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dimanche 25 mai 2014

Belles nonnes


Dieu seul le sait (1957)
Les premières images du film montrent Robert Mitchum allongé dans une position fœtale sur un canot flottant au milieu de l’océan. Symbole de la vie et de la maternité, l’eau pousse Allison vers les côtes d’une petite île où il va rencontrer Sœur Angela. Allégorie de la naissance, son arrivée sur terre est mise en scène comme un parcours douloureux : le soldat se cache, rampe, se plie pour éviter d’être vu par d’éventuels ennemis. Cette panoplie de positions peut être interprétée comme une métaphore de l’accouchement pendant lequel l’enfant franchit un chemin difficile et violent, le menant du confort de la matrice maternelle au monde extérieur. Lorsqu’Allison arrive aux portes de l’église qui trône au milieu de l’île, il rencontre Sœur Angela qui va l’accueillir avec le sourire. Dans un plan chargé de sens, elle l’observe du haut d’un escalier : Allison est à ses pieds... Symboliquement, il vient de rencontrer sa mère ! A partir de cet instant et pendant le premier tiers du métrage, les deux protagonistes se découvrent. Le cadre idyllique de l’île devient un terrain de jeu pour Allison, héros que John Huston caractérise comme un enfant. Le soldat, éloigné des horreurs de la guerre, vit ici des moments d’innocence qu’il partage avec Sœur Angela. Pendant toute cette période, il n’y a jamais ni jeu de séduction ni la moindre allusion sexuelle : Huston a bel et bien décidé de faire de Mitchum un être pur et vierge ! En témoignent ces scènes ludiques et merveilleuses de chasse à la tortue ou encore ce dîner auprès du feu où Allison, tel un enfant, pose une multitude de questions à Angela : à quelle espèce appartient la tortue, pourquoi veut-elle être nonne ?? Et Sœur Angela lui répond posément avec un regard chargé de bienveillance, un regard maternel bien évidemment...



     
Suite : Daily ...


Quel plus beau couple que Deborah Kerr et Robert Mitchum pour incarner ces deux personnages complexes et passionnés... Leur interprétation force l’admiration et participe grandement à la réussite du film. Mitchum y étale toute sa "‘classe nonchalante" qu’il mêle avec habileté à une attitude parfois bourrue, tandis que Kerr arrive à faire passer un nombre incalculable de sentiments derrière la retenue qu’imposait son rôle.
Quelques semaines avant d’être contacté pour réaliser ce film, Mitchum tourne L’Enfer des tropiques (Robert Parrish) sur l’île de Tobago déjà ! Lorsque l’équipe se rend à Londres pour les prises de studio, il rencontre le directeur de la photo Oswald Morris qui lui demande de faire des essais pour Heaven Knows, Mr. Allison. Mitchum accepte le projet et accroche (aux côtés de Walsh, Tourneur, Wise, Laughton, Wellman, Hattaway ou Nicholas Ray !!) un nouveau cinéaste de renom à son palmarès. D’après les témoignages de John Huston et Deborah Kerr, l’entente sur le plateau fut excellente et le réalisateur (qui travaille pour la première fois avec Mitchum) restera longtemps en admiration devant le professionnalisme de ce comédien trop souvent déconsidéré. 



                                


Dans l’interview qu’il donne à Positif en 1970, il rend un bel hommage au grand Bob : « Vous vous souvenez quand il (Mitchum) rampe dans l’herbe pour atteindre la tente des Japonais ? On tourne la scène et je demande une seconde prise, puis une troisième. Et chaque fois, il fallait aller là où l’herbe n’avait pas été piétinée. On aurait pu garder la première prise. J’ai dit : « ça va c’est dans la boite ». Il s’est alors retourné, et je me suis aperçu que son corps était couvert de sang... Ces herbes étaient non seulement coupantes mais empoisonnées. C’était pire que de ramper sur des lames de rasoir. Il m’avait tourné le dos pour que je ne vois pas le sang et pour être prêt à ramper de nouveau si je lui demandais. Voilà le genre d’homme qu’est Mitchum ! »


                                   


Sa relation avec Deborah Kerr est également des plus heureuses et la comédienne ne tarira pas d’éloges sur son compagnon en déclarant : « Cette image publicitaire d’une créature à moitié endormie qui vraiment n’en a rien à faire, c’est complètement faux. Il en a à faire énormément. » Après avoir revêtu l’habit de "Sœur Clodagh" dans Le Narcisse Noir de Powell en 1947, la comédienne retrouve ce costume qui lui va à merveille et livre une superbe performance qui lui vaut une nomination aux Oscars en 1958. Néanmoins, elle manque une nouvelle fois la statuette qui revient finalement à Joanne Woodward pour Les Trois Visages d’Eve de Nunnally Johnson. Deborah Kerr, qui fut nommée six fois à la cérémonie, ne remporta jamais le précieux trophée. Mais l’histoire du cinéma se moque bien des remises de prix, seules les performances restent et celle qu’elle a livrée dans Heaven Knows, Mr. Allison demeurera à jamais inoubliable. Le public ne s’y trompe pas et réserve un triomphe au nouveau chef-d’œuvre de Huston. Le film est l'un des plus rentables de sa carrière et certainement l'un de ses préférés. En signant ce long métrage plein d’humanisme, il évite les écueils dans lesquels seraient tombés de nombreux réalisateurs sans talent et obtient ce dont il rêvait, un film pur, virginal et extrêmement sensible...
Bonus :  


                

Au risque de se perdre (1959)
Agée de 30 ans, au sommet de sa beauté et icône  "chic"  pour Givenchy, Hepburn n’hésite pas à se transformer pour endosser le rôle de Sœur Luc. Les conditions de tournage rigoureuses au Congo mettent à rude épreuve la santé d’Audrey Hepburn, qui souffre de déshydratation et est clouée quelque temps au lit avec des calculs rénaux.
La silhouette gracile, les yeux cernés d’Audrey Hepburn, ainsi que cette force étrange qui émane d’elle, en font, à mon sens, l’interprète idéale puisqu’elle casse l’image de drôle de frimousse qu’on lui connaît, pour le rôle plus tourmenté d’une religieuse aux conditions de vie difficiles.
Voilà donc un film d’une rare intelligence, puisqu’il a le mérite de nous faire nous interroger sur le carcan de la vie religieuse, la stupidité de l’obéissance, la rigidité imposée à ses femmes parfois très jeunes, et surtout la quête de perfection. Car, comme le dit la Mère Supérieure : "la vie de nonne est une quête de perfection, une vie de sacrifice, et, en un sens, une vie contre nature". Totalement anti-conformiste, révoltée par certaines règles auxquelles elle n’entend rien, le personnage de Sœur Luc est bouleversant, et Audrey Hepburn nous transmet la dualité émotionnelle que vit son personnage avec une rare justesse. Par exemple, la scène où Sœur Luc découvre le décès de son père sur le front (le film se déroule pendant la 2ème guerre mondiale), et où elle lutte contre le sentiment de haine qui l’habite est criant de vérité. Comment peut-on rester étrangère aux passions humaines (amour, haine) alors que l’on est fait de chair et de sang ?

   


Pour la première partie de son film, conçu tel un documentaire sur la vie et les rituels du couvent, Zinnemann a fait appel au décorateur hongrois Alexandre Trauner (1906-1993). Trauner a participé au décor de films illustres, tels  "Quai des Brumes"  (1938) et  "Les enfants du Paradis"  (1945) de Marcel Carné,  "L’homme qui voulut être roi" de John Huston (1975) ou  "Subway" de Luc Besson (1985).
La deuxième partie du film évoque un Congo gouverné par le colonialisme paternaliste. A noter qu’une scène du film où un noir tue une religieuse, a pris une dimension prémonitoire, si l’on se reporte aux événements tragiques de 1960 qui conduisirent le Congo à son indépendance.


                 


 "Au risque de se perdre" a été nominé pour 8 Oscars, dont celui de la meilleure actrice mais ne remporta aucune statuette. En 1960, c’est Simone Signoret qui obtiendra cette distinction pour  "Les chemins de la Haute Ville" .
Audrey Hepburn obtiendra pour son rôle de Sœur Luc le British Academy Awards et le New York Film Critics Circle Award.
 "Au risque de se perdre"  a été élu meilleur film au British Academy Awards.
Lorsqu’on connaît l’action d’Audrey Hepburn auprès de l’UNICEF, on se dit que ce film fait écho à son propre engagement (voir la "Audrey Hepburn Children's Fund" ) . Elle déclara d’ailleurs que le tournage de ce film lui avait semblé éprouvant mais allait marquer le combat qu’elle mena toute sa vie auprès des défavorisés et des populations du tiers monde. A noter également cet effet miroir entre Marie-Louise Habets et Audrey Hepburn : toutes deux se sont engagées dans la Résistance lors de la 2ème guerre mondiale. 

1 commentaire:

  1. http://kcln8c.1fichier.com/
    http://uptobox.com/ixofp6nomdp5 (mdp: libertyland)

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