.

.

lundi 5 mai 2014

Le Deuxième Souffle

Gustave Minda, dit Gu, s'évade de la prison de Castres avec deux comparses. Il rejoint Manouche, son amie, qui tient un bar à Paris. Vieilli et fatigué, Gu voudrait bien décrocher. Mais peu après, il est impliqué dans un règlement de comptes sanglant qui oppose Jacques, le propriétaire du bar, au gangster marseillais Jeannot Franchi, associé des Ricci, un gang redoutable. Le commissaire Blot retrouve ainsi sa trace. Gu projette de fuir à l'étranger avec Manouche. Ayant besoin d'argent, il accepte la proposition de Paul Ricci de participer à un hold-up. Le succès de l'entreprise ne sauve pas Gu pour autant. Blot est sur ses talons...
Y a pas à tortiller : il y a les cinéastes baroques, ceux qui remplissent le cadre, et puis les ascètes, qui bazardent tout. A cette époque, ceux qui se chargent des soustractions s'appellent Becker, Bresson, Franju et Melville. Ils font le vide dans les dialogues, amenuisent tout jeu expressif. Liquider, Melville aime forcément ça, lui si féru de polar, lui qui l'accommode si bien à l'humeur française. Le Deuxième Souffle, pépite grise, inaugure sa deuxième période, celle de l'épure à tous les étages - voyez les planques désolées et le désert de cailloux de l'arrière-pays. Le récit, lui, est diablement sinueux (coup de chapeau à José Giovanni). Trajets incessants (en caisse, bus, avion), allers-retours entre Paris et Marseille. Gestes magnifiés, accolades, poings tendus. La bagarre, qui exige d'avoir un coup d'avance, se fait surtout à l'intérieur de chaque camp. Car l'inspecteur Blot (impérial Paul Meurisse) et Gu (Lino, ah ! Lino...) s'estiment, chacun respectant chez l'autre son sens du devoir.


   

 
Alors pourquoi « deuxième souffle » ? Gu n'est plus tout jeune, il peine lors de son évasion, il transpire de peur. Il arrive malgré tout à se renflouer en criblant de bastos deux caves et un motard. Brutal, il l'est ; traître, jamais. L'honneur, c'est sa raison d'être, sa compagne. Les femmes ? Il n'y en a qu'une, Manouche (Christine Fabréga, amère, un peu vulgaire, parfaite), prête à tout pour protéger son Gu. Amour aveugle. Blot tente de la raisonner et lui ment, pour son bien, pour la conquérir aussi. Notons qu'un remake - assez momifié - de Corneau est sorti depuis.
Thèmes : La dignité, signe véritable de grandeur pour l'homme condamné de toute façon à mourir. La fatalité, le destin est implacable, la date et l'heure s'inscrivent sur l'écran.


                                      

Plus le monde décrit est ténébreux plus la noblesse de l'homme y brille.
Séquence initiale de l'évasion très formaliste. Fascination pour les héros taciturnes, cadrés en plan rapproché épaule, les truands à la grande silhouette efflanquée style gangster, les voitures étrangères américaines surtout.
 Quelques décharges de violence (la mort du jeune évadé, de Jacques le notaire, des deux truands dans la voiture, des deux motards, de Fardiano) entourées de beaucoup d'attentes. Très peu de dialogues (très littéraires), le cass est précédé de 15 minutes sans paroles avec très peu de musique. "L'auteur de ce film ne prétend pas assimiler la "morale" de Gustave Minda à la morale." "A sa naissance, il n'est donné à l'homme qu'un seul droit : le choix de sa mort. Mais si ce choix est commandé par le dégoût de sa vie, alors son existence n'aura été que pure dérision". 

1 commentaire: