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vendredi 9 mai 2014

Karl Malden

Mladen Sekulovich est mort le 1 juillet 2009 à 97 ans. Il n'était pas idole pop et ne préparait aucun come-back tonitruant. Mais, le connaissant davantage sous son nom de scène, Karl Malden (et le confondant parfois avec Ernest Borgnine), on aimait sa trogne de baroudeur qui cachait, souvent, ironie ou délicatesse... Ce visage de dur planté sur un corps svelte, Malden s'en était accommodé, tâchant d'être « le numéro 1 dans les rôles de numéro 2 » qu'on lui proposait. 

Fils d'un père serbe et d'une mère tchèque, né à Chicago en 1912, il avait démarré par des petits boulots – « Je suis le seul laitier qu'ait jamais embrassé Vivien Leigh », aimait-il à dire – avant d'assouvir sa passion de l'art dramatique : remarqué par Elia Kazan lors d'une audition à New York, il allait, à partir de 1937, intégrer le Group Theatre, cette troupe de gauche adepte d'un théâtre engagé – où se pratiquait la méthode de l'Actor's Studio.
Avant-dernier des dix westerns réalisés par Delmer Daves, "The Hanging Tree" préfigure par certains aspects mélodramatiques (déjà présents dans quasi chacun de ses films précédents, quel que soit le genre abordé, mais encore jamais aussi baroques qu’ici), ses mélos de fin de carrière aux situations expressément excessives interprétés par Troy Donahue et abordant les problèmes des jeunes et de leurs relations avec les adultes, dont le premier se tourne d’ailleurs la même année que son western, le très beau "Ils n’ont que 20 ans" ("A Summer Place"). "La Colline des potences" raconte les déboires d’un médecin taciturne au passé trouble qui s’installe dans une petite communauté de chercheurs d’or aux alentour de 1873 dans l’État du Montana. Il cache et accueille un jeune homme aux abois, poursuivi pour avoir tenté de voler l'un des prospecteurs du coin ; en échange, il lui demande de rester à son service. 

   

   


Plus tard, il recueille aussi et soigne une jeune femme, seule survivante de l’attaque d’une diligence, devenue momentanément aveugle suite à ce drame. Une fois guérie, elle ne cache pas sa reconnaissance et sa tendresse envers son rédempteur, mais ce dernier la repousse, lui conseillant même de retourner dans son pays natal, la Suisse. Vexée, elle décide de rester et de s’associer avec Frenchy, un habitant qui avait pourtant tenté d’abuser d’elle. La promiscuité avec cet homme malsain, la présence d’un prédicateur violent et à moitié fou, les jalousies latentes, l’appât du gain, etc., vont attiser la bestialité d’une partie de la population et ne vont pas tarder à causer des morts et des tentatives de lynchage… On imagine aisément les situations exacerbées qui ont pu découler d’une telle histoire ; ce sont elles qui donnent d’ailleurs son ton unique à ce beau western, plastiquement étonnant (on n’oubliera pas de sitôt le premier travelling descendant sur le moulin dévoilant d’un coup le visage inquiétant de Karl Malden, ni l’image de cette cabane perchée à l’à-pic d’une colline et dominant le village), et dont le scénario amène son lot de séquences originales à l’intérieur d’un genre qui jetait en 1959 les derniers feux de son somptueux classicisme. On pourra certes trouver Maria Schell peu à sa place et parfois exaspérante, Ben Piazza assez terne, mais en revanche Gary Cooper, dans l'un de ses derniers rôles, est tout simplement magistral, n’ayant rien perdu de sa légendaire prestance.


                                


Il faut dire que son personnage se révèle assez ambigu, quasi un anti-héros, tour à tour déplaisant et vulnérable, monstrueux et généreux ; il peut dans le même temps refuser que ses patients le paient et faire du jeune homme qu’il a sauvé son esclave ! Signalons aussi l’une des premières apparitions, déjà spectaculaire, de l’excellent George "Patton" C. Scott dans la peau du prédicateur enflammé, et d’un Karl Malden en pleine forme. Un western mélodramatique loin d’être parfait, le scénario manquant quelque peu de rigueur, mais possédant une dose de lyrisme et de tendresse typiquement "davesiennes" qui devrait ravir les amateurs de westerns adultes et non manichéens. Quand vous saurez que le tout est enveloppé dans l'un des très beaux scores de Max Steiner, et que le réalisateur n’a jamais perdu son impressionnant et unique talent de paysagiste ni sa science du cadre, il se pourrait que vous ayez un coup de cœur pour ce western intense et atypique auquel on peut tout de même préférer, toujours de Daves, "3h10 pour Yuma", "Jubal" ou "La Dernière Caravane". Erick MaurelC'est après-guerre qu'il obtient son premier grand succès, avec la création d'Un tramway nommé désir, de Tennessee Williams, sous la direction de Kazan, qui restera son ami (comme Marlon Brando, qui l'engagera pour La Vengeance aux deux visages). La version cinéma du Tramway lui vaut un Oscar, Sur les quais (toujours Kazan, toujours Brando), une seconde nomination. Erick Maurel.


                                  

Dans La Loi du silence (1953), un Hitchcock peu connu, où il joue au chat et à la souris avec Monty Clift. Plus matois, plus finaud qu'il en a l'air, ironisant face au jeune prêtre sur quelques règles du métier d'enquêteur. Un côté Yves Calvi, vous ne trouvez pas ? Sa filmo n'est pas tout à fait aussi glorieuse que son parcours au théâtre – essayer de visualiser ce que devait être un Peer Gynt avec John Garfield ! –, mais elle a ses hauts faits. Kazan, toujours, pour Baby Doll (Malden se mouillera pour que Kazan soit réhabilité aux Oscars, avec polémique à la clé), John Ford, pour Les Cheyennes, King Vidor, pour La Furie du désir (le baiser à Vivien Leigh).
Les westerns mis en scène par leurs principaux comédiens auront presque tous été passionnants à des degré divers. Burt Lancaster débuta avec le sympathique L’Homme du Kentucky (The Kentuckian) au moins original par son ton, son histoire et les paysages au sein desquels il se déroule ; John Wayne lui emboîta le pas avec pour résultat le splendide Alamo ; puis ce fut au tour de Marlon Brando de nous livrer son intrigant opus, le très bon One-Eyed Jacks (voilà, vous savez déjà à quoi vous en tenir)  avant que Kirk Douglas réussisse un des tous meilleurs westerns des années 70 avec le trop méconnu La Brigade du Texas (Posse) et alors même que Clint Eastwood en aura réalisé plusieurs durant cette décennie et les suivantes, de L’Homme des hautes plaines (High Plain Drifter)  à Impitoyable (Unforgiven) en passant par Josey Wales et Pale Rider, quatre films ayant été à l’origine de la naissance d'une passion pour ce genre chez plus d’un cinéphile. N’oublions pas Kevin Coster qui, si sa carrière en tant qu’acteur va rapidement décliner, nous aura offert deux superbes westerns en tant que réalisateur, Danse avec les loups et Open Range. Autant dire, au vu de tous ces titres, que le western aura été un genre dans lequel se seront épanouis quelques comédiens ayant voulu passer de l’autre côté de la caméra.

         

   

L’enfantement de La Vengeance aux deux visages aura été très douloureux et difficile, la genèse de ce film maudit l’une des plus tumultueuses et tourmentées qui soit. C’est à Sam Peckinpah (qui n’avait pas encore mis les pieds à l’étrier de la mise en scène) qu’est dévolu le premier travail sur le scénario du film ; il part d’un roman de Charles Neider (surtout réputé pour sa biographie de Mark Twain qui fait toujours autorité),The Authentic Death of Henry Jones qui s’inspirait lui même de The Authentic Life of Billy le Kid écrit par le shérif Pat Garrett en personne. Le futur réalisateur de tant de grands westerns dont La Horde sauvage sy consacre six mois durant mais est finalement évincé par Marlon Brando. Le film doit être alors réalisé par Stanley Kubrick ; son scénariste de Paths of Glory (Les Sentiers de la gloire), Calder Willingham, écrit une nouvelle mouture du scénario. 



              

Mais à nouveau, la capricieuse star Brando renvoie le metteur en scène après que ce dernier a refusé d’engager une amie du comédien en tant qu’actrice et s'est cogné à  un artiste encore plus perfectionniste que lui. On peut regretter de n’avoir jamais pu voir un western réalisé par ce génie du cinéma mais c’est suite à ces circonstances que le plus beau péplum existe tel qu’il est ; en effet, Kubrick ira remplacer non loin de là Anthony Mann évincé dans le même temps par Kirk Douglas du tournage de Spartacus. Quoi qu’il en soit, l’acteur de Sur les quais ne se laisse pas démonter et décide alors de tourner lui-même le film. Y. Frank Freeman, le boss de la Paramount de l’époque a dit : « J’ai eu ma première attaque cardiaque avec Les Dix Commandements, ma seconde avec Les Boucaniers. Le film de Brando provoquera la troisième. »


                                 



En 1971, il part cachetonner en Italie, mais pas pour n'importe qui : même doublé, Karl Malden est « classe » en témoin aveugle dans Le Chat à neuf queues, de Dario Argento, extrait ci-dessus. Ensuite, il joue pendant cinq ans le partenaire de Michael Douglas dans le feuilleton télé Les Rues de San Francisco. Il n'était pas particulièrement fier de sa gloriole cathodique, lui qui avait cru changer le monde depuis une scène de théâtre : « Je ne me fais pas d'illusion sur le niveau artistique ». Il ajoutait : « J'ai mis 20 ans à gagner mes galons au théâtre, 20 ans de plus à gagner mes galons au cinéma, je ne commence pas aussi bas à la télévision. » Le paradoxe regrettable serait de ne se souvenir de lui que pour cette sympathique série policière... Source : http://www.telerama.fr/cinema/l-acteur-karl-malden-est-mort-presque-centenaire,44821.php

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