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dimanche 18 mai 2014

Godzilla

En 1954, Ishirō Honda marque le septième art de son empreinte en créant le genre du Kaiju Eiga (films de monstres géants japonais) avec Godzilla, son mythe fondateur. Six décennies plus tard le roi des monstres rugit toujours, il est entré dans la culture populaire (son étoile sur Hollywood boulevard en atteste !), devient indissociable du Japon et continue de fasciner le monde du cinéma (un reboot américain réalisé par Gareth Edwards sort en ce mois de mai 2014). C’est un concurrent sérieux au King Kong américain de 1933 signé Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack qui voit le jour sous la houlette de Tomoyuki Tanaka producteur à la Tōhō et du réalisateur Ishirō Honda (pour le clin d’œil, les deux géants s’affronteront dans King Kong contre Godzilla par le même Honda en 1962). Contrairement au grand singe, leur créature ne sera pas animée en stop motion. C’est un cascadeur endossant un costume en latex qui se chargera d’incarner le monstre et faire voler de nombreuses maquettes en éclat. Ce dernier sera filmé au ralenti pour donner une impression de lourdeur et de gigantisme à la bête.
Pour se remettre dans le contexte japonais du milieu des années 50, les plaies du traumatisme d’Hiroshima et Nagasaki sont encore béantes et la guerre froide qui s’engage entre les deux blocs sur fond de supériorité stratégique nucléaire fait planer sa menace sur le globe. Dans le film de Honda, Godzilla envoie un message fort puisqu’il incarne cette peur de l’atome. 



 

Réveillé par des essais de bombes H américaines dans le Pacifique, il symbolise une nature destructrice et vengeresse qui se retourne contre l’Homme. 
De ce fait, le ton du film joue de son côté sombre et sérieux pour mieux atteindre les consciences. Le questionnement moral associé à la menace qui vise certains des personnages est également bienvenu. 
Nous avons le professeur Yamane (Takashi Shimura), un paléontologue qui souhaiterait que l’on étudie et que l’on comprenne Godzilla plutôt que l’exterminer ou encore le docteur Serizawa (Akihiko Hirata), créateur du "destructeur d’oxygène", une nouvelle invention (et possible solution face au monstre) qu’il souhaite cependant garder secrète car elle pourrait rapidement devenir une arme destructrice utilisée à mauvais escient.



                               
                                

Les effets spéciaux ont pris un sacré coup de vieux mais demeurent tout de même impressionnants pour leur époque. 
La marche de Godzilla sur un Tokyo en flamme est une vision qui marquera longtemps les esprits. Nous retiendrons aussi le thème musical inspiré et entêtant d’Akira Ifukube qui sera repris sur bon nombre de films de la monstrueuse saga (pas moins d’une trentaine de films au compteur quand même).
Godzilla l’original s’affirme donc comme un grand classique du Kaiju Eiga. Ce film catastrophe dénonçant les méfaits du nucléaire aura grandement contribué à bâtir la légende du roi des monstres. Beaucoup plus recommandable que lorsque le Big Monster est exploité comme un ami des enfants (les films de Jun Fukuda...) ou en défenseur de l’humanité.  



                                     


Un an après le film d'origine, la première suite voit déja le jour. Reprenant un schéma similaire au film de Honda, "Le Retour de Godzilla" va toutefois introduire une variante importante qui va conditionner nombre de films de la saga: godzilla est en effet confronté pour la première fois à un autre monstre géant, réveillé lui aussi par les essais nucléaires: Anguirus (également connu sur le nom de Angilas, voire de Anzilla selon les versions). Ce dernier est également un dinosaure mutant, à l'origine une variété d'Ankylosaurus, herbivore placide à carapace ornée d'épines, même s'il est décrit dans le film comme un carnassier rapide...Cette incursion d'une autre créature pour faire face à Godzilla deviendra plus tard une des caractéristiques mêmes de la saga, puisqu'à part dans "Le Retour de Godzilla (1984)", le monstre sera toujours confronté à d'autres.
Pour tenter d'assurer une certaine continuité, et justifier la présence du Big G malgrè la fin de "Godzilla", le monstre atomique est présenté comme un Godzilla différent de celui d'origine. Cela permet également de justifier sa différence d'apparence entre les deux films. En effet, il arbore ici un physique moins pataud, et un visage bien plus agressif que l'original, même si le costume n'est toujours pas très convaincant. La continuité entre les deux films est également marquée par une séquence vidéo de l'attaque de Godzilla à Tokyo, la présence du Dr Yamane (joué par Takashi Shimura), et divers commentaires de la population. Evidemment, Tokyo ayant été détruite quelques mois auparavant, l'action se déplace afin de détruire un nouveau terrain de jeu: Osaka. Et qui dit deux monstres, dit deux fois plus de destructions, deux fois plus vite. En effet, godzilla et Anguirus vont s'en donner à coeur joie. Ils écrasent, détruisent, piétinent à un rythme effréné. 


   

D'ailleurs, le combat entre les créatures est chorégraphié et filmé de façon très rapide. Cela insuffle certes de l'énergie à ces scènes, mais donne surtout une impression de vivacité qui sied mal à des monstres de ces dimensions et qui, à vrai, rend un peu ridicules et difficiles à suivre ces combats. Cela reste tout de même par moments très spectaculaire, avec notamment la destruction du Château de Osaka, l'un des monuments les plus connus du Japon.
Mais malgré la présence de ces deux monstres, le film les délaisse très souvent pour suivre les héros humains. On ne nous épargnera pas par exemple un commencement d'histoire amoureuse, mais surtout l'évasion de prisonniers lors de leur transfert. Cet événement aura son importance puisqu'il aboutira à l'échec du plan initial des militaires pour éloigner Godzilla de la ville. 


               
                              

Les scènes concernant ces prisonniers sont assez drôles, avec une énorme tendance des acteurs à en faire trop, et à tomber les uns après les autres à chaque apparition. Petites fusillades, poursuite automobile, le tout étant assez maladroit, pour arriver aux derniers actes du film. Après le combat décrit plus haut, on assiste de nouvelles scènes sans monstres, puis à la réapparition du monstre vainqueur. Dès lors, on suivra les tentatives humaines pour arrêter ce monstre, pendant de nombreuses minutes. Ces dernières scènes seront assez pénibles à suivre: on assistera à des images semblables d'attaques aériennes pendant vingt minutes. Cette répétition est d'autant plus pénible que les maquettes, jusque là assez réussies (du moins, tant que les plans ne sont pas trop rapprochés), sont particulièrement loupées, notamment quand les avions larguent des missiles...
Cette première suite de "Godzilla" reprend donc la plupart des éléments inaugurés par son modèle, et en crée un nouveau en instaurant le versus entre deux monstres. Toutefois, le film délaisse un peu trop ses créatures au profit de sous intrigues humaines, et pêche dans sa réalisation par un montage trop rapide et trop répétitif.  Steeve Raoult .

3 commentaires:

  1. http://turbobit.net/62qhy53e8zcb.html

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  2. podcast d'une émission intéressante de france inter sur le sujet "Godzilla"

    http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=901514

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  3. L'émission est sur l'article ! ;)

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