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lundi 19 mai 2014

La Boxe

La boxe est certainement le sport le plus cinégénique qui soit ou bien alors celui qui a le mieux inspiré les différents réalisateurs, surtout américains. Le nombre de grands films l’ayant pris pour principal sujet, en toile de fond ou l’ayant seulement utilisée pour quelques scènes mémorables (Les Lumières de la ville), est assez impressionnant qualitativement parlant : Nous avons gagné ce soir de Robert Wise, Plus dure sera la chute de Mark Robson, Fat City de John Huston, Rocky de John G. Avildsen, Ali de Michael Mann... Gentleman Jim pourrait bien être en quelque sorte leur prototype même s’il serait assez malvenu d’établir des comparaisons entre eux, leurs styles respectifs étant tellement différents. Le film de Walsh, en plus de nous décrire avec minutie la bonne société de San Francisco du début du XXème siècle, nous conte l’histoire véridique du boxeur Jim Corbett, premier champion du monde de boxe selon les règles établies par le marquis de Queens-Berry, au départ simple petit employé de banque à l’ambition démesurée et qui arrivera à ses fins à force de culot, d’optimisme et de vitalité hors du commun. Tout comme son héros, le film possède une vigueur et un entrain époustouflants qui sont l’une des marques de fabrique du cinéma de Walsh durant les années 40. Son "biopic survitaminé" file à 100 à l’heure et est porté à bout de bras par un Errol Flynn, qui a dû en partie s’inspirer de sa propre personnalité pour interpréter avec brio et panache cet homme insolent et arriviste mais en même temps séduisant et en fin de compte franchement irrésistible. Pour l’anecdote, l’acteur ne sera pratiquement jamais doublé lors des séquences de combat (dont celui homérique qui l’oppose à Ward Bond), et le personnage qu’il interprète aura été aussi acteur principal d’un film de John Ford en 1920. Une œuvre d’une truculence rare, l’un des sommets de la longue filmographie de l'un des quatre borgnes de Hollywood.


 
   

Insolent mais irrésistible, séduisant mais insupportable : James Corbett, alias Errol Flynn (qui a passé à son personnage pas mal de ses qualités et de ses défauts !) est le prototype du héros walshien. Il veut tout : devenir un bourgeois envié, et en prime un acteur shakespearien. A cette chronique véridique d'une étonnante ambition, Raoul Walsh a su donner le tempo qu'il fallait : truculent et baraqué, à l'image des innombrables bagarres qui l'émaillent, le film file à cent à l'heure. Il nous offre une réjouissante galerie de portraits et quelques scènes d'anthologie. Notamment les ultimes retrouvailles de Corbett et de Sullivan, l'illustre boxeur que notre héros vient de mettre KO : l'hommage du vainqueur au vaincu est un grand moment. Spectaculaire, drôle, émouvant : Gentleman Jim est un grand classique du cinéma hollywoodien, une incarnation du rêve américain dans ce qu'il a de plus positif et de plus juste.
Bonus : Le champion :

   
     
Avant Rocky Balboa, il y avait donc Rocco Barbella (admirez la consonance), alias Rocky Graziano, authentique poids moyen dont l'ascension est ici retracée par Robert Wise.
Le scénario d'Ernest Lehman hasarde cette hypothèse insensée : c'est parce qu'il était battu par son père, boxeur frustré de Little Italy, que le petit Rocky enfila les gants. Non ?! La première partie du film, plus sociale, paraît terriblement datée : même si la caméra de Robert Wise semble chorégraphier les courses des mauvais garçons dans les rues de New York (préfigurant curieusement West Side Story), tout est lourdingue, à commencer par l'interprétation catastrophique de Paul Newman, qui s'est fabriqué un accent italien et se prend pour Brando. La suite est plus classique et culmine pendant le combat contre Tony Zale, légendaire boucherie - les deux pugilistes étaient en sang - qui sacra Graziano champion du monde.
Newman est plus à l'aise quand il ne parle pas, et il restitue bien la boxe sans style, enragée et frénétique, qui était, paraît-il, celle de notre héros. Pour la petite histoire, sachez que Tony Zale lui reprit le titre, pour le perdre, quelques mois plus tard, face à Marcel Cerdan. Le monde est petit... Aurélien Ferenczi.


   
     

Robert Wise est déjà un réalisateur reconnu lorsqu’il accepte de signer la biographie du boxeur Rocky Graziano pour le compte de la MGM. Il a non seulement épaté tout le monde avec ses petits films d’horreur des années 40, mais il a su s’adapter à tous les genres possibles avec un talent intact durant toute sa (longue) carrière. Enfin, il a déjà œuvré dans le film de boxe avec le superbe Nous avons gagné ce soir (1949), considéré à juste titre comme une des meilleures oeuvres sur ce sport. Il ne refuse donc aucunement l’occasion qui lui est donnée de retracer la vie complexe et la carrière en dents de scie de la star controversée de la boxe américaine, d’autant qu’elle lui offre la possibilité de travailler pour la première fois avec James Dean, initialement prévu pour interpréter le rôle principal. 


                              


Un accident de la route et un enterrement plus tard, Marqué par la haine se retrouve sans acteur. Les responsables du casting proposent donc un jeune premier qui sort lui aussi tout droit de l’Actor’s Studio, un inconnu du nom de Paul Newman.
Ce jeune homme de la même génération que Marlon Brando et James Dean n’a alors tourné qu’un seul film intitulé Le calice d’argent (1955) et son inexpérience ici tourne clairement à son avantage. Son interprétation du boxeur italo-américain est tout bonnement bluffante : affublé d’un accent italien redoutable, d’une gestuelle volontairement maladroite et d’une démarche de fauve, Paul Newman explose dans ce rôle bouleversant de jeune loup au caractère impossible. Loin d’être un biopic lisse, Marqué par la haine (1956) fait sienne la théorie du déterminisme social et dresse un portrait bien peu flatteur du système américain. 


                                      


Les auteurs en profitent effectivement pour montrer l’inefficacité du système judiciaire sur des jeunes gens qui souffrent avant tout d’un déficit d’amour parental (un thème ô combien moderne).
Si l’approche des personnages peut paraître de prime abord conventionnelle, c’est parce que le film, absolument brillant a inspiré un nombre incalculable de cinéastes, au premier rang desquels il faut mettre Sylvester Stallone et son Rocky ou encore Martin Scorsese et son Raging Bull. Inutile de dire que Stallone et De Niro ont sans doute passé des heures à étudier la gestuelle de Newman pour composer leurs propres rôles.

Sublimé par une photographie splendide de Joseph Ruttenberg (ce qui lui a d’ailleurs valu de décrocher une statuette à la cérémonie des Oscar en 1957) et par la nerveuse réalisation de Robert Wise, Marqué par la haine est non seulement une œuvre d’une diabolique efficacité narrative, mais également un puissant mélodrame où les traumatismes d’une famille défavorisée se règlent par la violence des poings autant que celle des sentiments. Modèle absolu de ce qui est devenu depuis une véritable formule (« le film à Oscar »), ce biopic séminal demeure l’un des plus grands films de son réalisateur et un exemple foudroyant du savoir-faire hollywoodien des années 50. Virgile Dumez


Eddie Willis est journaliste sportif. Des besoins d'argent lui font accepter le travail que lui propose Nick Benko, le manager véreux de Toro Moreno, un mauvais boxeur argentin. Willis doit faire sa promotion lors de matchs truqués.
Dernière prestation de Humphrey Bogart, Plus dure sera la chute est aussi la meilleure oeuvre de Mark Robson. Reprenant la tradition hollywoodienne du film revendicatif, cette violente dénonciation du pouvoir destructeur de la corruption dans les milieux de la boxe (inspirée de l'histoire du boxeur Primo Carnera) remplit parfaitement son con­trat, avec rythme et concision. Le traitement typique des années 1950 (accents jazzy, décors sordides, combats filmés caméra à l'épaule) confère au film un charme particulier. Un charme renforcé par l'opposition étonnante entre Humphrey Bogart, hiératique, usé mais irréductible, et Rod Steiger, volubile et gesticulant, modèle de cynisme et de vénalité. Un régal.
Gérard Camy.


   


Surtout connu pour être l’ultime film d’Humphrey Bogart, « PLUS DURE SERA LA CHUTE » revu aujourd'hui, semble être une œuvre grandement sous-évaluée. Passant pour un film sur la boxe, c'est en fait beaucoup plus que cela. Et si les séquences sur le ring sont admirablement filmées (elles ont clairement influencé Martin Scorsese, jusqu'aux giclures de sueur à chaque coup porté à la face), le propos des auteurs va bien au-delà de la dénonciation des magouilles des gangsters et profiteurs faisant leur beurre autour de pauvres pugilistes-esclaves.
Le film parle d’un homme à l’automne de sa vie, qui vend son âme au Diable, après avoir résisté pendant plusieurs décennies à la tentation. Se retrouvant chômeur, sans un sou, rejeté par son milieu, il va plonger tête la première dans la corruption et la saloperie humaine, jusqu'à ce qu'elles le submergent.
Le film est lourd de symboles, chaque personnage est ‘bigger than life’ : le bon géant venu d’Argentine, incapable de se battre mais propulsé champion représente l’innocence et la jeunesse envolées de Bogie, le manager n’est autre qu’un Satan rondouillard et vorace étranger à tout sentiment humain. L’épouse du héros est bien sûr sa mauvaise conscience qu'il fera taire jusqu'au bout. Enfin – pas tout à fait.


                               


C'est un film âpre, brutal, sans faux-fuyants ni folklore, au moins aussi dur que le fut « NOUS AVONS GAGNÉ CE SOIR » avant lui, mais encore plus incisif et désabusé. C'est avec stupeur que nous voyons Bogart s’enferrer dans la fange et le déni de lui-même et avec un réel soulagement qu’on le verra racheter son âme pour 26.000 $. On n’aime pas voir les légendes foulées au pied ! L’acteur visiblement fatigué et usé, offre une prestation sobre, dénuée de tics, très émouvante. Face à lui, Rod Steiger dans un de ses meilleurs rôles, crève l’écran en pourri d’anthologie. Enjôleur, gueulard, cannibale, il compose un méchant qu’on n’est pas près d’oublier. Jan Sterling apparaît assez peu, mais se montre très crédible en épouse stoïque et digne. Tous les seconds rôles sont parfaitement à leur place.

Le démontage manifestement très documenté des rouages du milieu de la boxe est déjà fascinant en soi, et suffirait à faire de « PLUS DURE SERA LA CHUTE » un grand film. Mais c'est le portrait d’un homme au bord du gouffre qui touche le plus. Le fait que ce soit la dernière apparition de Bogart n’est pas pour rien dans l’émotion que génère cet ultime plan devant sa machine à écrire rédemptrice. Très beau film.

1 commentaire:

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