur Terre d’une terrible et mystérieuse pandémie qui a décimé l’humanité. En quelques semaines, un étrange virus a transformé les hommes en une nouvelle race de vampires vivant la nuit.
Seul au monde, il s’obstine à combattre et tuer les vampires qu’il trouve le jour puis se barricade la nuit venue... Cependant, son combat n’est-il pas vain et sans espoir ?
Une succession de plans larges, avenues vides, immeubles abandonnés, terrains vagues désertés, voitures délaissées sur les trottoirs, puis les premiers cadavres... Éparpillés, au milieu de rues à l’abandon, de places envahies par les détritus.
Et toujours cette musique lancinante et répétitive en fond sonore. Dernier plan très bref de cette séquence d’ouverture, le panneau prémonitoire d’une congrégation religieuse quelconque annonce : "The End has Come" (Litt. La fin est là).
Seconde séquence, un réveil sonne, un homme sort de son sommeil, intervention lapidaire d’une brève voix off (“One more day...”-Un jour de plus...). L’homme se lève, il a dormi habillé. Premiers gestes, il va cocher la date de ce nouveau jour sur une éphéméride de fortune dessinée contre un mur crasseux. La caméra se recule et le spectateur comprend, en découvrant l’impressionnante liste de mois et d’années qui apparaissent peu à peu, que cela fait un bon moment que cet intrigant cérémonial dure.
Quelques instants plus tard, l’homme prononcera ses premiers mots. Un appel sur une fréquence radio internationale qui restera sans réponse. Il aura fallu attendre la fin des six premières minutes de ce « The Last Man on Earth » pour entendre la voie de l’acteur Vincent Price alias le “Dr Robert Morgan”, alias “le dernier homme sur Terre”.
Réalité objective, l’homme est bien seul, infiniment seul. 



 
   

Réalité subjective, c’est dans cette ambiance délétère et angoissante que démarre la première adaptation du roman « Je suis une Légende » de Richard Matheson.
Dramatiques à souhait, les quinze premières minutes du film sont ensuite consacrées à la vie morne et désespérante de ce Robinson Crusoe post-apocalyptique. Les éléments du scénario se mettent en place les uns après les autres, tous aussi logiques, surprenants et incongrus : tous les matins, l’homme accomplit un rituel immuable. Préparer son petit-déjeuner, vérifier et alimenter un groupe électrogène, ramasser les cadavres gisant devant sa porte, tailler quelques pieux, vérifier les plantations d’ails, en suspendre un nouveau bouquet sur sa porte, prendre sa voiture, aller chercher de l’essence, de la nourriture, de l’ail (encore), récupérer quelques miroirs. 




                                 


L’homme entame ensuite une chasse étrange où il décime à grand coups de pieux dans le cœur plusieurs personnes réfugiées dans un sommeil apathique dont elles sortent à peine au moment fatidique, puis il brûle leur corps. On comprend qu’il y passe le reste de sa journée, de toutes ses journées même depuis des mois, des années. Le soir venu, harassé et fourbu par sa longue journée de labeur, il rentre chez lui, met un disque de jazz à fond les manettes, se barricade avec soin. Des êtres aux pas mal assurés encerclent sa maison, tentent maladroitement d’y pénétrer. Lui n’en a cure, se sert un verre et s’endort. Une journée de plus est passée, une autre s’annonce. Et tel un Sisyphe poussant sa pierre sans répit, tout est destiné à recommencer sans fin. 


                                  


Premier choc, au-delà du film fantastique se cache donc une thématique existentialiste omniprésente.
Frappant, « The Last Man on Earth » (1964) s’inscrit aussi dans les règles immuables du film de zombies. Des êtres maladroits et lents, à la démarche dégingandée, qu’un homme normal repousse ou distance sans problème.
Pour la petite histoire, George A Romero avouera lui-même s’être largement inspiré de ce film pour « La Nuit des Morts Vivants ». On le vérifiera plusieurs fois, certaines scènes étant tournées quasiment à l’identique dans les deux œuvres (l’approche des vampires-zombies autour de la maison du-des survivants, une main qui tente de franchir le seuil d’une porte avant que celle-ci ne soit violement refermée, etc). L’utilisation du Noir et Blanc dans les deux films à quatre ans d’intervalle, renforçant cette sensation d’objets cinématographiques liés et complémentaires...



Le docteur Robert Neville (Charlton Heston) est le dernier survivant humain d’une guerre biologique survenue 2 ans auparavant, en 1975. Il doit survivre dans un Los Angeles apocalyptique, et se protéger des membres de la "Famille", une secte religieuse formée par les personnes contaminées par la bactérie nucléaire.
        Film considéré comme culte par beaucoup, Le Survivant est un film dont l’aboutissement ne tient qu’au seul Charlton Heston. En effet c’est lui qui est allé proposer le projet aux studios, ayant lu le livre de Richard Matheson lors d"un vol en avion. Ainsi trois ans après La Planète des Singes (Schaffner, 1968), voilà l’acteur reparti dans un film de SF. C’est en réalité la deuxième adaptation au cinéma du livre Je suis une légende (1954), la première étant interprétée par Vincent Price en 1964. Or ni Heston ni Boris Sagal ne connaissaient le film…
         C’est bien connu, le film n’est absolument pas fidèle à l’oeuvre littéraire (c’était déjà le cas du film avec Vincent Price, et aussi du récent remake avec Will Smith en 2007). Matheson concevait les contaminés comme des vampires, alors qu’ici ce sont des albinos fanatico-religieux en mode persécuteurs médiévaux. Ils ne peuvent s’exposer à la lumière du jour, ce qui permet à Neville de flaner dans les rues en plein jour, pour récupérer nourriture, armes, vêtements… Les contaminés portent le progrès technologique comme responsable du déclin de la civilisation, ils ont érigé le retour aux valeurs anciennes comme modèle pour l’avenir. Les plans du Los Angeles apocalyptique, vidé de gens et de vie, ont grandement participé au succès du film. 


   



Cela est très bien fait, l’impression d’assister à la fin de l’Humanité est pour l’époque assez exceptionnelle. On ne voit ni avions, ni oiseaux dans le ciel. Cependant la mise en scène de Sagal a mal vieillie, la caméra bouge désagréablement, la musique est à côté de la plaque (une espèce de berceuse pendant une scène d’action par exemple), et le tout est assez kitch. On est loin de l’impact encore inégalé d’un Soleil Vert. De plus on note un nombre assez incroyable d’erreurs et d’aberrations : lumière et feux tricolores qui fonctionnent dans un monde qu’on nous dit dépourvu de courant électrique; technicien visible dans certains plans; doublure du comédien bien visible lors de la scène de moto; fruits comestibles après avoir été exposé à des retombées nucléaires (?!)… Et enfin le meilleur pour la fin, des contaminés qui sont insensibles au feu, alors que c’est une source de lumière !!


                 
                             
En revanche, les thématiques abordées se démarquent par leur actualité intemporelles. La peur d’une menace biologique ou nucléaire est encore présente dans notre monde. La différence, c’est que dans le film cela participe à l’anticommunisme d’alors, la guerre étant le fait des Russes. Charlton Heston, grand défenseur du port d’armes s’il en est, ne se sépare jamais de ses guns dans le film. Une scène assez ambigu le montre dans une salle de cinéma, regardant les images du mouvement hippie à Woodstock, alors qu’il tient un fusil dans la main. On ne peut faire plus évocateur comme message. 


                 
             
 Le récit s’accélère quand il découvre qu’il reste d’autres survivants, non contaminés comme lui. Sa rencontre avec Lisa (Rosalind Cash), jeune Afro-Américaine, permet au réalisateur d’apporter une touche Blaxploitation dans son film. Et que dire du bad guy, Matthias (Anthony Zerbe), si ce n’est qu’il est assez ridicule dans son accoutrement médiéval et son maquillage rétro voulant nous faire croire à son albinisme ! Mais qu’importe, The Omega Man est assurément une oeuvre d"époque, porteuse des craintes et des questionnements propres aux années 70 (surpopulation, épuisement des ressources naturelles, danger atomique…), c’est là tout son charme !

2 commentaires:

  1. http://turbobit.net/hg4yetu62cfb.html
    http://98zf8j.1fichier.com/

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  2. https://1fichier.com/?yti09gt5c5
    Livre audio : http://uptobox.com/dc3qqnrh75yn

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