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vendredi 23 mai 2014

Catastrophe

L’Aventure du Poséidon est une pierre blanche dans l’histoire du film hollywoodien, en ce sens qu’il fait le pont entre deux genres: la superproduction classique de studio et le blockbuster. On lui connaît peu d’aînés hormis Airport (1970) qui donnera lieu à plusieurs suites assez malheureuses. Pour autant, le film de Ronald Neame repose sur un concept simple: un casting de stars se retrouve dans une mouise infernale. Tout part du roman de Paul Gallico, qui s’inspire d’une expérience vécue à bord du Queen Mary lors de l’un de ses voyages. Frappé par une puissante vague, le majestueux navire tangua si fortement que le mobilier vola à travers les pièces et les passagers furent déséquilibrés. Des années plus tard, à la recherche d’un thème pour son prochain livre, il hypertrophie l’incident et relate une catastrophe majeure qui fait périr des centaines de victimes. Le producteur mégalomane Irwin Allen s’empare de l’affaire pour réaliser un fantasme de désastre à grande échelle et monte le projet de fond en comble en laissant les rênes de la mise en scène au bon faiseur Ronald Neame. Une collaboration qui démarre houleusement entre les deux hommes, surtout quand le haut patron de la Fox annonce quinze jours avant le début du tournage, alors que les décors sont déjà construits et le cast en répétition, l’annulation pure et simple du projet. A force de poings levés et de diatribes, Allen impose sa loi, réquisitionne le Queen Mary amarré à Long Beach pour tourner les séquences en extérieur et défend son projet corps et âme quand tout Hollywood lui prédit que le seul vrai naufrage sera le sien. 


   
                   
Le grand attrait du film, outre ses impressionnantes scènes de chambardement absolu, est de se focaliser sur un petit groupe d’individus qui tente de survivre. Parmi eux, des têtes d’affiche comme Gene Hackman, Ernest Borgnine et Shelley Winters, aisément identifiables par le public qui prend un malin plaisir à les voir se rétamer les uns après les autres. La "star" en villégiature qui s’éclate sur un bateau de luxe n’est plus une créature d’exception, elle est aussi assujettie à la fatalité. Sans pitié pour leurs acteurs, Allen et Neame se comportent en démiurges et s’amusent à transformer les plateaux de tournage en un gros culbuto décomplexé, en particulier dans la séquence où le navire se retourne et renverse les fêtards du Nouvel An. L’habileté redoutable du montage et des effets spéciaux artisanaux de l’époque laissent croire à des chutes vertigineuses et fatales quand il ne s’agit que de glissades intervillesques. 


                 


L’ensemble tend même au sadisme déguisé quand Neame, afin de mieux convaincre ses interprètes de se prêter au jeu, répète lui-même chaque cascade avant les prises. C’est lui qui convainc la pauvre mais volcanique Shelley Winters de prendre vingt kilos pour le rôle et de s’essayer à l’apnée – elle se fera entraîner par Johnny Weissmuller himself – pour la crédibilité du rôle. De même que les costumes ne sont confectionnés qu’en exemplaires uniques car ils seront portés jour après jour, s’imprégnant au fur et à mesure de la crasse, de la suie et de la sueur des protagonistes, ces derniers endurent les pires conditions de tournage, dans la fournaise, perpétuellement trempés, secoués en équilibre sur l’auriculaire, sans (presque) se faire doubler. 


                 


Les crises de nerfs deviennent quotidiennes, Neame pète les plombs, Allen exulte devant les rushes et songe déjà à faire rôtir cinq cent personnes dans un gratte-ciel… Au terme de quatre mois de production, le navire est enfin à flot et prêt pour le voyage dans les salles. Un dispositif marketing sans précédent est mis en place bien que les mauvaises langues des studios ricanent et continuent de prédire un échec cuisant. Mais c’est un succès triomphal qui attend le film avec 80 millions de dollars au box-office et huit nominations aux Oscars, preuve que l’industrie est prête pour ce qui sera l'une des grandes tendances des années 70, le film catastrophe. S’ensuivront d’ailleurs avec bonne fortune La Tour infernale (1974), Tremblement de terre (1975) et L’Odyssée du Hindenburg (1975). Mais L’Aventure du Poséidon, avec sa démesure, sa densité dramatique, reste un fleuron novateur qui, malgré les années, étonne toujours par son efficacité cathartique. Grégory Bringand-Dedrumel.

Charlton Heston (très bien) est Alan Murdock un pilote expérimenté et ancien instructeur sur 747 à la Columbia Airlines, qui participe aux opérations de sauvetage du Boeing, Karen Black est Nancy Pryor la chef de cabine, qui tente de maintenir l'appareil en vol., George Kennedy (excellent) est (toujours) Joe Patroni est devenu, le vice-président de la compagnie Colombia Airlines, et va aidé Murdock au sauvetage de l'avion et Efrem Zimbalist Jr. (très bien) est le commandant Stacy du Boeing 747 de la compagnie fictive Columbia Airlines qui va entré en collision avec un petit avion de tourisme dont le pilote vient de mourir d'une crise cardiaque. Seul survivant, ce dernier gravement blessé, sera incapable de se maintenir aux commandes dans ce bon film catastrophe arienne de la série Airport (le meilleur) réalisé par Jack Smight, écrit par Don Ingalls ou on trouve aussi parmi les passagers Gloria Swanson qui joue son propre role, Susan Clark qui joue Helen Patroni, la femme de Joe qui se trouve a bord de l'avion, Helen Reddy qui joue sœur Ruth, Martha Scott qui joue sœur Béatrice, Linda Blair (tout droit sortie de L'Exorciste) qui joue Janice Abbott, la petite fille malade, Sid Caesar qui joue Barney, Myrna Loy qui joue Mrs. Devaney, Nancy Olson qui joue Mrs. Abbott, Parmi les navigants Roy Thinnes qui joue Urias le copilote qui est éjecté lors du crash, Erik Estrada (une caricature hispanique) qui joue Julio le mécanicien navigant tué lors du crash, Linda Harrison qui joue Winnie, une hotesse et parmi les autres Dana Andrews (très bien) qui joue Scott Freeman, le pilote du petit avion responsable du crash (c'est lui qui a la crise cardiaque), Ed Nelson (très bien) est le major John Alexander qui va mourir lors d'une opération de sauvetage et Larry Storch qui joue Glenn Purcell, un journaliste... A noter que que la photographie est de Philip H. Lathrop, que la musique est de John Cacavas (un compositeur américain né le 13 août 1930 à Aberdeen, Dakota du Sud (États-Unis) connu pour avoir composé la musique de Kojak (série TV), que la production est (toujours) de William Frye et Jennings Lang pour Universal Pictures et que le budget est de 4 000 000 $...

                             

   

Mais aussi que Linda Blair (sortie tout droit de l'exorciste) interprète le rôle d’une jeune fille malade transportée à Los Angeles pour une greffe du rein et Helen Reddy (qui sera Nora dans Peter et Elliott le dragon) est une chanteuse tourmentée de la situation.
Que les années 1970 ont été propices aux réalisations de films catastrophes : tremblements de terre, feux de forêt, naufrages, météorites, avalanches et catastrophes aériennes. Cinq films de catastrophes aériennes sont sortis en dix ans :
1970 : Airport de George Seaton
1972 : Alerte à la bombe (Skyjacked) de John Guillermin (le seul qui n'est pas de la série des Airport)
1974 : 747 en péril (Airport 1975) de Jack Smight
1977 : Les Naufragés du 747 (Airport ' 77) de Jerry Jameson
1978 : Airport 80 Concorde (The Concorde - Airport ' 79) de David Lowell Rich
Et que celui ci est le meilleur de la série des Airport....



                                
             
Que plusieurs scènes du film ont inspiré les auteurs de la parodie Y a-t-il un pilote dans l'avion ? comme celle de la religieuse qui joue de la guitare pour distraire une enfant malade.
Que Dana Andrews, qui joue le rôle du pilote dont la crise cardiaque est à l'origine de la catastrophe, avait déjà plusieurs fois endossé l'uniforme de pilote de guerre dans les années 40, notamment dans Les plus belles années de notre vie. Il fut en outre le héros de À l'heure zéro (1957) de Hall Bartlett, titre précurseur dont le scénario fut très fidèlement pastiché dans Y a-t-il un pilote dans l'avion ? (1980).
Que les actrices Gloria Swanson et Nancy Olson étaient déjà partenaires dans Sunset Boulevard de Billy Wilder ou elle jouaient respectivement les role de Norma Desmond, la star Hollywoodienne vieillissante et Betty Schaefer une jeune femme ambitieuse, aux cotés de William Holden...
(Floure).

Après l’eau de The Poseidon Adventure, le nouveau danger de La tour infernale est... le feu ! Pourquoi pas... De plus, la fameuse tour est un endroit tout à fait propice à la catastrophe, avec ses difficultés d’accès et ses quelques 135 étages qui en font un labyrinthe aux proportions homériques. Cette tour gigantesque est désignée comme la plus haute du monde dans le film ; elle représente le symbole de la réussite du monde capitaliste, mais ses dysfonctionnements nous montrent un tableau beaucoup moins reluisant : pour économiser les coûts de construction, on devine que tous les matériaux prévus par l’architecte (Paul Newman) ont été remplacés par de la marchandise bon marché. La tour va prendre feu et se déliter, petit à petit, à l’image du moral en berne de l’Amérique, en ces temps de crise pétrolière. La tour devient le symbole de cet idéal mis à mal, ainsi que le vestige d’un âge d’or hollywoodien qui a passé la main : les Coppola et consorts, inspirés par le cinéma européen, prennent d’assaut la Mecque du cinéma, cassant les limites d’un certain classicisme. Classicisme dont il est question ici ; on remarquera que les films catastrophes des années 70 font la part belle aux derniers représentants de cet âge d’or disparu, William Holden, Shelley Winters dans l'Aventure du Poséidon et même Fred Astaire dans le film qui nous intéresse aujourd’hui. Bien sûr, les rôles principaux sont tenus par des hommes dans la force de l’âge, ici Steve McQueen et Paul Newman, représentant ce besoin de héros et d’espoir dans cette décennie 70. 


          
   
                                     
Car si on décèle une mise en évidence de la lente désillusion face à l’idéal capitaliste, La tour infernale n’en reste pas moins un éloge sans équivoque à l’héroïsme et au sacrifice face à une situation de crise. L’accroche inaugurale ne vante-elle pas le courage des pompiers, auxquels est dédié le métrage ? 
C’est également une démonstration de force à l’américaine, qui déploie les grands moyens, techniques et humains, pour venir à bout de l’incendie : les voitures et camions de pompiers et autres hélicoptères déboulent dans le panorama à grands bruits. Newman, une fois la catastrophe passée, voudrait que la tour devienne "un temple dédiée à la connerie humaine" ; sa pensée est assez représentative de ce cinéma de crise, mais qui laisse néanmoins place à l’espoir.


                              

Plus efficace que L'aventure du Poséidon, notamment dans les mises à mort des personnages -Robert Wagner et sa femme, seuls, prisonniers de flammes-, le film se caractérise par la surenchère, typique au genre. S’il a dû coûter plus cher, le film est également plus long, et il sa passe un certain temps avant le début de la catastrophe ; cela permet à tous les éléments constitutifs du drame (plans de construction non respectés, rapports de force père/fils, lien entre les personnages principaux) d’être clairement établis. Chose intéressante, alors que l’on pouvait entendre la chanson The morning after pendant l’Aventure du Poséidon, elle laisse la place ici à We may never love like this again ; alors que la première était plutôt positive, pleine d’espoir en n’omettant pas une situation difficile, la seconde est plus fataliste, et marque une plongée plus profonde dans le pessimisme, qui s’installe durablement.  Côté suspense, un film tout à fait recommandable, également radiographie de la période 70's américaine.

1 commentaire:

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